Jérôme Sorre et Stéphane Mouret, Une nuit au club Diogène

Une nuit au Club Diogène
de Stéphane Mouret et Jérôme Sorre

Une publication Malpertuis, éditeur de romans, recueils et d’anthologies dans le domaine du fantastique classique et moderne. Un livre de la collection Absinthes, éthers, opiums. Des renseignements vous attendent sur le site de l’éditeur.

Le premier pseudo-roman dédié aux aventuriers du Club Diogène de Paris. Après trois recueils de nouvelles, la série progresse au travers d’un nouveau format !

C’est à découvrir ici.

01_coverPS : cliquez sur les images si vous désirez les agrandir.

Cette chronique est dédiée à tous les fans de la série. Si vous souhaitez rejoindre l’aventure, alors redirigez-vous vers cet article de présentation couvrant le premier des volumes, Le chérisseur de têtes et autres pacotilles pour le club Diogène (1871-1877) (un article rédigé avec l’aide des auteurs, des illustrateurs, et d’un camarade critique, Alcapone des Embuscades d’Alcapone). Sinon, cantonnez-vous aux premiers chapitres de présentations, ci-dessous :

Attention, pour cette critique hard-core le poulpe a quitté sa province et s’est rendu à PARIS ! La ville du Club Diogène, le vrai, le légitime ! Du sang et de la tripaille ont été versés… J’espère que vous apprécierez le geste et les interviews qui en découlent. Nous en profiterons pour vous parler d’un étrange collectif, Présence d’Esprit. Alors, comme diraient les confrères, que l’aventure commence !

I. Qu’est-ce que le Club Diogène ?

Durant la période prérévolutionnaire un petit groupe d’amateurs de Fantastique tente de tromper l’ennui en arpentant – à ses risques et périls – un Paris des Mystères. Tout va pour le mieux, pourtant, grisés comme ils le sont, ne remarquent-ils pas que leur passion a de terribles répercutions ?

Ci-dessous, une présentation (résumée) signée Stéphane Mouret (intégralement recopiée du précédent article)  : Les membres du club Diogène sont délicieusement infréquentables. Comme beaucoup, ils rêvent d’autre chose. Comme peu, ils sont passés à l’acte. […] La nuit venue, ils se retrouvent au cinquième étage d’un hôtel Impérial bien délabré, dans la suite 52, et trompent furieusement leur ennui en buvant, en bavassant savamment, et en attendant que Monsieur, le patron du Club, leur soumette une petite enquête du genre qui apporte de gros problèmes. Ils sont dotés d’un solide sens de l’humour qui ne ferait certainement pas l’unanimité ; aussi potaches que cyniques (Diogène oblige), ils allient finesse et grossièreté, pleutrerie et courage, et il leur faut bien de toutes ces cuirasses pour s’en tirer à peu près sans coup férir des aventures périlleuses dans lesquelles Jérôme et moi les plongeons.

Après Le chérisseur de têtes, vous pouvez lire La mort et quelques amis s’invitent chez le club Diogène (1878-1885), où l’on vous promet la perte tragique de l’un de ses invulnérables héros ; puis le tome 3, Cauchemars sur le club Diogène (1886-1889) (SPOILER alert), quand l’heure est aux fantômes dans « les dédales du Paris infernal ».

02_livresAlors, qu’est-ce que le club Diogène ? Des sketchs retords et des paraphrases absurdes, des expressions obscènes et drôles, fusant de bouches aux traits exagérées, comme si l’intérêt se situait le verbe, dans la manière de raconter les histoires et non dans l’action en elle-même, pourtant omniprésente, afin d’exagérer des aventures se passant anormalement de surenchères. « Rejoignant Rimbaud quand il appelle au “ dérèglement de tout les sens ”, ces esthètes de la vie pratiquent expérimentations sexuelles et stimulations psychotroniques », annonce Christophe Thill dans l’introduction du premier volume. N’ont-ils pas peur d’en faire trop ? Là est leur force. Mieux vaut cela que pas assez, mieux vaut détruire les codes et les normes, ou plutôt s’en jouer, les décortiquer, les distiller, les autopsier. Références littéraires, philosophiques, artistiques, bref, culturelles, nous renseignent sur les divers intérêts de leurs créateurs, ces deux écrivains grandement éduqués.

La prose fait le reste : on reste bouche bée devant ces génies du rythme, de la comédie tant française par son Esprit, qu’anglaise par son Cynisme. Dépravés (d’Orville), coquins (Lison), fantasques (Fédor), burlesques (Franklin), énergiques (le Maréchal), tortueux (Vayec), décadents (Camille), mais néanmoins raffinés, les membres de cette confrérie sont définitivement issus d’un autre siècle ! Que retrouve-t-on en ces livres ? « Cet humour acide et impitoyable, ce goût du mot rare et du polysyllabe tarabiscoté, cette invention dans l’étrange et l’extravagant, cette sensualité perverse, et bien sûr ce cynisme : Diogène oblige ! » Christophe Thill a bien raison dans sa définition. Jérôme Sorre et Stéphane Mouret marqueront-ils l’histoire ? Possible, mais pas la nôtre, trop peu portée sur ses figures de style hautes en couleur. Serait-on, de nos jours, moins affamés d’occulte et de bizarre ? À n’en pas douter, il y a un lectorat !

Y a-t-il, parmi celui-ci, des aventuriers ? Si oui, vous pouvez vous rediriger vers ma petite visite guidée d’un Paris tout en os dans cet article sur Le livre de la Mort. Quant au Club Diogène, il vous mènera dans bien des lieux visitâbles ou fantasmés. Ce tour de Paris est assez différent… Quoique ? Inutile de chercher la rue du Tonneau. Il semble qu’elle ait disparu au même titre que la cour des Miracles, quelques stations de métro abandonnées, ou que cette ruelle mouvante, sorte de vaisseau fantôme, n’apparaissant sur aucune carte. Le club Diogène vogue sur la vague Maltertuis, selon l’arrangement des auteurs, même si on retrouve une petite préface commanditée par l’éditeur en personne. Que pense-t-il de cette épopée ? On peut dire qu’il en est très attaché. « C’est une série qui mêle l’horreur, beaucoup d’humour, un certain baroquisme de l’expression, qui ose tout, ne recule pas devant la nécessité, sans aucune pudeur ».

II. Visite guidée

Nous vous avons présenté les membres de l’équipe, ayant quelque peu changé avec l’arrivée d’une nouvelle venue : Sara, et la disparition d’un membre. Puisque ce quatrième volume est porté sur les personnages, nous y reviendrons en temps voulu. Cette fois, il est important de parler des lieux, même si nous nous apprêtons à quitter Paris lors de cette funeste Nuit. Voyez les places où se déroulent différentes actions : nous regagnons le parvis de Notre-Dame, La Morgue et le Père-Lachaise à la poursuite de monstruosités. Dans les nombreuses églises, les nombreux cimetières, les cadavres pourrissent à l’abri de la vue, discrètement. Trop, peut-être, pour leur repos. Le Paris souterrain ne l’est pas, ça non ! Preuve dans les catacombes et les soubassements du Chat Noir, cabaret mystique. Goules et démons se rejoignent dans bien des clubs et hôtels, réels ou imaginaires, désespérément clos, tel le Grand Guignol. On découvre nombre de cabarets, bien plus intéressants que le Moulin Rouge (et bien moins populaires), bien des clubs et des salons, des théâtres et des maisons closes. Que de patrimoines disparus ! Et que de morts dans le spectacle de vies s’ébattant jusqu’à se rompre.

03_carteLe Paris du Club Diogène à beau être aussi imaginaire que celui d’Edgar Allan Poe, il est toutefois fascinant de voir que le réel rejoint l’improbable dans certains endroits retords pour notre équilibre mental. Parisiens et touristes en devenir, les conseils poulpèsques pour vous rendre sur quelques lieux de crimes (liste exhaustive) :

L’Île de la Citée fût, à une époque, bien plus reluisante qu’aujourd’hui avec La Morgue, haut lieu touristique, que nous visitons discrètement : La Morgue, une exposition publique servant à identifier les corps. On y pêchait les informations sur les meurtres et les enquêtes en cours. Nous entrons à Notre-Dame et nous promenons sur les quais de Seine, là où s’épanouissent les collectionneurs de livres anciens. Dans les jardins d’acclimatation, on découvre avec horreur des sauvages primitifs, des nègres ! Encastrés dans les pires conditions sanitaires se trouvaient des tributs, trophées d’un colonialisme affligeant. Nos ancêtres avaient des coutumes douteuses…

Sur les Champs de Mars se trouvent de belles Expositions universelles. Là, on érige une tour bien connue. Nous partons faire un tour à la gare Saint-Lazare, devenue mythique à cause d’un spectaculaire accident, grâce aux peintures d’artistes. Rue Rivoli se trouve l’Hôtel Meurice, véritable palace, rien à voir avec l’appartement de Jules Laforgue, qui nous ouvre ses portes. Notre balade nous mène au Quartier de Montparnasse, ex-lieu de débauches, de cultures, de cabarets, de saltimbanques, puis sur la Butte de Montmartre, au cabaret du Chat Noir, dissimulant des symboles cabalistiques et des institutions secrètes… On entre dans un hôpital psychiatrique à l’histoire trouble, n’ayant rien à envier à celle de l’Hôtel-Dieu. Puis on se promène au Père-Lachaise où reposent bien des célébrités, dans les catacombes, qui débouchent sur un dangereux réseau de galeries. À présent que cette visite est faite, revenons à nos « diogènes » :

Les membres du club Diogène n’ont qu’un but : tromper l’ennui. Combattre l’industrialisation et l’avancée d’une bourgeoisie insipide au travers de Paris en rameutant quelques créatures démoniaques. Quelques fantasmes passéistes. Ceci au risque de se muter en ses choses peu « recommandables », comme le dit si bien Stéphane Mouret (cf. club Diogène T1, 1871-1877). Les personnages, toujours en fuite de la réalité (est-ce bien tout ?), ne se questionnent pas sur leurs compagnons de voyage. Ils font face aux problèmes dans lesquelles ils se jettent, avec plus ou moins de discernement, mais sans remettre en question ce présent, cette réalité, auquel ils sont confrontés. Auraient-ils peur que ces joies secrètes s’épuisent face à la banalité de leurs existences ? Mais, sont-elles vraiment banales ?

