Trains de Cauchemar, des éditions de la Clef d’Argent

Trains de cauchemar
Aux éditions de la Clef d’Argent

Partie II. Les trains du passé, un mythe médiatisé

L’anthologie d’épouvante, d’insolite et d’imaginaire ferroviaire introduisant Chemins de fer et de mort, un livre chroniqué sur l’Antre du poulpe ! Voici un projet dirigée par Philippe Gontier, coédité par la Clef d’Argent et Les Aventuriers de l’Art Perdu. Pour commander le livre, lire d’autres critiques, c’est ici.

Pour découvrir l’anthologie de fantastique ferroviaire composé de nouvelles actuelles, rédigées par le noyau dur des auteurs de la Clef d’Argent, ainsi que par quelques personnalités bien connues, rendez-vous à la partie I. : L’horreur ferroviaire au jour d’aujourd’hui. Plus d’informations concernant ce livre sur le site de la Clef d’Argent !

Philippe Gontier, à qui nous devons la création de ces deux livres, est également l’auteur de Le doloromètre universel, un recueil que nous avons chroniqué lors de sa sortie. Vous pouvez en savoir plus à la lecture de ce précédent article contenant une interview. Nous pouvons lire (parmi ses collaborations avec la Clef d’Argent), plusieurs de ses histoires dans quelques Codex Atlanticus, « L’anthologie permanente du fantastique », ainsi qu’un de ses exposés dans Le livre de la Mort d’Édouard Ganche chroniqué ici.

01_coversCe que dit de lui Philippe Gindre, le directeur de la Clef d’Argent : Philippe Gontier est né le 21 juin 1957 à Paris, en hommage explicite et délibéré à son auteur préféré, Claude Farrère, décédé le même jour non loin de là. C’est pour commémorer cette naissance opportune que le 21 juin marquera désormais le début de l’été, qu’un ministre fameux instaurera plus tard à cette date la Fête de la Musique, et que La Clef d’Argent fit paraître chaque année ce même jour, durant une bonne vingtaine d’années, son anthologie permanente du fantastique, le Codex Atlanticus.

Attiré dès son plus jeune âge par de nombreux modes d’expression : peinture, musique, écriture, bande dessinée, Philippe Gontier n’optera finalement pour aucun. Après quelques emplois indéfinis, la lecture de Messieurs les ronds de cuir décidera de sa vocation : il sera fonctionnaire. Mais il lui arrive de renouer sporadiquement avec ses anciennes amours, illustrant à l’occasion ses propres textes.

Co-fondateur de l’association Les Aventuriers de l’Art Perdu, il a édité ces dernières années de nombreux fanzines : Nuits Blanches et Sur les Rayons de la Bibliothèque Populaire consacrés aux arts populaires de masse, ou encore L’Écho du Canon, consacré à Sherlock Holmes. Il a fait paraître plus récemment Le Boudoir des Gorgones, revue consacrée à la littérature fantastique classique (XIXe et début du XXe siècle) qui s’est imposée comme une référence francophone dans le domaine qui nous occupe. De nombreux projets d’anthologies l’occupent actuellement. En témoigne la parution récente de Chemins de fer et de mort, anthologie d’imaginaire ferroviaire contemporain qui vient compléter Trains de cauchemar, anthologie d’épouvante et d’insolite ferroviaires parue il y a peu sous sa direction également. – Cf. La Clef d’Argent.

02_photoCi-dessus, Philippe Gontier en dédicace au Bloody Week-end de 2016. Une interview a été effectuée par votre serviteur tentaculaire à cette occasion. Elle vous attend à la suite de cette présentation…

Les Aventuriers de l’Art Perdu est une association créée en 1993 par Philippe Gontier. Il y a édité différents fanzines promouvant « les arts populaires faisant l’objet d’une diffusion de masse », se rattachant à la littérature et au cinéma. De ces travaux, nous retiendrons cette première anthologie extrêmement bien documentée, qu’il est temps de chroniquer !

Trains de cauchemar

Être assis dans un train qui fonce à travers la nuit constitue une expérience poétique à laquelle les individus les moins romanesques et les moins imaginatifs ne peuvent rester insensibles. Et il suffit parfois de peu de chose pour que cette poésie se teinte d’inquiétude, et même, en certaines circonstances, tourne au malaise ou à l’angoisse.

Car dès son apparition, le chemin de fer suscita l’inquiétude. Avec les premiers accidents et les premières catastrophes, cette inquiétude se changea en appréhension et en peur. Aux déraillements, collisions, écrasements s’ajoutèrent bientôt les vols, assassinats, viols et autres agressions commis dans l’univers clos des wagons. Les faits divers sanglants se multiplièrent à la « une » des journaux et hantèrent l’imagination des voyageurs, donnant naissance à une angoisse particulière, propre au chemin de fer.

03_livreCette matière ne pouvait manquer d’inspirer les auteurs : Guy de Maupassant, Marcel Schwob, Jean Lorrain, Maurice Level et Paul Hervieu sont ainsi au sommaire de cette anthologie de 26 textes, aux côtés de ces « petits maîtres » injustement oubliés de la littérature fantastique que sont notamment Rémy Saint-Maurice, Michel Jules Verne ou Alfred de Sauvenière. Des témoignages authentiques des premières catastrophes de l’histoire ferroviaire viennent compléter ce volume. Une anthologie à lire la nuit… En train, de préférence ! – Cf. La Clef d’Argent.

PS. L’introduction et des extraits de nouvelles écrites par Rémy Saint-Maurice, Maurice Level et Jean Jaubert ; plus un document sur la catastrophe du chemin de fer de Versailles par Hippolyte de Chavannes de La Giraudière ; vous attendent sur le site de la Clef. Le lien est ci-dessus.

Ceci est la première – et pour l’instant l’unique – publication de la collection Terreurs anciennes chez la Clef d’Argent, un catalogue réunissant des « récits fantastiques ou terrifiants, d’hier et d’avant-hier ». Vous pouvez distinguer, sur la couverture de ce livre, un dessin de Philippe Gontier nous rappelant l’illustration qu’il effectua pour illustrer sa nouvelle intitulée Le doloromètre universel, parut dans le recueil du même nom. Cette image, vous pouvez la découvrir parmi celles garnissant cet article. Si la maquette de ce livre diffère de celle de sa suite, Chemins de fer et de mort, elle n’en est pas moins extrêmement soignée.

Mais d’où peut bien provenir cette légende de l’express 999, train diabolique conduisant ses passagers aux portes de l’enfer ? Semble nous demander le squelette apparaissant sur cette lugubre couverture au ton blafard. Ce à quoi nous répond Philippe Gontier au gré de documents et de nombreuses citations…

04_travauxCe livre est dédié aux grands comme aux petits noms du fantastique français. Ainsi nous sommes accueillis par un Guillaume Apollinaire, « Crains qu’un jour un train ne t’émeuve plus », et par un Villiers de l’Isle-Adam récitant un passage de Le Parnasse contemporain (que vous pouvez lire en cliquant ici). Et cela n’arrête pas : les différentes parties de ce livre sont toutes décorées d’une petite gravure et d’une citation. Comme si, pour chaque arrêt, le ton était donné d’une courte et pourtant inquiétante annonce.

Un livre également dédié à Francis Lacassin, décédé en 2008, soit quatre ans avant la parution de Trains de cauchemar. Un homme qui était donc très présent dans les esprits de Philippe Gontier et de Philippe Gindre (le directeur de la Clef d’Argent) lors de la rédaction de ce recueil. Philippe Gindre, qui travailla au côté de cette personne pour la traduction de nouvelles d’H.P. Lovecraft, disait qu’il était très difficile d’imaginer à quoi aurait pu ressembler l’édition française sans Francis Lacassin :

« Difficile, surtout, de se représenter quel pourrait être en France le statut des littératures de genre et de la BD. Ces genres qu’il a contribué à décloisonner, dont il a encouragé la critique, mais qu’il a aussi et surtout publiés, comme le fantastique et le policier, lui doivent énormément. » – Cf. La Clef d’Argent. Son travail est désormais repris par Philippe Gontier et nombre de ses paires, comme les célèbres Savanturiers, par exemple.

Philippe Gontier s’est très tôt passionné pour la littérature d’aventure et pour le patrimoine fantastique français méconnu. Ce qu’il voyait comme étant une échappatoire à la réalité, un passage vers le monde du rêve, l’a finalement happé, déterminant son style littéraire. Spécialisé dans les histoires populaires de la fin du XIXe et du XXe siècle, c’est un obscur héritage qu’il nous transmet par le biais de ce livre. Réalisant un vrai travail d’archéologue, Philippe Gontier fait la lumière sur un genre malaimé à une époque matérialiste oublieuse de ces origines. Une ère moderne qui devrait pourtant nous rappeler celle de ces auteurs désireux de retourner à l’époque géorgienne, si pleine de vie et de poésie. Pourtant, c’est bien la mort qu’ils mettent en scène. Souvent celle de ce temps d’insouciance.

05_lanosCi-dessus, découvrez les gravures d’Henri Lanos qui illustra, dans les années 1890-1930, plusieurs journaux tel que la revue Je sais tout. Voici Le chemin de fer de l’avenir, aérien et monorail et Une future merveille du monde : Le pont sur la manche.

Trains de cauchemar est un travail que Philippe Gontier effectua parallèlement avec la rédaction de son fanzine, Le boudoir des gorgones, qu’il délaisse ces dernières années afin de contribuer à de nombreuses coproductions telles les revivals des collections Fleuve noir (Gore et Angoisse). Le boudoir des gorgones, revue de littérature insolite ou fantastique, remplit le même rôle que cette anthologie. Les numéros spéciaux possèdent un thème à chaque fois singulier (horreur végétale, anticipation ancienne…), ce qui donnera peut-être vie à de futures anthologies. Nous pouvons remarquer une similitude dans la division entre les textes anciens et les textes récents, à chaque fois annotés, ainsi que dans la profusion de documents constituants ces Boudoirs. Les numéros, trop rares, sont encore commercialisés à Ciel Rouge, une librairie spécialisée basée à Dijon. Quand aux Trains de cauchemar, ils font entre autres partit du stock de la boutique La vie du rail (gare Saint Lazare, Paris).

Nous espérons témoigner d’une future résurrection du Boudoir, ce qui, d’après Philippe Gontier, n’est pour l’instant pas en projet. Les parutions si longuement attendues de P. Gontier témoignent du soin qui leur est apporté. N’ayant pas l’habitude de déléguer, notre auteur se retrouve souvent à la barre de plusieurs ouvrages. Nombre d’entre nous sont prêts à rejoindre son équipage le temps d’une notice ou d’une chronique… si vous souhaitez en savoir plus sur la façon de travailler de notre auteur, sur quelque-un de ses projets, laissez-moi vous rediriger vers ce précédent article également doté d’une interview (d’autres liens ci-dessus, dans l’introduction).

Chaque Boudoir des gorgones est embelli par de somptueuses gravures d’époque, ce qui aidait souvent à se remettre dans le contexte des publications anciennes. C’était aussi un bon aperçu de l’imagerie de ce siècle. C’est pour recréer cet esprit que notre article se retrouve agrémenté d’illustrations vous plongeant, lecteur, dans une période dévouée au futur et à ses inventions, mais aussi une époque où le lecteur était toujours attentif à de nouvelles frayeurs.

