Micronomicon : Peurs d’enfance

Micronomicon
Peurs d’enfance –

un recueil de micronouvelles « humorrifiques » signé Jacques Fuentealba,
une nouvelle collection des Éditions Luciferines — leur Facebook

Découvrez nos critiques des anthologies
Nouvelles Peaux ; Maisons hantées ; Sombres félins
avec des dossiers thématiques, des interviews, des images et photos

Selon son auteur, le Micronomicon est le rejeton terrible du Necronomicon qui hante les textes de H. P. Lovecraft. Inclassable, composé de micronouvelles aussi efficaces que cruelles et délirantes, d’illustrations tout en noir et rouge (puisé à la veine), ce fragment de manuscrit ose tout, en particulier les impertinences langagières.

Spécialiste des jeux de mots, Jacques Fuentealba propose une série de textes à l’humour noir burlesque sur le thème de l’enfance, de ses démons et de sa magie toujours un peu inquiétante.

01_coverPeurs d’enfance est le premier thème de cette étonnante collection de Micronomicons. Pour l’instant, trois autres volumes sont annoncés.

Des livres sans pareil, tant sur leur fond que sur leur forme. Il n’existe pas à ma connaissance de collection dédiée à la micronouvelle chez un éditeur aussi important que Luciferines, si on omet les parutions de la Clef d’Argent (voir à la suite). Peurs d’enfance se découpe en quatre parties, regroupées par Jacques Fuentealba et illustrées par Ferran Clavero Estrada, et, Attention ! Ce livre maudit risque de vous inspirer d’affreux calembours pendant 666 jours. — cf. luciferines.com

Cette publication n’est donc pas commune. Je vous propose de le découvrir grâce aux images et aux bonus qui parsèment la page Facebook dédiée au Micronomicon ainsi que l’interview de Jacques Fuentealba sur le site des Luciférines.

D’autres articles s’avéreront tout aussi instructifs. ActuSF vous propose une rencontre radiophonique avec l’auteur et son éditrice, Barbara Cordier. Et la Fabrique de littérature microscopique contient une quantité d’extraits des peurs d’enfance, dont celui-ci, par exemple :

Il avait peur des autres élèves, des maîtresses, de « ses » parents… Peur, en bref, qu’on le démasque, qu’on devine ce qui se cachait réellement derrière les traits du petit Michael, qu’il avait remplacé. Mais surtout, il était terrifié à l’idée que son véritable père découvre le passage conduisant sous le lit et finisse par le retrouver.

En bonus : le site officiel de Jacques Fuentealba, le blog (en espagnol) de Ferran Clavero Estrada, graphiste et illustrateur.

02_livresMicronomicon, un nom assez souvent reprit, parfois en rapport avec le genre peu connu ou reconnu de la micronouvelle. Pour en savoir plus, lisez ce qui suit…

Lorsqu’on vous parle du Micronomicon vous vous souvenez certainement du livre maudit écrit par un arabe dément, Abdul Alhazred, lorsque la civilisation était encore jeune, avant que l’auteur ne tombe entre les tentacules de dieux cauchemardesques. Le Necronomicon, tel est le nom de ce livre d’une extrême rareté contenant d’indicibles secrets supposés rendre fou l’importun investigateur qui s’essaierait à la traduction du texte impie qu’il renferme.

La persécution du Necronomicon, l’Al Asif, est connue de tous ! Cette réputation n’a nullement empêché quelques éditeurs plus ou moins scrupuleux de publier des pseudo-necro justifiant la présence d’entités cosmiques telles que Howard Phillips Lovecraft se les représentait. Le point commun entre toutes ces éditions contemporaines, c’est l’esprit déviant intrinsèque à l’œuvre originale : un texte horrifique, une expérience littéraire improbable, un auteur à la santé mentale compromise par une imagination sordide, un canular atypique fondé sur quelques réalités. On nous parle de monstres multidimensionnels dissimulés dans les recoins sombres de l’univers, prêts à nous engloutir. N’existent-ils pas réellement, dans la psyché humaine ?

Autre particularité : certains de ces Necronomicon sont illustrés. Si nous devons parler des peurs intrinsèques à l’humanité, de son psychisme corrompu par nombre de phobies, autant les symboliser. Pourquoi ne pas représenter une folie personnelle et néanmoins universelle ? De nombreux artistes se sont, de tout temps, laissés tenter par ces allégories. Le Micronomicon de Jacques Fuentealba s’inscrit pleinement dans cette mouvance.

