Fernando Goncalvès-Félix

Fernando Goncalvès-Félix
illustrateur à la Clef d’Argent

Fernando Goncalvès-Félix est un illustrateur de génie qui sévit tout particulièrement aux éditions de la Clef d’Argent. Nous lui devons nombre d’illustrations de couverture et intérieures, notamment pour la collection NoKhThys, « Poètes à l’âme obombrée par la Ténèbre, philosophes noirs, chroniqueurs de la Nocturne et hagiographes du Néant : telle est la sombre cohorte des Enfants de NoKhThys. » – Cf. La Clef d’Argent.

Et ce n’est pas tout ! Il est l’auteur d’un recueil de poèmes intitulé Les poumons du diable, d’un livre de cadavres exquis écrit avec Véronique Corme, Des anges qui passent, de plusieurs cartes, dont certaines sont parues dans un portfolio particulièrement beau, J’étais assis sur une chaise et je ne faisais rien, il était l’illustrateur du Club Diogène avant que Patrice Mallet prenne le relais pour les éditions Malpertuis (voir leurs interviews dans cet article sur l’Antre du poulpe), il embellît en ce moment même la splendide trilogie de Céline Maltère, Le cycle de Goth, dont le premier volume vient de paraitre… Enfin, Fernando Goncalvès-Félix, c’est un peu tout ça :

01_photoFernando Goncalvès-Félix est né à Château-Thierry en 1972. Une enfance heureuse ne l’a pas empêché d’être obsédé et persécuté par des visions cauchemardesques. Dans son œuvre, il évoque et illustre cet univers sombre, surréaliste, mais surtout obsessionnel qui le hante et fonde sa démarche poétique et graphique. Ces dernières années, on a pu voir ses dessins dans Noir et Blanc, Nous, La Feuille de chou, L’Obsédante, La Rose Noire, le Codex Atlanticus, Hématomes Crochus, Le Visage Vert, Salmigondis, ou Faille Temporelle. Depuis quelques années, Fernando Goncalvès-Félix illustre régulièrement nos publications. – Cf. La Clef d’Argent, pour découvrir, en texte et en image, l’étendue de son travail graphique et poétique.

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Ci-dessus, des photos prises à Damparis en 2014 et en 2016. Fernando Goncalvès-Félix au côté de son autoportrait ; avec la Chipougne, mascotte de la Clef d’Argent ; avec Céline Maltère, l’auteure de Corps glorieux, afin de discuter de nouveaux projets en rapport avec sa trilogie épique.

Ci-dessous, Berseker. Une carte postale ainsi qu’un dessin tiré du Codex Atlanticus promotionnel disponible gratuitement en .pdf à cette adresse. L’original (ainsi que d’autres) fait partit de l’exposition itinérante organisée par la Clef d’Argent en 2016. Plus d’informations à la suite.

J’étais assis sur ne chaise et je ne faisais rien, un aperçu.
Comme vous pouvez le lire dans la description, il s’agit de douze dessins à l’encre.

03_cartesSi certains sont issus de fantasmes, de cauchemars étranges, et appellent le spectateur à un voyage dans des contrées hallucinées, c’est la Mort qui nous guide d’une manière macabre à la fois amusante et effrayante. Les effets de cette petite mort que peut être l’ennui du poète ou bien la hantise de l’homme, nous les voyons dans le premier personnage : un vieillard assis sur une chaise. Fernando Goncalvès-Félix trompe l’ennuie qui l’atteint, les phobies qui l’étreignent (ici un cafard et une flamme, un délire fiévreux), en s’aventurant aux cotés des squelettes de voyageurs (ici un pèlerin et un noyé) qui incarnent à la fois des esprits frappeurs ne connaissant pas le repos, avares de compagnies, et des destinées tragiques. Un ange passe, et l’esprit s’envole afin de rencontrer les êtres étranges qu’il pourrait être s’il demeurait figé : un chien presque trop humain, un gardien, un exorciste… Autant de mises en garde sur l’aventure conduisant à la mort, quels que soient nos gestes, nous dit sa vanité. Fernando Goncalvès-Félix ne s’arrête pas là car il nous présente les étrangetés de nos petits péchés mordants et distord ses personnages hybrides et parasitaires. Que dire également de La femme du catcheur ou de L’homme et le mensonge ?