06_fondPhilippe Gontier, que ce soit dans ces fictions ou dans son travail d’anthologiste, aime mélanger des éléments insolites et des faits divers afin d’appuyer ses propos. Ainsi, dans Trains de cauchemar, c’est toute l’histoire du chemin de fer qui se dévoile sous nos yeux, avec ses accidents et leurs répercussions dans les esprits. Celui qui a un jour vu un fantôme, ou le diable en personne courant le long d’une voie ferrée, n’est pas raillé. Sa déposition est sérieusement enregistrée par une ribambelle d’auteurs prêts à classer l’affaire d’une histoire horrifique ouvrant toutefois la porte à de nombreuses interprétations… Le doute, voilà ce que nous retrouvons dans la majeure partie de ses récits fantastiques traditionnels. Récits que nous allons découvrir après cette longue interview ! Voici quelques mots de l’homme derrière la publication de ces horreurs ferroviaires.

Philippe Gontier en interview

La conjonction de mon amour des trains, des gares, et de la littérature fantastique m’a poussé à lire des textes d’auteurs plutôt anciens traitant de ces sujets. J’ai regroupé ses histoires dans un premier recueil, Trains de cauchemar, et dans un second qui est en attente chez l’éditeur, La Clef d’Argent. Il ne demande qu’à être corrigé et imprimé. Comme je connais pas mal d’auteurs publiant dans cette maison, je me suis dit que ce serait sympathique de les mettre à contribution. Nous avons donc réalisé un troisième livre, Chemins de fer et de mort. Notre but était de prouver que la thématique de la fiction ferroviaire peut encore fonctionner de nos jours. Même réinventée par des auteurs contemporains écrivant des textes actuels.

Le fantastique ferroviaire, un thème frontalier.

Poulpy : Qu’est-ce qui vous a plu dans ce genre peu reconnu ?

L’univers ferroviaire est un environnement trivial, un élément de l’essor économique, donc il est plutôt rationnel. L’introduction du fantastique dans cette mécanique créer un contraste d’autant plus grand qu’il est du domaine de l’imaginaire.

Poulpy : Comment définiriez-vous l’horreur ferroviaire, qui peut s’apparenter à énormément de genres, autant au fantastique, à la science-fiction, qu’aux polars ?

07_logoL’horreur ferroviaire est angoissante. Lorsqu’on décide de valoriser cet aspect, on ne fait pas forcément référence au fantastique. Il existe de nombreux récits policiers, de nombreux thrillers, dans ce décor particulièrement adapté car clos. En cas de danger, on ne peut guère s’échapper d’un train. Cette ambiance claustrophobique est souvent intrinsèque à ces récits. Le train n’était pas un moyen de transport très sûr parce qu’il y avait beaucoup d’accidents et de crimes à bord. La menace est donc d’autant plus anxiogène quand un assassin se dissimule à bord.

Et puis la poésie du chemin de fer, des gares, etc. touchent énormément d’auteurs attachés à cette mélancolie, cette tristesse, s’accordant parfaitement avec le fantastique. Les récits de fantastique ferroviaires se sont naturellement étendus à la science-fiction sans que cela soit forcément horrifique. C’est un prolongement naturel.

Poulpy : Souvent réalité et fantastique se mêlent, comme dans vos nouvelles. Vous qui vous passionnez pour les histoires insolites, pouvez-vous nous en raconter au sujet de la Grande Histoire ferroviaire ?

Le thème du crime dans les trains est bien connu. Il s’accompagne souvent d’une décapitation ou de passagers précipités par la portière. De nombreux faits divers paraissaient à ce sujet dans les journaux. Des gens se suicidaient sous les roues, des gens commettaient des vols en chloroformant les victimes… Cela a créé un imaginaire beaucoup moins présent aujourd’hui, car il faut avoir à l’esprit que les trains de l’époque étaient à compartiments. On était parfois seul, ce qui était plus propice aux malfaiteurs.

08_solitudeCi-dessus, Solitude de Paul Delvaux. Huile sur toile.

Nous avons aussi oublié cela : les accidents étaient monnaie courante. Un accident grave avait lieu tous les mois. Les journaux en étaient friands. Le petit parisien ou Le petit journal basaient leurs couvertures sur ces sujets.

Sinon, l’image de la gare perdue dans les bois, qui existe peu dans la réalité, a été souvent reprise dans l’art, notamment par le peintre surréaliste belge Paul Delvaux. Il existe peu de train hanté, à part dans l’imagerie cinématographique. Au niveau des romans et nouvelles, on peut lire Le signaleur de Charles Dickens (mais je ne m’attache pas aux textes anglo-saxons dans mes anthologies), et un texte d’Alfred de Sauvenière paru dans Trains de cauchemar. Nous découvrons souvent des fictions où les gens sont confrontés à des fous ou à des tueurs.

Il y a des grands classiques dans le folklore ferroviaire. Certains textes que je n’ai pu rééditer pour des problèmes de droit (mais qui figureront dans de prochains recueils lorsqu’ils tomberont dans le domaine public) associent le train au thème de la mort. Un texte de Claude Farrère met en scène un train chargé de ramasser les âmes des défunts. Ces images de rails rouillées qu’il laisse derrière lui sont fortes par leur visuel et leur poésie.

Poulpy : Le train se retrouve également dans l’imagerie de la guerre, ou, avant cela, dans celle des grandes extensions colonialistes. Il était donc souvent menaçant, n’est-ce pas ?

09_delvauxCi-dessus, Station forestière et Plat pays de Paul Delvaux (en haut), Métro Station Bourse – Nos vieux Trams Bruxellois (en bas). Huiles sur toiles.

En effet. Le train peut-être une métaphore du progrès, qui arrive souvent en même temps que lui. Le premier roman traitant de train, Maître Daniel Rock, parlait de cela. Nous le devons à Erckmann-Chatrian qui décrivaient les changements apportés par les chemins de fer dans la vie quotidienne. L’histoire est celle d’un train devant passer dans le terrain d’un château. Le propriétaire, un forgeron très attaché au passé, se met en travers des rails armé de sa lance, et se fait écraser comme une mouche.

Le train, c’est aussi le voyage, le dépaysement. C’est un départ. Même si l’on sait où on va, on se dirige vers l’inconnu sans savoir ce qui va se passer. Nous laissons derrière nous les choses que l’on connait. D’où l’apport de fantastique. Une image connue est celle du train fantôme, supplantant le vaisseau fantôme dont il est l’équivalent. Les fantômes sont amenés à hanter les trains comme ils sont amenés à hanter d’autres endroits. Avec le modernisme, ils délaissent les châteaux pour se rendre là où se trouve la vie.

S’il n’y avait pas eu le train, le monde d’aujourd’hui n’aurait rien à voir avec ce que l’on connait. C’est l’abolition des distances, et nous sommes plus facilement confronté à ce qui nous est différent. Il peut y avoir une peur liée à cela, mais le train a également démocratisé le transport. Il a été l’occasion pour les Parisiens de découvrir la campagne. Tout le monde pouvait s’échapper du confinement quotidien.

Poulpy : Nous pouvons découvrir de nombreuses gravures de train futuriste durant l’entre-deux guerre. Pourtant nous le voyons peu dans la science-fiction moderne, où on utilise un moyen de transport pour se diriger vers les étoiles. Le train est-il trop terre à terre ?

10_jesaistoutCi-dessus, dans la série Les épidémies, monstres qu’on ne voit jamais (revue Je sais tout). « À toute vapeur : En voiture pour un Voyage clandestin » Henry Lanos. + la couverture du numéro de mai 1923.

Le train en science-fiction est géant, plus rapide, mais l’auteur veut aller au-delà de cela, car l’invention appartient au réel. Elle n’est plus dans le domaine de la SF. On va l’utiliser afin d’extrapoler le gigantisme. Le tunnel sous la Manche avait été extrapolé au début du siècle. L’aventure la plus connue est celle de La compagnie des glaces de Georges-Jean Arnaud, puis la bande dessinée Le transperceneige de Jacques Lob. Le train est un élément de décors. Dans cette dernière œuvre, il s’agit de la miniaturisation de la société.

Le train. L’élément central de Trains de cauchemar.

Poulpy : Le train devait donc être un élément central des textes que vous avez rassemblé dans Trains de cauchemar. Sur quels autres critères avez-vous basé votre sélection ?

Les textes sont avant tout fantastiques ou horrifiques, comme ceux de Jean Lorrain, Marcel Schwob, Guy de Maupassant ou Maurice Level. Je me suis tourné vers des revues datant de l’époque de l’apparition des chemins de fer, que j’ai épluché de façon systématique afin de trouver d’autres écrivains moins connus.

Poulpy : Le train est donc propice aux récits populaires ?

Même aujourd’hui cela reste un endroit où l’on se rassemble par contrainte. On partage un lieu avec d’autres personnes. Un partage un voyage avec des inconnus de manière fortuite et aléatoire… Avec tout ce que cela peut impliquer comme conséquences… Comme dans le fantastique, il y a toujours une petite part d’imprévue.

11_accidentsCi-dessus, les terribles accidents faisant la une du Petit Journal dans les années 1900.

Poulpy : Train de cauchemar est un volume qui vous a demandé de nombreuses heures de travail. Comment procédez-vous pour concevoir de tels livres ?

D’abord je procède à un long travail de recherches en utilisant surtout la banque de données du site Gallica. La Bibliothèque Nationale de France est une mine de ressources, car une grande partie des quotidiens de la fin du XIXe et du début du XXe siècle y sont disponibles. La presse, pour les auteurs, était une manne infinie, car tous les journaux avaient besoin de feuilletons, de nouvelles et de contes. J’ai épluché des dizaines de milliers de colonnes afin de trouver des textes sur cette thématique. Je les trie puis ajoute des notices ainsi qu’un petit appareil critique afin de présenter l’écrivain et l’histoire. C’est un travail essentiellement solitaire différent de celui effectué pour Chemins de fer et de mort. Malheureusement les auteurs de Trains de cauchemar sont tous morts et je ne peux les contacter !

Poulpy : Qu’est-ce qui vous a marqué dans les histoires que vous présentez ?

Plusieurs histoires sortent du lot. Celles traitant d’assassinats en chemin de fer sont particulièrement plaisantes à lire. J’aime beaucoup celle de Maurice Level où une personne ayant commis un crime défrayant la chronique est sur le point d’être démasqué dans un train. Il est confronté aux autres passagers, dont un révèle son signe distinctif qu’il tente de cacher, car il est sur sa main. Il va se la couper intentionnellement en la passant par la fenêtre au moment où la rame arrive sur un pont. Ce récit est dramatique à souhait !

Les récits de passagers confrontés à un fou sont assez bons. L’un d’entre eux paraitra dans le deuxième tome des Trains de cauchemar. C’est l’histoire d’un prêtre voyageant en compagnie d’un homme. La personne lui avoue qu’elle en a plus pour longtemps à vivre et ne souhaite pas se confesser, mais tuer le prêtre puis se suicider pour que son âme puisse s’accrocher à celle du religieux. Comme ça il est sûr d’aller au paradis.

12_mortsCi-dessus, les morts en train. Couvertures du Petit Journal.

Parfois les histoires pourraient se passer en dehors du train. Mais ce décor ajoute de l’angoisse. Nous sommes entourés d’inconnus, donc nous allons agir différemment. La nuit, être seul avec quelqu’un dans un compartiment génère une crainte et des actes parfois irrationnels. Il existe un récit d’une personne cherchant à tuer une autre personne parce qu’elle est persuadée qu’elle va la tuer. La peur a engendré le crime.

Poulpy : Les récits ferroviaires ne sont pas une mode française. Nous en trouvons beaucoup dans l’imaginaire américain, dans les westerns. Pour quelle raison avez-vous décidé de vous consacrer uniquement aux auteurs français ?

Les Américains raffolaient d’histoires de convois attaqués par des bandits ou des Indiens, il est vrai. C’est un grand classique que nous n’avons pas chez nous, quoique certains récits sont à dénombrer quand ils se déroulent dans des colonies. Mais là, nous nous écartons trop du fantastique. Il est toutefois possible de faire un recueil d’humour ferroviaire.