03_necroMicronomicon : Peurs d’enfance est un très beau livre. Ce soin dans la présentation (couverture rigide, papier parcheminé, polices et lettrines stylisés, décorations omniprésentes…), nous le retrouvons dans de nombreuses publications rendant plus ou moins hommage à l’œuvre d’H.P. Lovecraft. La qualité des textes que ces tomes renferment est variable. Ils sont néanmoins atypiques. Le Micronomicon paru aux éditions Luciférines est génial, tout autant par son allure que par les étonnantes, très amusantes, histoires de J. Fuentealba.

Cette publication n’est pas sans rappeler un autre recueil de micronouvelles édité par -36° édition, écrit par Sylvain-René de la Verdière. Un écrivain lui-même tenancier d’un site regroupant les brèves de plusieurs personnes, dont votre poulpe, les Deux Zeppelins. Ce Micronomicon allie lui aussi jeux de mots, humour et étrangeté. Moins épais, moins impressionnant, tout aussi fascinant, il contient les aventures de personnages survivant dans un univers peuplé de monstres.

Les titres se rapportant aux Necronomicon ne sont pas quantifiables. Nombreux sont les lovecraftiens levant un pavillon aux couleurs de ce mythe, mais apportant leurs propres nuances, pas toujours raccords avec la philosophie et le style littéraire de leur modèle. Ainsi, nous pouvons découvrir tout un panel de fanfictions dans de nombreux domaines culturels, et encore plus de clins d’œil. Les plus connus sont listés sur la page Wikipedia du Necronomicon. Sachant cela, il est à présent temps de nous focaliser sur un domaine littéraire très particulier : la mininouvelle et sa forme encore plus courte, la micronouvelle.

Vous verrez que le nombre de pontes dans ce domaine se limite à peu d’auteurs francophones. Parmi ceux-ci, Jacques Fuentealba se situe en très bonne place ! La tradition de la micronouvelle est plus anglaise, espagnole, que française, et, comme vous le lirez, la micronouvelle aime détourner les expressions courantes et faire appel à la culture générale du lecteur. Micronomicon nous place définitivement dans un contexte.

04_verdiereLa micronouvelle est un récit imaginaire, suggestif, parfois caustique, rédigé en un nombre extrêmement restreint de mots. C’est la forme la plus concise de récit littéraire prosaïque, parfois proche du poème par le rythme qu’il imprime. L’ironie et l’interactivité qui la caractérisent la rattachent au postmodernisme en littérature. — cf. Wikipedia.

Jacques Fuentealba se spécialise dans la short story et plus particulièrement, avec Micronomicon, dans la short short story. Il utilise ce style dans sa forme la plus connue, le jeu de mots. Si cet humour peut paraître pompeux, et les explications, ci-dessus, complexes, Peurs d’enfance est un livre très abordable qui, comme toute publication Luciférine, n’a rien de niais et de trop enfantin. Les références de cet écrivain le poussent vers un courant plus populaire qu’élitiste, et ses proses légères sont d’une qualité difficilement reproductible.

Ce style littéraire de la microfiction se popularise en France grâce aux nombreuses contributions de Jacques Fuentealba. C’est lui qui, le premier, a défini les différents types de micronouvelles et les a différencié de la brève ou, comme certain l’appel, mininouvelle. Toujours selon les mêmes sources, nous apprenons que Jacques Fuentealba décline la micronouvelle en trois formes : le Hemingway (6 mots), le Fénéon (3 phrases ou lignes maximum) et le Pépin (300 signes maximum avec le titre). L’exercice d’écriture n’en est que plus passionnant.

Si vous désirez partir à la découverte de ce style littéraire, je vous conseille de vous procurer Scribuscules, de Jacques Fuentealba. Une parution de la Clef d’Argent, au même titre que les recueils de Jean-Pierre Andrevon, s’étant essayé à cet exercice, à sa manière. La short story ne s’inscrit pas dans un courant particulier. On peut dire qu’elle est intrinsèque à l’esprit de son auteur.