Les « diogènes » jouissent des bonheurs d’aventuriers imaginaires sans se soucier des répercussions sur leurs mystérieuses vies qu’ils gardent secrètes. Pourtant, il semblerait qu’il y en ait eu sur leurs secondes, avérées, existences (cf. club Diogène T2, 1877-1885). L’étau se resserre sur ses chasseurs de monstruosités, ses héros solitaires et de plus en plus désabusés ne cherchant plus tant à tromper qu’à oublier leurs ennuis. Ou bien, à les éviter, à les fuir, même, tandis que leurs expéditions les poussent de plus en plus vers le vice et le danger (cf. le club Diogène T3, 1886-1889). L’heure est aux fantômes, aux passés, aux révélations. Bas les masques, donc. On se dévisage, on observe les ombres dont celle, impressionnante, du fondateur, du chef : Monsieur. Le secret ne peut que se désépaissir quand, happés par les ténèbres, les héros ont laissé s’échapper certaines allusions personnelles. C’est avec appréhension que chaque diogène se met à table.

04_cthulhu1Être diogène ne consiste pas seulement à partager des histoires. Il s’agit de découvrir des mystères, les élucider, faire de la réalité un terrain propice aux fictions légendaires. Il s’agit de passer, avec d’illustres inconnus, des nuits de terreurs. Ainsi il n’existe plus de barrière entre imagination et réalité pour les aventuriers de ce groupe poussés vers le fantastique. Mais pourquoi risquer sa vie dans de telles pérégrinations ? Pourquoi prêter autant d’attentions aux fous et aux monstres peuplant Paris ? Plus l’histoire avance, plus on se demande si « tromper l’ennui » est bien la seule raison de vivre de chaque personnage. Feignent-ils une certaine normalité afin de se fonder dans l’ambiance mystérieuse et anonyme du club ? Cela n’est plus seulement du domaine du possible. Cela est avéré !

Le club n’a que peu de règles, hormis la plus importante de toutes : préserver son anonymat. Celles-ci sont résumées à merveille dans le petit extrait ci-dessous. S’en tenir à ses codes, c’est sacrifier sa personnalité, son avenir, à un inconnu peu rassurant. En cette nuit de malheurs, les personnages se rebellent contre leur chef, brisent toutes les conventions, et stoppent ainsi la manipulation leur ayant déjà couté beaucoup. Ainsi ils s’attirent les foudres d’un puissant allié devenu leur ennemi. « Je commettrai des actions plus élevées et plus basses que moi. Je me dégraderai et me sublimerai dans un même élan. J’échapperai à la médiocrité humaine, j’appartiendrai à toutes les castes, car je serai libéré du joug de cette société. Je n’aurai de cesse de lutter contre l’ennui. Et je vous obéirai ». Tel est le serment à faire devant Monsieur. Une sorte de démon auquel peu de personnes sont prêtes à confier leurs âmes. Les personnages sont donc réellement humains ? Ou jouent-ils, comme eux, la comédie ? Ce tome quatre du club Diogène (Une nuit…) est très important, car nos héros vont se dessouder d’un maître trop exigeant…

Vil est l’humain, retors est son esprit, gâtée est son âme, débile est son corps. Plus l’aventure avance, plus grand est le dégoût que l’on entretient vis-à-vis de notre espèce portée vers la destruction et la bêtise. Les nombreux péchés de nos héros sont bons parce qu’ils s’octroient une morale détachée de leurs perfides « semblables ». Leur constance dans de simples débauches est digne des plus grands philosophes. Essaient-ils de s’élever de la masse boueuse par leurs expériences, au risque de se meurtrir entre les griffes d’ennemis de plus en plus redoutables ? De se laisser guider par un funeste gourou ? Nous nous posons cette question dès le premier tome de la série. Monsieur est une ombre menaçante guidant, tel le diable, vers la perdition. Il est tentant de le laisser entrer dans nos vies. Les monstres séduisent, happent, dédoublent les êtres auxquels on s’attache, même lorsque la folie et la mort s’invitent au club.

III. Un peu d’informations

Qui sont les auteurs ? Jérôme Sorre et Stéphane Mouret rédigent de nombreuses nouvelles en solitaire, font germer un fantastique qui leur est propre, que nous ne pourrions confondre. Leur style, alors, est bien différent. Rappelez-vous, je vous en avais fait la remarque lors de cette chronique sur l’anthologie Chemins de fer et de mort (la Clef d’Argent) où ils paraissent tous deux au sommaire. Jérôme Sorre est l’auteur du recueil Cellules et se tourne à présent vers de la dark-fantasy. Stéphane Mouret a édité plusieurs nouvelles dans quelques magazines, notamment pour les éditions de la Clef d’Argent. Redirigez-vous ici pour découvrir leur présentation sur le site de ses éditeurs.

05_sorre-mouretJérôme Sorre et Stéphane Mouret en dédicace au Dernier bar avant la fin du monde en 2016 avec le collectif Présence d’Esprit.

Mis à part Le club Diogène, aucun autre projet commun n’est à signaler. Ce qui devait être un jeu de rôles, dans les années de lycée des auteurs, c’est muté en livres très spéciaux. Jérôme Sorre s’apprête à publier un roman. Il sortira l’an prochain aux éditions du Riez. C’est le premier tome de son cycle, qui se nomme L’Entité. « Ce sera une tétralogie de “neurasténic-fantasy” », annonce-t-il. Cet auteur conçoit ses histoires telles qu’elles lui viennent à l’esprit. Il dit s’inspirer d’un écrivain d’anticipation qu’il apprécie beaucoup : Ballard, qui, selon lui, entretient un grand pessimisme à propos de l’humanité.

Stéphane Mouret écrit beaucoup de « carnets », qui ne seront peut-être jamais publiés, mais qui lui prennent beaucoup de temps. « C’est une littérature strictement personnelle », nous avoue-t-il. Deux recueils sont en préparation, pour lesquels il cherchera sans doute un éditeur. Ces nouvelles, nous dit-il, sont « à la Jekyll and Hide ». Elles représentent deux facettes du même individu. L’un des recueils s’intitule Les vilaines et regroupe ses histoires les plus terribles. L’autre s’appelle Essais de lumière. « C’est un petit déchirement entre deux inspirations, deux projets que je mène en même temps. Les histoires sont assez statiques, l’ambiance est celle d’une douce mélancolie. » Quelques mots de ces écrivains :

Stéphane Mouret : Avec Jérôme, on a toujours autant de points communs qui entretiennent notre amitié au-delà de notre projet du club Diogène. Lorsque nous partons dans nos propres univers, nous écrivons des textes complètement différents. Quand on se rassemble, on retrouve notre unité. L’avantage du binôme est qu’on peut corriger nos défauts personnels. On va se raboter et faire, ensemble, du Diogène. Si j’aime les expérimentations littéraires, je préfère les récits de facture plus classique tant dans la forme que dans la langue. On est dans une époque où l’écriture est assez blanche, saccadée. Je ne fais pas quelque chose de désuet. Aucun auteur du dix-neuvième n’aurait pu écrire les aventures du club Diogène à notre façon. On est bien au vingt et unième siècle.

Jérôme Sorre : Ce qui nous définit, c’est la complexité et l’amitié. Il nous faut beaucoup de tolérance et de confiance afin d’accepter les critiques de l’autre.

Stéphane Mouret : Généralement, l’autre est toujours infaillible dans sa critique et on ne prend jamais de pincettes l’un envers l’autre. On est toujours dans la construction. – Une interview à suivre…

En préliminaire, vous vous demandez peut-être, chers lecteurs, pourquoi Malpertuis ? Voici un nouveau partenariat qui se concrétise sur l’Antre de Poulp(inounet). Et bien, après avoir interviewé le patron de Malpertuis, Christophe Thill lors de la Necronomi’con de Lyon en 2015 et lors du Howard Day en 2016, après avoir longuement travaillé avec la Clef d’Argent, éditeur des premières nouvelles du club en journal et petits livres collectors illustrés par le grand Fernando Goncalvès-Félix (lui aussi interviewé lors de son exposition), la curiosité m’a piquée, et me voilà critique pour cette fine équipe ! Ce que vous lisez est un tout premier article.

D’autres ne tarderont pas à suivre…

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Ci-dessus,Patrick Mallet et Fernando Goncalvès-Félix en dédicace à Damparis en 2014 et 16.

Le Club Diogène, donc, était une aventure préalablement entreprise à la Clef d’Argent. Pourtant ce projet, trop important pour un tout petit éditeur (qui a bien grandi depuis), a dû se déplacer. Ce fut la fin des Écho du Tonneau, journal contant les (mes)aventures de nos « héros ». Tristesse ! Que de dessins non utilisés ! Le poulpe ne pouvait survivre à une telle injustice et, avec le soutien de l’illustrateur, ce cher Fernando, je vous les présente dans ce présent article (joie !). Bien sûr, loin de moi l’idée de diminuer l’impact graphique de Patrick Mallet, le nouveau graphiste, qui a crée un bel effet cartoon et des envolées étonnamment angoissantes. Les couvertures que vous apercevez plus haut sont de lui. Énigmatiques, n’est-ce pas ? Forcement, le poulpe que je suis l’a interviewé (précédemment, dans la première partie).

