Jérôme Sorre et Stéphane Mouret, le Club Diogène

Le chérisseur de têtes
et autres pacotilles pour Le club Diogène (1871-1877)

Initiation au club par les auteurs
Jérôme Sorre et Stéphane Mouret
Le tome un, sur sept, chez les éditions Malpertuis

La cinquième critique littéraire de Poulpy,
pour la Taverne du Nain Bavard (partie2) :

« Trois coups retentirent à la porte, dont la vigueur péremptoire ne laissait aucun doute sur l’identité du nouvel arrivant. « Le Maréchal ! » s’exclama Lison. Fédor balança son livre par terre, oublieux de l’enthousiasme qu’il lui procurait, et trotta jusqu’à la porte.

L’homme, aussi rectangulaire qu’une commode, occupait tout l’encadrement. Bien qu’il fût le plus âgé de l’assemblée, avec la soixantaine qui blanchissait sa barbe coupée au carré, il compensait ce handicap par une présence impressionnante et tonique qui lui avait d’ailleurs valu son surnom militaire au sein du Club. Avant même de faire un pas, avant que l’impatient Vayec lui eût posé la traditionnelle question, il eut en guise de salutation cette syllabe tonitruante : « J’ai ! »

Cette nuit encore, le club Diogène pourra donc lutter contre son pire ennemi : l’Ennui. Paris, en cette fin de XIXe siècle, est d’un assommant… La grosse ville s’embourgeoise et pue les vapeurs de l’industrialisation. Cela mérite bien qu’à la lune levée on s’échappe de chez soi, et qu’au cinquième étage d’un hôtel magnifiquement délabré on tienne d’occultes conciliabules, à l’affût d’une affaire de fantômes séduisants, de vampires perdus ou encore de cadavres en puzzle.

Dire que Vayec, Franklin, Lison, Camille, le Maréchal, d’Orville et Fédor ne se connaissent même pas ! Dire que ce ne sont que des noms de guerre, sous l’anonyme impunité desquels ils œuvrent dans l’étrange et le sang. « Monsieur », leur énigmatique patron, les a mis en garde : interdiction pour eux de se fréquenter en dehors du Club !

Il apparaît donc, dès ce premier volume, que le club Diogène lui-même ne constitue pas le moindre mystère des onze aventures ici réunies. »

Le Chérisseur de têtes, premier volume des aventures du club Diogène, rassemble 11 histoires, dont 5 déjà publiées par la Clef d’Argent. Cependant toutes les nouvelles ont été entièrement révisées par les auteurs pour cette édition. – Cf : Malpertuis.

1_cover1Le premier volume des documents du club Diogène regroupe les aventures de leurs membres pendant la période prérévolutionnaire en France, car oui, il s’agit du groupe parisien et il n’a pas grand-chose à voir avec son confrère londonien. Cette fois nous nous éloignons de la Clef d’Argent pour atteindre la collection jaune de Malpertuis, collection à avoir en intégralité… Enfin, nous restons néanmoins soudés à nos amis lovecraftiens, car les premières nouvelles de ce recueil ont été publiées dans quelques numéros spéciaux, trouvables ici. Comme le prologue nous le précise, elles ont été totalement remaniées pour créer cette septalogie, car j’aime inventer des mots.

Les recueils de cette série, dont trois seulement sont parus, ne sont pas donnés par rapport aux premières éditions. Chaque livre est à 18€, mais ils valent leur prix et sont, comme je vous l’ai dit, accompagnés par un prologue et quelques paragraphes informatifs au sujet des auteurs, comme les bonnes maisons d’édition le font si bien. Nous allons suivre ces talentueux écrivains que sont Jérôme Sorre et Stéphane Mouret, qui nous promettent, dès les premières pages du volume, une lecture des plus infernale :

Vous, illustres buveurs non rouillés par l’eau et précieux petits-vérolés de l’esprit,

Qui entrez ici au milieu de votre vie et à la fin de la journée,

Ils s’appellent club Diogène,

Ils sont mal famés de littérature, ont des fantômes fichus et des mots gros.

Alors vous qui pendant longtemps vous coucherez tard,

Abandonnez toute morale,

Car ça commence comme ça.

Nous découvrons ce charmant petit groupe qui tue l’intuable d’un revers de page. En lisant ce qui fait suite à cette dédicace, qui nous prédisait tomber dans un livre dont vous êtes (presque) le héros ?! Une introduction bien barrée nous attire… Comme des mouches. Il fallait l’oser, une présentation comme celle-là, elle est très amusante. D’ailleurs, voici le début :

Attention : traquenard

« Alors, vous entrez, oui ou non ? »

Tu hésites. Tu viens de parcourir la moitié de Paris pour arriver là, dans cet endroit que la rumeur vante avec tant de mystère, et tu t’assiérais bien quelques minutes afin d’étendre tes jambes. Toutefois, cette rue du Tonneau, dont jamais auparavant tu n’avais entendu parler, t’a paru inconcevablement stupide et inquiétante. Que dire de l’hôtel qui y dresse ses loques prétentieuses (« Impérial », a-t-on idée…), et du tapis d’un mauvais rouge sang sur lequel, pendant cinq étages, tu as rajouté un peu de ta boue. Tu commences aigrement à regretter d’être venu. En plus, le grand type à monocle qui t’a ouvert la porte 52 a une drôle de mine, genre slave patibulaire.

Tu es sur le point de prendre congé, de prétexter une erreur, un mauvais renseignement, bref : de te carapater, lorsqu’une voix féminine hèle ton sinistre portier de l’intérieur :

« C’est le fameux lecteur dont on nous a parlé ?

  • En personne, il semblerait, répond le grand escogriffe en te fixant d’un monocle assassin.

  • Qu’attends-tu donc pour te montrer aimable, Fédor ? Veux-tu perdre toute chance d’une petite postérité pour nos exploits ?

  • C’est par là que ça se tient », Fédor t’ouvre-t-il la porte en grand comme s’il te l’avait claquée au nez.

Tu rentres donc un peu la tête dans les épaules et dans la pièce. Tu ne doutes pas que l’endroit eut de la splendeur. Mais désormais il faut bien le dire, cette suite 52 a l’air d’un cagibi d’ogre. De cinq ogres, pour être précis, à taille humaine et interlope dégaine, et de deux ogresses, du genre peu porté sur la chose ménagère.

« Asseyez-vous, je vous en prie », t’invite une de celles-ci en te montrant un fauteuil drapé de vénérable poussière.

Tu te demandes si le grand chancelier hissé au dessus de toi ne va pas te tomber dessus. Tu te racles la gorge, cherchant les mots, mais tes hôtes te chipent la parole – au demeurant tu n’es qu’ici le lecteur, ne l’oublie pas ; alors écoute et regarde. {…}

Réfléchies, bien dosées et inattendues, ces nouvelles nous permettent de lier connaissance avec les membres du club Diogène, dont on attend les « passages à niveau » à chaque créature. Comme dans tout bon jeu de rôle, initions-nous à l’univers, avant toute fiche de personnages, grâce à Stéphane Mouret :

Que dire?

Les membres du club Diogène sont délicieusement infréquentables. Il vaut mieux lire leurs aventures que les avoir pour voisins. Encore que: pendant la journée, ces sept hommes et femmes peuvent être soupçonnés de mener une vie somme toute assez banale, à part le fait qu’ils vivent à plus de cent ans de nous, à la fin du XIXe. Comme beaucoup, ils rêvent d’autre chose. Comme peu, ils sont passés à l’acte. À eux les mystères, les aventures fantastiques (un peu, beaucoup, à la folie… et quelques-unes pas du tout), du jupon aussi, le tout dans un climat de frousse plutôt vivifiant. La nuit venue, ils se retrouvent au cinquième étage d’un hôtel Impérial bien délabré, dans la suite 52, et trompent furieusement leur ennui en buvant, en bavassant savamment, et en attendant que Monsieur, le patron du Club, leur soumette une petit enquête du genre qui apporte de gros problèmes.

