Le Salon du Vampire, partie 3

Reportage au Salon du Vampire
IVe édition Le territoire du Vampire les 17-18 sept. 2016 maison Ravier, Lyon

Un événement organisé par le LyonBeefsteakClub
Leur page FaceBook ; une présentation dans le prologue à ce reportage.

Les premières parties comprenant une présentation des auteurs et éditeurs présents, avec les interviews des invités d’honneur : Kim Newman, Alain Pozzuoli, Morgane Caussarieu, Vincent Tassy, Jeanne Faivre d’Arcier, David S. Khara, Richard Guérineau et Pascal Croci. Des photos des différents stands et associations, un retour positif, c’est dans notre précédent article.

Partie 3, Tout savoir sur le Vampire
Nos retranscriptions des interventions d’invités + des courts-métrages !

Les conférences. Ce cycle de conférences propose de donner la parole à des spécialistes de sujets connexes au vampire. Il s’agit de sélectionner des constituantes élémentaires du vampire, le sang, le sexe, la mort, pour en explorer les aspects les plus « réalistes ». Ainsi la première conférence avait pour objet les soins post-mortem (au Salon du vampire 2010). Nous pourrions tout aussi bien nous intéresser à la Roumanie et aux criminels (Salons du vampire 2012-14). – cf. Lyon Beefsteak Club.

01_afficheLes conférences du Salon du vampire 2016 avaient pour thème : Vampire et médecine à travers l’Histoire ; La chauve-souris. Je vous propose de les découvrir grâce aux images gentiment fournies par les auteurs de ses rencontres, et par nos reconstitutions écrites de leurs exposés.

Les vampires et la science un fichier audio sur actusf.com
Les monstres à l’intérieur de nous, une conférence de Julien Berra

Vampires et médecine à travers l’Histoire fait suite à une conférence de Julien Berra pour l’association AoA Prod et la Zombie Walk d’il y a quatre ans. Julien Berra, interne en médecine spécialisé en santé publique et environnementale, en médecine sociale, en toxicologie et épidémiologie, tentait, dans son exposé, de nous faire comprendre comment nous pouvions passer du prédateur nocturne à Twilight

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Copyright Julien Berra.

L’histoire du Vampire commence pendant l’antiquité romaine. Ce que vous voyez ci-dessous est tiré d’un texte d’Ovide. Nous y trouvons la mention du mot stryge, qui est associé à une espèce d’oiseau vorace, nocturne, déjà appréhendé pendant l’antiquité grecque. Ceci est la première description du vampire :

05_strygePS. Vous pouvez cliquer sur les images des diaporamas afin de les agrandir.

Parmi les gargouilles de Notre-Dame de Paris, nous retrouvons la figure traditionnelle de la Strige, qui peut ressembler vaguement à un oiseau, même si nous ne retrouvons pas le « bec qui déchire les chairs ». Il est important de noter que dans la famille des strigidés, qui regroupe une bonne partie des chouettes et hiboux, ses caractéristiques sont présentes.

06_gargouilleStryge peut nous faire penser au mot strigoï, que nous employons plus souvent, surtout grâce à la série The strain. Ce mot apparaît en littérature au XVIIe siècle. Il correspondait à la description d’un tueur/violeur croate revenue d’entre les morts et qui ne se serait jamais décomposé. D’où l’appellation de mort-vivant.

07_strigoiEn 2004, nous avons retrouvé, à travers la presse, un cas de strigoï en Europe de l’Est. Comme vous pouvez le lire ci-dessus, des villageois ont déterré le cadavre du « revenant », ont dispersé de l’ail, ont éclaté sa cage thoracique pour récupérer son cœur, l’on brulé, en on fait un cocktail pour le donner à boire à sa victime atteinte de maladie, qui a guérie juste après… Comme quoi, dans certains endroits, la légende est tenace !

08_upyrAutour de la Roumanie, il y avait, selon les dires, des monstres sanguinaires pouvant ressembler aux vampires. Au XIe siècle on parle de upyr’, puis de vampires, de morts-vivants, perpétuant des légendes dans toute l’Europe. Pour éviter que les gens reviennent impunément d’entre les morts pour bouffer d’honnêtes villageois dès la nuit tombée, il vint un temps où l’on devait s’occuper des corps. Les photos ci-dessus montrent un crâne retrouvé dans un ossuaire à Venise. La brique entre les dents servait à empêcher que le cadavre morde son entourage.

09_mortsComme vous le lisez, plusieurs explications étaient données afin de reconnaître un mort-vivant. Nous voyons distinctement la présence de la religion catholique. La troisième raison de cette liste, celle qu’un chat (par exemple) sautant sur un cadavre créerait un mort-vivant, est également visible en Chine. Bien entendu, si une dépouille ne pourrissait pas dans la tombe, c’est qu’il y avait un problème et qu’il fallait s’en débarrasser au plus vite.

10_vampireLa chauve-souris vampire a elle aussi attisé l’effroi. Voici un petit documentaire National Geographic parlant de ces buveuses de sang. Tout ceci est ultérieur au Siècle des Lumières où certaines personnes ont tenté de rationaliser le mythe du vampire et des monstres peuplant les campagnes : – la vidéo sur natgeotv.com.

11_lumieresLe pape Benoit XIV pensait que les revenants étaient le fruit d’hallucinations. Don Calmet, qui ne négligeait pas les cas d’enterrés vivants, trouvait qu’il était difficile de parler de morts-vivants tout en restant en accord avec les croyances en un mec qui a ressuscité… On disait que ceux dont les corps de pourrissaient pas étaient des saints. Comment pouvait-on faire la différence avec les vampires ? Quant à Voltaire, il inventa le cas du « vampirisme social ». Un folklore servant à assoir un pouvoir…

12_romantiquesAu XIXe siècle, le vampire tel que nous le connaissons nait. Nous ne parlons plus de monstres hantant de petits villages, mais de nobles assez attirants. Cette figure est nettement antérieure à Dracula, inspiré de Vlad Tepes (un comte très cruel, donc monstrueux). Après ce livre, la fiction vampirique n’a pas arrêté de déferler, jusqu’à atteindre le cinéma avec Nosferatu en 1922.

13_nosferatuCe personnage débarquant en Allemagne depuis l’Europe de l’Est en amenant la peste et la misère, qui a les doigts crochus et les dents longues, est assez connoté dans cette période antisémite… La seconde image est tirée du premier Dracula, de 1931, avec Bela Lugosi. Ensuite, c’est la folie : Christopher Lee et la Hammer, les remakes, Coppola, Underworld, Buffi, Blade, Interview with a vampire, True BloodTwilight.

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PS. Vous pouvez cliquer sur les images des diaporamas afin de les agrandir.

Quelles maladies peuvent être à l’origine du mythe du vampire ? De nombreux articles scientifiques ont été publiés sur la question, comme vous pouvez le voir dans cette liste où je puise mes références. Avant le XVIIIe siècle, le vampire était considéré comme une figure mythologique. On ne tentait pas d’expliquer certains phénomènes qu’on ne comprenait pas (tels les épidémies, le coma, les enterrés vivants…).

17_pesteL’épidémie de peste noire du XIVe siècle, qui a commencé en Asie, est passé par la Crimée, puis est arrivé par bateau à Marseille avant de se diffuser dans toute l’Europe, a fait un nombre incalculable de victimes. Personne ne savait d’où cela venait. En Europe de l’Est, on accusa les vampires. Notre culture n’étant pas exactement semblable, on accusa les juifs. Après les pogroms, vu qu’aucun résultat n’avait lieu, on s’est mis à réfléchir : les vampires n’existent pas, mais de nombreuses personnes y croient dans des territoires éloignés où il y a peu de communication avec l’extérieur. Il devait exister une explication rationnelle à ses mythes internationaux.