05_scribuscules« Au détour du labyrinthe de miroirs de cette fête foraine, le vampire joue les assassins invisibles, en quête du meurtre parfait. » « Le chasseur de monstres observa comment la créature, tout en poils, crocs et griffes, qu’il venait de transpercer avec son épée d’argent se transformait en homme. Mort. — Plaie d’argent n’est pas mortelle, ricana-t-il. Sauf pour les loups-garous, bien sûr ! » « Le joueur de flûte de Hamelin n’arrive plus à faire disparaître personne avec sa musique, car il a paradoxalement atteint le sommet de son art. Il est devenu un musicien inouï. »

L’univers littéraire de Jacques Fuentealba est un mélange détonnant de lectures d’enfance où l’on retrouve les grands noms de l’imaginaire anglo-saxon (R.E.Howard, Lovecraft, Zelazny, Moorcock) et d’un intérêt certain pour le réalisme magique et le fantastique hispanophone, dont il est désormais un promoteur reconnu en France. Ajoutez à cela une passion irrépressible pour la micronouvelle à la française, genre où se sont illustrés avant lui Jacques Sternberg ou Jean-Pierre Andrevon, et vous obtenez cet étonnant recueil que constitue Scribuscules : 365 microtextes allant de quelques mots à quelques dizaines de lignes. Assurément, le recueil de l’année ! De Jacques Fuentealba on a pu lire de nombreuses nouvelles dans les revues Galaxies, Black Mamba, Lunatique ou Borderline. Scribuscules est son troisième recueil. — cf. La Clef d’Argent.

Né dans le dernier quart du siècle XXe siècle, en région parisienne, Jacques Fuentealba est un écrivain de science-fiction et fantastique avec un goût prononcé pour l’absurde, l’humour noir et l’horreur, une addiction pour tout ce qui peut faire grincer des dents, mettre en marche les méninges ou emballer le cœur des lecteurs.

06_logoJacques est auteur de romans (Retour à Salem, L’Antre du diable ou encore Émile Delcroix et l’ombre sur Paris), ainsi que de nouvelles (un certain nombre d’entre elles sont regroupées dans La Boîte de Schrödinger, saison 2). Mais il est également obnubilé par le format très bref de la short short story. Il a commis quelques recueils, comme Délire éthylique et papilles gaillardes (pour moitié des micronouvelles, pour moitié des nouvelles), Scribuscules, les ultra-courts En huelga/En grève et Plagios/Plagiats ou encore Les Aventures du Cavalier sans tête (avec son compère Olivier Gechter), avant de livrer aux éditions Luciférines son œuvre maîtresse, le Micronomicon. — cf. Luciferines.

Jacques Fuentealba, un novelliste renommé dans le milieu, que vous avez peut-être découvert grâce à deux autres de nos partenaires : Malpertuis et la Clef d’Argent.

En tant que gérant de la Fabrique de Littérature Microscopique et de la Microphéméride avec plusieurs autres auteurs (voir la présentation sur son site officiel), Jacques Fuentealba peut être vu comme un militant de la littérature alternative. Ses collaborations avec des éditeurs associatifs tendent à prouver que, par ses apports littéraires, il recherche plus une reconnaissance de la fiction fantastique qu’une renommée pourtant méritée. Jacques Fuentealba est également l’auteur de Invocations et autres élucubrations, de Tout feu tout flamme, ainsi que des Aventures de Jason et Robur.

07_cordierFerran Clavero Estrada, dit Bans, illustrateur et graphiste, connu de nous au travers de ses illustrations dans feu le Codex Atlanticus numéro 16 de la Clef d’Argent, vit en Espagne, pays où il a vu le jour. Ferran Clavero Estrada publie la majorité de ses travaux dans la revue numérique Axxon. Le Micronomicon est sa première véritable publication en France. Ce n’est pourtant pas un travail d’amateur. Son style rappel celui de quelques graphistes ayant apporté leurs contributions aux anthologies Luciférines. Pour rappel, voici son blog.