Poulpy : Quels sont les lecteurs de Trains de cauchemar ? On s’imagine des petits vieux passionnés s’amusant avec leurs trains électriques, plus que des lecteurs de fantastique !

Je me le demande ! La fascination pour les trains existe toujours. En kiosque nous pouvons trouver cinq ou six revues consacrées aux trains, ce qui me paraît toujours assez étonnant. Il faut croire qu’il y a un lectorat pouvant décliner leur amour de l’environnement ferroviaire de diverses façons, y compris au travers du fantastique.

13_crimesCi-dessus, les crimes en train. Couvertures du Petit Journal.

Ces livres sont conçus avant tout pour les lecteurs de fantastique ou d’horreur. Je ne sais pas si cela changera leur vision du voyage en train. Les gens font tout de même la part des choses entre l’imaginaire et la réalité. Peut-être que certaines histoires leur reviendront en tête au moment d’embarquer…

Poulpy : Nous avons également une image assez méchante du milieu en lui-même : du personnel parfois antipathique, on caricature le cheminot et les patrons de la SNCF. Le train n’est pas une partie de plaisir pour tout le monde. « On dira que c’est la vision actuelle et sociologique de l’univers. Tout le monde est amené à prendre le train. »

Un volume deux pour Trains de cauchemar !

Poulpy : À quoi ressemblera le second volume de Trains de cauchemar ?

Il sera un peu dans le même genre que le premier tome. Les textes dateront à peu près de la même époque en étant toutefois différents. Nous retrouverons des similitudes, mais il y aura des nouveautés… L’intérêt est sans cesse renouvelé et c’est l’occasion de découvrir d’autres auteurs oubliés, mais méritants d’être découverts.

Poulpy : Pensez-vous, après avoir choisi le train comme thème de prédilection, embrayer sur le fantastique entourant les zeppelins, les avions ou les bateaux, par exemple ?

14_presentoirTous ces univers pourraient en effet faire l’objet d’un recueil. Il se trouve qu’il est plus facile de dénicher ces types de textes traitant de l’environnement ferroviaire. En épluchant les revues, je me suis rendu compte que l’on pourrait facilement constituer une anthologie sur les histoires se déroulant dans des phares. Des phares hantés ou gardés par des personnes ne se supportant plus et s’entretuant… Par exemple.

Si je dois me concentrer essentiellement sur les trains, il y a moyen de publier encore deux ou trois autres anthologies de fantastique ferroviaire ancien, en plus de celui qui va sortir prochainement. Et je suis loin d’avoir épluché toutes les revues ! Il arrive que plusieurs auteurs traitent un sujet très proche, mais d’une manière entièrement différente. Il est intéressant, en tant que lecteur et qu’auteur, de voir comment s’en sortent les autres.

Lorsqu’on raffole de contes et de nouvelles, on finit par avoir la mentalité d’un collectionneur. On commence à regrouper celles qui se ressemblent et à se dire qu’il serait sympathique de publier un livre regroupant toutes les histoires de tel ou tel genre. C’est comme cela que nous sommes amenés à concevoir des anthologies : par envie de faire découvrir ses histoires à d’autres personnes.

Poulpy : Les prochains numéros de la collection Terreur Ancienne seront-ils toujours consacrés à l’horreur végétale, ou avez-vous changé d’idée ? Que pouvez-vous nous révéler sur ce projet ?

Au hasard des circonstances, j’ai découvert pas mal de textes fantastiques ou horrifiques mettant en scène des végétaux. Les textes sont également français, datent de la même époque que ceux des anthologies ferroviaires, et proviennent des mêmes revues. Toujours pour des questions de droit. Il faut avoir à l’esprit qu’à la naissance de la Grande Presse, en 1830-50 jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale, les journaux regorgeaient de milliers de contes. Certaines pépites sont à découvrir. C’est bien de ne pas oublier ce qui se faisait avant !

15_cielrougeCi-dessus, Philippe Gontier en dédicace à Ciel Rouge en 2013 au côté du gérant de la boutique.

Lorsqu’on demande à des auteurs contemporains d’écrire sur des thèmes similaires à ceux d’antan on se rend compte qu’il n’y a pas tant de différences qu’on pourrait le penser avec ses précédentes histoires. Je n’attache pas beaucoup d’importance à la date à laquelle les choses ont été faites. Pour moi, ce qui compte, c’est la qualité. Alors que la tendance actuelle, c’est la course à la nouveauté. Là où les choses se démodaient en dix ans, maintenant cela prend trois mois. Si l’histoire n’est pas récente, c’est péjoratif, cela n’a plus d’intérêt. Mais un bon tableau du XVIe siècle à autant de valeur qu’un bon tableau du XXIe ! Il n’y a pas de hiérarchie. À mon avis il n’y a que les choses de mauvaise qualité qui se démodent.

Poulpy : Pourtant nos problématiques sont différentes de celles des auteurs ayant écrit ces précédents récits, non ? « Mais les thèmes sont les mêmes, surtout en fantastique ! On va seulement pouvoir faire des variations, les lier à un contexte politique, social, ou économique. Le danger est que cela va justement accélérer le processus de “démodement”. Le récit aura une valeur plus historique que narrative. »

Poulpy : Redorer des blasons est là votre priorité ?

Oui. Quelque part, je recréer de la mode. Car la mode est un éternel recommencement. Ceux croyant faire du neuf le pensent en méconnaissance de ce qui a été fait avant.

Poulpy : Les prochains livres seront-ils suivis par des anthologies actuelles telles que Chemins de fer et de mort ? « Bien sûr ! Les projets sont tout à fait faisables. »

16_anthologieCi-dessus (à gauche) la couverture de l’anthologie conçue par Dany de Laet pour la collection Histoire Fantastique : Les trains, les gares, les voyageurs, les machinistes, les contrôleurs, les chemins de fer tracés au coeur des villes ou au milieu des campagnes, le fracas des départs, la nostalgie des arrivées, les courses lentes ou folles vers de lointaines destinations… Chaque jour, à chaque instant, des milliers de rapides vont et viennent. Monde magique, fascinant où le possible et l’impossible sans cesse se font la nique. Aller ailleurs, autre part, nulle part peut-être, franchir l’infranchissable — voilà les extraordinaires voyages de ce livre unique en son genre. – Cf. nooSFer (avec une critique de Jean-Pierre Andrevon).

Pouvons-nous toujours nous attendre à de nouveaux recueils de vos nouvelles ou à un revival du Boudoir des Gorgones ? « Ce n’est pas à l’ordre du jour. Je n’ai pas le temps de m’en occuper et je ne suis pas sûr que les Boudoir des Gorgones aient encore la cote. »

Poulpy : Quelle est, finalement, la passerelle entre votre fanzine et ses deux anthologies ferroviaires présentant autant des auteurs autant anciens que contemporains ?

Les numéros spéciaux étaient de petites anthologies éphémères, car un numéro chasse forcément l’autre. Un recueil s’inscrit plus dans la durée. Surtout à la Clef d’Argent où les livres restent disponibles longtemps.

Poulpy : Que distinguez-vous, avec le recul, dans ses anthologies ? Qu’est-ce qui les distingue d’autres réalisations auxquelles vous participez, notamment les livres hommages aux collections Fleuve noir ?

C’est une activité éditoriale en soi. On se met au service des textes des autres. Un ouvrage à une particularité historique. On ressuscite l’Histoire de la littérature. Les anthologies parues à la Clef d’Argent me sont plus personnelles, car le sujet me touche beaucoup plus. C’est moi qui le choisis et moi qui concrétise le livre.

17_montparnasseCi-dessus, l’accident de la gare Montparnasse. Une explication détaillée sur Wikipedia.

J’ai toujours lu des romans de la collection Angoisse, cela m’a toujours fasciné. Je travaille toujours en fonction de mes passions. Concevoir des nouvelles est un travail entièrement différent. Je n’ai en ce moment pas d’idées d’histoires. J’attends qu’un thème s’impose à mon esprit pour que l’écriture vienne. Je n’arrive pas à écrire autrement que sous l’effet de l’envie !

Les trains fantastiques, une semi-réalité.

Si j’aime le fantastique et l’horreur, dans la vie, je suis plutôt quelqu’un de joyeux. Lire des récits de ce type est un moyen d’exorciser les peurs en s’amusant avec. C’est un plaisir d’éprouver des frissons quand on est en sécurité.

Poulpy : Lorsqu’on est dans un train, nous pouvons ressentir cela. Plusieurs types d’horreur sont à dénombrer : celles qui se trouvent à l’extérieur, de l’autre côté de la vitre, à l’intérieur, camouflé, et celles qui nous attendent à l’arrivée. Le frisson peut alors s’immiscer dans ce petit plaisir ?

C’est ça. On retrouve en effet tous ces cas de figure. On peut être témoin ou en danger, et il y a aussi le train qui apporte la mort. Le dilemme de certains personnages est celui de rester spectateur ou d’intervenir au risque de se mettre en danger. Vaut-il mieux se jeter par la portière ou affronter le danger ? Le train est un univers en mouvement. Les enjeux sont différents.

Poulpy : Le rythme doit également être différent ?

Le récit est limité par la durée du trajet. Le dénouement doit survenir avant l’arrivée du train en gare. Il y a une unité de lieu et de temps. Pour un auteur, c’est à la fois une contrainte et un défi. Voilà ce qui était intéressant dans ma proposition aux auteurs de Chemins de fer et de mort : je voulais savoir comment ils allaient s’en sortir sur ce plan-là.

18_unesCi-dessus, des unes du journal Le petit Parisien illustré.

Poulpy : La vision du voyage en train a d’ailleurs bien évolué, comme vous le dites en introduction dans la seconde anthologie. Pouvez-vous nous expliquer cela en une brève histoire des aventuriers du rail ?

Pour avoir réalisé les changements survenus dans l’univers ferroviaire sur une longue période, je trouve que nous allons moins au-devant de l’autre. Avant, les voyages étaient plus longs et les conversations s’instauraient plus facilement. Maintenant chacun reste dans son coin et ce n’est pas très bien vu d’adresser la parole aux autres.

Plus une chose se banalise, moins elle devient fascinante, forcément. Quand j’étais jeune, prendre le train était un moment solennel arrivant une fois dans l’année. Dans ces trains à vapeur, on savait qu’on allait attendre un moment avant d’arriver alors on se préparait. Il se trouve quelque chose d’imposant dans une locomotive à vapeur. Si les trains vont maintenant beaucoup plus vite, c’est moins spectaculaire.

L’hyperloop est quelque chose de nouveau. Nous trouverons de nouvelles histoires, de nouvelles façons d’aborder le voyage d’une manière fantastique. Ce moyen de locomotion va stimuler l’imagination. Et cela va donner un coup de vieux aux trains classiques. Les nouveaux moyens de transports, même avant d’être mis en place, inspirent les auteurs intéressés par leurs spécificités. À peine inventé, le tunnel sous la Manche a inspiré des accidents à une palanquée d’écrivains.

19_presseCi-dessus, gravures issues du journal Le petit Parisien illustré. Vous pouvez cliquer sur les images pour les agrandir.

Poulpy : Êtes-vous plus un usager du train qu’un spécialiste ?

Je ne collectionne pas les trains miniatures ni ne collectionne les livres spécialisés ! Je ne fais que transmettre des expériences de voyageurs. Toutefois, je suis fasciné par les progrès techniques parce que j’ai grandi à une époque où l’on était persuadé qu’on irait sur la Lune et sur Mars. L’idée que l’on pourra voyager à mille kilomètres/heure, que nous pourrions aller à l’autre bout du monde en quelques heures, c’est excitant.