18_maladesOn s’est rendu compte que certains monstres mythiques existent : il s’agit de personnes malades. Les cyclopes sont issus d’anomalies du développement fœtal entrainant l’holoproencéphalie. Certains bébés sont dotés d’une corne, chez certains nous discernons clairement la boite crânienne. Autant dire que ce n’est pas viable. Il peut y avoir des naissances d’enfants ayant les jambes fusionnées, sans organes génitaux externes, d’urètre ou d’anus, ce qui a pu former le mythe des sirènes. Ce jeune homme ci-dessus appelé Petrus Gonsalvus est atteint du syndrome d’Ambras, ou d’hypertrichose. On peut se dire que c’est un loup-garou.

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La première maladie que l’on trouve dans la littérature est la rage. C’est une explication donnée dans certains films de zombies pour identifier les comportements étranges. Résoudrait-elle le mystère des origines du vampire ? Nous pouvions la trouver en Europe de l’Est, elle est épidémique, les victimes vivent la nuit, ont des hallucinations, ont peur de l’eau et sont agressives. La rage se transmet par morsure et était très fréquente. Pourtant cela n’explique pas l’intolérance à l’ail ou à la croix. C’est une maladie handicapante : on a des convulsions, on ne sort donc pas la nuit pour mordre les gens. Le décès survient en peu de temps, autant pour l’immortalité !

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La porphyrie est un ensemble de maladies génétiques qui se transmet quand les deux parents ont un gène porteur, ou quand un des deux géniteurs est malade. Il existe différentes formes, plus ou moins sévères, avec plus ou moins de symptômes. La peau des porteurs brule au contact de la lumière, leurs dents sont rouges et mal-formées (ce qui pourrait faire croire qu’ils se nourrissent de sang ou de chair humaine). Leur anémie, faisant que leurs globules rouges éclatent de manière chronique, les rend sensibles à l’ail. À l’époque, pour soigner ces malades, on leur faisait boire du sang. Ça ne fonctionnait évidemment pas, cette pratique fait vomir. Malgré les nombreuses corrélations, la rareté de ces cas n’explique pas le statut légendaire des vampires.

23_pellagreAttention. Il ne faut pas confondre la porphyrie avec la maladie des enfants lune. La dernière cause, plutôt bancale, est celle de la pellagre. Nous la retrouvons dans des pays où il est difficile de se nourrir. Les victimes ont la langue gonflée et rouge comme si elles venaient de boire du sang. Cela reste assez éloigné de la figure connue du vampire, comme vous pouvez le voir sur cette photo où la peau exposée au soleil est brulée, parcheminée.

24_cimetieresDes explications sociales existent. Il n’y avait pas de refuges pour les mendiants qui hantaient les cimetières et les caveaux. Les profanations de sépultures étaient fréquentes. On pouvait imaginer que les morts avaient tenté de s’échapper. On sait depuis peu détecter la mort. Les enterrés vivants étaient fréquents. Soit ils arrivaient à se dégager de leurs tombes et on les tuait en les prenant pour des revenants, soit on se rendait compte qu’ils avaient essayé de gratter le bois de leurs cercueils et on les empalait pour être sûr qu’ils soient bien morts… Certains terrains sont favorables à la conservation des corps…

25_fousLa psychiatrie s’est intéressée aux vampires. La thèse l’Alexis Épaulard est disponible à la consultation. De nombreux criminels ont été accusés de vampirisme, surtout au début du XXe siècle. Voici quelques-uns de ces violeurs et tueurs en série que nous pouvons comparer à des monstres. La classification de Prins (ci-dessous) regroupe, sous des termes plus spécifiques, les tempéraments des aliénés vampiriques :

26_prinsPour info, les nécrosadiques sont des personnes s’amusant à découper des cadavres, à en faire des décorations. Le vampirisme sans implication de la mort correspond à des suceurs de sang. Ces rares psychoses sont associées aux troubles dissociatifs. Prenons l’exemple de Thabo, un jeune Africain qui s’est présenté aux urgences en s’écriant qu’il était un seigneur vampire alors qu’il était schizophrène et n’avait jamais bu une goutte de sang…

27_dentsQuant à aujourd’hui… Les dentistes aussi s’intéressent aux vampires. Les prothèses sont une source de bénéfices. Il existe quelques articles, réalisés par des spécialistes, décrivant les bienfaits et les inconvénients de telle ou telle chirurgie. Plus sérieusement, plusieurs études ont été réalisées sur les vampires. Elles sont moins nombreuses que celles effectuées sur les zombies car cela a moins attrait à l’épidémie. Le vampire n’est pas un sujet très actuel. Et c’est un être isolé.

28_etudesSchneider est un professeur canadien donnant des cours d’immunologie (l’étude des réactions des anticorps et antigènes) en prenant pour exemple différents films et séries. Blade donne un exemple de thérapie génique bloquant les symptômes du vampirisme. Avec Buffi contre les vampires on peut faire des statistiques de différents types de monstres. Cela rend attrayants ces domaines techniques. L’étude d’Hartl et Mehlmann démontre qu’un prédateur peut transformer sa proie en un nouveau prédateur. Si les vampires se nourrissaient d’humains une fois par mois, et qu’ils les transformaient durant le processus, il n’y aurait rapidement plus d’humains sur Terre. Un vampire, pour une population humaine de 500 millions, n’aurait plus de proies d’ici 30 mois. Soit les vampires sont anorexiques, soit cela ne tient pas debout !

29_tableauPour conclure. La véritable origine des vampires, elle n’est pas si évidente que ça. Il y en a plusieurs et aucune à la fois. De nombreuses maladies peuvent expliquer certains symptômes, mais aucune ne correspond à l’image que nous avons. Le monstre sert de mise en garde : il ne faut pas se promener la nuit car le vampire traine dans le coin. Et à une échelle plus haute, le vampire sert à assoir son pouvoir. Tout le monde avait peur du monstre qu’était Vlad l’empaleur. Personne n’osait le défier. Il était déjà assez cruel comme ça, alors si, en plus, il était immortel !

30_conclusionOn parle beaucoup de vampires occidentaux. Pourtant le territoire du vampire est plus vaste. Il se recoupe avec celui des zombies actuels et des légendes urbaines, comme celle du « suceur de chèvres », un monstre qui décimait les troupeaux. Quelques figures asiatiques ont des particularités communes. C’est à voir ci-dessous, en même temps qu’un petit trailer bonus, celui de Mister vampire, un film qui posa la base du vampire chinois. – la vidéo sur YouTube.

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C’était Les vampires et la science, une conférence de Julien Berra !

Ci-dessous, La chauve-souris présentée par la Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature, membre de France Nature Environnement. Ses enjeux : « défendre les « biens communs » : le sol, l’air, le vivant, l’eau ; décréter l’état d’urgence environnemental et climatique ; agir ensemble dans une nouvelle donne territoriale. » Rendez-vous sur CORA Faune Sauvage plus plus d’infos concernant la protection des chauves-souris en Rhône-Alpes.

La chauve-souris
une conférence de Mathilde Brunel de la FRAPNA

Mathilde Brunel est spécialisée dans l’étude et la protection des mammifères, notamment des chauves-souris. Elle tentait de répondre à toutes les questions que nous pouvions nous poser au sujet de ses animaux aujourd’hui menacés.