Malgré notre amour pour la Clef d’Argent, il est temps de s’en dégager afin de vous présenter cet éditeur qu’est Malpertuis. Rassurez-vous, cela ne représente pas la fin d’un quelconque partenariat ! Loin de là. Attendez un peu, car le poulpe à de grandes choses à révéler au sujet de sa bien aimée Clef…

Enfin. Tout d’abord, quelques mots de Christophe Thill :

Christophe Thill, éditeur, anthologiste, traducteur et nouvelliste, a construit sa maison d’édition sur le thème de l’inconnu, des mystères, d’un fantastique à la base lovecraftien. Son plus beau projet est (à mon humble avis) sa traduction, son annotation, sa parution, du roman Le Roi en jaune de Robert W. Chambers, un auteur décadent fasciné par l’esthétisme, la beauté, et en même temps, par le mal (nous explique son traducteur). Ce décadentisme se prête à merveille au style de Stéphane Mouret et de Jérôme Sorre.

L’objectif de Malpertuis est de publier le fantastique que nous aimons pour ceux qui l’apprécient autant que nous. Nous désirons faire émerger de jeunes auteurs, des personnes que nous nous efforçons de soutenir autant que nous pouvons. Nous mettons en avant des talents prometteurs ou accomplis qui n’ont plus qu’à se faire connaître. Il nous arrive également d’exhumer de vieux textes, mais nous avons laissé de côté cet angle-là, que je pense faire revivre à travers Chambers et Lovecraft. J’aime particulièrement entrer en contact avec des auteurs et découvrir de bons textes. Et puis il y a la reconnaissance de nos lecteurs. Nous réalisons notre anthologie annuelle sur le fantastique général, et nous nous rendons compte que les auteurs sont fiers d’y être inclus. Ça nous fait plaisir ! – Christophe Thill.

07_facadeCi-dessus Jérôme Sorre et Stéphane Mouret devant le Dernier bar avant la fin du monde.

Le roi en jaune, suite de nouvelles vaguement liées, avec en arrière-plan un monstrueux livre interdit dont la lecture entraîne terreur, folie et tragédie spectrale, atteint vraiment des sommets remarquables de peur cosmique. – H. P. Lovecraft, Épouvante et surnaturel en littérature. L’histoire est celle de plusieurs artistes hantés par une pièce de théâtre étonnante qui les mènent à la folie, un livre maudit, interdit, ouvrant sur des dimensions cauchemardesques. Malpertuis, à son niveau, nous offre quelques livres impies prodiguant, sur les lecteurs trop curieux, un effet similaire à celui du Roi en jaune.

Qui sont les graphistes ? Fernando Goncalvès-Félix est né à Château-Thierry en 1972. Une enfance heureuse ne l’a pas empêché d’être obsédé et persécuté par des visions cauchemardesques. Dans son oeuvre, il évoque et illustre cet univers sombre, surréaliste, mais surtout obsessionnel qui le hante et fonde sa démarche poétique et graphique. – Cf. La Clef d’Argent.

D’origine suisse, Patrick Mallet est né en 1970 et vit à Paris depuis 1991. Après un diplôme de l’École Supérieure des Arts Graphiques, il travaille comme graphiste, puis illustrateur pour la jeunesse. Il a publié ses premières bandes dessinées dans la revue Bile Noire des éditions Astrabile. Sa trilogie Les Plombs de Venise, parue chez Glénat dans la collection Treize Étrange, est l’adaptation des mémoires de Casanova. Elle a fait connaître à un large public le style caractéristique d’un dessinateur/scénariste qui semble vouloir se spécialiser dans l’adaptation de classiques connus ou méconnus de la littérature mondiale : Vathek d’après Beckford, Achab, Smarra. – Cf. La Clef d’Argent. Laurence Croix (coloriste), est elle aussi spécialisée dans la bande dessinée. Son Wikipedia.

Donc, comme je vous l’ai dit, le poulpe s’est rendu à Paris. Et pas n’importe où : au Dernier bar avant la fin du monde pour une après-midi très spéciale organisée par le collectif Présence d’Esprit. C’était leur rencontre annuelle. Nous avons retrouvé nos amis des Luciférines et découvert moult associations : les éditeurs Parchemins et Traverses, les associations Ganesha (Fanzine BD), GalliFrance (amateurs de Doctor Who) et le collectif Drink and Draw. Nous avons aussi vu et revu nombre d’auteurs : Jeanne-A-Debats, Estelle Faye, Jacques Fuentealba, Olivier Gechter, Raphaël Granier de Cassagnac, Bruno Pochesci puis, bien sûr, Stéphane Mouret et Jérôme Sorre ! Il n’est pas évident de les rencontrer tous les deux au même moment… Alors, pour la sortie officielle du quatrième volume du Club Diogène, nous leur avons sauté dessus ! La preuve en écrit et en image…

IV. Interlude : un journée avec Présence d’Esprit

Présence d’esprit, c’est un petit éditeur, c’est un magazine, c’est une revue  : AOC, c’est un club organisant des activités autour de l’imaginaire (matchs d’écriture, ateliers d’illustrations, rencontres, sorties ciné ou dîner, participations en festivals…), c’est une association regroupant « des amateurs de science-fiction, de fantasy ou de fantastiques, quel que soit le domaine artistique ou culturel : littérature, cinéma, BD, illustrations, jeux, design, etc. » Et c’est un site internet.

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En cette rencontre de 2016 au Dernier bar avant la fin du monde était organisée la remise du prix Vision du Futur, remporté par notre ami Bruno Pochesci (il l’a amplement mérité !). Parmi les activités, une vente aux enchères, des tirages au sort pour tenter de gagner de fabuleux cadeaux (livres, DVD…). Il va sans dire que nombre de collectionneurs nous ont rejoints dans ce joli quartier de bouquinistes parisiens. Le poulpe a fait le tour (rapide) des auteurs. Vous lui pardonnerez, j’espère, la piètre qualité des photos : l’éclairage de la pièce « vaisseau spatial » n’était pas sublime pour le petit Pad que j’entretiens (faute d’appareil photo). Mais elle l’était pour le visiteur, au même titre que les décors sous-marins, pirates, salle de trône. Le bar est sublime ! L’exposition de Goomi est magnifique, et il faut visiter les toilettes chantantes… Enfin, revenons à nos écrivains :

Ci-dessus (sur la première photo), vous pouvez voir les animations organisées par Présence d’Esprit, celles de GalliFrance et Drink’n Draw, Raphaël Granier de Cassagnac (Kadath, Un an dans les airs, Thinking Eternity), sur la photo2, Estelle Faye (La voie des oracles, Un éclat de givre, Porcelaine) et Olivier Gechter (Le baron noir, La boite de Schrödinger, Évariste) sur la photo3, Jeanne-A-Debats (Le cycle de Navarre, La vieille anglaise et le continent, 42), le stand des auteurs du jeu de rôles Mississippi, et Jacques Fuentealba (Scribuscules, Jason et Robur, L’antre du diable). Sur la dernière photo, les auteurs Luciférines que nous vous (re)présenterons dans l’article sur Sombres Félins. Ceci dit, il nous faut revenir sur l’attraction principale de ce petit article :

V. Ce quatrième Club Diogène

Le club Diogène est une idée ayant germé dans l’esprit des deux créateurs dès 1994 (mon année de naissance, c’est t’y pas beau ça !). Tous deux avaient une certaine notion de la temporalité à lier aux récits. Si le lecteur impatient peut en douter dans son désir de connaître ENFIN la fin de l’aventure, le lecteur assidu ne peut remettre en cause le fait que chaque nouvelle se situe dans un contexte historique bien précis : la commune, l’exposition universelle, les premiers trains à vapeur, le Grand Guignol, le Chat Noir, l’érection future de la tour Eiffel et la fin des fumeries d’opium… Tout détail ayant attrait au fantastique ou à l’étrange est abordé. « Nous voulions faire vieillir voire mourir nos personnages, en remplacer quelques-uns, et pour cela on part de 1871 et on arrivera en 1914 », nous avoua Stéphane Mouret. Nous n’avons pas encore vu les prémices de la Première Guerre mondiale. La nuit au Club Diogène nous dépose en 1889.