Cette microfiction absurde était la (petite) mère de toutes les histoires, mais elle ne s’offrait pas aisément à ses lecteurs et changeait subtilement selon l’endroit où on la dénichait et la dévorait. Au cœur d’un fortune cookie, elle avait une odeur d’huile frelatée et un goût de beurre écœurant. Cachée dans la boîte d’un diable à ressort, elle dégageait une violente odeur de soufre quand on parvenait à la parcourir, en un coup d’œil furtif. Dissimulé au milieu d’une collection de cartes de joueur de baseball, elle faisait vaguement illusion, avec son rythme échevelé, presque olympique. Oubliée sous un lit d’enfant, elle acquérait la respiration souffreteuse des vieilles choses à l’agonie, qui avaient réussi le prodige d’échapper à la mort. — micronouvelle inédite, d’autres vous attendent sur la page Facebook !

Voyons à présent comment les éditions Luciferines ont décidés « d’explorer de nouveaux horizons plus graphiques, toujours sombres mais plus légers cette fois« .

Essayons de comprendre comment se mêlent humour et horreur dans ce livre « emprunt d’une fausse naïveté« . Pour cela, rien de mieux que de se pencher sur les explications fournies par l’auteur lui-même, qui avoue ne pas faire tant référence que cela à H.P. Lovecraft dans son livre. Le but était de lier des thèmes connus entre eux, de concevoir des microrécits mutants parfois mal à l’aise, donnant quelques frissons, de peur, mais aussi de rire, afin de concevoir une ambiance à part entière.

08_salonCette hésitation entre humour et horreur est au cœur de beaucoup de micronouvelles chez un grand nombre d’auteurs. Le lecteur ne sait pas toujours sur quel pied danser quand il lit une série de tel ou tel micronouvelliste, car il se retrouve à frémir à la lecture d’une historiette alors qu’il vient juste de rire aux éclats au moment de finir la précédente. Sans aller jusqu’à parler de traits distinctifs, c’est un traitement particulier qui revient donc très souvent. Et très souvent même, l’auteur choisit de ne pas choisir, et le lecteur se demande si le texte en question est du lard ou du cochon. — cf. Luciférines.

Jacques Fuentealba ne se restreint pas à un seul thème ou un seul ton. Il traite le fantastique dans son intégralité, n’hésitant pas à aborder ses sujets sous plusieurs angles : il ne limite pas son imagination. Nous pourrions donc penser que les Micronomicons manquent de tenue. Ils sont au contraire conçus pour former une continuité dans les opus. Lire le Micronomicon de Jacques Fuentealba ne pose pas de problème, tant que le lecteur garde une certaine ouverture d’esprit. D’ailleurs, sans la curiosité nécessaire, il passera à côté de nombreuses références à un univers fait de fictions populaires, de codes relatifs aux contes, aux histoires qui nous inspirèrent, de tout temps, d’innombrables cauchemars et frayeurs…

Comment expliquer cette envie perverse de se faire peur ou de rire de nos peurs ? Peut-être vient-elle de nos désirs d’enfant, à demi oubliés, de nos besoins primaires ou bien au contraire complexes, d’explorer les confins de nos esprits, d’y trouver quelques ressorts communs, au risque de perdre la tête, d’associer d’affreuses figures à des objets pourtant anodins. Une entreprise d’écrivains contemporains. Mais Jacques Fuentealba brise les barrières des époques en repêchant des démons hantant l’humanité depuis sa chute de l’arbre.

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Il puise de nombreuses références chez des écrivains espagnols qu’il traduit parfois, allant jusqu’à leur consacrer un mémoire (Une approche du fantastique et de la science-fiction en littérature de l’Espagne moderne aux XIXe et XXe siècles), correspondre avec certaines sommités. Ce n’est pas tout. Genèse impie du Micronomicon contient une présentation romancée de ce livre, à lire parallèlement avec l’interview de Jacques Fuentealba et d’une postface des plus amicale.

Jacques Fuentealba nous parle, à demi-mot et sans exagération aucune, d’une enquête effectuée en Espagne sur les traces du Necronomicon et d’une culture fantastique perpétuée par une série d’individus repartis en petits comités, que seul le curieux pourra appréhender en se plongeant dans les archives de fanzines. Comment lui est venue l’idée de lier fantastique et micronouvelle, d’importer ce genre en France ? Quelques pistes nous sont révélées. Insisterais-je également sur la dangerosité de lire un volume inspiré par de si occultes références ?