Ils sont dotés d’un solide sens de l’humour qui ne ferait certainement pas l’unanimité; aussi potaches que cyniques (Diogène oblige), ils allient finesse et grossièreté, pleutrerie et courage, et il leur faut bien de toutes ces cuirasses pour s’en tirer à peu près sans coup férir des aventures périlleuses dans lesquelles Jérôme et moi les plongeons. À peu près, car il y a déjà eu des morts au club Diogène. Si eux-mêmes – et tant pis pour l’anachronisme – ont pu se figurer un moment protégés par une invulnérabilité de la même espèce que celles des personnages de cartoons, qui se relèvent toujours après être tombés du haut d’une falaise ou avoir reçu un boulet de canon en pleine figure, ils ont découvert à leurs dépens, et presque tragiquement, qu’il n’en est rien.

Ainsi on est toujours 7 au club Diogène, mais pas toujours les mêmes. Fernando Goncalvès-Félix avait dessiné en noir et blanc ces personnages hauts en couleur pour la Clef d’Argent, où les premières histoires ont paru (de 2002 à 2008). Désormais, c’est Patrick Mallet qui se charge des couvertures couleurs pour les éditions Malpertuis, où les trois premiers tomes sont déjà parus (soit 40 nouvelles).

2_perso1Dès la création du Club, Jérôme et moi avions prévu d’intégrer le facteur temps à notre série. C’était en 1994 (je refais le calcul, un peu effaré, mais oui c’est ça: il y a bientôt vingt ans…), c’est-à-dire avant que ne fleurissent les séries télévisées nouvelle génération, à regarder davantage comme un film d’une dizaine d’heures que comme une accumulation d’épisodes sans lien entre eux. En 1994, on ne parlait pas encore de « saisons », mais nous savions que notre série en comporterait sept. Nous voulions en effet faire vieillir voire mourir nos personnages, en remplacer quelques-uns, et pour cela on part de 1871 et on arrivera en 1914. Au fur et à mesure des tomes, le lecteur découvrira que le club Diogène existait avant 1870, et que tous ses membres ont quelque chose en commun qu’ils ignorent, mais là, chut: c’est (pour peu de temps encore) un secret de Monsieur…

Je peux en révéler un petit et amusant, en revanche. Jérôme et moi avons créé en une nuit la première génération de nos clubbers, dans son appart étudiant: physique, caractère, nom, bribe d’histoire personnelle… Un des membres les plus mis en avant est Vayec. Curieux nom, n’est-ce pas? Il se trouve qu’à l’époque nous écoutions l’un et l’autre Steve Vai (un guitar hero, dont nous avons l’un et l’autre décroché désormais: trop technique, trop lyrique…), et par ailleurs Jérôme a des origines bretonnes. On a donc rajouté cette petite note finale typiquement bretonne à notre guitariste, et cela a donné naissance à Vayec, un dandy neurasthénique fin-de-siècle…

Nos inspirations se rangent dans deux grandes catégories: la littérature fantastique d’une part, et la littérature décadente d’autre part. Jérôme et moi, dès l’âge de onze ans, avons été élevés à grandes lampées de Stephen King, Clive Barker, Edgar Poe et Lovecraft, avant de découvrir qu’existaient des gens capables d’écrire des choses formidablement horribles dans un français formidablement magnifique, et qui eux s’appelaient Huysmans ou Villiers de l’Isle-Adam. Même si l’un et l’autre connaissions quelques histoires de Sherlock Holmes, nous n’étions pas cependant des familiers de l’univers de Conan Doyle, et c’est donc de façon tout à fait fortuite que notre club porte le même nom que celui du frère de Sherlock, Mycroft Holmes. Nous ne l’avons découvert, assez estomaqués, que des années plus tard. Incurie littéraire honteuse! se récrieront peut-être certains. Certes… Pour ma part, je trouve surtout fascinant que parmi tous les noms de club possibles, « Diogène » ait été choisi à deux reprises! Petit ouf: même dans les éditions françaises de Conan Doyle, généralement on ne traduit pas et on dit The Diogene’s club. Qu’on se le dise donc: les deux n’ont rien à voir… (Le nôtre est beaucoup plus remuant!) Nous n’excluons pas, au demeurant, une rencontre un de ces jours entre le limier de Baker Street et nos hurluberlus de la rue du Tonneau.

Pour finir je noterai une évolution. Voilà vingt ans que Jérôme et moi vivons avec nos zigues. Il se trouve qu’ils ont vieilli à peu près au même rythme que nous, notamment les deux personnages dont nous nous sommes amusés à faire nos avatars, Vayec et Franklin. Le ton Diogène, s’il y en a un, reste foncièrement un mélange de fantastique et de burlesque, néanmoins force est de constater que cette tonalité s’est assombrie, que l’horreur tend à devenir plus sérieuse, l’angoisse plus prégnante, et si les bouffonneries survivent, c’est presque désespérément, comme un pied de nez à l’étau tragique qui se resserre autour de nos personnages.

Jérôme et moi sommes en train de rédiger le 4e tome. Celui-ci prendra une forme très différente des précédents puisque chaque membre, dans une ambiance « Fort Alamo », racontera aux autres son passé et notamment comment il en est venu à intégrer le club Diogène. Le lecteur restera coincé avec eux dans la suite 52, le temps d’une nuit unique, cependant au gré de leurs révélations il voyagera plus loin qu’il ne l’a encore jamais fait, et dans le temps et dans l’espace – si loin de ce seul Paris de la fin du XIXe siècle auquel paraissait devoir se cantonner le club Diogène. – Stéphane Mouret.

Les personnages présentés par Jérôme Sorre!

Vayec :

D’une pâleur celtique. Le gamin du Club, avec Franklin – les deux jouent souvent à qui est l’alter, qui est l’ego. Volontiers scandaleux, il a la noblesse que confère le désespoir. Son cynisme a ceci de particulier qu’il est la plupart du temps tourné contre lui-même. De maintien aristocratique, élégant comme un enfant malade, il sombre souvent dans de solitaires excès de décadence.

Le Maréchal :

Le doyen du Club. Son imposante stature, l’autoritarisme dont il fait preuve parfois lui valent peut-être ce surnom. Car bien qu’il revendique à qui veut l’entendre que Napoléon lui-même le tenait en plus haute estime, sa carrière militaire fut très certainement aussi peu remplie que celle des demoiselles dont il aimerait desserrer les corsets.

Fédor :

Celui-ci revendique fièrement son identité slave, bien qu’il aborde rarement le sujet de son passé. On pourrait voir en lui un domestique zélé si on ignorait qu’il était l’égal absolu de ses comparses. Car allez savoir pourquoi, Fédor aime être servile, ouvrir les portes et servir l’absinthe…tout en se prétendant aux heures sombres le plus féroce des nihilistes.

Camille :

Camille, ou Cam, au premier regard, pourrait apparaître comme la personnalité la plus fade du Club. Or sa banalité apparente fait sa classe, et fait ressortir sa supériorité tranquille. Ses vêtures toujours sobres lui donnent un air gris, mais cette austérité, au bout du compte, lui donne un drôle d’élégance, un charme troublant. Elle n’est de toute façon pas à l’abri des péchés… Le sien est la boisson, et elle l’assume drôlement, ce péché.

D’Orville :

L’œil gras, les mains pleines de poils, une coiffure en cul de singe, qui pourrait affectionner un tel personnage ? Les membres du Club, malgré tout, apprécient en lui cette singulière complémentarité scélérate dont il fait preuve pour leur groupe. Il est vrai qu’à part éreinter les lits de la suite 52 avec Lison, on se demande franchement à quoi sert d’Orville.

Franklin :

Le frère d’âme de Vayec. La même jeunesse vorace, la bouffonnerie en plus. Toujours mal fagoté, l’écharpe souvent trop longue, lui qui réussit parfois à faire honte à ses compères tant sa mise est lamentable n’en demeure pas moins l’une des têtes pensantes les plus perspicaces du Club. Cet érudit sombre parfois dans un romantisme effréné, lorsque Lison pose son regard capiteux sur sa personne. Car Franklin aime Lison, ce qui demeure incompréhensible…

Lison ; Ah, Lison…

Sa crédulité lui vaut d’être le souffre-douleur du Club. Cette putain malgré elle, à laquelle les autres font croire les plus belles et sincères histoires d’amour, conserve malgré tout une belle innocence. (son intelligence à elle).Comparé à Camille, ses tenues sont à la fois plus légères et plus sophistiquées… et d’une exubérance érotique à toute épreuve.