04_assis_chaiseLes illustrations de Fernando Goncalvès-Félix (et sa bande dessinée) parus au sein de nombreux Codex Atlanticus sont d’agréables souvenirs pour tout amateur de cette revue décédée en 2011 au bout de 20 numéros. — Ses dessins dans L’Écho du tonneau et dans les deux livres dédiés au Club Diogène ont transporté plus d’un fan de la série (Poulpy compris). — Les couvertures de Saturne, La maison du Vampire et des Corps glorieux (les deux prochains volumes de ce cycle sont à paraître), en ont ravi plus d’un. — Mais c’est surtout, comme je vous l’ai dit, les visuels des recueils de la collection NoKhThys qui ont marqué les lecteurs de la Clef d’Argent.

05_nokhthys06_poumonsCi-dessus, la couverture de son recueil de 25 poèmes, Les poumons du diable, agrémenté de 22 dessins à l’encre. Les dix premières pages de ce livre sont à découvrir ici, le sommaire, les revues de presse, en cliquant sur ce lien. Ce recueil composé de trois cycles, Les poumons du diable, Le président des oiseaux et Le petit vélo dans la tête, est sans nul doute sa plus belle réalisation.

Dans ce livre Fernando Goncalvès-Félix transgresse une fois de plus les éléments ainsi que la réalité elle-même, lui conférant des pouvoirs impossibles qu’un délire narcotique pourrait expliquer. Les poumons du diable fait partit de cette veine de romans et de poèmes à la Alice in Wonderland qui se passe d’illustrations enfantines afin d’exprimer des visions cauchemardesques n’étant pas forcément liées aux plaisirs, mais aux maladies malsaines, d’où qu’elles viennent, qui sont tant d’incarnations de démons épouvantables.

07_dessins1Ci-dessus, Le parasite et Le gobelin, visibles durant l’exposition itinérante de F.G-F.

Sombres sont ses visions délétères qui n’enferment pas l’esprit, mais le fait dériver follement aux delà des routes tracées par les hommes. Le sens nous échappe parfois et les images fortes ancrent le lecteur dans de multiples phases de l’existence qui s’assombrissent à mesure des entêtements de l’individu, de ces interrogations et de ses maux parfois physiques. Les poèmes et les dessins s’opposent, se juxtaposent et annoncent une décrépitude, un néant épouvantable, auxquels les narrateurs tentent d’échapper en flattant les démons ou en sombrant dans une folie proche de l’oublie ou du mensonge.

Ci-dessous, Le jour et la nuit, ferveur#1, (//) de Fernando Goncalvès-Félix.

08_dessins2Fernando Goncalvès-Félix est entêtant dans ses répétitions continuelles et poignant dans ses dessins déteignant d’expériences humaines. Les poumons du diable sont tant d’hymnes à la vacuité et aux vanités proférées par un étrange personnage qu’il ne nous est pas possible d’appréhender. La première partie de son livre reprend l’obsession de la mort dégoutante. Le président des oiseaux sont des récits d’amour pervers qu’une âme sensible dénigrerait car ils possèdent un raffinement obscène. Amour et naissance, chaos et tristesse, puis des délires complexes échappant encore plus à la raison. Ce recueil n’est plus alors morbide car le démon a pris la plume et se moque doucement de choses dont la symbolique échappe.

Le petit vélo dans la tête est la consécration de cela. Un fou joue avec les intonations et des pensées ridicules sont couchées sur le papier, comme si elle résumait un rêve impossible mais marquant. Là, le diable emmêle ses pinceaux et forme des courbes improbables quoiqu’organiques. Lu dans de bonnes conditions, Les poumons du diables peut mener à des sphères incongrues, distordre les pensées d’un lecteur qui pourrait regretter la tentation de ce foutoir à mots et à images, soudain pris de vertige, comme s’il avait observé le malstrom d’un esprit malade pendant trop longtemps.