On nous promet, dans ce volume, de nous révéler un lien secret unissant tous les membres du club. Une enquête se met en place et, si ça se trouve, à mesure des révélations des uns et des autres, nous connaitrons l’identité du fondateur du club, ledit Monsieur. Un personnage si secret, si effrayant… En effet, dans le troisième opus nous avons quitté les membres durant une funeste aventure au cours de laquelle ils nous promettaient un rendez-vous à leur repère. Ils nous raconteraient alors, chacun leur tour, le récit de leurs origines, leur rencontre avec Monsieur. Nous attendons Une nuit au club Diogène depuis deux longues années. DEUX LONGUES ANNÉES ! C’est un volume à l’ambiance « Fort Alamo », nous expliqua Stéphane Mouret. « Le lecteur restera coincé avec nos personnages dans la suite 52, le temps d’une nuit unique, cependant au gré de leurs révélations il voyagera plus loin qu’il ne l’a encore jamais fait, et dans le temps et dans l’espace – si loin de ce seul Paris de la fin du XIXe siècle auquel paraissait devoir se cantonner le club. »

09_thillChristophe Thill (en photo ci-dessus), très heureux de voir l’engouement des fans pour Le club Diogène (selon ses thermes), nous avoue que les auteurs, ayant épuisé leur stock de nouvelles, ne travaillent plus qu’en se basant sur de petits synopsis. « Ils savent ce qu’il va y avoir dans chaque volume, quels personnages vont disparaître et quels autres vont arriver, quel volume va être écrit de quelle manière, mais il reste à les écrire. » Il nous révèle la parution prochaine d’un roman. Pourtant nous savons que Stéphane Mouret et Jérôme Sorre sont loin de l’avoir terminé. Sept recueils sont prévus. Sept membres forment le club Diogène. Toujours. Sept saisons. Sept livres, donc. Ce projet tient-il toujours ? Cette question ne demeurera pas sans réponse…

Les personnages favoris des deux auteurs sont Franklin, un petit jeune naïf mais intelligent, et Vayec, un dandy neurasthénique fin de siècle. Ils sont en réalité leurs avatars. Lors du précédent article, les écrivains nous dévoilèrent leur création et nous présentèrent chaque héros du temps du premier tome. Vous découvrirez qu’ils ont bien changé, et que leurs secrets valaient le coup d’attendre le curieux meeting dans leur QG. Cela fait vingt ans que la série évolue. Depuis, « le ton Diogène, s’il y en a un, reste foncièrement un mélange de fantastique et de burlesque, néanmoins force est de constater que cette tonalité s’est assombrie, que l’horreur tend à devenir plus sérieuse, l’angoisse plus prégnante, et si les bouffonneries survivent, c’est presque désespérément, comme un pied de nez à l’étau tragique qui se resserre autour de nos personnages. » Nous ressentons alors moins l’apport de la culture rôlistique que celle de la passion des écrivains pour le fantastique cynique de la fin du 19e.

Jérôme Sorre et Stéphane Mouret sont amis d’enfance. Ils ont tous deux commencé très tôt à lire des classiques du fantastique américain, couvrant l’époque du grand Edgar Allan Poe à celle de Stephen King. Cela, disent-ils, « c’était avant de découvrir qu’existaient des gens capables d’écrire des choses formidablement horribles dans un français formidablement magnifique, et qui eux s’appelaient Huysmans ou Villiers de L’Isle-Adam ». Malgré cette culture, au commencement du club Diogène, personne n’avait fait le rapprochement avec un autre club déjà existant dans les aventures de Sherlock Holmes. « Qu’on se le dise donc : les deux n’ont rien à voir… (Le nôtre est beaucoup plus remuant !) Nous n’excluons pas, au demeurant, une rencontre un de ces jours entre le limier de Baker Street et nos hurluberlus de la rue du Tonneau. » Le tonneau, Diogène, c’est un rapport assez amusant, mais quelle en est donc la raison, s’il ne s’agit pas de prendre à contre- pied les ennuyeux diogènes de Conan Doyle ?

« Quand nous étions lycéens, nous jouions à de nombreux jeux de rôles et, dans Maléfice, nous formions un club : le club Talès. Nous avons donc gardé malgré nous ce nom. Diogène s’est imposé très vite de par la tonalité des histoires », raconte Jérôme Sorre. De Diogène de Sinope (ou Diogène le cynique, le chien), les membres du club ont repris sa désinvolture, sa rhétorique mordante et franchouillarde, son mépris des conventions, sa liberté sexuelle et son humanisme, ses critiques d’une société basée sur le profit, sa douce méchanceté mettant mal à l’aise, pourtant drôle, même si ce personnage, un peu fou, ne devait pas l’être… les diogènes ne font pourtant pas voeu de pauvreté, au contraire ! Tous les prétextes sont bons pour se mêler à la fête, pour dénigrer un monde d’une misérabilité intellectuelle affligeante. On se moque du riche, du pauvre, du dévot, du fou comme du bien pensant. Ces diogènes se savent supérieurs. Mais revenons à nos auteurs…

VI. Un duo d’écrivains

Comme je l’écrivais précédemment, leur coopération, du collège jusqu’à maintenant a créé une vision qu’il n’est pas possible de concrétiser seul. Cet univers est si éloigné des autres que nous retrouvons aucun plagiat, aucune référence concrète, même s’ils disent suivre les auteurs du 19e siècle, des têtes comme Dostoïevski ou Huysmans. Leur style est trop éloigné pour qu’on sente le coup de patte emprunté. Leurs histoires n’appartiennent pas toutes au même genre littéraire. Il y a une partie enquête, résolution d’énigmes, d’autres nouvelles laissent le lecteur dans le doute d’un fantastique inexpliqué, et il y a même de la science-fiction.

10_auteursCela corrobore avec ce qu’en dit Stéphane Mouret : Jérôme et moi, au début, pensions avant tout écrire des histoires au sens d’intrigues, comme un enchaînement de péripéties. Cependant, nous avons réalisé que les membres du club Diogène étaient devenus d’une certaine manière plus importants que les aventures qu’ils vivaient. Nous reprenons de nombreux thèmes du fantastique […]. Je crois sincèrement que la plus grande originalité que nous apportions à tous ces monstres et à ces clichés est de les passer à la moulinette Diogène, de les confronter à nos énergumènes. L’intrigue peut être relativement convenue, le traitement ne le sera pas. D’intermédiaires qu’ils devaient être à des histoires fantastiques, policières ou horrifiques, nos personnages ont été promus attraction principale. C’est un phénomène naturel propre aux séries, je présume. Puisqu’ils sont indélogeables, les auteurs et les lecteurs se prennent d’affection pour les personnages.

Dans Le club Diogène nous voulons depuis toujours et encore maintenant écrire des histoires, mais les personnages ont insensiblement pris le dessus avec les années, et au jour d’aujourd’hui nous sommes surtout intéressés par un travail sur les ambiances. Si les deux premiers recueils ont été assez libres et lâches dans leur composition, le troisième a été davantage construit ; quant au quatrième, sa structure frisera celle des chapitres d’un roman. Davantage qu’un panel de récits répondant à des inspirations ponctuelles ou à des humeurs momentanées, il y a dans cette série, qui avance lentement (trois tomes en vingt ans), une évolution d’un recueil à l’autre. Puisque Jérôme et moi avons le temps de changer, les livres ont beau faire partie de la même série, ils s’en ressentent.

L’un et l’autre, nous tenons absolument à intervenir autant à chaque phase de la création : la recherche des idées, l’élaboration des synopsis, l’écriture des premiers jets, la reprise des textes. […] Avec les années, nos deux styles pourtant différents se sont infléchis l’un vers l’autre lorsque nous écrivons les histoires du Club. Puisqu’il s’agit d’une oeuvre par nature très artificielle, très fabriquée (contexte historique précis, décadentisme de la langue, clins d’oeil littéraires, grand usage du deuxième degré…), cela a été somme toute assez facile de nous doter d’un style Diogène unique, où il est de moins en moins facile d’identifier la part qui revient à chacun (extrait de cet article sur l’antre du poulpe).

Le club Diogène est donc un club occulte que nous ne rejoignons pas facilement : des énigmes attendent le nouveau venu qui témoignera d’embardées improbables. Sa vie ne lui appartiendra plus. Elle disparaîtra dans les brumes d’une époque dangereuse. Obscures, oniriques et macabres, les aventures qui se dévoilent ne sont pas celles de banales témoins d’une période de grands chamboulements. Si chaque nouvelle est une petite aventure, elles se situent dans un contexte précis. D’ordinaire, elles ne se suivent pas, pourtant tout est condamné à évoluer.

VII. L’interview continue

Une nuit au club Diogène a requis deux longues années d’écriture. Les auteurs s’octroient toujours un an de vacances entre chaque volume, ce qui explique notre attente. « Comme ce sont des nouvelles assez longues, qu’il faut que l’on se mette d’accord sur les histoires, qu’on écrivent les synopsis, rédigent nos parties, puis qu’on les reprennent, les délais sont assez importants », explique Stéphane Mouret.

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Ci-dessus, une séance photos improbable dans les souterrains du Dernier bar…

Il a fallu effectuer un plus ample travail de recherche dans ce livre, puisque les personnages voyagent. « Nous souhaitions rester dans le contexte historique. Les nouvelles ont été difficiles à démarrer, puisqu’il a fallu que l’on s’approprie les personnages qui ne ressemblent pas aux héros parisiens auxquels nous sommes habitués. J’ai pris un réel plaisir à les faire parler les uns après les autres », nous avoue Jérome Sorre. – Pour plus d’information sur la méthode de travail de Jérôme Sorre et Stéphane Mouret, référez-vous au premier article dédié au club Diogène !

Stéphane Mouret : Ce nouvel opus est très différent des précédents. Déjà, il n’y a pas d’indication de temps et de lieu. Pour la première fois depuis le début de la série, nous allons avoir des récits à la première personne. Chacun des sept membres du club va raconter une partie de son histoire pour éclairer la situation dans laquelle nous les avons quittés. L’histoire se déroule en une seule nuit. On va rester confiné dans une même pièce. Mais nos personnages vont nous faire voyager pas seulement à travers les années qui avancent, mais dans le passé et dans différents lieux.

Lorsque Jérôme et moi avons eu l’idée de ce volume, ce qui nous amusaient (mis à part le fait de révéler plein de choses à propos des fondations du club Diogène), c’était de coincer nos personnages dans une espèce de huis clos et, en même temps, d’éclater tous azimuts dans l’espace et dans le temps. Nous arrivons au quatrième tome sur sept. Il était important pour nous de faire obliquer la série au travers d’un volume charnière.

Poulpy : L’absence d’un cadre précis vous a donc procuré une plus grande liberté d’écriture.