Jacques Fuentealba « jongle sur les mots« , les place dans différents contextes afin de fournir une suite d’histoires : Bazars bizarres, Peurs d’enfance, Mis en boîte, Fortune cookies, et, à paraître, Haut et court plus quelques Lovecrafteries. Ces jeux de mots sont des tremplins à l’imagination, des stimulants, qui font de Peurs d’enfance et de ses successeurs de bons livres de chevet à ouvrir, aléatoirement ou non, entre deux occupations. C’est aussi une excellente matière de recherche, un bel objet qu’on ne se lasse pas de contempler.

Ce dernier point est en grande partie dû aux graphismes de Ferran Clavero Estrada, un illustrateur choisi par l’auteur pour ses dessins délirants, « grotesques mâtinés d’innocence, qui fait que le regard que l’on porte sur son travail change, dès lors qu’il s’attarde sur les détails. Ses dessins ne sont jamais dénués d’humour et ses monstres ne font jamais trop peur. Cela correspond à cette hésitation entre horreur et humour concernant les séries de micronouvelles développées dans le Micronomicon. » — Jacques Fuentealba pour les éditions Luciférines.

10_cthulhuIl paya de son âme ses trois souhaits. Malgré les apparences — turban sur la tête et sarouel blanc —, ce n’était pas un génie, mais bien un diable qui avait surgi de la boîte. — micronouvelle tirée du Micronomicon.

Micronomicon : Peurs d’enfance

une chronique signée Poulpy !

Et pour ne pas perturber nos habitudes, nous allons, nous aussi, séparer les quatre thématiques de ce premier Micronomicon afin de mieux les appréhender ! Les quelques extraits présents dans cet article ainsi que les images tirées des archives des Luciferines sont sous copyright. Merci de ne pas les réutiliser sans avertir les proprios.

Jeune garçon innocent, il était terrifié à l’idée d’ouvrir la penderie où se tapissait un monstre. Mais la roue avait tourné. Devenu un homme d’affaires sans scrupules, c’est avec une indifférence totale qu’il choisissait un costume dans son placard empli de cadavres. — micronouvelle tirée du Micronomicon.

Bazars bizarres saura trouver cette petite babiole insignifiante, qui a toujours eu à vos yeux une valeur incommensurable.
Vous la convoiterez et vous l’achèterez à n’importe quel prix.

Les commerces normaux craignent les braqueurs, les bazars bizarres les bric-à-braqueurs. — La grande psyché qui reflète la salle principale du bazar bizarre offre à ses clients une vue de l’esprit. — micronouvelles inédites, d’autres vous attendent sur la page Facebook !

11_bazarsbizarresL’imagerie de Bazars bizarres n’est pas si complexe qu’il n’y paraît. Il y est question d’existences, de désirs proches des nôtres. On pourrait penser que l’histoire fait référence à des classiques de la fiction fantastique, à la célèbre peau de chagrin. Inutile de connaitre cette nouvelle pour comprendre son fond. Les réflexions sont celles d’un explorateur de brocante, un chercheur méthodique du passé, de la symbolique d’histoires, d’objets. D’un auteur et d’un lecteur, d’un passionné en général, d’une chose ou d’un secteur qui le motive à explorer, à ses risques et périls, le fond de son sujet. Ici, celui d’un bazar.

En peu de mots là où certains écrivains tartineraient des descriptions, on s’imprègne de l’ambiance du bazar, avec ses étagères encombrées de trésors trop étranges, trop occultes ou disparates, pour que l’endroit soit réaliste. Le bazar bizarre est l’interprétation de l’esprit humain. Certaines vérités dépassent des étagères. Certaines atrocités. Le curieux furète entre les rayonnages, le lecteur entre les lignes, à la recherche d’une idée, un artefact, posant les bases d’une histoire. Ces deux facettes se mélangent à celle de l’écrivain. Soudain, nos pensées de nous appartiennent plus. La porte du bazar s’est refermée, nous sommes piégés entre ses pages de plus en plus frénétiquement tournées !

Le lecteur est la victime de l’écrivain, l’ayant alpagué par des métaphores. Jacques Fuentealba s’amuse à faire naître des sentiments contraires dans l’esprit des gens par le biais de ses expériences. Il est à l’image d’un diable tentant de rendre fou le malheureux attiré par ses jeux amusant jusqu’à un certain point, un certain moment, où le lecteur tombe dans le précipice de sa conscience. On peut rire de tout, du moment qu’on accepte les conséquences… Notre auteur n’hésite pas à briser des tabous, à fracasser la normalité ou bien à la retourner, si bien que nous nous sentons happés par le livre, trop captivant pour que nous nous en séparions.