Monsieur : …?

Le créateur du Club Diogène, et son hôte occasionnel. Il ne nous a pas donné l’autorisation de dévoiler quoi que ce soit le concernant; il faut dire que bien maigres sont les pièces que nous pouvons d’ailleurs verser à son sujet. Cet homme est tout un mystère, comme sa malsaine juxtaposition d’un visage de poupon et de mains de vieillard, comme aussi ce courant d’air froid qui précède chacune de ses apparitions…

Quelques couvertures rocambolesques par Patrick Mallet, la suite des mystères de Paris où on ne serait pas si choqués de voir un Hellboy pointer son museau :

3_cover2Graphiste et illustrateur il a conçu nombre de couvertures pour nos deux chers éditeurs, mais plus que ça, c’est un auteur de BD émérite au style très caricatural, plein de jolis petits trais : wikipedia. Je l’ai d’ailleurs interviewé lors du festival Texte et Bulles de Damparis en 2014 :

Bonjour Patrick Mallet, votre style de dessin est très cartoonesque. Comment cela se fait-il ?

C’est le style que j’ai plus ou moins développé au fil des années. C’est vrai que cela ne correspond pas forcement aux dessins des gens desquels je lis les histoires, quand j’ai un crayon c’est comme cela que ça sort sur le papier.

J’ai été élevé aux Franco-belges, comme tout le monde j’imagine, Astérix, Gaston et compagnie. Après il y a eu Gotlib, puis les bandes dessinées américaines, Strange, Titan et tous ces trucs-là. Maintenant, je lis beaucoup de comics, je suis passé par le manga, mais au-delà d’Akira ou de Nausicaä je n’ai pas vraiment persévéré. Je trouve qu’il y a maintenant une qualité dans le comics, au niveau du scénario et du dessin, qui est exceptionnelle. Je suis tout de même curieux de la production française, mais c’est devenu plus difficile de trouver des albums intéressants.

Est-ce ces styles que l’on retrouve dans vos écrits ?

Au niveau des scénarios, oui. J’y mêle un peu de fantastique qui découle de mes lectures, pas forcément de BD, mais aussi de livres. Des gars comme Neil Gaiman et Alan Moore m’influencent beaucoup. J’essaie d’avoir cette même qualité, cette même complexité dans mes histoires, qui n’est pas équivalente, mais ça reste un idéal vers lequel je tends.

Comment concevez-vous vos BD, vos illustrations ?

Je crois que je suis un peu schizophrène, car je suis scénariste et dessinateur : le scénariste travail en premier. Quand j’écris un scénario je ne dessine pas du tout, je ne fais pas de croquis à côté pour essayer de voir à quoi pourrait ressembler la scène, c’est vraiment par l’écriture seule que je la visualise. Une fois seulement qu’il est complètement écrit, je passe au story-board et je change pour devenir le dessinateur. La première étape est de dessiner grossièrement l’intégralité de la BD pour avoir le rythme et voir si tout ce que l’on a écrit rentre dans le nombre de planches imparti par l’éditeur. Une fois que c’est validé, on les attaque. Généralement je commence par la première et termine par la dernière, je n’arrive pas à faire l’album dans le désordre, car je le vis, je le découvre. Il y a des choses qui changent au fur et à mesure, des scènes qui évoluent parce que viennent de nouvelles idées. Là je suis par contre scénariste, je bosse avec d’autres dessinateurs et il faut que j’apprenne à ne plus modifier sans arrêt mes scénarios. C’est un boulot différent, assez sympa aussi, voir son histoire imaginée par quelqu’un d’autre.

Cette année je bosse donc sur deux séries en reprenant ce principe, une pour Delcourt et une pour Glénat. J’ai toujours travaillé seul avant cela, à part pour le fait que je ne colorisais pas mes albums et des personnes m’aident aussi à relire mes scripts, car mes histoires se passent dans un contexte historique précis, alors j’essaie d’avoir des experts dans la matière pour me corriger.

Que cherchez-vous à retranscrire et à reproduire dans vos travaux ?

Je tente de donner au néo-lecteur quelque chose d’intéressant, d’amusant, de distrayant et qui fais réfléchir. J’aime bien l’idée que mes albums ont une atmosphère particulière. Par exemple lorsque j’ai écrit Achab, sur la vie de ce capitaine avant le roman Mody Dick, j’ai inventé sa vie entièrement. On peut se dire que le milieu de la pêche au cachalot au XIXe siècle en Amérique et sur le Pacifique n’est pas très intéressant, mais j’ai voulu avoir d’autres thématiques, des personnages dont on a envie de savoir le destin, même si nous connaissons déjà celui d’Achab. Je raconte une petite histoire dans la grande histoire, souvent il y a un contexte historique assez large : le long hiver de la guerre de 14 avec du fantastique et un monde souterrain… J’essaie de surprendre le lecteur blasé, de trouver des angles d’attaques différents, de mélanger les genres. – Patrick Mallet.

Un autre illustrateur : Fernando Goncalvès-Félix, à qui nous devons les caricatures des personnages et des auteurs, en Flanklin et Vayec (voir ci-dessus), à un style plus dark et une vision « d’époque » du club que j’apprécie beaucoup. Fernando Goncalvès-Félix, son interview, lors de ce même évènement :

Fernando, vous êtes dessinateur pour la Clef d’Argent et vous faites toujours de très beaux graphismes. Mais comment arrivez-vous à rendre vos dessins aussi expressifs et vivants ?

Et bien j’essaie d’être vraiment ce que je dessine, je m’imprègne de chaque chose. Si je dessine un arbre, je vais essayer d’être un arbre, comprendre comment il est tordu dans ses branches, et ainsi de suite. Si je dessine un chien je vais essayer de me poser dans la position du chien, si je dessine la joie je vais sourire pendant que je dessine.

Je ne vous ai jamais vu faire de la colorisation, quels sont vos méthodes de travail ?

Je travaille surtout en noir et blanc et c’est à peu près l’essentiel de ce que je montre, mais dans les années 90 j’ai commencé par faire des tableaux en très grands formats à l’acrylique en technique traditionnelle. Ensuite j’ai découvert Photoshop alors il m’arrive de mettre mes dessins en couleurs en utilisant des à plat, petit à petit je reviens quand même à la couleur directe. Alors, ce ne sont pas encore des choses que je montre car ce n’est pas tout à fait au point et je ne suis pas complètement satisfait.

Comment définiriez-vous votre style, vers quoi se tourne-t-il essentiellement ?

Graphiquement, mes dessins sont ce que l’on appelle du trait croisé, une technique héritée de la Renaissance : pour rendre les reliefs des personnages par rapport à la lumière, on croisait les traits. Après, mon univers est plus proche d’un univers surréaliste un peu sombre où nous ne sommes pas vraiment dans le Fantastique dans le sens où l’on va s’approprier quelque chose qui ne peut pas exister et que l’on va faire vivre. Je dirais plutôt que j’ai un regard différent sur la réalité que je vis et que j’observe. Je la retransmets dans mes dessins avec mon œil personnel.

Comment avez-vous débuté dans le graphisme ? Avez-vous suivi une formation particulière ?

En effet j’ai fait les Beaux-Arts de Reims au début des années 90, mais je dessinais avant d’y rentrer. Je faisais de la bande dessinée, c’était ma destination, mais en fin de compte à partir de là j’ai vu que l’on pouvait réfléchir différemment. Je n’ai rien appris aux Beaux-Arts, ou très peu, d’ailleurs je n’y suis pas resté très longtemps. C’est plus un parcours d’autodidacte. Je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de lacunes en dessin, que je n’avais pas appris du tout, et j’ai essayé de rattraper tout ça et petit à petit j’ai appris à vraiment être moi quand je dessine.

Sur quoi avez-vous planché ces dernières années, chez la Clef ou ailleurs ?