Jérôme Sorre : Oui. Les environnements sont différents. On fait voyager le lecteur aux États-Unis, à New York, en Italie, à Florence, en Russie, en Sibérie, en France, en Bretagne… Les ambiances historiques qui en découlent sont très particulières. Nous avons adopté différents tons. Chaque membre a sa personnalité. Il nous a fallu trouver un style propre à leurs façons de s’exprimer. C’était parfois difficile puisque certains récits démarrent pendant leur enfance. Et il a fallu s’adapter à ce que l’autre avait pu commencer pour aller dans le même sens, écrire d’une façon similaire, maintenir le ton.

Et puis il y a l’action en temps réel, angoissante, où les membres sont prisonniers dans leur suite 52. Ils se demandent ce qui va leur arriver à la fin de la nuit. Il y a des histoires d’épouvante, et nous retrouvons des personnages secondaires prêts à en découdre, comme Ténèbre.

Stéphane Mouret : Certaines voies étaient plus faciles que d’autres. Celles-ci prédisposaient les ambiances. Même si la menace de Monsieur plane en permanence, on ne peut pas parler d’un ton unique. On retrouve la variété du club Diogène au travers des nouvelles.

Ce n’est pas pour rien que ce volume est transitoire puisque nous arrivons à mi-chemin de l’histoire. Chaque personnage à droit au chapitre : raconte son arrivée au club Diogène, ce que l’organisation lui a apporté, ses découvertes par rapport à Monsieur. On découvre beaucoup de choses au sujet du fondateur du club, avec qui ils vont entretenir une relation plutôt conflictuelle.

12_cthulhu2Poulpy : La grande intrigue passe maintenant avant les petites.

Jérôme Sorre : L’énigme est découpée en sept récits. Cela change aussi en terme de tailles. Les nouvelles tiennent sur quarante pages. Entre les récits, dans des interludes, chacun assemble les morceaux du puzzle sur Monsieur. Le portrait qui prend forme est de moins en moins rassurant.

Poulpy : Le lecteur pourra-t-il résoudre l’énigme en cours de lecture ?

Stéphane Mouret : Il n’est pas possible de tout anticiper. Pour les lecteurs familiers, certains points sont clairement mis sur les i, mais il y a une part de vraie révélation.

Poulpy : Reparle-t-on de l’ancien membre qui a disparu tragiquement ?

Jérôme Sorre : On peut comprendre des choses sur ce personnage, sur sa mort, à la lecture du tome4, car il réapparaît dans le récit d’une personne qui lui était très proche…

Poulpy : Les personnages sont réellement au centre du nouveau Diogène. Comment avez-vous décidé de les concevoir, dans cette suite ?

Stéphane Mouret : Nous étions partis sur des personnages cocasses, et, dans ce volume-là, le côté sombre s’approfondit encore. Par contre, on retrouvera cet aspect cynique et guignol qu’on ne veut pas perdre. Comme Une nuit est accès sur l’intrigue principale, il n’y avait guère de place pour la légèreté. Étrangement, c’est dans les interludes que surviennent le côté burlesque et la tonalité ancienne. Le prochain livre aura encore une structure différente. Il nous faut rester dans la continuité tout en apportant des variations. Personnellement, si j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ses histoires sombres, l’insouciance des débuts me manque. J’ai une petite idée de la manière dont on pourra la retrouver : il faut débrancher Monsieur. Chaque fois qu’il arrive, forcément, cela créer des tensions.

Poulpy : Que ressentez-vous vis-à-vis de cette transition graphique entre la Clef d’Argent avec Fernando Goncalvès-Félix, et Malpertuis avec Patrick Mallet ?

Stéphane Mouret : J’aimais beaucoup ce que faisait Fernando, surtout ses portraits. Lui qui ne nous avait pas rencontrés avait créé de petites ressemblances entre nous et le duo Vayec/Franklin. Patrick Mallet, avant de travailler avec nous, était déjà un grand fan de la série. Il était naturel qu’il fasse les couvertures. C’est un style complètement différent, beaucoup plus coloré grâce au travail de Laurence Croix.

Jérôme Sorre : C’est super de voir ces visions de personnages qui peuvent correspondre aux différents ressentis des lecteurs.

Stéphane Mouret : Nous avions en projet de faire illustrer les textes par différentes personnes, telle Tiffanie Uldry, qui a une patte très élégante.

VIII. Quant à la suite…

Poulpy : Nous savons qu’il y aura un roman, est-ce le cinquième opus ?

Jérôme Sorre : Non, ce sera le septième tome. Dans le cinquième, nous allons revenir aux bases avec des nouvelles et l’arrivée de nouveaux personnages, car il y aura des morts… Nous les remplacerons. Dans ce quatrième livre, un personnage qui croyait être présent n’est plus là. Cela ne peut se comprendre qu’en lisant.

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Poulpy : Du coup, dans ce quatrième volume, il y a une résolution : un début, un milieu, une fin.

Jérôme Sorre : Il y a une évolution. On apprend des choses, c’est sûr, mais tout ce que l’on découvre ne fait que suggérer de nouvelles questions. Par la suite, il faudra que Monsieur et le club Diogène établissent de nouvelles relations. Un nouveau rapport s’instaurera pour que le club continue d’exister. Nous arrivons à une impasse. Les comptes ne sont pas soldés. Nous devrons repartir sur de nouvelles bases. Les récits ne sont plus totalement indépendants des autres avec cette intrigue de fond : Monsieur, qui est de plus en plus présent. Nous avons atteint un climax, il faudra redescendre.

Poulpy : Vous avez donc une idée précise de la fin.

Jérôme Sorre : On a quelques grandes lignes, même si nous ne savons pas tout ce qui va arriver. Nous tâchons de préserver le plaisir de l’improvisation, que nous avons lorsque nous attaquons un livre. Nous ne souhaitons pas être des secrétaires mettant par écrit des idées datant d’il y a vingt ans.

Stéphane Mouret : Nous avons la dernière image. Nous savons quels membres du club seront là pour la voir. L’évolution globale, nous pouvons la faire tenir en peu de lignes. Il nous reste à créer et à inventer.

Poulpy : Donc où en êtes-vous au niveau de l’écriture de vos trois autres livres ?

Stéphane Mouret : Pas loin du tout !

Poulpy : Cela signifie qu’il faudra attendre longtemps ?!

Stéphane Mouret : Il faudra attendre autant de temps que lors de la parution de ce volume (entre deux et trois ans). Il faut qu’on sorte un peu du club. Nous avons nos propres projets. Lorsque nous faisons une pause dans la série, nous y revenons avec plus de plaisir et de fluidité. Si nous avions écrit un tome par an, ils ne correspondraient qu’à une petite période de nos vies. En vingt ans d’écriture, nous avons changé, nos personnages aussi. La série évolue avec nous. Cela nous fait quelque chose d’éliminer des membres du club Diogène. On est content de les retrouver. Les amis, nous avons envie de les garder longtemps. Donc on prend notre temps pour écrire.

IX. Pour en revenir à La nuit

Poulpy : Qu’elle est votre impression à la sortie de ce volume ?

Jérôme Sorre : On en est super content. Je trouve que c’est l’une de nos plus belles réussites. En plus la couverture est superbe. Le livre est plus épais que les autres. Il en impose.

Stéphane Mouret : C’est le tome qu’il nous fallait. Si on s’était dépêchés de l’écrire, il y a quinze ans, on n’aurait pas eu ce rendu. Et cette ombre de Monsieur projetée sur l’Imperial donne envie de pénétrer à l’intérieur de l’hôtel, de ce club,.

Poulpy : Y a-t-il une nouvelle sur laquelle vous aimeriez revenir afin de partager vos impressions d’écriture ?

Jérôme Sorre : J’ai particulièrement aimé écrire l’histoire de Fédor. Et celle de Vayec.

14_persosStéphane Mouret : Nous les écrivions toujours deux par deux pour pouvoir avancer à un bon rythme. Au bout de quinze jours, nous nous échangions nos textes. Travailler parallèlement sur deux univers nous prenait six mois. Je retiendrais la nouvelle de Franklin qui se passe dans notre région. C’est une histoire provinciale où l’on découvre Franklin dans son environnement naturel. On a multiplié des clins d’œil personnels. On imagine même que certaines actions se déroulent dans des lieux où nous avons vécu et où nous vivions. On s’amuse en tant qu’auteur. Le récit de Camille m’a beaucoup plu parce que c’est le seul Diogène réellement international. On va découvrir Camille avec son père, chassée d’un pays, d’un paysage, à un autre, à travers le monde, alors qu’elle n’est qu’une enfant. Alors là, on a eu des multiplications de couleurs dans nos parties : L’Égypte, les États-Unis, l’Irlande… Ce recueil, fonctionnant à la manière de flash-back, permet de découvrir nos chers personnages dans d’autres univers.

Poulpy : N’avez-vous pas peur, en faisant un tel éclairage, de dissoudre l’aspect mystérieux des membres ?

Jérôme Sorre : Ce n’est pas non plus une biographie exhaustive de leurs vies. Ça les complète, mais ils gardent une part de mystère.

Poulpy : Franklin et Vayec, vos avatars, sont-ils toujours aussi proches de vous ?

Stéphane Mouret : Nous n’avons plus grand-chose en commun. À l’époque, nous voulions nous mettre en scène de la même manière qu’on multiplie les clins d’œil de nos origines bizantines ou bretonnes. Au bout de quelques récits, les personnages se sont détachés de nous. Nous ne nous projetons plus.

Jérôme Sorre : Les personnages sont devenus « réels ». Ils ont une existence bien à part, même s’il y a quelques réminiscences de temps en temps : Franklin maladroit, timide. Vayec le taciturne…

X. Pour conclure cet entretient

Poulpy : Que pouvez-vous nous dire sur votre engouement du Paris fin de siècle ? Quelle en est la cause ?