34_titreLes chauves-souris sont encore associées au malheur. Les anges ont des ailes d’oiseau tandis que tous les diables ont des ailes de chauves-souris, et les vampires se transforment en ses animaux. Cette superstition date de la Rome antique. Dans certains pays d’Afrique, la chauve-souris symbolise l’ensorcellement. Elles sont suspectées d’avoir des connivences avec les morts-vivants. À côté de cela, en Chine, ce sont des portes-bonheurs, des symboles de fidélités et de chance. Leur symbole décore souvent des maisons.

35_superstitionsDans les campagnes certaines superstitions sont encore bien ancrées, telle celle des chauves-souris s’accrochant dans les cheveux. Ces animaux peuvent détecter des fils de quelques millimètres et les éviter. Ils ne se cognent jamais dans les personnes. Cette croyance s’était répandue afin que les jeunes femmes ne tentent pas de sortir de chez elles la nuit afin de retrouver leurs amants.

Jusque dans les années cinquante, nous pouvions voir des animaux volants nocturnes accrochés aux portes des granges afin d’éloigner les mauvais esprits. Certains pensent que les chauves-souris peuvent boire du sang. Celles-ci ne vivent qu’en Amérique latine, ne mesurent que quelques centimètres et attaquent généralement les troupeaux. Elles sont plutôt inoffensives.

36_artAdrien Party : À une certaine époque, aux environs du XIXe siècle, le motif de la chauve-souris était présent sur les tombeaux. On peut en voir au Père-Lachaise.

La chauve-souris représentée par Francisco Goya dans Le songe de la raison produit des monstres se tient en compagnie de chouettes. Ci-dessus, une gravure d’Albrech Dürer, Melancholia, et le fameux Odes et ballades de Victor Hugo, dont voici un extrait : « En vain autour de moi ton vol qui se promène Sème une odeur de tombe et de poussière humaine ; Ton aspect m’importune et ne peut m’effrayer. Fuis donc, fuis, ou demain je livre aux yeux profanes Ton corps sombre et velu, tes ailes diaphanes, Dont le pâtre conteur orne son noir foyer. » – cf. Ode cinquième, La chauve souris.

37_mammiferesLes chauves-souris sont les seuls mammifères capables de voler. Nous pouvons penser aux renards volants, capables de planer, mais ils ne battent pas des ailes. Certaines espèces sont migratrices et peuvent parcourir des distances proches de 2 000 km. Nous pouvons en apercevoir trois ou quatre rien qu’en France. Les espèces les plus courantes ne vont parcourir que deux kilomètres entre leur gite et leur terrain de chasse. D’autres vont voler sur une distance de 40 km.

38_especesLes chauves-souris sont divisées en deux grandes familles. Les microchiroptères sont ceux que nous voyons par chez nous. Les mégachiroptères sont disséminés en Asie et en Afrique. Hormis leurs tailles, nous distinguons d’importantes différences au niveau de leurs têtes. L’une a de petites oreilles et de grands yeux, inversement chez l’autre qui a un plus petit museau. Cela nous fournit des indications sur leurs régimes alimentaires :

Les grandes chauves-souris sont frugivores. Elles vont chasser à l’aide de leur vue et de leur odorat. Certaines sont diurnes, elles n’hibernent pas, car elles vivent dans des pays chauds où les fruits dont elles raffolent poussent même en hiver. Au Sénégal, un baobab s’est adapté au vol des chauves-souris et ouvre ses fleurs vers le bas pour que ces animaux, qui ont un vol stationnaire, puissent s’en nourrir. Cette espèce pollinisatrice est nectarivore.

39_mangerLes microchriroptères sont principalement insectivores. Une seule espèce en France est capable de se nourrir de petits oiseaux. Une autre chasse des poissons, mais les piscivores vivent en Amérique du Sud (de même que les hématophages, aussi appelées chauves-souris vampires).

Les microchriroptères sont en léthargie pendant l’hiver. À l’automne, elles créent des réserves afin d’hiberner et prennent un tiers de poids supplémentaires par rapport à leur habitude, avant de ralentir leurs fonctions vitales l’hiver venu. Leur température passe de quarante degrés (pour 39 en été) à 0 ou 10 degrés selon les espèces. Leurs pulsations cardiaques lorsqu’elles chassent des insectes sont de 600 battements par minute. En hivers, elles n’en émettent que 10 par min. Il est donc important de ne pas les déranger quand elles économisent leur énergie, car elles en puisent énormément afin de se réveiller (ce qui leur prend approximativement vingt secondes).

40_fichesLes microchiroptères sont divisés en quatre espèces : les vespertilionidés, qui s’agrippent aux murs, les rhinolophes, qui se suspendent aux plafonds, la tête en bas, avec leurs pattes, et se recouvrent de leurs ailes. Les molossidés, et, enfin, les minioptéridés. Les microchiroptères chassent grâce à un système d’ultra-son. On croit que les chauves-souris sont aveugles, car les petites utilisent peu leur vue, mais c’est une croyance populaire.

Deux groupes de chauves-souris émettent des ultra-sons par le nez. Les autres le font avec leur bouche. Elles reçoivent l’écho des sons qu’elles émettent grâce aux pavillons de leurs oreilles disproportionnées par rapport au reste de leur visage. Les chauves-souris sont actives en début de nuit, ce qui corrèle avec le début de l’activité des insectes. En ville, nous en voyons qui tournent autour des lampadaires afin de chasser les mouches, moustiques, etc.

41_ailesS’il existe de grandes espèces de chauves-souris, l’une des plus petites que nous pouvons voir en grande majorité est le murin d’Alcathoé. Il pèse 4,5 grammes. La plus petite chauve-souris du monde est thaïlandaise. Elle ne pèse que trois grammes. La plus grande chauve-souris française, qui se reproduit dans les monts du Lyonnais, est la grande notule qui pèse 40 à 70 grammes. Cette petite boule de quatre grammes que vous voyez en photo peut vivre jusqu’à quarante ans alors qu’un castor, qui pèse trente kilos, ne vit que cinq à huit ans.

Les chauves-souris sont appelées chiroptères du fait qu’elles volent avec leurs mains. L’aile d’une chauve-souris est composée de cinq doigts reliés par de la peau où l’on distingue des vaisseaux sanguins. Les espèces glaneuses, chassant dans le feuillage, s’abiment souvent les ailes. Mais elles cicatrisent très vite. Certaines espèces utilisent la partie inférieure de leurs ailes (située entre leurs pattes arrière) comme s’il s’agissait d’une épuisette servant à attraper les insectes en vol.

42_enversL’aile est un bon régulateur thermique. Certaines chauves-souris volent en altitude. Elles ont des ailes longues et étroites qui leur permettent de se déplacer plus rapidement. D’autres groupes vont avoir des ailes plus courtes et larges, et sont donc très habiles.

Pourquoi les chauves-souris dorment-elles la tête en bas ? Pour une question de prédation. Elles se sauvent des prédateurs à quatre pattes (chats, fouines…). Il est également plus facile de décoller du plafond, plutôt qu’à partir du sol. Les chauves-souris ont de petites pattes trop fragiles pour supporter leur poids et ne peuvent marcher sur de longues distances. Elles possèdent un tendon spécial, comme les oiseaux, qui leur permet de refermer leurs griffes sur des surfaces d’appui sans produire d’effort. On peut voir des chauves-souris mortes encore accrochées à quelque chose.

43_petitsSi un jour vous voyez une colonie de chauves-souris, il s’agit d’une nurserie tenue par des femelles. Les chauves-souris ne vivent pas en couple. Les mâles et les individus qui ne se reproduisent pas sont isolés ou chassent par deux ou par trois. Lorsque certaines mères partent chasser, les autres s’occupent des jeunes. Ce comportement social leur permet de garder une température propice aux développements des nourrissons. Les nurseries se situent souvent dans des combles, greniers, ou derrière des volets orientés Sud. En hivers, les chauves-souris se cachent dans des lieux au moins à 75 % d’humides (grottes, caves) afin de ne pas se déshydrater. Elles se déplacent ensuite dans des gites intermédiaires.