Poulpy : L’intrusion littéraire de Philippe Gontier en tant que lecteur-passager et conducteur-auteur, dans ce genre qu’est le fantastique ferroviaire, n’a à présent plus de secrets pour vous ! Il est temps, cela dit, d’entrer dans le vif du sujet… Merci à lui d’avoir effectué se petit voyage à nos côtés !

Le livre : Introduction.

Une crainte ou une réticence, un lieu vide ou étrangement peuplé, une météo défavorable ou trop belle… Il en faut peu, nous dit Philippe Gontier, pour qu’un voyage tourmente le personnage de passage dans un de ces vieux trains. Le train à vapeur est une machine dangereuse qui suscita nombre de terreurs, nombre de colères, dans la société qui l’a vue jaillir des campagnes jusqu’aux villes. Le train, c’est l’éclosion d’un mode de vie moderne surpassant l’ancien. Peu sont prêts à se laisser écraser par la puissance de la Machine. On se moque des réactions face au Train, mais sont-elles déplacées ? Que traduisent-elles ? Nous avons assez bien répondu à cette question dans ce prologue et dans le précédent article sur Chemins de fer et de mort. Vous avez la possibilité d’approfondir la question grâce à la magnifique plume de Philippe Gontier qui, en peu de lignes, arrive à retranscrire une atmosphère et à résumer nombre de problématiques. Mystérieux, il nous promet d’allumer les phares de sa locomotive afin d’éclairer l’univers ferroviaire qui n’est pas simplement, une route. …même accidentée.

20_garesCi-dessus, les gares par Paul Delvaux (croquis).

Le train est un spectacle pour l’observateur extérieur, le monde en est un autre pour le passager regardant à la fenêtre, comme déconnecté de celui-ci, pendant un temps fantastique. Jusqu’à ce que l’horreur arrive, une horreur bien humaine. Celle du meurtrier, de la mort à laquelle on ne peut échapper ainsi, piégé dans le rapide wagon de la vie. Cette horreur qu’est le train est pourtant magnifique, grandiose, intouchable. La locomotive n’est pas une vulgaire « cocotte-minute », mais bien une chimère de métal, un démon torturé et asservi. Un sentiment de crainte grandit lorsqu’on contemple la majesté des éléments comprimés dans cet ouragan n’ayant rien à voir avec ce que l’on connaît. Le chemin de fer est l’ennemi du romantisme se sentant décliné face à l’essor du modernisme (voir l’intro de la première partie de l’article). Pourtant le train à sa place dans les arts. La place du monstre.

Il a sa place dans les récits métaphysiques censés démontrer une liaison vers un au-delà. Il a sa place dans les récits policiers, les romans de gare, pullulant dans une population de moins en moins analphabète, mais peu à même de choisir une littérature « huppée ». Le train s’inscrit dans les récits populaires et dans l’actualité où il se mute en diva, en people à scandale. Le récit ferroviaire, souvent critique, est un hymne contre la bourgeoisie peu encline à ouvrir sa campagne aux prolétaires. Pourquoi retombe-t-il dans l’oubli, après un tel essor ? Le monde s’est lassé du train. Et il se passe bien plus de choses, de nos jours, sur le bas-côté des routes goudronnées ! L’horreur ne fait que se déplacer, devenant, comme l’annonce Philippe Gontier, toujours plus libertine et macabre, de moins en moins caricaturale à mesure des drames. Les récits de ce type se poétisent. Ils ne servent plus à transmettre une pensée en accord avec une société polie et croissante. Ils rejettent la bonne pensée, font germer le plaisir. Car dans la banalité peuvent se cacher bien des horreurs…

Philippe Gontier regorge de conseils de lectures. Le nombre d’extraits (commentés) agrémentant son introduction est tel qu’on ne peut mettre en doute son érudition. Ses précédents sujets (le Grand Guignol, les faits-divers macabres…) l’ont tout naturellement conduit au fantastique et, plus spécifiquement, à l’horreur ferroviaire. Les récits qu’il cite, (très) souvent grotesques, sont tout à son honneur par leur diversification et le peu d’attention qu’on leur porte aujourd’hui. Classiques et histoires saugrenues forment un patchwork de toute beauté. L’opinion générale du chemin de fer se retrouve par exemple dans La peur et Notes d’un voyageur de Guy de Maupassant, Maître Daniel-Rock d’Erckmann-Chatrian, L’Homme voilé de Marcel Schwob, L’Accident d’Henry Bordeaux, Arria Marcella de Théophile Gautier, Le Train 17 de Jules Claretie, La bête humaine d’Émile Zola, Le crime de l’Orient-Express et Le train de 16h50 d’Agatha Christie, Le train perdu de Claude Farrère… Certains extraits de ces textes ornent (ou orneront) les Trains de cauchemar. D’autres, tombés dans le domaine public, sont à votre disposition.

21_monetCi-dessus, Le train dans la neige, peinture de Monet.

Comme vu l’avez lu, Philippe Gontier ne s’est pas contenté de lister les fictions littéraires, mais également les (mauvaises) aventures historiques. Ainsi, dans différents essais, on vous retrace les accidents et les agressions en train. Cela, nous en reparlerons à la fin de cet article. L’histoire du chemin de fer vous est sobrement décrite de manière imagée. D’une façon plus attractive que dans l’article que vous lirez sur Wikipedia. Cet auteur bien au courant des différentes écoles littéraires est une encyclopédie de fantastique. Il vous démontre chaque courant, chaque visée, dans des formules complexes, mais toujours à la portée du petit lecteur que nous sommes. S’il ne vous ouvre pas la porte vers tout un cadre, vers tout plein de lectures jouissives, alors, c’est qu’il ne se trouve aucune once de curiosité en vous ! Critique, Philippe Gontier peut se passer de l’article d’un tiers décrivant les récits qu’il présente : il le fait très bien lui-même, trouvant des conjonctures insoupçonnées.

Oh ! dans le noir wagon, l’horrible nuit passée ! — François Coppée.

Trains de terreur et de mort

« Pour Théophile Gautier, le train et la peur, voir la mort, vont tout bonnement de paire » – Philippe Gontier dans Trains de cauchemar faisant référence à l’article de T. Gautier Le chemin de fer. Un article de référence à cette adresse, les premières pages de Trains de cauchemar à celle-ci.

Le Train 17 (extrait), de Jules Claretie

En 1876, Jules Claretie anticipe un phénomène de société où la rentabilité dégrade le travailleur se liant intimement avec la machine. La méticulosité de l’environnement ferroviaire déteint sur le personnage déshumanisé et transformé en rouage du progrès en marche. Ce roman décrit la vie d’un homme accablé par les misères de la vie qui ne voit pas dans son travail un moyen de subsister, mais l’opportunité de se couper de l’humanité en effectuant des routines dégradantes pour sa santé. Nous comprenons sans peine que l’écrivain est du côté du prolétaire dans cette critique sociale se situant en pleine période de dépression. Si le train métaphorise le progrès, l’homme ne possède pas la détermination des classes supérieures à envisager un futur radieux. En un sens, le train dépasse les ouvriers-soldat qui l’entretiennent non pas avec ferveur, mais par devoir envers ce supérieur d’une autre espèce. L’homme est-il voué à être l’esclave de ses inventions ? Ces machines que l’on dote d’une âme, presque animale, par fierté afin de s’élever au rang de Créateur, de Maître ? Tout, dans ce raisonnement, tend à maintenir une compétition trompeuse pour les troupes au sol prêtes à se jeter entre les roues de la machine. Dans l’ordre, comme des animaux bien dressés, sans espoir d’une amélioration de leur condition.

22_clefdargentL’auteur ne va pas se contenter de cela et placer dans son récit un facteur, une erreur, humaine. Le sentiment intervient dans cette dangereuse machinerie. La puissance conjuguée de l’homme et de la machine peut semer la mort si elle s’extériorise. Ce thème est présent dans bien des fictions postGuerre mondiale, il est intéressant de voir qu’il fût développé auparavant. L’histoire augure de grandes catastrophes semées par la haine. L’homme porté par la civilisation redevient la bête primaire qu’un grand pouvoir a rendu prétentieux. Le train biblique accompagne donc une vengeance aux importantes répercussions. Nous pourrions penser à tort qu’un texte aussi vieux ne contient pas d’action. Ce qui est faux. La folie des personnages est effrayante. Dans un décor calme et champêtre bout un cœur attisé par les flammes d’une locomotive destructrice. L’ambiance électrique de ce roman transposant l’inerte et l’animé, créant ainsi une ambiance fantastique, transporte le lecteur dans la course folle d’un train endiablé. L’angoisse croit constamment, promettant un bouquet final dans un horrible accident. Jules Claretie a connecté ses personnages, ses machines, entre eux. Il nous a offert un petit aperçu d’une mort que l’on ne peut éviter, dans un style formidable car réfléchi. Nous sommes loin de la nouvelle tirée d’un pulp jetable.

Selon Philippe Gontier, Le Train 17 est la première véritable fiction ferroviaire. Le départ de cette mode se fait en grande pompe. Si le thème de la tromperie et de la vengeance n’a rien d’exceptionnel, il prend de belles proportions lorsque l’histoire se clôture à bord d’une machine de mort. Le lecteur d’aujourd’hui restera tout de même sur sa faim à cause de stéréotypes un peu patauds, mais on aura découvert les ficelles des clichés !

Le Tunnel de Maurice Rollinat, un auteur injustement oublié malgré son formidable talent quasi baudelairien. C’est l’histoire d’un meurtre dans un lieu obscur, comme tiré d’un cauchemar. Les images fortes que contiennent ses quelques vers ont un aspect sordide. Le train, monstre aveugle sorti des ténèbres, donne encore la mort. Sexe et violence ornent l’œuvre de M. Rollinat.

Notes d’un voyageur et La Peur (extraits), de Guy de Maupassant

23_damparisCi-dessus, Philippe Gontier derrière son stand au festival Texte et Bulle de Damparis en 2014.

Le premier extrait, burlesque (et macabre), est, selon P. Gontier, le texte innovant la grande mode des mutilations ferroviaire. Une anecdote est racontée par deux hommes. C’est au sujet d’un accident. Note d’un voyageur retranscrit avec netteté le climat d’une époque nourrie par les histoires ferroviaires retransmises par la presse, puis déformées et colportées sous forme de racontars. On trouve dans ce relevé d’une conversation plusieurs pistes afin de raconter des histoires. La douce moquerie n’en est pas moins frappante car, d’une part, Maupassant ne s’élève pas au-dessus de la foule en expliquant que l’imagination est uniquement l’apanage du poète… D’autre part, il transpose les craintes utilisées pour la réalisation de bien des fictions horrifiques dans un nouveau média, celui du train. Quant à La peur, il s’agit là d’une œuvre unique et haute en couleurs. L’horreur est étoffée. Il ne s’agit plus de frapper le lecteur par l’utilisation d’un vocabulaire direct, d’une banale blague sordide. L’horreur ferroviaire est prise au sérieux. Le concept d’une histoire située entre les clichés fantastiques et les faits-divers a germé dans l’esprit du poète.

Le train, nous dit-il en précurseur, c’est la bête, c’est la faucheuse, c’est la chimère qui nous hantait depuis les âges immémoriaux. C’est un monstre mythologique puisant sa force dans les éléments. Il détruit les barrières entre le temps, le monde des morts et des vivants, ces derniers déformant par peur un élément du commun en une chose infâme, mauvaise pour santé mentale et physique. Son horreur provient de la peur primordiale de l’inconnu, et de la banalité rendue grandiose par les projecteurs du train. Maupassant prouve que la manipulation de masse peut concevoir des folies, des émeutes, un chaos lorsque la situation oppresse. La peur attisée par la presse se mute en paranoïa collective au sein des passagers, pourtant raisonnables, d’un wagon filant dans la nuit opaque, ou vers des destinations exotiques. Nos démons ne sont pas loin. Parfois ils se dissimulent dans la civilisation. La peur de la revanche du passé sur la société productiviste étreint toujours l’esprit fragile dans une période transitoire et évolutive. Comme le dit si bien Maupassant, on fait naître la peur d’une chose pour flatter, pour conjurer, le Démon invoqué par l’Homme.