Stéphane Mouret : Paris, pour moi, est une grande inconnue. Je ne suis pas un familier des lieux. Ce qui me permet de concevoir un Paris mythique, un Paris de mythologie vivant surtout au travers de nos lectures. Même si on tient compte de l’évolution historique, notre Paris est littéraire. Il correspond à notre engouement pour certains auteurs (Huysmans, Villier de L’Isle-Adam…). Ce pour quoi, dès l’invention du club, il nous fallait la capitale.

Jérôme Sorre : C’est un Paris fantasmé. L’époque, surtout, nous plait beaucoup par son esthétique et son ambiance. Nous retrouvons le Londres victorien de Jack l’Éventreur, du docteur Jeckyll et de mister Hide… La révolution industrielle génère de nombreux phantasmes et nous nous sommes nourris de sa littérature. Il n’y a pas, ici, les réalités crues de notre siècle.

Stéphane Mouret : Nous ne faisons pas tant référence à Paris qu’à Londres, avec ces récits victoriens à la Stevenson ou les histoires d’Oscar Wilde. On a transplanté Londres en France de par notre nationalité.

15_pressePoulpy : Pourtant vous parlez de lieux appartenant au folklore de notre capitale.

Jérôme Sorre : Oui, on s’est renseigné pour ne pas se tromper dans les rues et dans les inventions. On essaie de coller au réel.

Stéphane Mouret : En arrivant, Jérome est tombé sur la façade d’un magasin datant de 1870, Le renard blanc, spécialisé dans l’éradication des nuisibles. L’enseigne était toujours là, dans le premier arrondissement, près de la place Sainte Opportune. Nous utiliserons probablement ce lieu ! Des nuisibles, dans le club Diogène, ce n’est pas ça qui manque.

Poulpy : Lorsque vous décrivez l’action, qui se déroule à l’époque victorienne, vous courez le risque de vous faire rattacher à la mode steampunk.

Jérôme Sorre : Si c’est un genre que j’aime bien, Le club Diogène n’appartient pas à ce mouvement.

Stéphane Mouret : Moi même je n’en lis pas. Je ne mélange pas le steam et le punk. Mais ce rattachement ne nous gêne pas. Nous sommes plus dans la reconstitution fidèle que dans la science-fiction, même si certains faits et mentalités relèvent de notre époque.

Poulpy : Mis à part ses points cités précédemment, sur quoi repose Le club Diogène ?

Jérôme Sorre : À l’origine, cette littérature est un peu fantasmatique. Des personnages s’ennuient dans leurs vies, comme quatre-vingt-quinze pour cent des gens. Que peuvent-ils faire pour se désennuyer ? Tient, et s’ils s’unissaient et s’autorisaient, en quelque sorte, tout. Nous ne voulions pas nous fixer de limite morale ou intellectuelle et s’ils pouvaient enquêter sur le Fantastique, ce serait super ! L’idée est celle de personnes prêtes à tout pour vivre des aventures inouïes et inavouables. Le club Diogène a pris le pas, a conçu un lieu de survie contre Monsieur, est devenu autonome. Les personnages ne cherchent plus du tout à se désennuyer.

Poulpy : Désormais, on ne s’identifie plus aux diogènes. On ne les envie plus autant. Le lecteur reprend la place qui lui est due : celle du spectateur. Cette liberté des genres, abordée précédemment, fait que le club n’appartient pas à une branche en particulier. L’aventure qui va suivre nous entraine dans un intimidant Grand Inconnu. Rassurons-nous toutefois,

« Le club Diogène a encore de belles et difficiles années devant lui. »

XI. Une nuit au club Diogène

Quelques instants seulement nous séparent des derniers rebondissements du tome 3 : hagards, à peine extirpés des ténèbres du Paris infernal, nos trublions couraient se retrancher dans la suite 52.

Là-haut, ils vont réaliser qu’il ne leur reste peut-être qu’une nuit pour se raconter leurs vies, celles d’avant le Club… et tenter de survivre à celui qui les attend en bas.

Sept récits, sept voyages à travers le monde, au gré des soubresauts de l’Histoire, pour découvrir les origines du club Diogène, et celles de son plus grand mystère… Monsieur. Cf. Malpertuis. Cliquez sur ce lien pour découvrir un extrait, voir commander le livre !

01_coverAttention ! Avant de lire ce qui va suivre, mieux vaut prendre connaissance des précédents volumes de la série. En plus de vous spoiler sur l’identité des morts, des nouveaux venus, sur la vie secrète des membres, on vous révèle la fin du troisième volume de la série : l’ultime aventure. Prenez garde donc, car, à partir de maintenant, nous violons toutes les règles.

Résumé du troisième volume. Suite à la mort de Lison, nous refaisons le tour des lieux que hanta la fine équipe, suivons un Monsieur de plus en plus dédaigneux, de plus en plus maléfique (pour ne pas dire démoniaque). La mise en garde de cette fougueuse jeune morte résonne au sein du club. Il semble voué à un destin horrible pour le corps et l’âme. Une malédiction pèse sur les diogènes. Nous comprenons trop bien à qui ils la doivent. Nous comprenons qu’un enfer, ouvrant sa gueule dans les caves du Chat Noir, les destine à une horreur infinie. On leur ordonne de s’y rendre (la première nouvelle de ce livre étant un tragique préambule à la suite, un indice majeur à propos du futur du club). Mais pourquoi Monsieur tient-il tant à les voir périr ?

Le patron a déjà choisi une remplaçante à Lison : Sara. Jeune femme garçonne, vive, en possession de connaissances arcanique occultes. Elle pourrait être sympathique, si elle n’avait pas dans son entourage des personnages horriblement malsains. Cette fille est une énigme. Nous nous questionnons à propos du réseau dont elle fait partie. D’ailleurs, que penser de celui de d’Orville ? Il s’avère être franc-maçon ! Tandis que les sociétés secrètes, sectes et autres mafias, se font démanteler par l’équipe, un drôle d’enquêteur se joint à nos « héros ». Paul Dancan, c’est son nom. Il jouera certainement un rôle important dans notre affaire. Lui n’a pas encore rencontré le surnaturel qu’aborde le club. Sait-il que Paris est percée de trous, comme un gros gruyère, et que de ceux-là surgissent des créatures infâmes ?

Après s’être cantonné aux quais de Seine dans le second volume, ce qui s’est clôturé par une mort en eaux profondes, on se fait peur dans un Paris souterrain, avec pour conséquence un malheur similaire. La maladie de Vayec lui a fait frôler la mort. Il ne reste de lui qu’une ombre amorphe. L’homme se remet peu à peu de ses épreuves, tandis que le tour cruel d’un ami démon à Monsieur broie les jambes du Maréchal. Il ne peut désormais qu’attendre ses amis dans la suite 52, privé d’aventures comme il l’est. Fédor dérive dans sa littérature et les paysages de son pays. Franklin grandit, cachant un monstre tapi en lui, Camille vieilli, gifle la mort. Mais elle revient en trombe, prête à ravir une âme perdue. Tout à coup, le fantôme d’un ancien diogène intervient ! On suit la piste laissée par Mac Logrin, un disparu du club qui anticipa sa mort, tout comme le fit Lison, sa descendante, que Monsieur prévint de la vengeance qu’on avait orchestrée pour sa personne.

Mac Logrin, vieil ami du Maréchal, enquêtait sur Monsieur, sur l’affreuse lignée du club remontant à des âges obscurs. Le club entre en possession du plan du Paris infernal dans lequel nombre de diogènes trépassés sont piégés. Ils s’y engouffrent et entrouvrent un étrange livre, le Livre des comptes du club Diogène, où sont répertoriés, de la main de Monsieur, les morts sur des générations. Le personnage est immortel. Une organisation, dont le sceau est celui du démon Krenhen, l’entoure… Des ombres rodent dans ses souterrains, et le club fuit sans prendre possession de leur butin. D’Orville a déchiré une page du livre des comptes, dont le contenu l’a terrorisé. Ainsi nous refermons notre livre avec une ultime image en tête : le club, se réfugiant au dernier étage de l’hôtel Impérial. Monsieur, courroucé, s’y dirige, lentement, prêt à en découdre…

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Ci-dessus, les dessins préparatoires de Patrick Mallet pour la réalisation de la couverture.

Ce quatrième volume. La rythmique n’empiète aucunement sur le lyrisme, pour notre bonheur comme notre malheur, car lorsqu’on se surprend à dévorer, il est difficile de ralentir la cadence. Aucune dégustation, donc, au buffet des diogènes. Eux n’en ont guère (de gêne… J’espère que vous pardonnerez ce mauvais jeu de mots). On nous a coupés en plein élan, le cliffhanger était hallucinant, ignoble ! Attendre, durant plus de deux ans, la finalité de cette débandade, les révélations de tous, fut une sinécure. Relire le tome trois est donc primordial pour celui qui souhaiterait retrouver l’état d’esprit du club. Pénétrer, après une course poursuite, dans cet hôtel Impérial que le lecteur, comme les personnages, était pressé de rejoindre, est un soulagement. Pourtant l’heure n’est pas à la détente. Un monstre rode au-dehors, et peut-être même dans cette retraite.