En ce moment chez la Clef d’Argent, comme je travaille très lentement lorsque j’ai un projet (il peut rapidement prendre deux/trois ans), je suis sur un roman d’héroic fantasy, c’est un univers médiéval fantastique. Et je travaille aussi sur un jeu de rôle, publié chez les Écuries d’Augias, appelé Crime, et là on est plutôt dans univers XIXe siècle. Voilà pour les travaux de commande, et, personnellement, il y a deux ans je faisais un livre lié cette fois à du surréalisme. Ce sont des cadavres exquis publiés, dessinés.

Lorsque l’on sort des Beaux-Arts, on nous dit d’avoir quelque chose à défendre, travailler sur une cause et ainsi de suite. J’ai mis longtemps à comprendre que mes dessins étaient issus de mes obsessions personnelles que je ne maitrise pas forcément, je les mets en image, mais je ne les contrôle pas plus que ça. J’ai envie de transmettre le fait que les dessinateurs doivent être libres dans leur façon de dessiner dans leur façon de penser. Plus ils sont libres, plus ils vont être généreux dans leurs dessins et plus ce sera apprécié par les personnes qui les regardent. – Fernando Goncalvès-Félix.

inedit_damparisQuelques mots sur l’éditeur :

Créé fin 2006, Malpertuis est un petit éditeur spécialisé dans la littérature fantastique classique et moderne. Travaillant avec peu de moyens, il exploite au maximum les possibilités offertes par les technologies actuelles : Web, logiciels libres et impression numérique à la demande. Sa ligne éditoriale, exigeante sur la qualité, lui a permis de se constituer déjà une certaine notoriété parmi les critiques spécialisés et les lecteurs passionnés. – Cf : les éditions Malpertuis.

En plus d’avoir un catalogue lovecraftien, on peut y lire les aventures complètement barrées d’Harry Dickson, des anthologies sur le fantastique et de bons romans tels que le Roi en jaune.

Jérôme Sorre et Stephane Mouret, leurs écrits chez la Clef

Vous pouvez y suivre les prémices de leur aventure commune dans la série de l’écho du tonneau (toujours édités) : Une amie commune et Le sorcier de Tolède, au format fascicule. Ainsi que les premières versions de Chef d’oeuvre et de Vilaines romances, non rééditées.

Qu’est-ce qui vous a poussé à commencer cette série ? Était-ce votre projet de départ, à vous et à Stéphane Mouret ?

Jérôme Sorre : Nous avons crée le club Diogène en 1996, dans une mansarde d’étudiants, car nous voulions déjà depuis plusieurs années écrire ensemble, avoir un projet commun. Comme nous adorons tous les deux le fantastique, et notamment celui de la fin du 19ème, l’époque et l’ambiance ont été faciles à trouver. Ensuite, grands amateurs de jeux de rôle, nous avions dès le départ imaginé un club d’enquêteurs de l’étrange. Nous avons crées les personnages en une nuit, leurs motivations, les raisons d’être du Club… puis nous sommes lancés dans l’écriture d’une première nouvelle : Chef d’oeuvre.

Très rapidement aussi, nous avons constitué l’architecture de notre projet, à savoir 7 livres, recueils de nouvelles ou romans, qui s’étaleraient dans le temps jusqu’au début de la première guerre mondiale. Les premiers petits livres parus chez la Clef sont parus sous cette forme car à l’époque la Clef ne pouvait pas financer de gros volumes, comme elle le fait maintenant. Mais nous avions déjà écrit le premier recueil. D’où notre volonté ensuite de trouver un éditeur qui pouvait nous offrir le format que nous souhaitions, à savoir Malpertuis (lequel est prêt à nous suivre jusqu’au tome 7 !).

À deux jours près, Stéphane Mouret et Jérôme Sorre étaient jumeaux. Le premier ne manque d’ailleurs jamais de faire valoir au second, en cas de dispute fondamentale, au sujet par exemple de l’emplacement d’une virgule dans un de leurs textes, le respect que l’on doit à un aîné, et tant pis si ce n’est que de quarante-huit heures.

Après avoir donc sympathisé en gazouillant doctement à la maternité de Vesoul – ils s’en souviennent encore, avec de grands éclats de rire… -, ils ne manquèrent pas, onze ans plus tard, de se reconnaître lorsqu’ils se retrouvèrent au collège. Jusqu’à la fin de la Terminale, ces deux-là devaient partager la même classe, les mêmes lectures, et éventuellement les mêmes amours. Pendant toutes ces années ils donnèrent les signes extérieurs de la plus saine normalité qui soit, cependant que dans les pages qu’ils noircissaient chez eux et se refilaient bien sûr pour lecture, ils aimaient à flirter avec les idées sexy de la folie et de la mort.

Vint le temps de la fac, qui les envoya à Besançon, l’un pour faire indigestion des Codes civil et pénal, l’autre pour se torturer de morphologie grecque et rêver en latin des messes noires qu’il ne célébrerait pas. Ce fut au cours d’un soir de ces années-là, dans une mansarde presque poétique, qu’ils créèrent en quelques heures le Club Diogène.

Si aujourd’hui, où ces Montaigne et La Boétie d’une espèce moins recommandable ont atteint la trentaine, l’un, devenu intendant, pour un peu refuserait de donner des sous à l’autre, devenu prof de lettres. Si rien ne semble davantage s’opposer que l’inessoufflable cycle de neurasthenic-fantasy qu’écrit Jérôme Sorre et les indénombrables miettes de textes que sème Stéphane Mouret, le Club Diogène, toutefois, continue à les réunir et à les faire rire, et, tout cynique qu’il prétend être, ce Club est même devenu une des formes privilégiées qu’a prise leur amitié… fantastique, bien sûr. – Cf : La Clef d’Argent.

Il est peut-être temps de détailler ces nouvelles et, comme les critiques foisonnent, changeons de cap avec les commentaires de ces deux écrivains. Comme dit précédemment, c’est un bon gros pavé plein d’anecdotes. Tout de suite, Stéphane Mouret :

« Comment les personnages agissent sur vos histoires ?« , demandez-vous.

J’aime bien cette formulation. Pour Stevenson, il y a trois manières et trois manières seulement d’écrire une histoire: partir de l’intrigue, des personnages ou d’une ambiance. On pourrait penser a priori que l’intrigue est la donnée la plus importante; sans doute Jérôme et moi, au début, pensions avant tout écrire des histoires au sens d’intrigues, comme un enchaînement avant tout de péripéties. Cependant, à la lecture de certaines critiques et avec du recul, nous avons réalisé que nos personnages, que les membres du club Diogène étaient devenus d’une certaine manière plus importants que les aventures qu’ils vivaient. Nous reprenons de nombreux thèmes du fantastique (les vampires, les morts-vivants, les fantômes…), nous essayons certes de leur insuffler une certaine originalité, mais je crois sincèrement que la plus grande originalité que nous apportions à tous ces monstres et à ces clichés est de les passer à la moulinette Diogène, de les confronter à nos énergumènes; et plus encore, je me demande si notre intérêt d’auteur – ainsi que celui du lecteur familier – n’est pas de voir surtout comment le Maréchal, Fédor, Vayec, Sara, Franklin et les autres réagissent, s’en sortent, etc… Plus que des histoires à part entière, donc, je crois que nous écrivons des histoires du club Diogène. L’intrigue peut être relativement convenue, le traitement ne le sera pas – du moins, il sera « diogénisé ». Tel n’était pas notre but, je le jure (pourquoi d’ailleurs? Quelqu’un nous accuse-t-il?) lorsque nous nous sommes lancés dans l’entreprise. D’intermédiaires qu’ils devaient être à des histoires fantastiques, policières ou horrifiques, nos personnages ont été promus attraction principale. C’est un phénomène naturel propre aux séries, je présume. Puisqu’ils sont indélogeables, les auteurs et les lecteurs se prennent d’affection pour les personnages.