Le Chemin de fer à crans, de Paul Hervieu

Si les textes sont disponibles dans le domaine public, alors Philippe Gontier ne s’y attarde pas : mieux vaut vanter des histoires tristement oubliées. Cette nouvelle s’ancre dans une réalité historique (quoique le cadre correspond à un futur proche par rapport à l’époque de l’écriture). L’auteur inaugure une nouvelle voie. Événement important par son impact artistique, vase communicant avec l’histoire des grandes inventions. L’écrivain se délecte des merveilles de la nature et des merveilles humaines rapprochant toujours plus du divin. Mais, comme un moraliste, il nous met en garde contre ces édifications. Son style ampoulé à de quoi nous faire sourire. Quoique le milieu du travail se confronte à la perfection avec celui des rêves. La banalité affronte la grandiloquence. Paul Hervieu créer de bons parallèles, un peu à la manière de Jules Claretie. La différence se situe dans l’enquête qui n’a rien d’extraordinaire, hormis que le crime n’est pas banal. Dans cette histoire on dissimule, on furète, on attise la méfiance. Le crime en train est une thématique classique, la manière de l’aborder ne l’est pas. On se situe à la frontière des genres.

24_turnerCi-dessus, Rain steam and speed, the Great Western Railway de Turner.

L’épidémie de meurtres est une chose classique. La drôlerie de ceux-ci annihile toute l’horreur que la mort aurait pu induire. Il est amusant de détecter une telle caricature aux balbutiements de la fiction ferroviaire. Il est fascinant d’y déceler l’un des premiers récits humoristiques de ce type ! Pourtant il y a un drame, une phobie, en un personnage que les récits d’horreur ferroviaire transit. Un fou apeuré par les accidents et les meurtres en train. Le reflet d’une époque fasciné par le malheur des autres. Le chemin de fer se mute alors en engin de torture et de mort. Nous pouvons également réagir face au combat entre le passé, le futur, entre le patrimoine et le progrès, entre le romantisme et sa suite, qui se situe en toile de fond. Le progrès, parasite, détruit une magie, une nature, un mystère, ancestral. L’auteur n’aime pas l’homme fou, l’homme aveugle accélérant sa chute. Son récit nihiliste en est la preuve formelle. L’humour noir a teinté un français. Le train n’est ici qu’un instrument comme un autre.

La Bête humaine (extraits), d’Émile Zola

L’ironie trouve ici, aussi, son terrain de prédilection. Qu’on aime ou pas cet auteur attaché au patrimoine, on ne peut exclure la qualité de son récit. Un roman basé sur des faits réels que Philippe Gontier contextualise pour nous dans le présent extrait du second chapitre ainsi que du dixième. L’ambiance anxiogène des crimes, passés, présent et avenir, se répercute sur la chaussée de la rame. La trame principale du roman s’y répercute tout autant. Sombre, sinistre, La bête humaine n’est pas qu’organique. La terreur du chemin de fer est à son paroxysme quand l’aventurier solitaire quitte la voie tracée par les rails afin de voguer en solitaire. Ce qui se théâtralise dans la presse, le meurtre en train, n’est ici que le quotidien des gardiens de la machine. Il y a de quoi nous dégoûter du voyage ! Bien sûr, Émile Zola ne fait que grossir une situation n’étant pas si horrifique qu’il y paraît. En trame de son récit, il n’y a finalement qu’une banale affaire d’héritage et de vengeance que le cadre grossit. Les héros, amoureux transis, pâlissent devant l’apparition du train qui les subjugue. Comme éperdus dans une course folle, les personnages se laissent consumer par la rage, par une obsession de revanche. La femme, l’homme, victimes, ne sont rien face à la locomotive si forte et si fragile, car un rien peut la corrompre.

Une détresse teinte le récit que nous lisons d’une manière presque suicidaire, tout comme les héros, car nous jouons avec la peine, la tristesse et, finalement, la mort. Le train, poussée d’adrénaline, est la roulette russe pour le passager ou le solitaire prêt à en finir. Comme tout bon lecteur, nous attendons qu’il déraille pour se repaître de sa carcasse. Pour inventer tout un drame s’attelant à la machine. L’amour conduit à l’accident. Il n’y a pas d’échappatoire, de justice divine. Seule la folie guide les personnages issus de classiques. C’est un spectacle grandiose que celui d’un train qui déraille, théâtralement cette fois, afin de finaliser un drame. Cet accident, nous nous l’étions cherché. Le terrible roman fait de souffrances s’achève donc avec les tortures d’innocents écrasés. L’horreur des survivants est retranscrite avec attention. Ce qu’un journaliste ne pourrait décrire, par respect, Émile Zola l’alimente de son imagination. Nous nous trouvons sur une scène de crime animée par les cris des humains broyés par la machine, matérialisation de leurs espoirs bafoués. Là encore, le passé succombe atrocement sous un train de cauchemar. « Zola se veut avant tout un observateur lucide de la nature humaine, où, sous le vernis du progrès et de la civilisation, perdurent les instincts primaires et bestiaux », écrit P. Gontier. La mort fait succomber tout être, même ceux animés des meilleures intentions…

25_lazareCi-dessus, La gare Saint Lazare de Monet.

La Main gantée et L’Un d’eux, de Jean Lorrain

Ce fantastique-là est une affaire privée, secrète, que l’on confie dans l’intimité. Car le fantastique n’est pas la littérature des masses. Elle vise avant tout un public ciblé, curieux du monde ou, plutôt, des réflexions du monde dans les esprits altérés. Le fantastique ne met en scène que les monstres intérieurs, les folies prenant corps. Enfin, c’est la description que nous en fait Jean Lorrain dans son prologue à des histoires plus improbables qu’impossibles. D’autres faits-divers, ayant lieu dans des transports desquels on ne peut s’échapper, à moins d’atteindre une destination parfois sûre, parfois effroyable… Ces histoires ne sont pas racontées avec panache. Il s’agit plus d’amuser le lectorat lors d’une soirée au coin du feu, dans ses moments où on aime à se faire peur… Dans le premier texte, nous suivons la rame qui entoure Paris, qui passe par des quartiers plus ou moins malfamés, où des brigands peuvent à tout moment détrousser le bourgeois (cela s’est beaucoup fait). L’auteur insiste sur l’impression se dégageant d’un train de nuit où le décor s’emplit d’horreurs grand-guignolesques. Pourtant ce n’est qu’un petit détail morbide qui fera chanceler notre raison.

Jean Lorrain, auteur décadent, n’a pas recours à la panoplie de l’épouvante. Ses scènes sont à première vue assez banales, mais un rien les rendent horrifiques. Ses chutes sont importantes et si les nouvelles sont courtes, c’est parce qu’elles ne développent qu’une chose, du début à la fin, une seule petite phobie prenant d’importantes proportions. Jean Lorrain nous propose de rejoindre le petit théâtre de la rue. Son style est tout aussi populaire qu’on le supposerait, bien que ces réflexions ne soient pas celles du premier venu. L’auteur (il le dit lui-même) se grime. Ses personnages jouent tous un rôle en rapport avec leur situation sociale, et tous dissimulent leur vrai visage. Tous rêvent également d’être quelqu’un d’autre, de se repaître d’une troisième tranche de vie, sans se faire repérer, en sécurité, derrière un masque devenant tant redoutable que séduisant. Derrière un masque on se permet nombre de digressions. On quitte notre condition d’humain afin de toucher à une certaine forme de liberté criminelle. L’homme danse avec la mort, squelette macabre.

L’introduction carnavalesque de L’Un-deux est frappante, révélatrice sur la véritable nature humaine. Sur ses vices, surtout, qui passionnent l’artiste, tout comme le grand inconnu. Nous sentons, dans ce texte, l’apport de Poe et de son poème en prose, Le masque de la mort rouge. Sauf que le décor n’est pas gothique. Contre toute attente, nous passons du cadre d’un Paris nocturne à celui du train, plus sérieux, donc plus opprimant. Et, dans ce wagon, nous demeurons dans l’attente d’un prodige. La curiosité nous a piquée à vif, mais l’auteur préfère jouer cruellement sur la suggestion. L’explication des textes est, de la part de Philippe Gontier, un hymne à Jean Lorrain : marginal passionné par le crime, par la mascarade, par la provocation, le scandale.

L’Express 13, de Rémy Saint-Maurice (ou Diard)

26_scheferCi-dessus, des cartes postales de Jean-Louis Schefer (années 30).

Une symbolique biblique aide le lecteur à anticiper l’angoisse, mais, couplé avec un aspect social vieillot, ce cliché alourdit le récit. L’auteur a compris qu’il est simple de grossir un phénomène par l’emploi de certaines tournures, certaines métaphores. Ce récit très classique, caricatural, n’est pas passionnant. Le coup du sort, un incendie que nous savons ravageur, n’est guère pittoresque. L’intérêt se situe dans la rythmique. Nous savons, dès le début, qu’un accident arrivera. Les voyageurs se croyant protégés par la puissance de la société, des inventions, des conventions, oublient le danger qui se trouve à leur porte. Ils l’observent, comme s’il s’agissait d’une énième plaisanterie de la nature, jusqu’à ce que leur vanité se retourne contre eux. Jusqu’à ce que leur position de vulgaire humain leur fasse craindre une mort certaine. L’accident, décrit depuis l’intérieur du train, marque un tournant décisif : depuis notre poste d’observation, nous gagnons le cœur de la fournaise. Si le sauvetage des passagers s’accompagne d’un « alléluia », sa plausibilité trop visible pour cultiver l’intérêt est tout de même frappante, digne d’une leçon moralisante. Si ce n’est pour l’idée de l’incendie, quasiment inexploité, le texte n’a pas d’intérêt : l’exercice est surfait.

Un drame dans la nuit, de Paul-Hubert

Là le rythme de la nouvelle anxiogène est celui d’une locomotive. On mise sur l’élan stylistique afin de composer une balade en train. C’est l’histoire d’un employé ferroviaire risquant sa vie à toute heure, soldat ou dompteur exploité, aux commandes d’un univers en mouvement. L’écrivain, documenté, rédige d’une manière musclée : il s’est imprégné d’un corps de métier. Plus que des chauffeurs, les personnages sont des héros chevauchant la tempête. Si nous sommes du côté du monstre de métal, cela ne l’empêche pas de se rebeller, d’avaler le monde, d’offrir un spectacle de tous les diables. L’homme est alors l’égal du marin superstitieux levant les yeux vers la vague. On abuse presque des clichés, mais, c’est sûr, l’horreur se déverse et il ne se trouve plus cette barrière entre narrateur et lecteur qui nous fait croire que le héros en réchappera pour nous raconter son aventure exagérée. Celui-ci s’évade d’une réalité affreuse pour ne plus y remettre les pieds. C’est là l’ultime ressort de l’imagination : supposer le pire, s’attacher au meilleur, rêver, cauchemarder. Illustrer, comme le dit Philippe Gontier, un phénomène de mode dans la presse.

Un train emballé, de Georges Rouvray. L’aspect marginal et populaire se retrouve dans le personnage du passager clandestin ayant pris le mauvais train. Le thème de l’entraide, du pauvre devenant héros, est sujet à controverse. L’aventure, favorisée, cache mal ce facteur à prendre au second degrés.