Leur ovulation est différée. Les chauves-souris se regroupent pour s’accoupler en automne. On appelle ça le swarming. Ce sont les seuls moments de l’année où les mâles côtoient les femelles. Le sperme est conservé chez la femelle jusqu’à la fécondation en mars-avril. La gestation dure un à deux mois. Les jeunes naissent en juin et juillet et les mères les élèvent durant l’automne. C’est la stratégie K. Les chauves-souris mettent bas un seul petit par an, même si elles ne se reproduisent pas chaque été.

44_oreillesUn scientifique appelé Spalenzani a beaucoup fait parler de lui avec ses expériences sur les chauves-souris. Pour démontrer que l’ouïe était le sens principal de ces animaux, il s’est amusé à crever les yeux de plusieurs spécimens et s’est rendu compte qu’ils évitaient toujours les obstacles. Il a mis de la cire dans leurs conduits auditifs et a vu qu’ils ne pouvaient plus se déplacer. Plusieurs recherches ont ensuite démontré que les chauves-souris chassent sur le principe de l’écholocalisation. La distance d’émission varie de cinq à cent mètres chez les espèces françaises.

Une chauve-souris s’est spécialisée dans la chasse aux papillons. Mais ceux-ci ont développé des stratégies de défense. Certains ont des tympans et peuvent entendre le vol de leurs prédateurs. Face à cela, soit ils fuient, soit ils émettent des sons pour signaler qu’ils ne sont pas comestibles, soit ils se laissent tomber en imitant la chute d’une feuille morte. Les chauves-souris alternent les fréquences de leurs signaux pour faire croire qu’elles ne chassent pas, afin que les papillons ne se doutent de rien.

45_audioLes chauves-souris émettent énormément d’ultra-sons pour pouvoir se mouvoir dans leur environnement et pour ne pas perdre leurs proies. C’est tellement précis qu’elles peuvent percevoir la texture des insectes et débusquer des larves ou des chenilles cachées sous les feuilles. La forme de leurs oreilles indique le type de chasse. Leur lobe, le tragus, a une fonction de protection et nous permet d’identifier les espèces. Celles qui ont de grandes oreilles, comme les oreillards, chassent en forêt.

L’oreille humaine perçoit jusqu’à 18 kilohertz, pour 10 à 120 kilohertz chez les chauves-souris. Nous n’entendons généralement que leurs cris sociaux et avons besoin d’appareils détectant les ultra-sons. L’appareil envoie une fréquence en différentiel pour que ce soit audible à l’homme. Il nous reste à trouver ce que nous appelons le battement zéro, c’est à dire le moment où le son est le plus grave, afin de comprendre à quelle espèce nous avons affaire. Nos appareils passifs nous permettent de prendre des mesures de fréquences et de calculer les signaux dans des sites témoins.

46_protectionLes plans d’action de protection des chauves-souris font que certaines espèces sont moins en danger que dans les années soixante. Les espèces sur lesquelles on met en place des actions ont tendance à augmenter démographiquement alors qu’il y a des baisses chez les espèces communes. La loi de 1976 fait que toutes les espèces de chauves-souris sont protégées. L’arrêté de 2007 protège les gites de colonisations.

Les menaces les plus courantes sont dues à la prédation des chats domestiques ou, plus rarement, des chouettes. Le taux élevé de mortalité est dû aux insecticides, tels les organochlorés qui ont décimé des populations de rapaces diurnes. Certains vermifuges tuent les insectes coprophages dont se nourrissent les rhinolophes. Les chauves-souris peuvent mourir à cause de dérangement dans leur cycle d’hibernation ou pendant le développement de leurs petits, mais aussi à cause de la disparition de leurs habitats (haies, alignements d’arbres…).

47_chauvesourisLorsqu’on trouve des chauves-souris, il faut éviter de les approcher et créer, le plus possible, des lieux favorables (niches, ouvertures). Éviter de faire des travaux dans les maisons à certaines périodes est recommandé. Évitez aussi certains traitements des charpentes. À la campagne, tout le monde peut mettre en place des aménagements où laisser des accès à ses animaux ! Voici, ci-dessous, des exemples de grands groupes de chauves-souris locaux :

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C’était La chauve-souris, une conférence de Matilde Brunel !

Les tables rondes. Après Dracula, Vampyres, et Chasseurs-chasseuses de vampires, les tables rondes de cette quatrième édition avaient pour thèmes : Des vampires pas comme les autres ; Vampires des villes, vampires des champs ; Vampires et édition en 2016 ; Le retour des vampires victoriens ; Le vampire, ce globe-trotter ; sans oublier des rencontres avec Kim Newman, Nadia Coste et Valérie Simon.

PS. Pour des présentations plus complètes des invités du Salon du vampire, avec les liens de leurs œuvres et plus de photos (plus belles aussi), vous pouvez vous rendre dans la première partie de ce reportage consacré aux rencontres littéraires. Nos retranscriptions de ces animations, ci-dessous :

Des vampires pas comme les autres
avec Nadia Coste, Vincent Tassy et Richard Guérineau. Modérée par Spooky

Adrien Party : Bonjour à tous de la part du Lyon Beefsteak Club et bienvenu à cette table ronde. Nous allons commencer par présenter nos auteurs. Nadia Coste écrit des livres pour la jeunesse et à dix-huit publications à son actif, dont la fiction vampirique Le premier. Richard Guerineau est dessinateur d’une bande dessinée particulièrement, Le chant des Srtyges, qui comporte dix-sept tomes, et Vincent Tassy est l’auteur du roman Apostasie ainsi que de plusieurs nouvelles. Nous sommes tous réunis pour parler du thème de la figure vampirique à travers leurs personnages. Nous allons commencer avec Nadia Coste qui nous propose dans Le premier de retourner aux origines du vampire, et même avant le mythe puisque l’action se déroule au néolithique. Nadia, peux-tu nous parler de la genèse de ce roman ?

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Nadia Coste : Le premier revient effectivement aux origines, car je ne souhaitais pas mettre en scène un vampire typé XIXe ou trop moderne, qui brille au soleil ou autre. J’avais envie de le doter d’un côté animal. Au début, je voulais revenir à l’homme de Néandertal, mais cela me faisait gérer quarante mille ans d’évolution psychologique du personnage. Situer l’action à la fin du néolithique me semblait plus approprié, même si je gère tout de même deux mille ans, ce qui fait pas mal.

Dans les fictions vampiriques, nous retrouvons souvent le rôle du mentor qui va expliquer au héros les codes de sa condition. Comment le premier vampire peut-il découvrir et accepter ce qui lui arrive ? Il n’est pas hyper logique de savoir tout de suite qu’on est immortel, qu’on ne peut pas sortir au soleil alors qu’on l’a fait toute notre vie, qu’il faut boire du sang… Quand nous n’avons pas les références culturelles.

J’avais envie de travailler sur les luttes fratricides et l’opposition. Qu’est-ce qui fait que depuis Abel et Cain, depuis Romulus et Rémus, depuis la nuit des temps, des frères et sœurs s’entretuent ? Qu’est-ce qui fait que j’empêche mes enfants de s’entretuer aujourd’hui ? On y retrouve l’aspect universel de cette lutte. Un des frères est du côté des vampires, l’autre des loups-garous. Sans vouloir aller dans le cliché, je me suis rendu compte que le mythe du loup-garou ne comporte pas celui de la morsure. On le doit à des films américains des années cinquante. Les légendes avaient trait à ceux qui portaient la peau d’un loup ou qui buvaient à la source d’un loup, dans une rivière où un loup boit juste au-dessus. J’espère avoir apporté une petite originalité à ce mythe par l’époque et par le traitement.