Nous avons essayé d’écrire aussi quelques histoires à énigmes, des enquêtes. Je songe à Absences, notamment. Même si nous n’y avons pas tout à fait renoncé (car, pour le lecteur, se gratter la tête, chercher, découvrir de lui-même ou être bluffé font partie des nobles plaisirs populaires de la lecture), Jérôme et moi avons vite compris que nous n’avions guère la fibre d’un Conan Doyle ni d’une Agatha Christie. Je crains que nos intrigues soient trop tarabiscotées et carrées bossues. Du coup, cette forme d’outrance baroque rejoint – décidément, on n’en sort pas – la tonalité Diogène.

4_auteursMalgré toute l’affection que nous portons à nos énergumènes, nous aurions tort cependant de nous focaliser sur eux. Il faut à tout prix que nous continuions à inventer des histoires, mais dans le troisième tome, nous avons voulu axer notre travail sur dernière composante qu’évoquait Stevenson: l’ambiance. D’où le titre ce troisième tome, Cauchemars sur le club Diogène. Personnellement, la fin des Oiseaux de Hitchcok, qui en décoit plus d’un (« Pourquoi les oiseaux ils ont fait ça, hein? Pourquoi ils se sont tous mis à attaquer les gens? On aimerait savoir. »), eh bien pas nous, on ne veut surtout pas savoir, car ce serait exactement le genre d’explications qui tomberait comme un scalp dans la soupe: combien de ces platitudes pseudo-rationnelles ont détruit de bouquins ou de films? Rossement, on préfère donc s’en tenir de plus en plus à un début prometteur, entretenir une ambiance aguicheuse dans le milieu d’histoire… et botter en touche à la fin, pas pour décevoir, mais au contraire pour que le soufflé ne retombe pas.

Quelles ambiances, consciemment, avons-nous voulu créer? Une des premières dont je me souvienne, c’est pour Le Sorcier de Tolède: une histoire « en noir et blanc », me plaisais-je à répéter. Le personnage monstrueux principal s’appelle Ténèbre, n’intervient que la nuit, et comme c’était l’hiver nous avons pris soin d’insister en permanence sur la blancheur de la neige. Dans La Chaîne, qui ouvre le troisième tome, nous avons cherché à faire une nouvelle de « deuil ». Dans La Danse du diable, on voulait un climat malsain. Dans La Fée des champs ou Hystérie, on s’aventure dans des visions oniriques tendancieusement psychanalytiques. Avec Le Navire, le challenge était de faire rentrer « la Russie à Paris », et conférer à cette histoire une sorte d’exaltation mystique typiquement slave.

Si je résume? Dans le club Diogène nous voulons depuis toujours et encore maintenant écrire des histoires, mais les personnages ont insensiblement pris le dessus avec les années, et au jour d’aujourd’hui nous sommes surtout intéressés par un travail sur les ambiances.

Comment ont été conçues les nouvelles, quelles étaient vos dispositions et vos inspirations du moment ?

C’est vrai que pour l’écriture des nouvelles, cela fonctionne souvent comme ça, par « impulsions ». Jérôme et moi, en dehors du Club, écrivons d’autres nouvelles, et la plupart du temps nous obéissons à cette dimension instantanée: on a une idée… (ou plutôt, comme le remarque justement Stephen King dans Écriture, entrent en conjonction deux idées, qui font étincelle et paf, ça y est, déclenchent l’histoire), et ces idées, oui, germent souvent à cause d’humeurs, si bien que rapidement (en un jour, une semaine) la nouvelle est bouclée.

Pour le club Diogène il en va un peu différemment. Ça a beau se présenter comme un ensemble de nouvelles, c’est avant tout une série. Dès le début nous avons eu une sorte de plan d’ensemble; il y a déjà vingt ans que nous savons comment finira le club Diogène (dans vingt ans?). Si les deux premiers recueils ont été assez libres et lâches dans leur composition, le troisième a été davantage construit; quant au quatrième, sa sructure frisera celle des chapitres d’un roman. Il faut que le livre avance, quelles que soient nos dispositions du moment. Triste, on peut écrire une nouvelle triste, et gai une nouvelle gaie. Mais quand c’est avant tout un bouquin au long cours sur lequel on bûche, eh bien il faudra peut-être écrire ce passage gai tandis que nous serons tristes, et ce passage triste alors qu’on n’a jamais été d’aussi bon poil!

Davantage qu’un panel de récits répondant à des inspirations ponctuelles ou à des humeurs momentanées, il y a dans cette série, qui avance lentement (trois tomes en vingt ans… Ils abusent, les gars!), une évolution d’un recueil à l’autre. Puisque Jérôme et moi avons le temps de changer, les livres ont beau faire partie de la même série, ils s’en ressentent.

Comment fonctionne votre duo ? Bien, merci.

Non, sans rire… nous rions beaucoup. C’est assez fabuleux, quand j’y pense, que nous ne nous soyons jamais mis sur le pif, en tout cas qu’il n’y ait pas davantage de conflits, de désaccords, ou simplement de discussions. On ne se fait pourtant pas de cadeaux, nous n’hésitons pas à tailler dans le texte de l’autre chaque fois qu’on estime qu’il divague, bavasse ou rate, mais nous sommes amis depuis si longtemps (depuis l’âge de onze ans), nous nous connaissons tellement par coeur qu’il ne saurait y avoir de ces froissements d’ego ou de vanité entre nous. Plus objectif ou mieux placé que nous pour pointer sans pitié les défauts de l’autre, tu meurs.

Concrètement, comment fonctionnons-nous…

Le plus important à dire, c’est qu’il n’y a pas de partage des tâches. L’un et l’autre, nous tenons absolument à intervenir autant à chaque phase de la création: la recherche des idées, l’élaboration des synopsis, l’écriture des premiers jets, la reprise des textes.

Nous nous voyons généralement une fois par mois (ce que nous appelons nos « séances du club Diogène »!) Quelquefois pour écrire, véritablement, comme deux musiciens en studio; à mi-parcours on se lit nos trois pages, puis on échange nos récits. Des séances comme celles-là durent généralement six heures et sont nocturnes. Elles sont surtout assez rares. L’écriture étant avant tout un acte solitaire, il y a beau y avoir le plaisir du compagnonage et d’une certaine émulation à se retrouver ainsi dans la même pièce à écrire ensemble, ça ne présente pas non plus un intérêt foncier. Nos séances interviennent donc surtout en amont et en aval de l’écriture proprement dite.

Nous travaillons sur deux nouvelles en même temps, car cela nous permet d’écrire simultanément, sans que l’un doive attendre en se tournant les pouces. La plupart du temps nous divisons nos histoires en quatre parties: c’est un « format » qui marche, ni trop court ni trop long (cinq à dix pages par partie), et comme cela à l’échelle d’une nouvelle nos voix se mélangent.

Il arrive, pour de courtes histoires, que l’un de nous se charge complètement de la rédaction: ainsi Jérôme a-t-il écrit seul La Fée des champs et Hystérie, et moi Ça pour une… et Tout le monde descend.

Avec les années, nos deux styles pourtant différents se sont infléchis l’un vers l’autre lorsque nous écrivons les histoires du Club. Puisqu’il s’agit d’une oeuvre par nature très artificielle, très fabriquée (contexte historique précis, décadentisme de la langue, clins d’oeil littéraires, grand usage du deuxième degré…), cela a été somme toute assez facile de nous doter d’un style Diogène unique, où il est de moins en moins facile d’identifier la part qui revient à chacun. Lors de la phase de réécriture, puisque nous reprenons le texte in extenso, nous gommons réciproquement les tics et les excès de l’autre. L’ensemble donne une pâte désormais assez homogène je pense, la pâte Diogène!

Grâce aux mails, nous échangeons maintenant très vite textes et idées. Mais quand nous avons commencé le club Diogène, nous nous envoyions par la poste nos manuscrits, tout en pattes de mouches, et c’était une joie de découvrir dans sa boîte aux lettres le matin une grande enveloppe jaune. Tiens, c’est le copain qui m’envoie sa partie, ah! L’effet est un peu moins magique, avec la boîte mail, mais beaucoup plus pratique! – Stéphane Mouret.