XII. Les nouvelles

Si les nouvelles sont, d’ordinaire, assez longues, là elles se surpassent en nombre de pages ! Comme nous vous l’avons expliqué plus haut, chaque récit est entrecoupé d’entractes : des dialogues drôles, effervescents, rebondissent comme il se doit. Nous commençons par lire l’aventure du Maréchal, qui nous a déjà bien renseignés sur ses premières années au club. C’était dans le précédent volume. Laissé seul dans la suite 52, il a eu le temps de rassembler ses souvenirs… Et a accueilli malgré lui des horreurs. Les premiers indices concernant Monsieur sont de taille, l’énigme de d’Orville tarde à se résoudre. Il nous faut donc être patients, tout comme Monsieur, et espérer une réponse à nos questions, qui ne viendra peut-être pas. Nous resterons vagues sur l’histoire, afin de ne pas gâcher votre plaisir de lecteur…

Artifices (le maréchal raconte)

Nous franchissons doucement les dernières barrières du club, car le Maréchal révèle plus de choses qu’il ne le devrait. Si les lois du club Diogène sont strictes, chaque membre eut, par le passé, l’occasion de les violer. L’aîné du groupe ne s’en cache plus : le point de non-retour est dépassé. Au récit de la traversée des enfers, conté par ses amis, il ajoute le sien : une aventure effectuée longtemps avant leur intronisation à tous. Le maréchal a un style chaloupé. Il s’étend souvent dans les détails, comme nous l’avons vu dans le compte-rendu d’une mission effectuée en maison de retraite (c’était dans le second volume, un gang de vieux gouvernait la pègre de Paris). Sauf que là, il n’utilise pas la même légèreté de ton. Quoique l’humour transparaît et nous fait oublier bien des horreurs… Nous avons vaguement rencontré Mac Logrin, curieux acolyte à la vie secrète fascinante. Notre curiosité vis-à-vis de ce personnage est épanchée : l’aventure du Maréchal est également la genèse de leur amitié.

Le Maréchal nous conte dans le même temps la manière dont il a rejoint le club. Jeune soldat à la recherche de gloire, il nous entraîne dans les guerres napoléoniennes. Nous oublions facilement le club, tant l’aventure est prenante : on aurait presque envie de rejoindre « Victor », malgré l’absurdité de sa campagne. Amusante perspective. Ma guerre du Maréchal est-elle si reluisante qu’il n’y paraît ? Car nous nous apprêtons à quitter Paris, en fanfare, pour l’Algérie. L’histoire couvre des lieux. Ce n’est pas la seule à nous mener ainsi. Le passé veut ça. Pourtant, la vie de Salon d’artistes nous retarde. Le Maréchal sent la décadence des poètes le gagner. Il découvre le spleen. Quel tempérament, Maréchal ! Il n’en devient que plus attrayant, avec sa douce nostalgie. Le Maréchal n’oublie pas son indélébile ironie que nous aimons tant. Il a parfois les caprices d’un enfant, le vieillard.

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Son récit, c’est l’amuse-gueule hilarant qu’il nous fallait pour oublier… Et pour nous rappeler une chose, grave malgré l’humour, c’est que nos démons nous poursuivent. Nous en recueillons tous un en nous. Les choses que nous avons déjà rencontrées se montrent, moqueuses. Elles sont décidées à gâcher la vie de leur proie. Le club Diogène ne serait qu’une affaire de vengeance, celle de créatures démoniaques ? Est-ce pour de tragiques déboires avec ces choses informes que les membres sont recrutés ? Nous découvrons le genre de travaux auxquels les diogènes doivent se confronter afin d’atteindre la suite coquette du club. C’est une tâche bien dégradante, qui confine le futur diogène dans son malheur. Comme si Monsieur profitait des faiblesses, de la honte, du péché, de chacun pour les guider dans son plan maléfique. Le club est mené par un diable exaltant les tares humaines.

Ma part d’ombre (Vayec raconte)

Le club immoral, criminel, n’apparaît pas comme un endroit où l’on passe du bon temps entre amis. C’est un rassemblement de monstres, désespérément trop humains pour Monsieur, dans son envie de pointer le vice du doigt. C’est, pour lui, « distrayant et instructif ». C’est au tour d’une autre personne de s’y inscrire… L’évocation du passé de Vayec, sombre, trop peut-être, puisqu’il est vraiment pitoyable, permettra au lecteur d’éclaircir le mystère entourant ses parents et l’assassin de sa famille, qu’il enferma dans une chambre du phare breton dont les « Vayec » avaient la garde. Une chambre dont il n’ose ouvrir la porte, des décennies après son crime si peu honorable, qui fit de lui un orphelin. Tel est notre Vayec. Rappelez-vous de son aventure avec Ténèbre, une créature qui revient le hanter. Il nous en reparle en guise de prologue. Nous avons, alors, quelques réminiscences sur l’aspect véritable de Monsieur.

Celui de Vayec est bien glauque, aussi. Vayec a ses problèmes : il s’est fait sucer le sang par une chose immonde. Quelques gouttes versées le condamnent peut-être à l’horreur de sous-terrains qu’il a trop arpentés. Vayec enfant, apeuré, en avait, des ennuis, à croire que ça le poursuit. Orphelin de Saint Malo, il nous dresse succinctement le portrait de la ville, de son folklore appris avec soin, le tout sentant les embruns. Le conte est une histoire d’héritage, classique, du genre que l’on racontait souvent à cette époque, même si le style est plus cru. Même si l’horreur est plus psychologique, plus informe et cruelle. Vayec est un personnage perdu dans une civilisation trop constipée pour lui. Il ne connaît rien de noble, même s’il fait partie d’une lignée de ce type. L’abandon de tous, la méconnaissance de l’amour, en a fait un type hargneux et autodestructeur. Vayec, recueilli par une étrange famille riche, se trouve mêlé à un secret délicat.

Sa peur du noir s’explique. Le triste garçon laissé à ses cauchemars nous émeut, ce qui n’est pas très diogène. Nous sommes plus habitués au comique qu’au tragique. Avec lui, bien souvent, les deux se mêlent. Une aura dépressive entoure ce récit. Vayec est hanté par les ombres prenant vie. Il ne connait jamais de repos, tel un fou croyant à ses hallucinations surnaturelles. La Ténèbre est pourtant bien réelle. C’est un familier, comme d’autres, qui relie les membres du club. La nature de cette affiliation dangereuse est connue. Le cadre, à moitié dans un manoir, l’autre dans un phare, est plaisant à qui connait ses classiques. Monsieur joue avec ses diogènes ne comprenant pas sa haine, et s’approche, lentement, un peu plus, de la suite 52…

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Ci-dessus, les portraits, ombres et lettrines réalisées pas Fernando Goncalvès-Félix.

Un lâche sur mesure (d’Orville raconte)

Ainsi Monsieur confronte chaque membre avec son cauchemar sur mesure. Pour ce lâche de d’Orville, il ne faut pas chercher loin : son point faible, c’est Lison. Une morte dont Monsieur se sert comme d’une énième démonstration de sa puissance. D’Orville nous étonne, car il laisse tomber le masque de l’homme sûr de lui, qu’il porte en permanence, pour afficher un horrible dégoût de lui-même, et même une bonté qu’il camoufle dans son rôle de goujat. L’exploit est tel qu’il en devient sympathique ! Plus d’affreusetés sortant de sa bouche, qu’un récit ou le dédain est tourné vers lui-même, une histoire d’un macabre sans raffinement traité avec dérision. L’homme s’apitoie et repousse son chagrin avec un cynisme faisant de lui le diogène que personne ne s’imaginait. On rougit de lire tant de nouvelles tendres, s’opposant avec brio aux récits habituels, pourtant moins revêches. L’importance se situe-t-elle dans les aventures, ou dans les réactions de chacun face à elles ?

On se serre de plus en plus les coudes, dans cette suite, sans faire de démonstrations niaises de bons sentiments, comme en possession de l’esprit des combattants. Ne vous fiez pas au titre : d’Orville est un héros. Certes, peu ordinaire et non vaillant comme d’autres chevaliers servants. On ne vous raconte pas l’histoire comme s’il s’agissait d’un fait d’armes, mais d’une manière très originale : sur le ton de l’aveu d’un condamné, cherchant, dans la cour du tribunal, un prêtre salutaire. Là où nous nous figurions le ton ampoulé du bourgeois qu’il est, nous tombons sous le charme fiévreux d’un esprit au bord de l’hystérie. Un être aux mots aussi gras que lui, ambitieux, cherchant dans sa vie replète un charme occulte qu’il ne trouve pas, qu’il ne cherche pas dans la poésie trop peu défroquée. L’homme veut de l’aventure et s’en repend, comme si le pacte qu’il avait signé exigeait un payement insupportable en plus d’être vicieusement différé.

Malgré l’intelligence de chacun, personne n’a pris le temps de noter les clauses de leur engagement, tacite pour certain, piégeant pour tous. D’Orville a fait face à l’orgueil du riche prêt à rabaisser le monde afin de flatter sa réussite sociale. Il joue au connard, car son entourage est rempli de ces modèles obscènes de richards, que notre homme souhaitait détrôner afin de faire régner un semblant de justice dans cette mare ! Comme tout diogènes, il est entaché par des morts. La vengeance de Monsieur est-elle biblique ? Les cadavres semés sont au prix de cruelles manipulations qui ont forgé nos sept âmes au combat. D’où le retour de la grande question : que leur veux Monsieur ? Qui les sort d’un abîme pour les jeter dans un autre, qui les dessoude de toute morale, afin qu’ils se damnent eux-mêmes.