Adrien Party : Vain, l’antihéros de ton roman, contracte le virus vampirique. Ça apporte des notions inhabituelles, naturalistes.

Nadia Coste : J’avais envie qu’il n’y ait pas d’explication divine. Ce n’est pas un démon qui a pris possession de son corps. Je voulais que ça lui arrive presque naturellement. D’ailleurs nous nous situons avant toute question de religion. Le héros va se rattacher à la nature. C’est la nature qui l’a rendu comme ça pour lui donner une mission. Il va se demander pourquoi il a été ramené à la vie et pourquoi il est différent.

Adrien Party : L’autre originalité est que ton personnage, contrairement à beaucoup d’autres dans la littérature vampirique, n’est pas sympathique. Il est limite malsain. Cette orientation était consciente ?

Nadia Coste : Oui. La grosse difficulté de ce roman était de mettre en scène un personnage auquel on s’attache (on a envie de savoir ce qui va lui arriver), mais qu’on n’aime pas. Pour moi, le vrai vampire du quotidien, c’est le pervers narcissique. C’est la personne qui va vous pomper de l’énergie. Il va mourir et ressusciter à dix-sept ans, donc il va rester bloqué comme un éternel adolescent. Ce n’est jamais de sa faute, c’est un peu une tête à claques. On a envie de le secouer, mais on va comprendre la logique qui l’anime. Même si on ne la cautionne pas. Elle n’est pas du tout saine.

55_costeAdrien Party : Le chant des stryges dessiné par Richard Guerineau est divisé en plusieurs saisons. La troisième atteindra sa conclusion l’an prochain. Peux-tu nous parler de ses créatures extraordinaires que sont les stryges par rapport à l’image vampirique habituelle ?

Richard Guerineau : Avec les stryges nous nous situons effectivement en décalage avec la figure traditionnelle du vampire. On n’est pas dans un univers gothique ou romantique. On est dans une époque contemporaine et les stryges sont des créatures antédiluviennes vivant cachées depuis l’aube de l’humanité. Leur nom provient de la mythologie grecque. Les stryges des sortes de harpies et les sirènes d’Homère, des oiseaux à tête de femme. Nous sommes partis de cette figure qu’on a mixée avec une sorte de vampirisme psychique. Les stryges manipulent les humains, nous inoculent des pensées, des désirs, des objectifs, qui sont censés obéir à une espèce de destin. Ils nous pompent le cerveau et la volonté ! Visuellement, nous sommes plus proches d’une forme d’ange noir ou de gargouille. Comme les stryges accompagnent l’humanité dans l’ombre, on considère qu’elles ont amené la conscience chez les premiers hominidés. Il y a un rapport direct avec les anges déchus.

Adrien Party : Les stryges en question influent sur la société humaine d’une autre manière, car elles ont engendré des hybrides avec des humains.

Richard Guerineau : À un moment donné, il se passe un événement qui rendit les stryges stériles. Même s’ils ont une longévité énorme, on sait que la race des stryges est amenée à s’éteindre. L’humanité ne va probablement pas s’en sortir de la même manière sans eux. On se demande donc quelle solution trouver. Certaines stryges ont la perversité de copuler avec des humains pour créer une forme d’hybridation et perdurer de cette manière. C’est un des enjeux de la fin de la série.

Adrien Party : Curieusement, le mot vampire n’est jamais prononcé, même si les stryges sont techniquement affiliées à ce type de créature. Le seul clin d’œil se trouve dans le nom d’un chat.

Richard Guerineau : Ce chat est complètement anecdotique dans le début de l’histoire. Il ne fait que lécher le sang des gens. À une seule reprise, nous qualifions les stryges de vampires, mais aussi de sirènes. Au-delà du mythe du vampire, nous avons été inspirés par le mythe de Cthulhu. Donc c’est un mélange d’univers fantastique.

Adrien Party : D’ailleurs, dans Le premier, le terme vampire n’est jamais prononcé non plus.

Nadia Coste : Non puisque le personnage ne sait pas ce qu’il est devenu et que ce mot est arrivé bien plus tard. Ce n’était pas logique de l’utiliser. Voilà pourquoi le livre s’appel Le premier et pas Le premier vampire, par exemple.

Adrien Party : Vincent Tassy se démarque du vampire « canonique » d’une façon encore plus surprenante, puisque cette démarcation est sexuelle. Dans la nouvelle dont on va parler, Mademoiselle Édouarda, le personnage se fait mordre la veille d’une opération qui doit lui permettre de changer de sexe, de devenir une femme. Ce qui créer quelques complications après-coup…

56_tassyVincent Tassy : Le personnage est une femme enfermée dans un corps d’homme. Elle a donc des attributs sexuels masculins, mais ça ne lui convient pas. Elle cherche à se faire opérer, prends un traitement. La veille de son opération, elle va faire la fête dans un bar et rencontre un vampire qui la mord. Le lendemain elle ne se sent pas très bien, mais prend l’avion pour aller se faire opérer. J’ai repris l’idée d’Anne Rice comme quoi le vampire devient immuable une fois qu’il a été mordu. Dans Entretient avec un vampire Claudia se coupe les cheveux, mais ils repoussent. Là c’est pareil. Mais ce n’est pas avec des cheveux. C’est plutôt triste pour le personnage qui a choisi de s’appeler Édouarda en référence à une nouvelle de George Bataille, et qui ne pourra jamais porter ce prénom.

On est face à un vampire qui ne se satisfait pas de sa condition. D’ailleurs, la nouvelle se trouve dans un recueil qui s’appelle Vampire malgré lui. Comme elle ne pourra jamais avoir le corps qui correspond à sa personnalité, elle prend une décision pour régler le problème. J’utilise souvent le mythe du vampire dans des tragédies que cette figure incarne. Là je fais référence au transsexualisme, un thème auquel je suis très sensible.

Adrien Party : Effectivement, quand je t’ai invité à cette table ronde je me suis rendu compte qu’on ne peut pas parler de « vampires pas comme les autres » parce que, quand on regarde les différentes figures vampiriques, on comprend que tous souffrent de leur condition, que ce soit dans des romans récents ou anciens. Ils sont condamnés à disparaître à plus ou moins long terme. C’est assez incroyable de se rendre compte que les vampires sont tous unis par ce sentiment. Chez toi, le mot vampire est utilisé très vite, car la personne s’aperçoit assez tôt de sa condition. Il y a un ancrage immédiat dans notre culture.

Vincent Tassy : Le mot est certes utilisé très vite, par contre il est utilisé très peu. Mon personnage sait ce que c’est qu’un vampire, elle traine dans les milieux gothiques, etc. Ça n’aurait pas été cohérent qu’elle ne le sache pas, mais elle n’avait pas envie d’en devenir un. C’est pour cela qu’elle est réticente à utiliser ce terme (la narration est à la première personne). Tout ce que j’écris se déroule dans des périodes où le mot vampire existe déjà.

Nous connaissons des histoires qui nous ont fait rêver sur la condition de vampire, comme Lestat le vampire où il court la nuit sur les toits de Paris, c’est merveilleux, ou Nous sommes la nuit où on a plein d’argent et où on fait du shopping.