Quelques vus de Paris en 1870 : le siège des prussiens, le lancement des premiers ballons, la grande dépression, les révoltes, le début du cinéma, la découverte des ondes radio…

5_parisLeur coopération, du collège jusqu’à maintenant, a créé une vision qu’il n’est pas possible de concrétiser seul. Cet univers est si éloigné des autres que nous ne retrouvons aucuns plagias, ni même aucunes références concrètes, même s’ils disent suivre les auteurs du 19e siècle, des têtes comme Dostoïevski ou Huysmans, leur style est trop éloigné pour qu’on sente le coup de patte emprunté. Le club Diogène est telle une énorme tartine dégoulinante de confiture sur du pain moelleux, pour reprendre l’expression. Pour l’interview de Scifi Universe (oui, je plagie des confrères), ils ajoutent : « Nous ne prenons jamais appui (consciemment en tous cas) sur la réalité. Normalement personne ne devrait se reconnaître dans nos livres. Si l’on veut bien, même le Paris fréquenté par nos personnages n’est pas réel. Il est mythique. » Et : « Le club Diogène est pour nous comme une soupape, qui nous permet d’entretenir un cynisme de bon aloi, ce qui est fichtrement nécessaire dans ce monde où la vie n’a peut-être jamais été aussi déglinguée mais les discours si aseptisés. » À défaut de n’avoir pu les rencontrer en live, cette interview a permis de les découvrir sous un autre jour, et si elle vous a été agréable, c’est gagné.

Tome 1, Le Chérisseur de Tête
avec les commentaires des auteurs !

Attention traquenard, l’intro dont vous êtes le héros : une commande de notre éditeur, au dernier moment. Stéphane s’y est collé et a écrit ce petit texte, une savante introduction à ce qui attend le lecteur dans les pages à venir…

Une amie commune

Nous nous retrouvons catapultés au centre de la semaine sanglante à Paris, poursuivant la Bosse avec trois des personnes dont nous venons de faire la connaissance : Lison, le maréchal et Fédor, que vous pouvez voir sur la couverture. Une poursuite grotesque en plein milieu du carnage de l’insurrection de Paris à la recherche d’une goule boulimique. Belle reprise du bossu de Notre-Dame, dont la scène finale se déroulera au Père-Lachaise.

Nouvelle de franche horreur. La Bosse est un monstre, un ennemi de longue date du Club qu’ils n’arrivent jamais à vaincre, et qui n’apparaît qu’en temps de guerre. C’était pour nous une occasion de dépeindre la période trouble de la Commune, ce mélange d’horreur militaire et de romantisme rouge.

Chef d’oeuvre

Puis une autre aventure, où nous sommes accompagnés de tout le groupe (excepté de l’énigmatique Monsieur) enquêtant sur ce cher chérisseur de tête, suivant les exécutions publiques afin de récolter les jolis paniers bien remplis sous les guillotines. Mieux centrée sur l’un des protagonistes, elle nous permet d’entrer un peu plus dans les manies du club. Ceci est la première de leurs nouvelles, relayées à la seconde place dans ce livre, surement à cause du fait qu’elle nécessitait trop de présentations.

Première histoire écrite du Club ! Scénarisée en 96, en même temps que nous créions les principes du club Diogène et ses membres. Première histoire, publiée aussi sous la forme d’un petit livre chez La Clef d’Argent. On retrouve là les excès de notre jeunesse, notre volonté d’y bourrer toutes nos connaissances du XIXème, et un franc délire aussi… Benjamin Lacurie, « le chérisseur de têtes », coursant Franklin avec sa scie, reste une de nos scènes préférées.

Ça pour une…

Aussi, voir plus, poilante que les précédentes histoires. C’est un trio plutôt mal formé qui nous fera glousser dans cette troisième nouvelle, où ce cher Franklin se coltine (encore) un nouveau maniaque, ayant cette fois l’apparence d’une salamandre démoniaque invoquée depuis un livre d’incantation. On n’en saura pas plus quant à la provenance de l’ouvrage, ou de la créature.

Courte histoire farfelue, reflet de notre ambition de pouvoir écrire tous les formats d’histoire possibles. Le Club est vivant, il ne se contente pas de résoudre des mystères, il les transporte parfois sous son manteau…

Stupre

La suivante est centrée sur l’aspect étrange du vieux Paris : la grande mode du spiritisme (cette ville ayant été sa capitale durant de longues années). Toujours avec une tournure de l’époque, c’est un récit en dehors du club qui réunit en duo Vayec et Franklin (avatar des auteurs ?) ainsi qu’une certaine Diane, ancienne membre, disparue au Père-Lachaise le soir de Walpurgis, dans de secrètes circonstances connue seulement d’eux. Un flash-back se terminant malheureusement.

Il est fait référence ici pour la première fois à un ancien membre du Club, Diane. Histoire tragique, macabre, sanglante, qui traumatisera durablement les tous jeunes Vayec et Franklin. C’est une des premières histoires que nous avons écrite. Nous avons parfois des petits challenges entre nous : l’un écrit la première partie d’une histoire, charge à l’autre de la finir, sans aucun synopsis… Ce fut le cas pour celle-ci.

Pour vierges Avertis

Vampires ! Oui, c’est un passage obligé, mais vous n’allez pas vous ennuyer, si vous la lisez un jour, elle est doucement érotique, mais moins amusante que les trois premières. Quatre de nos compères ont eu droit à une longue danse avec de torrides vampires à faire frémir le bébé Vlad. Pleine de rebondissements, conduira-t-elle à une suite ? Je l’espère. Elle contient aussi son côté kitch : nous avons toujours droit au monologue du méchant.

Ou comment revoir le thème du vampire, en empruntant les codes les plus classiques pour les malmener. Après tout, la victime du vampire peut ne pas être toujours une jolie pucelle… Cela peut-être un puceau sans charme. C’est aussi ça, le club Diogène : une bonne dose d’érotisme de temps à autre…

La folle étude du docteur Seyeux

Au centre du bouquin séjourne le docteur Seyeux. Contée sous forme d’une ridicule joute verbale entre les deux seules présences féminines du groupe, cette enquête au sein d’un institut psychiatrique malsain autour duquel planent des disparitions d’artistes en tout genre, s’engouffre rapidement, tant on a envie de connaître le fin mot de l’histoire, quoiqu’elle soit proportionnellement aussi longue que cette phrase.

Histoire de folies. Inspirée par un article découvert dans la presse sur les méthodes peu orthodoxes du vrai docteur Blanche. Et si on enfermait l’un de nos clubbers dans un sanatorium ? Prétexte à de beaux portraits d’artistes à la folie tout à fait originale.

6_cover3Un péché presque de chair Ou Vilaines Romances

Une fantomatique histoire d’amour pour Vayec. Cette fois la dose d’humour a chuté, nous avons eu la visite de Monsieur, personnage aussi étrange que contradictoire, venant poser une affaire fantastique et jeter un froid. Malgré les questionnements sur ce que peuvent bien être les raisons d’être du club Diogène, il ne sera pas question de répondre à nos interrogations, mais de nous plonger dans un bâtiment aux relents marins rudement bien foutus. Le changement de thons est appréciable (ceci vous a été offert par la société des jeux de mots pourris).

Romantisme noir, cette fois. Vayec au cœur de l’histoire, hantant les rues de son âme brumeuse, en proie à un amour impossible. Crudité cruelle de la passion…

Les passions confessées

Ce même tourtereau que nous retrouvons (en deuil, semble-t-il ?), chavire totalement dans un délire à l’opium, qui le conduit à une femme au témoignage inquiétant, se confessant au sujet d’un certain Monsieur. Nous discernons mal le vrai du faux dans ce texte. Un chapitre suivant de près le précédent, qui révèle plus de détails sur Vayec, tout en respectant la règle d’or de ne pas connaître la vie des membres du club Diogène

Vayec aux commandes, une nouvelle fois, pour une histoire qui démarre comme un mauvais rêve et se termine en cauchemar. Premier élément sur l’intrigue sous-jacente du club Diogène : qui est vraiment Monsieur ?