27_crashLe Rapide de 10 h.50, de Maurice Level. Être cheminot, « c’est un métier de terreur et de mort, un métier d’épouvante et de cauchemar ». Autant dire que cette phrase à elle seule inspira Philippe Gontier. Nous trouvons tous ce qui fait un bon récit populaire : le train dans la tourmente, sur une route dangereuse, une situation improbable à retourner de toute urgence, un huis clos dans une locomotive mortelle, le récit halluciné d’un fou victime du train, « un conte cruel » efficace, fait d’action et de poésie. De théâtre.

Un arrêt dans la nuit et Le Rapide de 7 h.20, de Pierre Vernon. Le train en panne, dans un tunnel, n’a pas de quoi alarmer les passagers : ce sont des choses qui arrivent. Une maladresse de plus, quelques circonstances néfastes, et c’est le drame tant attendu. Pierre Vernon ne souhaite pas réciter un classique, et nous sert une conversation à la Maupassant : un fait-divers. À propos de crimes, cette fois. Les zones d’ombres dissimulées par l’humanité s’enterrent sous les plus belles réalisations.

La machine a, comme un bateau, les faveurs accordées à une belle. Sauf que l’erreur, prête à la faire dérailler, est humaine. La peur de la perte se ressent dans l’outil du travailleur. Le train fille à toute vapeur. La vitesse semble être la crainte la plus illustrée des écrivains voyant dans la manière de pousser à bout les limites du temps et de la technique un moyen d’accélérer la mort dans le but de la repousser : une folie perpétuée par l’espèce craintive, instinctive, mais pourtant vénale… Elle est surtout angoissée ! Un sentiment que des récits de ce type n’améliorent pas. Quoiqu’on se sent moins seul entouré par nos horreurs. Quoiqu’on envie la solitude et la folie nous permettant d’oublier une humanité trop polie, trop moralisante, souhaitant nous conduire sur le droit chemin malgré nos désirs. La conscience du héros nous fatigue, car elle est enfantine. On nous prend pour des imbéciles et on punit notre envie de spectaculaire. Comme si imaginer un accident faisait de nous des poseurs de bombes ! Comme s’il nous fallait restreindre et ordonner notre pensée vers une forme de normalité banale et soi-disant salvatrice. Il y a de quoi se sentir insulté par cette nouvelle prenant, à mon goût, trop de place. À bas le mélodrame de chaumière !

Le Crime de la rue Pergolèse, de Maurice Level

28_attentatAvec ce dernier texte, nous avons fait le tour de la question. On aime se repaitre de crimes, d’angoisse, de frisson, d’une presse à sensation. C’est… passionnant, ingénieux, mystérieux… L’écrivain ne manque pas d’adjectifs afin de vendre son texte : celui d’une conversation entre inconnus respectables, dans un compartiment, qui, à mesure que la peur prend au corps, sont dérangés, font tomber les masques. Le protecteur devient autocrate, la femme frêle est affublée d’une folie par manque de retenue due à son sexe. La colère éclate, car la norme ne permet pas d’apprécier ce qui a trait à la mort, même si on la condamne et s’en défend d’une autre manière, par catharsis. Et un homme, un assassin, va bientôt être arrêté par abus de confiance, quoique, contre toute attente, une chute nous coupe le souffle. La mutilation, décrite par Philippe Gontier dans son interview, est ingénieuse. Quoique l’entreprise est folle. Aux adjectifs cités, Philippe Gontier ajoute : originale, morbide, brutale, inattendue. La nouvelle est en effet un chef d’œuvre, car derrière une résolution simple du crime, une prose sans emphase, se trouve un aspect psychologique complexe pouvant échapper au lecteur inattentif. Là se trouve l’ingéniosité de l’écrivain-détective.

Le train comme infernal et méchant sous la lune — Paul Verlaine.

Trains de l’au-delà

L’idée de départ constitue ainsi […] une prémisse ou une ébauche de l’idée de Grand Départ, de départ définitif, et cette association d’idées n’est sans doute étrangère ni à la poignante mélancolie des gares, ni à la fortune littéraire du fantastique ferroviaire et de ses trains perdus qui nous mènent tout droit vers l’au-delà. – Philippe Gontier.

L’Inexpliqué, d’Alfred de Sauvenière

Plus de doute sur l’irréalité de ses nouvelles, peu nombreuses, mais dérivant bien plus dans la folie et l’imaginaire. La première d’entre elles est un classique de l’histoire de salon bourgeois que l’on se raconte pour s’amuser de la crédulité de celui étant sûr d’avoir vu un fantôme. Le français à tendance à prendre ce type d’horreur à la légère, à douter des faits impossibles, à ne leur accorder aucun crédit, si ce n’est celui du conte pour enfants ou du calembour, du potin. Pourtant une partie du cortex souhaite y croire et craint la revanche (toujours) de l’esprit des ancêtres qu’il nous faut respecter par d’étranges cérémonies. L’une d’elles consiste à se raconter gaiement des histoires et à feinter la terreur. Et ce n’est pas tout. L’époque se prête au charlatanisme simulant, nous dit Philippe Gontier, la communication avec les défunts à l’aide de combines, de drogues ou bien d’appareils technologiques improbables. Le progrès veut ça. Et s’il détruit sans scrupule les superstitions anciennes, celles-ci, par le biais de fervents prestidigitateurs, s’adaptent à un public demandeur car, quand quelque chose vient à disparaitre (l’incrédulité, la magie) on se rue sur les dernières denrées.

29_lieuxCi-dessus, des gares abandonnées sur la planète…

Quelle redoutable mixture que celle liant fiction et pseudoscience ! On détruit ainsi la frontière entre l’œuvre d’imagination et celle des illusionnistes ne réservant pas leur spectacle à un public lecteur de fantastique. Mais la nouvelle parait dans un journal. Alors on tente de plaire autant à l’amateur qu’à la ménagère impressionnable. Le train fantôme existe un peu grâce à la mode des tables tournantes qui sévissait aux balbutiements de l’extension ferroviaire. Pourquoi lier fantôme et machine ? Deux opposés, vraiment (le premier thème s’ancrant dans le folklore) ? Peut-être, car nous pouvons faire dire ce que l’on veut à la machine. Parce que son fonctionnement est occulte. Pourquoi le train ? Parce que, comme on l’a vu dans la première partie de cet article, c’est un convoi passant par de curieuses routes, menant vers l’inconnu, traçant une sente, détruisant les barrières, permettant aux esprits de s’évader. La mythologie du train s’alimente du répertoire légendaire. Voilà donc pourquoi il nous est possible de le doter d’une âme, souvent démoniaque, car le train fauche et disparaît sous terre, dans des tunnels obscurs menant on ne sait où.

Monsieur de Sauvenière est une personne ambigüe. Il tisse des raisonnements logiques et, par moquerie dissimulée, les abandonne aux profits d’hypothèses invraisemblables (celles des croyants de l’occulte). Les explications qui en résultent sont abracadabrantes. Nous voyons bien que si l’impossible a lieu dans cette nouvelle, c’est justement car les adorateurs du mystique se sont induits dans une erreur et ont doté une situation banale d’un caractère psychique renforçant leur conviction, pour se bercer d’illusion et de crainte, comme deux enfants se prêtant au jeu des semblants. L’humour n’est tout de même pas présent. Il n’y a pas de surenchère frappante. Le lecteur peut se moquer, à la française, sans que rien n’y paraisse, tandis que le crédule se prendra au jeu, ne remarquera pas la supercherie, à moins qu’elle soit expliquée, ce qui détruirait le charme du récit. L’auteur à la présence d’esprit de caricaturer ses personnages et de laisser planer un doute sur les compétences de la science à vouloir tout expliquer. On peut penser qu’il la dénigre, qu’il s’est pris à son propre jeu. Le troisième ingrédient du récit est la psychologie : science utilisée pour prouver l’existence des fantômes et non pour les discréditer, ce qui est assez ingénieux, ne manque pas de panache. Et l’on reste, du début à la fin, dans le flou, ne sachant à quoi accorder du crédit. L’occultisme est une science absurde.

Le Train 081 et L’Homme voilé, de Marcel Schwob

Ces critiques sociales abordent bien des problématiques : l’oppression des travailleurs, la misère des classes les plus basses, tant psychologique que physique, car elles sont les premières à trinquer lors d’importantes catastrophes. Les prolétaires n’ont aucune possibilité de modifier leur condition, de l’élever, car le travail ou la pauvreté restreint les possibilités de déplacement. Situer l’action dans un train longue distance permet d’appuyer cette injustice car le pauvre, s’il veut voir du pays, doit alors mourir pour lui, à la guerre, à bord de machines, au service de l’élite. Ceci se double l’horreur de la pandémie. L’ultime némésis de la civilisation. Les riches, abritées, ne souffrent pas d’un châtiment divin persécutant un peu plus le peuple. Mais la maladie cruelle croît, elle finit pas toucher tout le monde. Elle se décuple dans les villes, se perpétue dans les trains allant des frontières au cœur des civilisations. Les travailleurs voyagent et ramènent nombres de maux, transportent nombre de mises en garde contre des sinistres à venir desquels on ne peut se détourner. Le train abolit les frontières, favorise la propagation. Seule la fine barrière séparant les classes privilégiées des secondes permet aux riches de se protéger dans leurs petits châteaux, leurs confortables wagonnets. Il suffit d’un passager clandestin, d’un malade, et l’épidémie touche les « premières », détruit leur monde parfumé. Nous sommes tous égaux devant la mort.

30_trioCi-dessus, Philippe Gindre (directeur de la Clef d’Argent), Philippe Gontier et Jean-Pierre Favard (auteur et directeur de collection) à Ciel Rouge en 2013.

Personne n’est intouchable. Se voiler, traiter avec dérision les plus miséreux que soit, favorise encore l’arrivée du mal. Un mal souvent injuste, comme le mal d’un monde punissant selon la classe sociale de naissance, qui n’affecte pas seulement les plus coupables. On doute alors de la justice divine et du bien-fondé de celle des hommes ne favorisant jamais les bienfaisants, quoi que les moralistes, tel Vernou, disent. L’hypocrisie de ces écrivains privilégiés, leur paternalisme, fait pâle figure lorsqu’on nous confronte à la dure réalité, bien plus dramatique que comique. Schwob est un cynique. Il n’y a pas de fin heureuse, malheureuse, seulement un constat des aléas de la vie qui, parfois, touchent au domaine de l’impossible. L’auteur ne personnifie pas le train (suivant la tendance), mais le fléau, la maladie possédant les malades : les zombies écroulés tant par une routine bêtifiante (mais nécessaire à la survie), tant par la fièvre et l’évidence d’une mort prochaine. Quelle est la place de la culture, des mondanités, dans un pays de mourants tâchant d’étancher la soif des puissants, l’appétit incessant de la machine qu’il faut toujours alimenter à la force de nos bras ? Fatigués, les hommes et les femmes sont les victimes, les transmetteurs parfaits de la pandémie. Ils forment une armée de martyrs modernes.

Cette nouvelle s’inscrira toujours dans l’actualité. On dénigrera toujours les réfugiés des catastrophes et des guerres, les ouvriers-esclaves contribuant à bâtir un monde dont ils ne profiteront pas. Suivant les ordres, survivants grâce à leur dressage, ils aident à la destruction de la civilisation. Pas par envie, pas par vengeance, mais parce qu’ils le doivent. Parce qu’ils sont liés à la chaîne de production. Humaniste, écologiste avant l’heure, Marcel Schwob est une victime de son temps, d’une époque vénale n’ayant que faire de l’autre dans sa quête de richesses, donc de telles fictions. Que vaut cette main d’œuvre remplaçable, face aux profits ! Sauf que, des colonies, on ne ramène pas que du beau, on transporte des horreurs plus terrifiantes et inconnues que jamais. Le riche ne peut survivre sans ses serviteurs. Il devrait les respecter et de les protéger. Ce n’est pas une façon de traiter les presque morts ! Posséder les êtres vivants n’est pas une manière de se conduire ! …du moins, pas à bon port. Les pilleurs sont rapidement fauchés par le sort. Dépossédés de leurs biens, de leurs attaches. Ceux n’en ayant jamais eu peuvent survivre, éviter la folie tout en appréhendant un éden prometteur s’étant changé en un triste enfer.