Nadia Coste : Il y a un côté glamour, surhomme extraordinaire, un pouvoir de fascination, etc. Il y a quelque chose d’assez profond sur le fait de changer, sur la transition ou la métamorphose, qui nous rappel notre condition changeante d’être humain où l’on doit s’adapter. Chez les stryges, il n’y a bien sûr pas cette question d’évolution.

57_guerineauAdrien Party : On n’entre pas dans leur psychologie.

Richard Guerineau : Non parce que ce sont des êtres surnaturels qui échappent à notre perception et à notre entendement. Quand on a sept cents ou deux mille ans, qu’on sait qu’on ne peut pas mourir, ça chamboule pas mal le psychisme. Comment peut-on gérer ça ? On a traité ce thème de l’immortalité au travers d’un autre personnage, une sorte de génie du mal très ancien. Les stryges ont conféré l’immortalité à cet être humain pour qu’il les aide à résoudre leurs problèmes. Au bout de plusieurs centaines d’années, il pète les plombs. Il devient schizophrène, il essaie de trouver une solution pour clore cette immortalité.

Adrien Party : Ce thème se retrouve dans d’autres univers affiliés. Au total, il y a une trentaine albums avec des histoires qui s’interpénètrent et qui se déroulent dans le passé et dans le futur. Nous allons revenir à Vincent Tassy qui a écrit un roman vampirique, Apostasie, dont il va nous parler :

Vincent Tassy : Ça peut faire le lien par rapport au problème de l’immortalité. Dans Apostasie, il n’y a pas cette problématique de l’origine parce que c’est quelque chose qui arrive d’un coup. Ça peut être une métaphorisation d’un traumatisme psychique. Les vampires deviennent immortels, ils le ressentent en eux, et ils ne peuvent vraiment pas mourir. Même s’ils essaient de s’exposer au soleil ou de ne plus boire de sang, ils ne peuvent pas. Ils ne font que se transformer en un misérable tas de cendre, mais ils vivent encore. À la rigueur, ils préfèrent pouvoir bouger ! Là où c’est vraiment problématique, c’est qu’ils ne demandent qu’à mourir. L’immortalité rend fou. Comment un esprit qui est à la base humain peut-il supporter ça ? C’est la question que nous nous posons beaucoup quand on lit ce genre de livres.

Nadia Coste : Il se passe la même chose dans mon roman. Un personnage va se rendre compte qu’il est immortel jusqu’au moment où il va voir que des choses peuvent tout de même le tuer. Comment fait-on, quand on a passé mille cinq cents ans en croyant qu’on ne pouvait pas mourir, pour assimiler cette information ? Des apprentissages vont lui prouver son immortalité, d’autres vont lui faire comprendre qu’il ne l’est pas vraiment. Ces vampires, quand on les voit dans beaucoup d’histoire, ils ont l’air formidables, mais il y en a quand même un paquet qui meurt ! L’immortalité est courte.

Vincent Tassy : Il n’y a rien de plus court que l’immortalité ! – un fichier audio sur actusf.com

Rencontre avec Kim Newman
avec Mathieu Rivero à la traduction. Modérée par Adrien Party

Adrien Party : Au travers de ce cycle de tables rondes, je vous propose de rencontrer Kim Newman, le premier auteur anglophone que nous invitions au Salon du vampire ! Je ne sais pas si vous avez déjà lu Anno Dracula, Moriarty, ou d’autres de ses œuvres. L’idée est de parcourir sa production sur le thème du vampire au travers des différentes séries et des différents opus dans lesquels il s’est emparé du sujet. Je vous propose d’échanger avec lui sur cette partie de sa production qui est assez importante.

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Je vais commencer avec une question sur Anno Dracula. Le premier roman de la série se déroule en pleine Angleterre victorienne. Comment expliquez-vous cet intérêt jamais démenti des auteurs pour cette période de l’Histoire anglaise ?

Kim Newman : Cette période assez particulière n’intéresse pas que les écrivains. Une multitude de scientifiques, d’historiens culturels, la trouvent fascinante. Les années 1870 jusqu’à la Première Guerre mondiale étaient complexes. Énormément de progrès ont eu lieu partout dans le monde, des tonnes d’avancées scientifiques et technologiques excitantes sont arrivées, des avancées ont eu lieu en politique de guerre ainsi qu’en culture. Tout cela a fertilisé le domaine de la culture populaire. Regardez seulement la bibliographie de ce temps !

Entre Doctor Jekyll and mister Hyde (1883) et The lost world (1918), un nombre incroyable de travaux ont survécus : Sherlock Holmes, Dracula, The portrait of Dorian Gray, She, Peter Pan, les histoires de fantômes d’M.R. James, les nouvelles de science-fiction d’H.G. Wells, Mark Twain et tout plein de westerns… Ça, ce n’est rien que les classiques que nous citons en Angleterre. On peut continuer avec Le fantôme de l’opéra, Fantomas… Toutes ces franchises toujours vivaces ont été écrites dans un laps de temps très court. Des films ont été réalisés à partir de ces œuvres durant ces dernières années et il y en aura d’autres. Clairement, quelque chose était en train de se passer ! Je crois que cela a quelque chose à voir avec l’acheminement de la littérature, les nouveaux procédés de publication, de nouveaux types de journalismes, l’alphabétisation…

Dans le premier opus d’Anno Dracula, qui se déroule en 1887, je me renseignais sur l’époque victorienne non pas comme s’il s’agissait de la période pour laquelle on pourrait ressentir de la nostalgie, concevoir une vision picturale du steam-punk, mais parce que c’était le commencement de l’ère moderne. De nos jours, si nous sommes coincés avec tant de stéréotypes, c’est à cause des comportements de ces années. Cela a un grand rapport avec les idées que transmettaient les médias, les célébrités, les tabloïdes, qui ont dégradé les débats publics. Tout a commencé là !

Adrien Party : En ce qui vous concerne plus personnellement, qu’est-ce qui vous est venue en premier : l’idée de vous pencher sur le cadre de Dracula, ou celle d’utiliser le Londres victorien ?

Kim Newman : Le début du processus fut une thèse écrite à l’université sur les fictions apocalyptiques de la fin de l’ère victorienne. Elle avait surtout trait à H.G Wells, aux histoires de fin du monde et d’invasions. Ces dernières ont commencé avec ce livre intitulé The battle of Dorking, un pamphlet anonyme de G. T Chesney. Il tentait de faire de la propagande en disant que les défenses de l’Angleterre avaient été négligées et que si nous étions envahis par l’Allemagne, nous n’aurions aucune chance de tenir. Cette fiction décrivant l’invasion devint sujette à controverse. De nombreuses personnes ont affirmé qu’une telle chose ne pourrait jamais avoir lieu : « nos garçons n’auraient jamais laissé cela se produire, un bateau comme il a été décrit ne passerait jamais la Manche… » Du coup, ce roman est devenu extrêmement populaire.