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Le lecteur fait partit de l’histoire. Il regrette d’avoir acheté l’objet de son désir, car sa vie, pendant un temps, s’en trouve chamboulée. Finalement, les histoires que nous lisons ont plus de sens que celles que nous vivons. De nombreuses vérités s’y trouvent, là où, en vrai, nous ne pouvons que contempler la folie de nos existences. On ne sait où se termine et où commence la fiction… Quand on explore Bazars bizarres, on explore les folies conduites pas les désirs, les recoins obscurs où se terrent d’intimes monstruosités elles-mêmes victimes de leurs pulsions insatiables. Le lecteur, lui, quittera le bazar bizarre en vainqueur : il sera satisfait et, cela, c’est un sentiment rare, qui n’a pas de prix.

Peurs d’enfance remuera le couteau à beurre plein de confiture dans les plaies encore béantes de votre prime jeunesse.

Le petit nom du monstre dans le placard était Commode. — Moi aussi, dit le monstre du placard à l’enfant terrifié, j’étais comme toi. Avant. Un gamin puni. Enfermé longtemps, bien trop longtemps ici. — micronouvelles inédites, d’autres vous attendent sur la page Facebook !

Peurs d’enfance reprend ces précédentes thématiques. Tout petit chapitre qui contient des microfictions ne se déroulant plus dans l’antre d’un autre, mais dans une chambre que nous ne retrouverons jamais : dans l’esprit de notre jeunesse, avec sa logique brouillée par des années d’oublis. Qui sait ce que nous y avons laissé, ce qui nous a suivis, dans notre déménagement vers notre nouveau lieu de vie ? L’ombre de l’enfant vit encore en nous, là où la lumière ne l’éclaire jamais : dans un placard ou sous le lit. C’est le repaire de cet immoral montre sauvage pouvant surgir sans sommation. Qui sait, un jour, ce monstre en développera d’autres qu’il nous faudra restreindre dans des zones à risque. Leurs chambres.

13_peursdenfanceÀ l’intérieur vivent des rois cruels ou de petites angoisses dispensées par ceux qu’il nous est impossible d’appréhender. Ce peut être l’adulte, le monstre, plus que le créateur. En lisant quelques pages qu’un psychiatre analyserait avec grand intérêt, on arrive à comprendre l’origine des traumatismes. Il serait effroyable d’en rire car, parfois, les fictions se rapportent à des drames quotidiens, d’autres fois, à des contes stigmatisants. Le regard porté au monde par les enfants peut porter au rire ou apeurer. Leurs monstres fantastiques ne sont pas tangibles. Ce sont les incarnations de sentiments. Ce sont, apprenons-nous de bons sujets d’étude pour l’écrivain.

Mis en boîte fera de vous un chasseur de diablotins.
À moins que ce soient eux, les prédateurs.

Le diable de la boîte était un fieffé menteur. Quand le damné vint se plaindre afin d’annuler le pacte qu’ils avaient signé et de récupérer son âme, le diable lui répondit, dodelinant de tout son corps : « Vraiment désolé, l’ami, mais il faut voir avec Lucifer : ce n’est plus de mon ressort. » — micronouvelle tirée du Micronomicon.

Mis en boîte est un chapitre bien plus vicieux, moins pesant pour la conscience du lecteur. Peut-être est-ce dû au fait que nous nous en sentons délestés… Jacques Fuentealba encore réduit le lieu de son action. D’une maison nous arrivons à une chambre, puis à une boîte. L’étau se resserre autour du lecteur sentant sa raison défaillir et semble, peut-être, prêt à pactiser avec le diable qui n’est qu’un jouet entre nos mains, afin de conclure son histoire. Peut-être, sa propre histoire. L’ennemi du personnage, s’il a rétréci, est plus puissant encore. Après les psychopathes, les monstres : le diable. Avec Fortune cookies, c’est le destin, le sort, en personne, qui se mettra dans le chemin des protagonistes.