Absences

Appelez par Monsieur pour planquer un corps bizarrement tatoué, une enquête se dessine dans un charmant village tranquille. Cette nouvelle aventure réunissant tout notre petit groupe, excepté le couple Lison/d’Orville, passant par la Morgue et se terminant dans une maison cachant une autre tumultueuse compagnie, pour reprendre l’expression. Tout pour faire un bon polar ! De plus, résoudre ce genre d’énigmes, n’est-ce pas un but de nos héros ?

Long récit que nous avons voulu à énigmes. Pas si simple ! Notre histoire en devient assez tordue, et nous réaliserons en l’achevant que nous sommes loin d’arriver au niveau de Sir Conan Doyle ! Mais la plupart de nos lecteurs apprécient ce texte. Certains passages sont assez osés, mais nous avons toujours fait le choix de ne pas nous censurer.

Le sorcier de Tolède

Quatrième et dernière reprise de leurs nouvelles, celle-ci est à ne pas rater. Vayec, se faisant avoir par une troupe au spectacle troublant et grand-guignolesque, se retrouve possédé par un démon. Cette fois ce n’est plus un sujet de rigolade pour tout ce petit monde, car même Monsieur est sur le qui-vive d’une nouvelle menace. Le Moriarti de cette histoire, qui est définitivement ma préférée, nous a concocté un beau final ! Le mystère s’épaissit prédit la suite de cette très bonne série.

Nouvelle torride où Vayec est encore au cœur du récit. On voulait de la sorcellerie, des invocations, l’Inquisition en plein XIXème à Paris ! Il traîne toujours autour de nos personnages une forte odeur de malédiction. Et le mystère autour de Monsieur s’épaissit un peu.

Puzzle

Cette dernière, parlant d’une vague de meurtre improbable, clôture le volume avec panache. Quelques détails sur la suite des évènements, sur le tome deux, auraient quand même été appréciables… Un volume plein de futures promesses nous laisse pantois, il nous reste tout de même beaucoup de choses à découvrir au sujet des personnages. Si vous êtes prêts à sauter dans ces pages, cette fois sanglantes, et dignes d’un jeu de rôle, vous vous y amuserez.

Comme pour débuter le recueil, une nouvelle horrifique en clôture. On verra la désinvolture de nos clubbers atténuer l’aspect gore de certaines scènes. Le club est ici plus cynique que jamais, digne de Diogène, se rappelant à lui même l’élément essentiel de son existence : combattre l’ennui, d’abord et avant tout !

C’est assez rare de voir un volume de cette qualité sortir des vingt doits d’écrivains commençant tout juste leur carrière. Nous voyons qu’il a demandé beaucoup de réflexions et que le lancement de la série n’a pas été pris à la légère. Écris comme un scénario et reprenant les tournures d’un jdr sur table, nous comprenons que ces écrivains ne sont pas des novices de l’écriture (de plus, étant amis d’enfances, nous sentons que la complicité qui les unis et semblable à celle unissant les membres du club). Si les buts et les personnages de ce roman, sondé en chapitres qui ne se recoupent pas forcements entre eux, sont fixés dès le début, ça ne donne pas tout à fait cette impression, car tout porte à croire que les héros ne sont pas de simples badauds prêts à tout pour « tuer agréablement le temps ». Pleines de démons, fantômes, psychopathes et créatures en tout genre, les rues du Paris imaginaire ne nous semblent plus très sûres tout à coup, voyons ce que nous présage les évènements du second tome :

Les années passent, mais au cinquième étage de l’hôtel Impérial, tel un phare sans compassion, la lumière du club Diogène veille toujours sur les hauts-lieux et les bas-fonds de Paris, à l’affût d’une distrayante monstruosité qui viendrait à passer.

Rien n’a vraiment changé.

Certains en prennent peut-être plus à leur aise avec les règles édictées par Monsieur : ainsi Vayec et Franklin, en compagnie leurs belles, arpentent-ils en plein jour Montmartre. Mais, « D’une rue à l’autre », ils risqueront bien de se perdre.

Le Maréchal commence à ressentir les affres de la vieillerie : qu’à cela ne tienne! Ce sera l’occasion pour le Club de se mesurer à un effarant gang de p’tits vieux.

Il y a aussi les ennemis séculaires du Club, comme le vieil Ésope, qui à grands coups de fables, de métamorphoses et d’incendies cherchent à prendre leur revanche. Fédor et les siens en ont maté d’autres.

Enfin O tempora o mores oblige, la gente féminine entend bien occuper le devant de la scène, comme dans cette vaillante « Histoire de filles », où Camille et Lison en remontrent à tous les goujats.

Un sentiment de truculente invulnérabilité pourrait légitimement gagner ces héros sans discipline et les lecteurs éblouis de leurs exploits pas toujours recommandables. Pourtant, au terme de ces quinze nouvelles aventures, le club Diogène perdra l’un des siens…– Cf : facebook, Le club Diogène.

7_photoLe club présenté par AlCapone :
Le Club Diogène ? Un club parisien aux mœurs résolument décadentes

Le Diogène londonien versus le Diogène parisien

Lorsque l’on évoque le nom du Club Diogène, on pense inévitablement au gentlemen’s club initié par Conan Doyle. Celui qui nous préoccupe et qui n’a aucun rapport avec le club anglais se distingue par son goût du profane et de l’occultisme. Étrangers aux bonnes manières upper-class du club sherlockien, les homologues français du Club Diogène se livrent en toute clandestinité à l’élucidation d’affaires mystérieuses qui frappent ce Paris de fin de 19e siècle : l’instabilité politique et les agitations sociales qui secouent la ville, en font un terrain de jeux parfait pour nos joyeux drilles qui, s’abandonnant volontiers aux vapeurs d’absinthe, tuent leur ennui avec cynisme en se penchant sur les affaires bizarres, macabres ou insolubles…

Le Club Diogène et le Paris fin-de-siècle

A la croisée du roman noir, du livre d’horreur et du récit fantastique, les aventures du Club Diogène exploitent avec brio les codes du genre tout en s’inscrivant clairement dans la tradition de la littérature finiséculaire : l’influence de Huysmans et de Villiers de l’Isle-Adam, prégnante dans ces récits, est enrichie par la galerie des personnages attachants et par la dimension fantastique fortement marquée. L’invitation à découvrir le Paris de l’époque apporte aussi sa part d’intérêt : les décors choisis et les références à l’histoire ou la littérature implantent le club dans un contexte réaliste propice à son succès.

Le Club Diogène : des héros vivant avec leur temps

Les aventures du Club Diogène, bien que racontant des histoires indépendantes, obéissent à une narration chronologique. Prenant la forme d’une série de sept tomes, celles-ci s’étaleront de 1871, année de la Commune de Paris, à 1914, date du début de la Première Guerre Mondiale. Les deux co-auteurs qui ont volontairement ancré leurs personnages dans cette période très mouvementée de l’histoire de France, donnent ainsi à leurs héros une légitimité sur la durée : l’évolution de leur relations, de leur caractère, la découverte de l’histoire de chacun inscrivent indéniablement les Diogènes dans leur temps. Leur décadence consommée dans l’absinthe et l’opium et leur cynisme, symboles d’une France désabusée, rejoignent les préoccupations d’une certaine partie des français en mal de divertissements…

Tome 1 : de 1871 à 1877

La première série du Club débute en 1871 pendant la Commune de Paris. Alors que la capitale est à feu et à sang, nos amis sillonnent la ville en quête d’une affaire à se mettre sous la dent. Le chaos qui règne sur la ville rend possible l’impensable. La mise en place chaotique de la 3e République donne aux Diogènes le prétexte à des enquêtes plus invraisemblables les unes que les autres. Le Paris crasseux et grouillant constitue le décor idéal pour nos décadents amis qui s’abandonnent avec plaisir à l’ivresse de l’absinthe.

Tome 2 : de 1878 à 1885

Cette période marquée par la mise en place progressive de la laïcité en France colle avec les aspirations peu conventionnelles des Diogènes : il règne une atmosphère de transgression dans Paris. L’occulte et le profane sont à la mode. Les gens veulent du sensationnel. Ils sont en quête d’étrange, de surnaturel. Esprits, fantômes, monstres, la tendance est à la frayeur. On aime se raconter des histoires d’horreur. Tant mieux pour les Diogènes qui sont particulièrement friands de ce genre de gourmandises.