Dans la gueule d’Ugolin (Camille raconte)

Autre sorte de jeux de mots, de blagues malsaines, d’allusion à l’enfer. L’impuissance de chacun face au destin est si poignante qu’on se demande s’ils arriveront, tous, à frimer de nouveau. L’enquête continue en Irlande, pays natal de Camille. La narration est belle, enivrante. Camille rêvasse comme elle a l’habitude de le faire. Elle sublime les décors sauvages et une relation avec son père, qui fuit on ne sais quelle vendetta. Condamnée, elle aussi, à se cacher, elle existe secrètement. Le club est taillé pour elle. C’est un repère trop beau pour être bon. Tout comme cette île symbolisant le merveilleux, la féerie de son enfance, qu’il faut pourtant quitter, dramatiquement, afin d’atteindre un autre âge, un autre état d’esprit, un autre port. La petite famille, reniée de tous tels des voyageurs maudits de romans gothiques, sème sans le vouloir des morts sur son passage. Camille est condamnée à la solitude de l’exil.

20_diogenes1Ci-dessus, Camille et Vayec. Fanart de Poulpy.

L’histoire a tout d’un conte perdant sa prose naïve à mesure que l’enfant grandit. New York, la sale, désillusionne la petite qui, peu à peu, déprime. Elle ne sait à qui se rattacher, si ce n’est à des fantômes, et résiste doucement à l’appel de ses démons. La malédiction entraine ensuite en Égypte, dans le bassin méditerranéen, puis à Florence. Des secrets immémoriaux émergents de fouilles, réminiscences d’un entrain national pour cette partie du monde à l’époque de notre histoire. Camille étudie alors ses conditions de recluse. Elle découvre certaines réalités d’un monde hors de portée, elle qui est prisonnière d’un père absent. Ce père de plus en plus louche, cherche une révélation dans un mystère antique, cache une part d’ombre se reportant sur sa fille, au risque de lui porter gravement atteinte.

Qu’importe l’atmosphère, elle sera toujours décrite avec le soin poétique d’un expatrié. L’heure est aux explications (les textes s’accompagnent de commentaires et se recoupent), aux révélations, car l’éducation de tous explique des comportements incongrus, et révèle l’identité sous couvert de la cacher derrière le masque diogène. Camille est celle qui détient le plus de connaissances, même sibyllines, sur une guerre presque biblique entre deux forces immémoriales, qui se répercutent sur les œuvres d’art dantesques de Florence. Ce récit est le plus poignant, déjà parce qu’il se trouve une véritable évolution du personnage, mais aussi parce que l’idée d’un conflit en background de la série prend beaucoup d’ampleur. Et je ne parle même pas du style ! La figure du double et celle des fantômes d’ancêtres sont des classiques, nous disent les auteurs, qu’il leur fallait représenter.

Le saint fantôme (Franklin raconte)

Certains personnages ont plus de corps de d’autres. C’est le cas de celui-ci, que les auteurs animent grâce à leurs expériences. Ils mettent beaucoup d’eux-mêmes dans les récits de Vayec et Franklin. Ce dernier est un personnage que nous sous-estimons beaucoup. Lui a compris bien des choses au sujet de l’intrigue, tant parce qu’il aime les énigmes, qu’à cause d’un passé trouble. Il révèle la sombre affaire se cachant derrière la « succession » diogène (dont il ne faudrait pas trop parler) en puisant dans les souvenirs de son admission. Franklin n’est pas un pécore comme les autres ayant rejoint la capitale pour des raisons financières, mais une âme en peine fuyant, lui aussi, un héritage… Quel monstre sommeille en lui ? Cette créature ignoble qu’il a failli révéler à tous ? Quelle est sa « part de ténèbres » ? Certaines choses, là encore, prennent tout leur sens…

L’affiliation des membres semble être semblable à celles de leurs prédécesseurs, qui ne nous sont plus totalement étrangers. Un démon a appâté nos héros. Malgré leurs horizons distincts, nous leur trouvons des similitudes. En plus du biblique, nous en retournons à notre mythologie pour une leçon comme sais bien le raconter cet avatar d’instituteur. On rencontre, dans la belle et grande école de Besançon, Stéphane Mallarmé. Fait réel, il y enseignait. L’historicité de cette nouvelle est en partie due à la bonne connaissance des lieux dans lesquels ont étudié nos écrivains férus de Lettres. Ceci n’est pourtant pas autobiographique : on ne fait que partager les souvenirs communs d’une jeunesse heureuse, histoire d’adoucir le ton de la catastrophe. Franklin, d’ailleurs, et le premier à se moquer de ce type de niaiserie qu’accompagnent ses déboires d’amoureux transit. Sa routine d’étudiant féru de poésie n’est pas plus reluisante que celle de son amour de jeunesse (une nonne…).

21_diogenes2Le pieux héros a tout d’un médiocre être banal, sans passion, qui ne plairait pas à Monsieur à cause de sa grande bonté. Trop grande… pour être bonne. La nouvelle est loin d’être pudibonde. Elle est hilarante, à la Diogène, dans un cadre informel, caricatural sans être lourd, étonnant par des figures de style auquel Flanklin nous habitue. Le jeune homme s’éveillant à toute sorte de péchés s’empêtre dans un mystère ayant lieu au sein d’un couvent pas très catholique, comme il se doit, bien sûr. On rigolerai de ses cavalcades, s’il n’y avait pas cette manipulation audacieuse, ses crimes infâmes, se dissimulant derrière les faces de sa modeste famille simulant la banalité. Les enjeux du club sont là, mais les morts ne peuvent les lui révéler. Les diogènes sont relayés à la place d’enfants que l’on préserve des malheurs au lieu de les préparer.

Les bois du Sous-sol (Fédor raconte)

Il manquait un point cardinal à notre expédition. Direction le Nord avec l’un des anciens du club, bien connu pour ses disparitions et son incommunicabilité. Ce morne personnage prend son temps pour recoller les dernières pièces du puzzle « Monsieur », qu’il place comme celle de son jeu d’échecs. Le club est acculé, mais Fédor, défensif, n’a pas dit son dernier mot… C’est avec étonnement qu’on découvre une partie de la vie de cet homme mystérieux, hors de portée de notre compréhension, doté d’une violence qui nous a étonné plus d’une fois. Nous le savions terroriste et en exil. Nous ignorions à quel point. Son aventure est celle d’une vengeance, entreprise dans sa terre natale, en compagnie de Monsieur. Lui qui est d’ordinaire qu’une ombre évasive a partagé des instants de sa longue vie, manigançant un test osé. Il a, par vanité, exposé une partie de son plan machiavélique !

Fédor est une personne haineuse. Il sera toujours un étranger pour ses camarades aux motivations éloignées des siennes. Son récit est le plus violent de tous, il n’entre dans aucune catégorie de roman, ce qui diffère de la plupart des précédentes nouvelles. Ce livre est hétéroclite, ce n’est pas qu’une seule œuvre. Jamais je n’ai lu un recueil se tenant aussi bien, avec un aboutissement et une ligne directrice si tenue. On change de cap avec dextérité, sans qu’il n’y ait de longueurs, d’ennui dans la répétition. Cette nouvelle est stylistiquement la plus aboutie, tant au niveau du rythme que des intrigues. Le cadre est décrit avec soin, au point de nous parler, même si nous n’avons pas connue la froideur de la Russie. L’esprit de ce pays sauvage, pauvre, contamine. Nous nous trouvons happés par cette rudesse, par la cruauté des personnages qui nous glace. Et apprenons quelques mots et pensées russes.

Cette peur qui entoure le récit n’est pas suave. Elle est sans emphase. On se confronte à la terreur à l’état pur. Le héros, idéaliste, est attachant par son sens de l’honneur, de la justice, sa haine pour ses ennemis qui le conduit à sa perte (même s’il a rejoint le groupe de son rival, Monsieur, qui n’a d’homme que le patronyme). Monsieur s’amuse à nous perdre, à faire oublier nos motivations. Celles d’une patrie des droits de l’Homme, sous le modèle de la France, donne des espoirs à notre héros, vite désillusionné, car il n’y a pas de paradis sur terre. Qu’un enfer permanent, étant due aux aléas de la nature, à la folie des hommes, de la sienne. Tourmenté, Fédor le nihiliste tire des leçons de sa part d’homme et devient, progressivement, autre chose… L’image déformée du masque de Monsieur. Celui-ci nous révèle ses origines, comme s’il doutait de ne rien avoir à craindre de son pitoyable club.

22_diogenes3Ci-dessus, Fédor, Franklin et le Maréchal. Fanart de Poulpy.

Sale bête (Sara raconte)

Son courage, ses connaissances, ses métamorphoses, ses dissimulations, fait d’elle un dangereux ennemi, comme si elle était destinée à déjouer les cruelles farces de Monsieur. Cette intuition s’avère car, si les autres n’ont pas eu l’éducation familiale requise pour combattre ce monstre, elle s’y est (malgré elle) préparée toute sa vie. C’est une dernière tragédie sordide, que celle de ce membre honnit de la famille Diogène, faite de privations et de tortures. La dernière de ses orphelins nous convie à un spectacle glauque, possédant un charme incompréhensible, n’appartenant qu’à ce monde, et finit l’aventure par une note macabre. Il y a un nouveau mort, mais la confrontation se clôturera dans le prochain volume. À suivre, pour la suite de l’intrigue.

Le club Diogène, c’est un club si envoûtant… Seriez-vous prêt à vous sacrifier pour lui ? Cela vous coûtera quelques sous, c’est tout. Quoique, on ne vous promet rien car, lecteurs, sachez que ces livres sont maudits ! Ne vous fiez pas aux couvertures et au titre presque enfantin (vous serez choqué !). Vous serez envouté.

S’ils vous intéressent, redirigez-vous ici.

À bientôt pour de nouvelles chroniques Malpertuis !
PS. Le club Diogène est aussi sur Facebook.

Poulpy.

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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Un commentaire pour Jérôme Sorre et Stéphane Mouret, Une nuit au club Diogène

  1. Ping : Sylvie Dupin, Defixio | L'antre du poulpe

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