09_anges_passentL’art prend bien des formes, mais c’est dans l’absence de logique que l’art transcende, quand l’imagination est fournie sans effort par tant d’esprits insinuant des concepts que le cartésien ne pourrait mélanger. Ces délires sont bien surréalistes, tant dans la forme que dans le fond qu’on ne peut rapprocher du travail d’un autre. Des nombreux projets de Fernando Goncalvès-Félix qui n’ont vu le jour, on peut comprendre une chose : c’est que sa concentration est souvent soufflée par de nouveaux fantasmes germant et proliférants sur sa carcasse… Le poulpe ne peut que réaffirmer les propos de Stéphane Pons sur le site Yozone : « Entre les visions cauchemardesques, souvent teintées d’un humour très noir ou franchement provocateur, et les passages plus sensibles et intimes, Les Poumons du Diable est un ouvrage intéressant d’où transparaît un enthousiasme réel et sincère. »

Des anges qui passent de Véronique Corme et Fernando Goncalvès-Félix – un extrait.

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Véronique Corme vit actuellement sur la côte bretonne. Spectatrice distanciée de l’hystérie estivale comme de la mélancolie du hors-saison touristique, elle trouve, en bordure de dune, un espace et des rythmes qui conviennent à sa démarche d’essayiste, de critique d’art et de photographe.

Lors de notre participation à des salons, nous présentons lorsque cela est possible une petite exposition itinérante de douze dessins à l’encre originaux de Fernando Goncalvès-Félix. En voici le catalogue descriptif. – Cf. La Clef d’Argent.

Cliquez sur ce dernier lien et vous découvrirez des images publiées dans le Codex Atlanticus et dans les deux recueils que nous venons de vous décrire. Le portrait intitulé Balzane est une illustration inédite, une recherche pour l’un des personnages de Céline Maltère que nous découvrons dans Les Corps glorieux. Baal Félix, un autoportrait à tête de bouc, et six autres dessins sont totalement inédits.

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Cette exposition eut lieu pour la première fois à Damparis en 2016 lors du salon Texte et Bulle. Elle a ensuite rejoint le caveau du magasin Ciel Rouge de Dijon du 1er juin au 31 aout 2016. Cette exposition s’est vue agrémentée d’une dizaine de dessins à l’encre destinés à la vente. Le poulpe s’est rendu en ces deux endroits, en reportage.

Ciel rouge est un magasin spécialisé dans l’imaginaire, l’art et la culture fantastique s’attachant à mettre en avant les créations d’artistes ou artisans peu distribués. Lorsque vous entrez en cette boutique, le caveau, ainsi embelli, a tout de catacombes ou de souterrains que viendraient hanter des fantômes. L’esprit de Fernando Goncalvèz-Félix a investi les lieux…

Ci-dessus, une visite de l’exposition jurassienne du mois de mai. Les portfolios suivants sont dédiés à l’installation dans la boutique Ciel Rouge.

12_expoComment rendre un dessin expressif et vivant ? « Et bien j’essaie d’être vraiment ce que je dessine, je m’imprègne de chaque chose. Si je dessine un arbre, je vais essayer d’être un arbre, comprendre comment il est tordu dans ses branches, et ainsi de suite. Si je dessine un chien, je vais essayer de me poser dans la position du chien. Si je dessine la joie, je vais sourire », explique l’illustrateur.

Je travaille surtout en noir et blanc et c’est à peu près l’essentiel de ce que je montre. Mais dans les années 90, j’ai commencé par faire des tableaux en très grands formats à l’acrylique, en technique traditionnelle. Ensuite j’ai découvert Photoshop. Alors il m’arrive de mettre mes dessins en couleurs en utilisant des à plat. Petit à petit je reviens quand même à la couleur directe. Ce ne sont pas des choses que je montre car ce n’est pas tout à fait au point. Je ne suis pas complètement satisfait.

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Graphiquement, mes dessins sont ce que l’on appelle du trait croisé, une technique héritée de la Renaissance : pour rendre les reliefs des personnages par rapport à la lumière, on croisait les traits. Après, mon univers est plus proche d’un univers surréaliste un peu sombre où nous ne sommes pas vraiment dans le fantastique dans le sens où l’on va s’approprier quelque chose qui ne peut pas exister et que l’on va faire vivre. Je dirais plutôt que j’ai un regard différent sur la réalité que je vis et que j’observe. Je la retransmets dans mes dessins avec mon œil personnel. – Fernando Goncalvès-Félix en interview en 2014.