Tome 3 : de 1886 à 1889

Cette troisième série correspond à une période marquée par le Boulangisme qui ébranle sérieusement la 3e République. La France traverse de nouveaux troubles politiques. Pour les clubbers, la mode des profanateurs de tombes en mal de sensations fortes est l’occasion idéale pour découvrir ces nouvelles tendances morbides.

Le tome 4 étant en cours d’écriture, il va falloir se montrer patients pour la suite…

Qui se cachent derrière les Diogènes ?

Nés de l’imagination de Stéphane Mouret et Jérôme Sorre, les 8 membres initiaux du Club ont pour habitude de se retrouver à l’hôtel délabré de l’Impérial de la rue du Tonneau pour se relayer les infos susceptibles de satisfaire leur soif de sensationnel. Dès lors qu’une affaire sort de l’ordinaire, pas de doutes, il s’agit d’une enquête pour le Club. Travaillant sous l’égide du mystérieux Monsieur, Fédor, Camille, Franklin, Lison, Vayec, Le Maréchal et D’Orville, se lancent avec insouciance dans les pires intrigues : occultisme, sorcellerie, surnaturel, fantômes… les décadents clubbers investissent grivoisement les affaires les plus épineuses au mépris de toute prudence… Mais qu’on se le dise, ne devient pas Diogène qui veut : il revient exclusivement à Monsieur de sélectionner ses limiers. La cérémonie dl’intronisation est conditionnée par l’acceptation des principes suivants qui doivent être récités devant Monsieur : “Je commettrai des actions plus élevées et plus basses que moi. Dans un même élan je me dégraderai et me sublimerai. J’échapperai à la médiocrité humaine, j’appartiendrai à toutes les castes, car je me serai affranchi du joug de cette société. Je n’aurai de cesse de lutter contre l’ennui. Et je vous obéirai. »

Quel est votre Diogène préféré ?

Comme dans chaque groupe, il y a les meneurs, les grandes gueules, les réservés, les fonceurs, les cerveaux… Le Club ne déroge pas à cette règle : il y a donc le mystérieux Monsieur, qui constitue la tête du groupe. Vayec, le minet breton qui tire la bourre au débraillé Franklin. Il y a aussi l’incorrigible D’Orville qui fricote volontiers avec la coquine Lison. Le dévoué Fédor, l’impétueux Maréchal et la discrète Camille. La personnalité de chacun se dévoile au fur et à mesure des enquêtes. Chacun y trouvera son alter-égo, son ennemi juré, son anti-héros… A priori, lequel de ces personnages aimeriez-vous camper ? – Alcapone.

8_perso2Critiques : Sur leurs débuts à la Clef d’Argent :

scifi-universe : rencontre avec Jérôme Sorre et Stéphane Mouret : une petite interview.

yozone : chef d’oeuvre et vilaines romances :Une jolie petite surprise, témoignage à verser au dossier et au crédit des éditeurs indépendants scrupuleux, passionnés encore par le plaisir d’éditer des livres qui prennent les chemins de traverse.

les embuscades d’Alcapone : une amie commune* : Une amie commune est une histoire aux accents résolument fin de siècle : fidèles à l’esprit des précédentes aventures du Club Diogène (cf. Chef d’oeuvre et Vilaines romances), les auteurs donnent vie à une créature mystérieuse et effrayante qui ne manquera pas de faire frisonner plus d’un. Voilà donc une histoire d’horreur qui saura séduire les amateurs du genre !

jeunes écrivains : l’écho du tonneau : Les pages ont l’esthétique soignée, on a affaire à un travail propre, consciencieux, et même journalistique, à dire vrai. La mise en page a été faite par Philippe Gindre et la plupart des feuillets sont agrémentés par des esquisses ombreuses, dessins confectionnés par Fernando Goncalvès-Félix.

edencash : le club Diogène par Kashima : C’est drôle, léger, intéressant, distrayant! Et en plus, c’est bien écrit et plein de… cynisme, comme le nom du club l’indique! Un petit régal très conseillé…

Et librairie soleil vert.

La suite :

merveilleux scientifique : les détectives des ténèbres : « Le club Diogéne » est une de ces curiosités littéraires comme nous aimerions en lire plus souvent et dont il nous faut saluer la venue, tant l’originalité de son contexte, l’excellence de son style narratif et la diversité de ses thématiques, sont une véritable bouffée d’air pur (ou de relents putrides car l’on y croise souvent la mort) pour le lecteur curieux et avide de nouvelles sensations. Un cabinet de curiosités donc, qui se visite avec délectation et chaque nouvelle est un objet rare et précieux dans laquelle nous plongeons avec une joie toute gourmande.

la brigade chimérique : trilogie du club Diogène

screamy : un article très complet! : Le duo Sorre et Mouret nous offre une magnifique galerie de personnages hauts en couleur et truculents. Plus que les intrigues, ce sont les membres du club qui nous attachent à ce feuilleton. Nous les suivons avec une gourmandise qui nous fait réclamer le tome 3 à cors et à cris.

psychovision : le chérisseur de têtes : Les pérégrinations du club Diogène sont une lecture à recommander à tous les amateurs de littérature fantastique. Non seulement il bénéficie d’une atmosphère prenante et envoûtante, mais surtout les deux auteurs (qui publiaient notamment dans Borderline) s’en sont donnés à coeur joie et sans complexes. A lire dans le même état d’esprit, effet garanti.

Tome deux :

mondes imaginaires : la mort et quelques amis s’invitent chez le club Diogène : Sans nul doute, donc, un excellent opus, qui ne se lâche que difficilement.

Mythologica : // : Je suis intimement convaincu que Le Club Diogène et ses aventures font partie de ce que l’on fait de mieux en matière de recueil de nouvelles fantastiques à personnages récurent. Loin d’être ennuyeux après quelques textes, Jérôme Sorre et Stéphane Mouret développent une grande épopée dans un Paris de fin du XIXème siècle particulièrement étonnant.

D’autres critiques et articles sur la page de l’éditeur : les éditions Malpertuis

Pouvez-vous nous faire quelques révélations au sujet de vos futurs projets ?

Jérôme Sorre : Projets ? On a entamé l’écriture du tome 4 du Club. Pour le reste, j’ai envoyé le manuscrit d’un cycle de dark fantasy a plusieurs éditeurs, suis donc en attente de réponse. Et Stéphane termine l’écriture d’un roman.Cela s’appelle « L’Entité », cycle prévu en 4 tomes. 2 sont écrits, et si le point de départ est la Bretagne du 18ème siècle, on s’évade vite vers un univers onirique, où se mêlent fantasy et religion chrétienne. Le Diable y joue un rôle important. Le cycle traite de la réincarnation, et d’un héros qui refuse son caractère divin… Autant de monde que de livres (donc 4), autant de vies que de livres pour un seul héros (donc 4). Reste plus qu’à trouver un éditeur…

Nous sommes ici pour les mêmes raisons que vous, {…} pour tordre le cou à l’ennui – non sans l’avoir préalablement savaté dans les parties. Votre journée a été banale et éreintante à en mourir ? Vous comptez alors vous délasser en lisant quelqu’une de nos aventures. C’est une excellente idée. Eh bien quant nous, éreintés et banalisés de même pendant toute la matinée et l’après-midi, le soir venu, fuyant cette sombre idiote de société et ces pâles fantômes que nous refusons de reconnaître pour nos semblables, nous nous pointons ici, l’oeil fatigué mais neuf, à l’affût d’une bonne embrouille occulte à laquelle se frotter, ou d’un joli cauchemar à résoudre. – Camille.

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Poulpy.

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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3 commentaires pour Jérôme Sorre et Stéphane Mouret, le Club Diogène

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  2. Ping : Chemins de fer et de mort, des éditions la Clef d’Argent | L'antre du poulpe

  3. Ping : Jérôme Sorre et Stéphane Mouret, Une nuit au club Diogène | L'antre du poulpe

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