On a beau veiller, tenter de surprendre le danger, souvent humain, souvent éduqué pour démolir, la maladie arrive. Inutile d’appeler à l’aide, car on n’entend rien. On est trop nombreux pour subvenir d’une manière désintéressée. Il n’y a aucun moyen de sortir d’une mauvaise passe lorsque la rame fonce à toute allure. Une grande solitude s’acharne dans une foule compacte, occupée, apeurée par sa propre mortalité. Dans la seconde nouvelle, on entre dans cet univers clos. Dans un compartiment. La foule nous parait loin, mais cela ne veut pas dire que les compagnons de voyage sont proches. Le narrateur est un homme rendu fou par le cliquetis incessant du train, répétitif, agaçant, qu’il était impossible de recouvrir. Le bruit berce, sauf qu’on aimerait qu’il s’arrête. On se sent tel un serpent charmé par le son de la flûte : manipulé par la beauté d’une machine excentrique. On aimerait se concentrer sur une chose, ne pas revenir toujours à cette rythmique stressante impossible à occulter. L’éternel brouhaha de la civilisation saoule, rend fou, se répercute dans les campagnes, les endroits reculés par l’avènement de la modernité. Soudainement, on a envie que tout s’arrête. On ferait tout notre possible pour cela, pour rompre le quotidien.

31_pelucheCe qui nous est impossible est envisageable dans L’Homme voilé. C’est un exotique passager aux pouvoirs magiques. Ce qui est transmis ici, ce sont les traditions de jadis, les légendes d’ailleurs atteignant l’Occident. Le merveilleux est présent. La moralité de ses contes, différente de la nôtre, ne nous préserve pas des dangers du Nouveau Monde. Le héros se laisse alors hypnotisé par la sonorité. Son imagination phantasmes sur des mystères impénétrables. Il fait une victime parfaite pour le malfaiteur, le vilain sorcier issu de la période orientale de bien des écrivains. Marcel Schwob a une manière très étrange de raconter des histoires. Chacune est en fait un testament révélateur d’horreurs innommables. Il ne donne jamais d’explications logiques à ces récits fantastiques : folie, concours de circonstances, drogues… Et nous laisse choisir entre le camp du plausible ou de l’impossible. Il laisse notre esprit concevoir ses propres connexions, imaginer les répercussions. « L’incertitude augmente la terreur ». Seul bémol, il ne va jamais assez loin dans l’abominable, sauve la veuve et l’orphelin. Cela semble être le sacrifice à faire si l’on souhaite être édité. On choque, mais il faut savoir s’arrêter à temps, faire bonne figure, censurer et cacher ses propos.

Il faut aussi promouvoir la terreur en train, flatter la presse à sensation (l’éditeur) en teintant les raisonnements des personnages avec ceux des apeurés du crime et de l’accident. Ces gros titres montrant d’affreuses morts nous poussent, d’instinct, à tout faire pour les éviter, à nous comporter tels des fous, à tuer par simple suspicion, à arrêter le train pour nous évader dans la nature, revenir aux origines… Quitter l’ambiance anxiogène du voyage. S’évader de l’étrange, de l’étranger qui nous fait peur. Philippe Gontier admire Marcel Schwob, symboliste, fin observateur de la psyché, qu’il décrit tel un passionné et un génie de la littérature.

Le Rail sanglant, de Maurice Renard. Un criminel ? Nous en découvrons un ici. Le récit s’intéresse tout particulièrement à lui et non à ces victimes, pour changer. Le ton est raide, la prose est directe. La haine des personnages se retrouve dans les expressions. La vengeance de l’un, rondement menée, n’aurait pas d’intérêt (ce n’est rien de plus qu’une vulgaire querelle amoureuse) si le fantastique ne venait pas obscurcir la scène. Et si le plan meurtrier avait fonctionné. Le thème de la mutilation trouve ici son apogée. Le train est perçu comme un danger, mais c’est le remords, les fantômes, qui rendent fou l’assassin. Le train n’est qu’un élément du paysage.

Songe que les chemins de fer
Seront démodés et abandonnés dans peu de temps.
— Guillaume Apollinaire.

32_waldenCi-dessus, Les docks de Cardiff par Lionel Walden.

Trains de l’avenir

Lorsque l’invention devient réalité, la conjecture et l’anticipation s’en détournent. Dès lors, l’anticipation ultime consiste à supprimer […] le chemin de fer pour le remplacer par des moyens de transport plus efficaces. – Philippe Gontier.

Un express de l’avenir, de Michel Jules Verne

Le futur décrit par le fils de Jules Verne est halluciné. Il se retrouve en voyageur égaré dans une temporalité étrange. Il ne s’agit donc pas, à proprement parlé, de science-fiction, puisque cette vision tient plus du trip onirique que du récit d’un voyageur temporel. La seule machine que nous discernons est le train, objet du quotidien, et invention futuriste telle qu’on se les représente, puisqu’il reprend des particularités du sous-marin. Mais s’agit-il toujours d’un train, ainsi revisité en profondeur ? L’auteur, tout comme son père, décrit en détail les avancées faites dans l’époque qu’il visite. Mais le personnage n’est pas un aventurier et ne fait que s’intéresser à l’invention pseudoferroviaire. Étrangement, au lieu d’utiliser le moyen de transport pour explorer, il reste sur le quai et ne fait que parler, sans vraiment avoir de but ou de curiosité. L’explication du fonctionnement de cet « express » prend le dessus sur toute action, rendant le récit peu amusant. Il s’agit d’une tentative littéraire bâclée, d’une expérience ratée. D’un dialogue entre un inventeur imaginaire et de l’écrivain se renseignant sur un principe irréalisable. Surement dans le but de tromper le lecteur sur la possibilité d’une telle prouesse technique. Il rêve et fait rêver, utilisant la science, un domaine pourtant basé sur le concret, afin que le lecteur prenne le relais de l’auteur et brode lui-même sur les possibilités d’un train futuriste.

L’“ Express-Times ”, de Louis Mullem

Faire des canulars dans les journaux en reprenant des thèmes souvent traités, tel le train, a plu à certains nouvellistes. Ce sont de gentilles blagues, car l’incongruité de telles histoires est flagrante. On garde tout de même le ton de la coupure de presse. Cet auteur pousse plus loin le concept en inventant un train spécialement conçu pour les journalistes, héros de son histoire dont il se moque. Le journaliste et le train ont de nombreuses choses en commun : toujours pressés, toujours en reportage dans des lieux divers, ils sont faits pour s’entendre. Le train apporte les informations. Celui-ci va jusqu’à contenir ceux qui créent la nouveauté. Ces journalistes bourgeois ne plaisent pas à l’écrivain qui voit dans le paysage déformé au travers des vitres des wagons un climat exagérément retranscrit. Ce travail fait voir du pays. Il a l’air plaisant, même s’il enchaine les employés à la machine. Si le train faisait des embardées aussi importantes que celles des rédacteurs, il ne tiendrait pas longtemps sur ses rails, croyez-le ! Il conduirait le pays à sa perte, à une nouvelle ère d’obscurantisme que l’envie du scandale et celle, non avouée, de la catastrophe, aurait orchestrée.

Le journalisme devient un travail d’usine où aucune information n’est vérifiée, où le but et d’emmagasiner, de produire, du capital intangible. Compressée, rapidement véhiculée, remplacée, la culture disparaît ne laissant qu’un nuage opaque de fumée derrière elle, telle une locomotive brulant l’Histoire dans son vaste four. C’est notre société de consommation que l’on accuse de sensationnalisme, de rendre la population dépendante de la nouveauté que l’on n’a pas le temps de savourer, que l’on engloutit comme si l’humain était devenu, lui aussi, le ventre du train. La mécanisation a permis à tous de découvrir le monde qui l’entoure. Ou plutôt, entourant le riche journaliste ne vivant pas dans notre monde trop populaire pour lui. Cela a déformé notre rythme de vie et a grossi le nombre de ragots. Sommes-nous devenus plus intelligents grâce à cet apport de pseudoculture ? La presse est-elle réellement au service du peuple lettré, pourtant trop occupé par un travail ne lui permettant pas de repos, d’un temps de littérature dépassant celui des informations ? Ne lui permettant pas de reconversion ou d’enseignement ? Nous nous sentons manipulés par ce train, trop beau pour être être bon. La culture se restreint, car elle doit être rentable et neuve, au risque d’être bâclée. Elle est éphémère.

33_monetCi-dessus, Le pont de chemin de fer à Argentieul par Claude Monet.

Cette anticipation de la société nous paraît juste, à présent que ce rythme collectif dont parle Louis Mullem est devenu réalité. À présent que l’information circule, conçois un vaste système de surveillance nous empêchant tout comportement contraire à la norme. Comme quoi, nos problématiques face à l’information et à la dégradation de l’humain ne sont pas récentes. Privé de contexte réel, ce récit n’est que plus intemporel. S’il est populaire, nous n’avons tout de même pas de doute sur l’importante culture de l’écrivain possédant un sens de l’observation aiguisé, des opinions tranchées (mais libertaires), qui, sans être désuet, compose des proses riches tout en s’approchant de son lectorat par un sujet social d’une importance souvent amoindrie par la presse n’ayant que faire de nos drames quotidiens. Une presse se flattant de ne pas éduquer le prolétaire, mais de choisir pour lui ses positions politiques et culturelles, ses choix de conversations, sa pensée unique et dirigée sur un travail bêtifiant basé sur le collectif, l’enrichissement des puissants aux commandes d’une armée de journalistes. Ceux-ci, bien sûr, se voilent devant des dangers qu’une curiosité sans bornes développe.

Ils vont droit à la catastrophe, dans l’antre de l’horreur causée, ici, par une tempête. Non pas la révolte dont nous témoignons aujourd’hui, dans les rues, non sur le papier mensonger, mais un attentat. Ce récit d’anticipation ferroviaire (l’un des seuls) n’a rien de classique dans son traitement. Même si son fond : la société courant vers son éradication, est finalement assez commun. Le lire maintenant, après les évènements, en plein état d’urgence, créer un frisson incomparable. Concernant le grand vocabulaire et le style tourmenté, direct, rapide sans s’essouffler, de Louis Mullem, il correspond tout à fait au type d’histoire qu’il rédige. L’auteur, lui-même journaliste, a conçu un récit criblant de réalité et orchestré par un interne. Nous sentons là le retour du sensationnalisme. Si la nouvelle précédente parlait d’une expérience ratée et était décevante, celle-ci s’implante pleinement dans sa ligne éditoriale. Ironique, efficace, fiévreuse, loufoque et fumiste, Philippe Gontier ne manque pas d’adjectif pour la qualifier. « Louis Mullem mène la charge contre la foi béate et aveugle des foules en un scientisme arrogant et un matérialisme mercantile […] en misant sur la surenchère. » L’écrivain a anticipé à la fois le Transcontinental et internet !