59_newmanLe public aimait lire des textes traitant d’horribles évènements ayant lieu dans leurs rues. Les guerres mondiales avaient la cote. H.G. Wells, dans La guerre des mondes, se plaisait à détruire les villes dans lesquelles il a vécu. Il a apparemment fait, à vélo, un tour des lieux que ses martiens allaient dévaster, imaginant toutes les destructions qu’il allait causer. Dans mon manuscrit sur ce sujet, il y a une note de bas de page à propos de la narration du chapitre sur l’invasion. On peut lire que le Dracula de Bram Stoker reprend ses codes dans les premiers chapitres avant de traiter d’autre chose. Cette remarque est restée coincée dans un coin de mon cerveau…

J’écrivais déjà des fictions à cette époque. Je devais avoir 18/19 ans. Pourtant j’ai conçu mon histoire une dizaine d’années plus tard. Anno Dracula était un livre que j’avais en tête. J’étais persuadé de l’écrire un jour. Je l’appelais d’ailleurs « the Dracula one ». Je suppose qu’il provient de ma première lecture de Dracula quand Dracula, au début du livre, est supposé avoir un grand plan de conquête. Van Hellsing fait ce discours à propos du fait que, s’il devait avoir un pied à terre en Angleterre, Dracula établirait une nouvelle race d’humains qui vivrait dans la mort et non plus dans la vie. Je n’ai aucune idée de ce que cela veut dire. Ça sonne bien ! Mais, dans l’intrigue, Dracula est en quelque sorte distrait par sa séduction de la femme d’un chargé de province…

Ça me paraît assez petit si l’on considère qu’il est supposé être un super-vilain ! Doctor Doom ne perdrait jamais son temps dans ce genre de frivolités ! Je me suis donc posé la question de ce qui se serait passé s’il avait mis son plan à exécution. S’il avait continué sa montée au pouvoir et avait envahi le pays. Ce concept a mijoté dans mon crâne bien avant que j’imagine les personnages d’Anno Dracula pour peupler mon monde.

Adrien Party : D’où vous est venue cette idée d’une uchronie fictive racontant la victoire de Dracula face à Van Hellsing et à ses allés ?

Kim Newman : On trouve une quantité de livres à propos des nazis gagnant la guerre. C’était une source d’inspiration. Ce livre de Saki intitulé When William came, publié en 1940 et parlant du kaiser envahissant Londres, me servit de modèle. La prémisse, c’était « Dracula wins ! ». C’était l’idée. Pourtant, le plus intéressant serait ce qui allait se passer juste après. Régner, c’est beaucoup moins fun que conquérir. Il y existait déjà deux/trois livres de science-fiction où les vampires dominaient le monde. Je ne souhaitais pas réellement continuer dans cette démarche. Je la trouvais réductrice. C’était moralement facile de prendre une bande de méchants et une bande de gentils rebelles qui arriveraient à les battre.

Je voulais transmettre le fait que les vampires ne sont pas une espèce distincte, mais une multitude d’individus semblables à nous. Certains sont plutôt sympathiques, certains sont indicibles. Comme le sont les humains. Mes vampires sont des exagérations de nos comportements. Je voulais explorer le fonctionnement d’une société où ces deux espèces cohabitent, et en profiter pour créer une version cartoon de notre réalité.

60_vladAdrien Party : Justement, si le premier tome se déroule à Londres, le second est plus diffus sur son centre géographique, alors que le troisième volet choisit de poser ses valises à Rome. Même si le choix de Londres coule de source pour le tome un, Dracula oblige, qu’est-ce qui a motivé le choix des lieux dans les volets suivants ?

Kim Newman : Le second volume a une location : la France ! Mais le cadre est celui de la Première Guerre mondiale. L’idée du Bloody Red Baron m’est venue avant celle de Jack the ripper. Elle était là dès le tout début. Le troisième livre situé à Rome en 1959, mon année de naissance est celle de la Dolce vita, se devait d’être plus léger que le second, avec toutes ses tranchées et ses génocides. Le troisième opus est plus glamour, plus drôle, avec son ambiance à la James Bond italien calqué sur un giallo. Nous y trouvons des personnages chantant dans des cafés, achetant des costumes de luxe… Le ton est différent. La raison principale vient probablement du titre qui s’est profilé avant le reste. C’est une chanson, le hit de cette année là en Italie. Dracula tcha tcha tcha est tellement drôle ! Maintenant que j’y pense, The bloody Red Baron est aussi le titre d’une chanson. Je ne sais pas si vous savez qui est Henry Saldador, mais il a eu un petit succès avec sa traduction française de Dracula tcha tcha tcha.

Adrien Party : Pourtant ce n’est pas le titre de la première traduction française de votre livre. Le second opus était intitulé Judgment of tears.

Kim Newman : C’est le titre américain qui reprend le nom du dernier chapitre du roman. Mon éditeur de l’époque trouvait Dracula tcha tcha tcha trop frivole. Moi je l’aime bien. Et mon éditeur d’aujourd’hui aussi. J’aime le fait que mes livres portent même nom dans le monde entier, afin qu’on n’ait pas besoin de le traduire. Ces temps-ci les titres sont modifiés par le département des ventes. Je ne suis pas à cent pour cent à l’aise avec ça. J’ai déjà eu de petites altercations avec mon éditeur anglais à propos de cette méthode. Depuis j’ai le droit de réaliser quelques modifications sur leur choix. Daikaiju 1999 est devenu Anno Dracula 1999 Daikaiju pour une simple question de moteurs de recherche…

Adrien Party : Judgment of tears fait référence à Thomas de Quincey et à Dario Argento.

Kim Newman : Mon second choix de titre, qui a complètement été rejeté, était Lacramae. Vous savez, comme Suspiria, Tenebrae… Je suis plutôt heureux qu’on soit passé à autre chose, car, juste après, il y eu Mother of tears d’Argento (qui était vraiment mauvais). Pourtant je voulais utiliser des éléments des Trois mères, ou du contenu de Mario Bava. J’ai utilisé un peu de néo-réalisme dans ce troisième livre. Quand on est si préoccupé par le fait de concevoir un environnement amélioré, on a de plus en plus de difficultés à mesure qu’on s’approche du présent. Il faut trouver quelques références desquelles nous pouvons prendre de la distance tout en nous y rattachant. Et puis, il faut qu’on ait de l’affection pour ces œuvres culturelles. Je suppose que c’est essentiel dans Anno Dracula plus que dans d’autres séries.

61_poulpeLes deux novelas incluses dans les livres deux et trois se déroulent dans des cadres où il m’était facile de m’amuser. Elles ont lieu dans les années vingt, dans un univers de meurtres en maison de campagne à la Agatha Christie ou à la P.G Wodehouse. Aquarius, la série de comics que je rédige actuellement, se déroule dans un Londres hippy. Ça me paraissait comique de parler de la politique radicale, de l’anarchie. Daikaiju sera une sorte de roman cyberpunk à la japonaise se déroulant vers la fin du vingtième siècle. Je commence à être à court d’endroits où aller ! Je suppose que je peux me faire Lyon. Ça n’a pas encore été réalisé ! Il me reste encore de petits endroits à visiter à quelques époques.

Adrien Party : D’autres personnages de fiction, ceux du canon holmésien mais pas que, sont présent dans le récit. Qu’est-ce qui a motivé vos choix de faire de certains des vampires, comme Lestrade ou Lord Godalming, et pas les autres, comme Seward, Mycroft… ?

Kim Newman : Je ne peux même pas m’en souvenir ! Lorsque j’ai décidé de m’y mettre, j’ai dû évidemment placer les autres personnages inventés par Bram Stoker. Je n’ai pas vraiment réalisé que je devrais aussi utiliser ceux issus de la liste des livres que je vous ai donnée tout à l’heure ainsi que tout l’héritage de ces fameux auteurs. J’ai dû longuement imaginer ce que j’allais faire de ces personnalités. Quand j’ai écrit le premier chapitre d’Anno Dracula, qui parle de Jack the ripper commettant une vague de meurtres, qui est en fait le docteur Seward devenu fou et qui éventre des vampires avec un couteau en argent, j’avais en tête les scènes servant de séquelles aux adaptations cinématographiques de cette licence.