Fernando Goncalvès-Félix a toujours dessiné, même avant d’entrer aux Beaux-Arts de Reims au début des années 90. Perfectionniste, il travaille longuement ses techniques avant de réaliser une illustration. Lors de commandes, ses croquis sont multiples. Si Fernando souhaitait faire de la bande dessinée, l’envie lui est passée quand, dit-il, il a vu qu’il était possible de réfléchir différemment en matière de graphisme.

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Les Beaux-Arts ne lui ont que peu servi durant son parcours. Nous pouvons dire qu’il est entièrement autodidacte. « Je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de lacunes en dessin, que je n’avais pas appris du tout. J’ai essayé de rattraper tout ça et, petit à petit, j’ai appris à vraiment être moi quand je dessine. »

« Lorsque l’on sort des Beaux-Arts, on nous dit d’avoir quelque chose à défendre, travailler sur une cause et ainsi de suite. J’ai mis longtemps à comprendre que mes dessins étaient issus de mes obsessions personnelles que je ne maitrise pas forcément. Je les mets en image, mais je ne les contrôle pas plus que ça. J’ai envie de transmettre le fait que les dessinateurs doivent être libres dans leur façon de dessiner, dans leur façon de penser. Plus ils sont libres, plus ils vont être généreux dans leurs dessins, et plus ce sera apprécié par les personnes qui les regardent. »

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Une suite à cet entretient vous attendra dans un article dédié au roman Les Corps glorieux de Céline Maltère (à paraitre prochainement sur l’Antre du poulpe).

Pour conclure cet article, que dire de l’exposition itinérante en partenariat avec la Clef d’Argent ? Bien souvent demander par ceux qui nous rendent visite, cette exposition reste confidentielle malgré son niveau. Comme vous pouvez le voir, elle est grandiose et le poulpe que je suis espère pouvoir faire tourner cet évènement dans d’autres salles et, pourquoi pas, à Paris, pas loin de l’habitation de l’artiste. Nous verrons bien : plusieurs fans de Fernando Goncalvès-Félix sont sur le coup. Faites qu’il puisse voyager !

Grâce aux photos ornant cet article, vous découvrez plusieurs œuvres inédites :

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Le premier set de dessins, ceux que vous voyez encadrés, provient de la collection privée de Philippe Gindre, le directeur de la Clef d’Argent. Triant son stock, partiellement révélé au grand public, il en a déniché douze. Vous pouvez les découvrir ici. Si les premiers n’ont pas de rapports entre eux, nous pouvons tout de même en découvrir un thème commun en visualisant les sept dessins inédits.

Fernando, dans son autoportrait, Baal Félix, se voit-il tel un diable aux commandes de légions chimériques, ou bien montre-t-il sa transformation due à des démons qu’il découvre, réinterprète ou créer ? Le visiteur s’étonnera des titres de chaque dessin censés représenter des figures connues pour tout admirateur du fantastique et de son folklore. Pourtant il est difficile de mettre un nom sur ses entrelacs de lignes. Ses images comportent une multitude de traits, chacun ayant une signification, servant à accentuer certains aspects. Mouvants et caractériels, les personnages et les monstres sont des énigmes indéchiffrables.

17_damparisQuant aux autres dessins, exposés pour la première fois à Dijon, ils auront de quoi étonner. Les pages, couvertes entièrement de trames faites main, sont magnifiques. Ce ne sont pas des recherches, mais bien des illustrations très personnelles du mental de l’artiste. Petits génies, toutes ses têtes, ces beautés tentaculaires, se meuvent dans son crâne. Ses animaux, ses plantes effroyables, ne pourrait illustrer le texte d’un autre que lui. Cela, vous le découvrirez en vous rendant sur les lieux…

PS. Ci-dessus de gauche à droite, Jean-Pierre Favard, Fernando Goncalvès-Félix et Pierre Brulhet à Dole en 2016, au sortir de Damparis et de son salon.

Cet article vous a été présenté par Poulpy.
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Poulpy.

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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4 commentaires pour Fernando Goncalvès-Félix

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