Le Tunnel de Gibraltar, de Jean Jaubert

Avant la construction du tunnel sous la manche, vient celle, possible aujourd’hui mais pas hier, du tunnel de Gibraltar. On nous compte les péripéties d’un employé risquant sa vie pour les puissants, les actionnaires, prêts à le sacrifier pour maintenir leurs revenus. Dramatique, cette dernière nouvelle est encore la preuve que le récit populaire est un moyen de défense communautaire pour les populations peu aisées à même de lire cela. Un type de littérature périclitant à mesure de l’augmentation du prix de production de chaque chose. Cette science-fiction aborde des sujets sérieux, accuse, sans passer par un média trop sérieux. Nous ne sommes pas tellement dans le futur, mais dans un univers dans lequel il est facile de s’identifier. La main d’œuvre remplaçable se venge, à son échelle, contre un patronat exclu de leurs références culturelles. Cependant, cette nouvelle ternit avec l’apport d’une romance peu audacieuse, d’un esprit colonialiste de trop. Trop propret, donc, est ce texte se clôturant pourtant sur un drame, un accident, supposé distrayant. La foi en la technologie est une fois de plus remise en question. Là était le thème central de ce volume. Quant à l’ambiance angoissante, elle trouve son apogée lorsque le danger arrive, sous la forme d’une noyade. Si cela manque de cynisme, met en scène l’homme face à la machine et les éléments (encore), nous y trouvons à la fois une morale écologique et un héroïsme stupide. Retenons seulement les connaissances scientifiques de cet illustre inconnu qu’est J. Jaubert.

34_courboinCi-dessus, Le premier chemin de fer parisien par Eugene Courboin.

Pour conclure, Philippe Gontier a rédigé un brillant essai tant grâce aux documents rassemblés qu’aux explications de textes que lui seul aurait pu contextualiser. Chaque nouvelle est annotée. Si nous remarquons quelques répétitions, c’est afin de développer des visions d’écrivains, preuves à l’appui. L’anthologiste a regroupé plusieurs articles afin de souligner les aspects historiques, artistiques, littéraires, etc. du train. Si nous restons à l’intérieur des wagons, assis plus ou moins confortablement sur de vieilles banquettes, le reste du décor n’est pas toujours en retrait. L’horreur ferroviaire est avant tout un genre écrit par des passagers curieux, des amateurs auxquels nous pouvons nous identifier. La barrière de l’époque pique notre curiosité. La nature humaine, malgré les apparences, n’a pas changé depuis. Finalement, il n’y a pas tant de fantastique que cela dans ce recueil. Du moins, pas dans le sens où nous l’entendons généralement : par l’arrivée de l’irréel dans un cadre bien souvent contemporain.

La folie est en bonne place. Les trains de terreurs et de morts couvrent à eux seuls les pages de plus de la moitié du volume ! Les terreurs de l’homme sont toujours aussi implantées dans les esprits. Et si le train est une invention récente sur l’échelle de notre Histoire, les peurs qui l’accompagnent sont similaires à celles de nos tout premiers ancêtres. Évidemment, nous aurons peur ! Notre esprit déraillera. Le vôtre aussi, si vous lisez ce livre, c’est une certitude…

À l’entendre c’est un monstre, à le voir ce n’est qu’une machine — Victor Hugo, à propos des « chevaux de fer ». À lire, Peinture et fantastique ferroviaire (essai).

Documents

Dans les années 1800, il s’en fallait de peu pour effrayer les spectateurs. Pourtant, il faut l’avouer, certaines catastrophes avaient de quoi faire frémir, telle celle de la ligne ferroviaire de Meudon, ayant lieu le 8 mai 1842. Il s’agissait du premier accident de train survenu en France. « Ce déraillement est suivi d’un chevauchement des voitures de tête puis d’un incendie. L’accident fait 55 morts dont le marin et explorateur Jules Dumont d’Urville et sa famille », peut-on lire sur Wikipedia. Vous y trouverez l’histoire résumée du chemin de fer français. Grâce à l’article ci-dessous, vous aurez une idée des premiers retours de l’accident qui a défrayé la chronique.

35_colonieCatastrophe sur le chemin de fer de Versailles (rive gauche), par Hippolyte de Chavannes de La Giraudière. C’est une catastrophe décrite en détail, avec toute la technicité et la froideur requise. Nous l’aurons compris, l’heure est assez grave pour qu’on se passe de sensationnel. On ne fait qu’informer, sans sourire, d’une horreur ayant couté la vie de tant de personnes. Le journaliste semble en deuil. Il compatit sans apitoyer, sans avoir l’air de profiter de la chose pour gagner sont beurre. C’est avec respect qu’il énonce. Qu’en penser ? Personne ne semble savoir : doit-on accuser, pleurer, se révolter ? Aucune indication n’est fournie. On s’horrifie des passagers brulés vifs qu’on ne peut sauver, cela paraît presque du domaine de la fiction. Le reportage est écrit d’une manière similaire. Dans les premiers temps du drame, on ne fait que témoigner, puis vient le procès, les récompenses de bravoure et la punition. La presse a-t-elle évolué ? Les interviews se passent de commentaires, nous remarquons une impressionnante entraide qui ne cesse d’étonner. C’est une vraie cellule de crise qui se développe pour les sinistrés. Voilà un rapport tendu qu’il est difficile de décrire, et qui en a inspiré plus d’un. Car, malheureusement, l’évènement n’allait pas être un cas isolé.

Dangers que courent les voyageurs en chemin de fer (anonyme) ; c’est la preuve de ce fait. On nous parle, sans oublier un seul petit détail, de crimes et d’accidents véridiques, tels les meurtres irrésolus de personnalités importantes et horriblement rendues anonymes. C’est aussi l’occasion de critiquer certaines choses, comme les tarifs empêchant la classe ouvrière de profiter de vacances en utilisant cet unique moyen de transport. Une injustice ayant fait des victimes jusqu’à encore tout récemment. Le problème des accidents ne nous concerne plus, mais il se trouve toujours de nombreuses agressions dans les transports en commun que personne ne semble en mesure de résoudre. Cela peut paraître assez « terre à terre », mais il est bon de rappeler, nous dit-on, l’insécurité des voyages due à une absence d’encadrement des classes non privilégiées. L’auteur s’insurge contre l’organisation par classe des wagons, l’absence de traitement particulier pour les personnes à mobilité réduite. Malgré l’importance des exemples cités dans cet article, nous voyons que ces remontrances ne mènent toujours à rien ! En l’absence de concurrence, la SNCF se croit toujours tout permit. En 2016, le pauvre, le malade, le vieillard, sont toujours mal lotis.

Pourquoi ne pas considérer les handicaps dans les gares, au niveau des pointages, des machines, des accès aux quais et aux wagons de seconde classe, ne serait-ce que cela ? Pourquoi ne pas améliorer ce système rétrograde de compostage ? Pourquoi ne respecte-t-on pas ses employés à la SNCF ? Pourquoi tant de sexisme ? Pourquoi s’étonner, alors, des nombreuses grèves ? Pourquoi ne pas chercher à remédier à tous ses problèmes ? Pourquoi fournir des services excessifs dans les wagons restaurants, dans les TGV en général ? Pourquoi entretenir un système de castes ? Pourquoi ne pas copier la propreté des trains japonais (sans être aussi pointilleux) ? Pourquoi maltraiter les pauvres toilettes ? Pourquoi ne pas augmenter le nombre de trajets ? Pourquoi forcer les gens à passer par la capitale pour les voyages longue distance ? Pourquoi ne pas fournir des tarifs honnêtes basés sur les trajets en covoiturages et en car ? Pourquoi ne pas rembourser systématiquement lors de grèves ou d’empêchements ? Pourquoi ne pas entendre nos constants coups de gueule ? C’est une énigme insoluble, même au début de ce nouveau millénaire.

36_cartesCi-dessus, des cartes postales de l’époque des premiers trains.

Les agressions en cours de route, par Pierre Giffard. C’est le chapitre sept de l’essai intitulé La vie en chemin de fer. Un livre que vous pouvez lire sur Gallica. Écrit sur le ton de la moquerie, il ne manque pas de panache. On vous parle de brigands tels Jud, Lubanski, de l’affaire Barrême, de Ville-d’Avray, Cannes, Bologne… Tant d’agressions qui ne nous disent rien, mais qui firent fureur. Ces cas ne connurent aucune suite, amenant un sentiment d’insécurité chez les riverains. On commence à avoir peur de l’autre, de son voisin. Pourtant, les meurtres, comme les accidents, ne sont pas monnaie courante. On les utilise pour dénigrer les voyages. Cet auteur s’en moque, et il a bien raison ! Défenseur du train, il est peut-être un peu trop excessif et confiant dans son raisonnement, ne soulignant que ce qui l’arrange, pourtant il est intéressant de connaître tous les points de vue pour découvrir que l’horreur n’est pas une constante du train, comme on se plait à l’imaginer. Cela n’est que folklorique, pourtant la base est réelle. Avec les avancées technologiques et le creusement régulier d’un fossé entre les riches et les pauvres, la criminalité augmente et se répercute sur le point faible de notre grande machinerie : les transports. Pierre Giffard nous présente une polémique à présent négligée. Cet homme, même s’il a du « bon sens », à l’entendre, ne manque pas d’arrogance.

Le premier passager mort sur les rails, par Philippe Gindre. Nous concluons avec un mot du directeur de la Clef d’Argent nous renseignant sur le sort funeste de William Huskisson, Première victime du train lors de l’inauguration de la Première ligne ferroviaire commerciale au monde (en Angleterre). Cela est sans compter celles des ouvriers, négligeables, car faisant partie d’une pauvre main d’œuvre. L’article Wikipédia sur ce célèbre malheureux vous attend ici. Il est temps de se quitter, j’espère vous avoir appris quelques petites choses. Remercions Philippe Gontier pour cette fantastique leçon d’Histoire !

Chemins de fer et de mort
Aux éditions de la Clef d’Argent

Partie I. L’horreur ferroviaire au jour d’aujourd’hui
C’est à découvrir à cette adresse !

De Charles Dickens à Robert Bloch en passant par Marcel Schwob, Maurice Leblanc, Claude Farrère ou Jean Ray, nombreux sont les auteurs qui ont écrit des récits fantastiques ou d’angoisse situés dans le cadre du chemin de fer. Le cinéma fantastique, de SF ou d’horreur a également largement exploité ce décor avec des films comme Le Train des épouvantes, Un soir… un train, Terreur dans le Shangaï Express, Le Monstre du train, Red Eye, Train, Source Code, Snowpiercer

37_pont38_mortC’est que l’univers ferroviaire exhale une poésie équivoque qui tourne facilement au fantastique, et que le train, lieu clos en mouvement d’où l’on ne peut s’échapper, est naturellement propice à l’angoisse et au drame.

Ce recueil de textes contemporains d’angoisse ferroviaire renoue avec les anthologies que donnèrent en leur temps Dany de Laet (Histoires de trains fantastiques, 1980), Jean-Baptiste Baronian (Trains rouges, 1990) ou plus récemment Philippe Gontier (Trains de cauchemar, 2012).

Au gré des pages, vous y trouverez un tunnel habité par une créature monstrueuse, une gare presque désaffectée ou franchement improbable, un contrôleur particulièrement zélé, un tueur en série traqué… Jouant sur toutes les nuances des littératures de l’imaginaire – fantastique, science-fiction, horreur, steampunk – cette anthologie vous propose d’embarquer sur des trains roulant à travers les espaces désertiques d’autres mondes, des trains futuristes sous-marins, ou plus sournoisement, sur des trains d’apparence banale où le temps et l’espace sont pourtant soumis à d’autres règles. Mais voici le signal du départ… En voiture pour un voyage dont vous avez hélas peu de chance de revenir… – Cf. La Clef d’Argent.

Ce recueil vous a été présenté par Poulpy.
Cliquez pour suivre les articles estampillés « la clef d’argent »

Poulpy.

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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Un commentaire pour Trains de Cauchemar, des éditions de la Clef d’Argent

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