14_misenboiteLe thème de la boîte est largement décliné. C’est celle qu’il ne fallait pas ouvrir, qui contient tous les maux de la planète, des diables défilant sous nos yeux. Le sujet est vaste. Il n’aurait pour vous plus de secrets. Le livre contient un petit monde. Parfois, nous lisons de drôle de blagues, parfois des récits à suspense. C’est l’humour décalé des diables moqueurs créant des chutes grotesques. Il y a de quoi rire, en effet, de la condition humaine, des tentations, de la destinée, et de ses autres affaires dont nous aimerions nous délester, cacher à notre vu, en les enfermant, leur donnant des traits effroyables que l’obscurité de la boîte renforce. En faisant cela, l’homme se doute-t-il que la boîte pourrait éclater, que ses malheurs pourraient jaillir et le blesser ?

Loin de se prendre tant au sérieux, Jacques Fuentealba, préfère mettre en garde contre le véritable propriétaire de la boîte, celui qui y vit en toute impunité, inventant des exemples de victimes, mais aussi, riant des figures ridicules qui font notre malheur et qui, finalement, ne sont pas tant à craindre… Même si certains diables sont revanchards, ils savent qu’ils ont besoin de nous pour survivre. La boîte n’est-elle pas la métaphore de notre crâne ?

Les apparences sont en effet trompeuses. Parfois, le diable, le monstre, le psychopathe, n’est pas celui que l’on croit. Il est par contre omniprésent. Les diables en boîtes, s’ils ne valent presque rien, engendrent des réflexions sur nos existences, elles aussi en boîte, de bétons, où l’on peut rapidement devenir aussi sulfureux qu’une de ses pauvres créatures. Loin de briser nos rêves, ils en ajoutent d’autres. Leur humour potache est un frein à notre envie de les rencontrer. Leurs jeux de mots sont aux limites de la décence, car c’est bien connu : un diable à ressort, ça ne vole pas haut.

Fortune cookies se dévorera goulûment.
Non sans vous laisser un arrière-goût de papier mâché.

Le message funeste du fortune cookie était imprimé en rouge vif. Aussi ne tarda-t-il pas à se faire un sang d’encre. — La pâte de ces fortune cookies était toujours brisée. Comme les destins prophétisés par leurs funestes messages. — micronouvelles inédites, d’autres vous attendent sur la page Facebook !

15_fortunecookiesLes messages des Fortunes cookies sont réputés pour être microscopiques. Pires, ils sont bien trop sibyllins. Il était donc primordial, pour un micronovelliste, de les appréhender à leur juste valeur. Ce sont de mauvaises blagues, tout au plus, à prendre à contre-pied du trouzième degrés. Le fortuné cookie n’étant pas un de ses gâteaux prestigieux, il va de soit que le message qu’il contient n’a pas à être aussi vaniteux. Jacques Fuentealba s’en moque comme de sa destinée supposément inscrite en pattes de mouche. Il se gausse des croyants, retravaille, croque, ces funestes présages.

Dans ce livre tout est une question de sonorité, de double sens, de réflexion. La micronouvelle permet d’aborder toutes sortes de sujets, mais il est difficile d’aller jusqu’au bout du raisonnement en seulement une à quelques phrases. Jacques Fuentealba y arrive à la perfection. Il sait que là où commence la suggestion, commence la réflexion, le roman que le lecteur finit par concevoir dans son esprit, avec ses résultats. Micronomicon est microscopique à son échelle. Pourtant il contient nombre de savoirs, d’histoires, de sens et fait naître tout plein de sensations. Cette petite œuvre semble ne pas avoir de fond. Il gratte celui de l’humanité, à la manière d’une seule petite idée restée prisonnières de la boîte de Pandore que chaque lecteur s’apprête, je l’espère, à ouvrir. Pour se faire, pour commander l’instrument de votre destruction, rendez-vous chez les Luciférines !

Jacques Fuentealba est malin, dans tous les sens du terme. Il brouille lecteur, fiction, réalité, ne respecte aucun code. Ainsi il n’hésite pas à se mettre en scène, à nous parler, à proférer moult mensonges et trop de vérités. Le laisserez-vous se jouer de vous ?

Nouvelles Peaux ; Maisons hantées ; Sombres félins
Pour suivre les articles estampillées « luciférines », c’est par ici.

Ci-dessous, des illustrations de Ferran Clavero Estrada tirées du Micronomicon et du Codex Atlanticus numéro 16. À bientôt pour de nouvelles chroniques.

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Poulpy.

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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