Je peux décrire l’ombre du mec avec son haut de forme qui marche sur les pavés dans un épais brouillard, les prostituées qui sortent de l’ombre et se ratatinent, l’écran qui devient rouge lorsqu’elles commencent à crier. Vous comprenez que ça ne correspond pas à la réalité. Les véritables meurtres étaient tous quelque peu différents et ne me procuraient pas ce dont j’avais besoin dans mes scènes. Je me suis donc rappelé de Franc Wedekind et de sa pièce Loulou se terminant avec Jack the ripper tuant son personnage. Loulou avait plus de signification pour moi que les vraies victimes. Si je pouvais écrire une scène similaire, cela voudrait dire que j’avais la possibilité de m’émanciper de l’Histoire. Et puis, sans ses contraires historiques, à chaque fois qu’on rencontrerait un policier ou qui que ce soit, je pourrais ouvrir un vieux livre et attribuer des noms. Quand les lecteurs ont commencé à annoter le texte, je n’ai pu leur dire d’où provenaient tous les noms. Le choix est extrêmement hasardeux.

L’un des problèmes principaux de cette histoire était : « si Dracula commence à gouverner un pays, il lui faudrait un gang ». Il ne pourrait pas tout faire tout seul. Dans le livre de Stoker, il a ses trois femmes qui ne servent pas à grand-chose. Je ne pouvais pas les placer dans le bureau des affaires étrangères (le foreign office) ou leur demander de collecter les taxes, de donner des ordres. Il fallait que je trouve des membres du gouvernement Dracula. Des larbins. Il m’a paru logique d’utiliser les autres vampires issus de la littérature. J’ai utilisé Lord Ruthen de Polidori en tant que premier ministre. Francis Varney est le vice-roi de l’Inde… Après j’ai eu l’idée de la garde carpatienne, qui est le régiment de Dracula. Je l’ai mixée avec des personnages de films et des imitations de Dracula.

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Si Dracula est le boss des vampires, il a la classe. Tout le monde voudrait lui ressembler. Il m’a paru intéressant de faire du comte Yorga, qui ne sera jamais Dracula, qui ne pourra jamais être Dracula, qui ne lui ressemble pas, un personnage ridicule à placer à ses côtés. C’est son sous-fifre qui ne sera jamais aussi bien que lui. D’ailleurs, il le hait en secret et veux prendre sa place. Voilà qui crée une intéressante petite cour ! Si je devais recommencer Anno Dracula, je ne placerais pas tant de personnages empruntés parce que c’est la chose qui a été la plus imitée depuis, avec Peny dreadfull et The ligne of extraordinary gentlemen. Dans notre petite marre nous finissons par être à court de personnages. Je suis coincé avec tous ceux-là et avec ce concept, car ma série est bien avancée. Et puis, comme je vous l’ai dit, il m’est de plus en plus difficile de continuer à présent que nous approchons du présent. Je commence à utiliser des archétypes plutôt que des références.

Adrien Party : Il y a une forte influence de l’Histoire du cinéma sur la série, entre des nouvelles comme Andy Warhol Dracula, Apocalypse Dracula, qui réécrit le tournage de Copolla’s Dracula sur le moule d’Apocalypse Now, la place de la Dolce vita, la trame du quatrième opus, Johnny Alucard… Pour vous, le vampire en général et Dracula sont indubitablement des créatures cinématographiques ?

Kim Newman : Oui. Ma première exposition à Dracula fût au travers de l’interprétation de Bela Lugosi. Et, professionnellement, je suis tout autant critique de films qu’écrivain. Du coup je regarde beaucoup de films et je parle beaucoup de la mythologie du cinéma. Cela fait partie de mes centres d’intérêt. Je ne pense pas que le cinéma éclipse les livres. On peut piocher différentes choses à partir de films. C’est aussi un langage moins « arcanique », moins secret. Plus de monde ont vu des œuvres cinématographiques spécifiques par rapport à ceux qui ont lu des livres bien particuliers.

Adrien Party : Vous puisez donc autant dans la littérature que dans le cinéma, et peu ou pas dans le folklore ?

Kim Newman : Ça m’arrive vraiment rarement. Je m’y intéresse moins. Ce que je suis en train d’écrire en ce moment, qui se déroule en Asie de l’Est, a une trame plus folklorique parce qu’il s’y trouve de très étranges figures vampiriques ne nous étant pas du tout familières. Je les récupère depuis des films asiatiques plutôt qu’en lisant des livres à propos de la mythologie ou quoi que ce soit d’autre. Les histoires folkloriques sont bien trop féériques et nianiantes pour moi. Je me souviendrais toujours d’une remarque d’un humoriste américain qui disait que si les chansons populaires sont si nulles, c’est parce qu’elles sont écrites par la population plutôt que par des professionnels. Les histoires écrites par des écrivains sont forcément meilleures que des contes répétitifs qui évoluent lentement. Ils n’ont aucune forme et aucun sens ! La fin est toujours nulle. Je ne m’y retrouve jamais.

63_cosplayAdrien Party : Avant la sortie d’Anno Dracula, vous avez écrit la trilogie Vampire Genevieve pour la licence Warhammer. Pourquoi avoir repris ce personnage dans Anno Dracula ?

Kim Newman : Plusieurs réponses sont possibles. L’une d’elle étant : parce que je le pouvais. J’ai écrit ses romans sous le pseudonyme de Jack Yeovil pour Games Workshop et je continue d’avoir des retours d’enfants qui ont lu ça et qui, à présent, sont devenus adultes. Ils sont souvent surpris que je sois leur auteur même si je n’en ai jamais fait un secret. Quand j’ai débuté Anno Dracula, j’avais besoin d’une femme forte pour porter la série. J’ai légèrement altéré son nom pendant le transfert mais il s’agit du même personnage. Tout ce que j’ai réalisé ensuite l’a transformé en quelque chose d’entièrement différent de la Genevieve d’origine. Au moins, cela suggère que mes héros existent sous différentes formes dans différents univers. Games Workshop ne semblait pas m’en vouloir à ce propos alors qu’ils auraient pu demander des comptes. L’une des Genevieve leur appartient. Je possède celle avec un accent à son nom. La raison au fait qu’elle n’en a pas, à l’origine, vient du fait qu’il soit difficile de faire des accents sur les anciens logiciels de traitement de texte. Les logiciels se sont heureusement améliorés du temps d’Anno Dracula !

Adrien Party : Les vampires de Warhammer sont assez particuliers. N’avez vous pas eu trop de problématiques au sujet du cahier des charges ? Ne nous êtes-vous pas senti enfermé dans un univers ?

Kim Newman : C’est étrange, car que je crois que Warhammer avait publié quelques fictions avant, mais qu’ils débutaient une nouvelle ligne éditoriale. Le premier livre, Drachenfels, était en fait la première fiction de leur gamme. Ils ont peut-être fait plus attention aux détails que dans les séries suivantes où tout était clarifié pour les auteurs. Je me souviens m’être rendu à cette réunion à Nothingam, dans leurs locaux de l’époque, et avoir déballé mon synopsis devant tout un monde assis autour d’une table. Il est passé entre plusieurs mains et quelqu’un, levant la main, a dit : « si on se réfère à notre livre de règles, les vampires ne peuvent pas faire tout ce que vous dites et qui est nécessaire à l’intrigue. » Le mec qui était en quelque sorte le chef de la compagnie a simplement déclaré qu’ils n’avaient qu’à changer les règles ! À ce moment, j’ai vu les mecs chargés du gaming percuter sur le sol. Ils n’étaient pas très heureux !

J’ai fini par incorporer quelque chose d’autre de cette réunion. Le même type a ajouté : « Genevieve peut-elle être une elfe ? » Non ! Les elfes sont nuls. Les vampires sont sexy. Il n’y a pas moyen ! Heureusement, j’ai été soutenu. Si le directeur de la compagnie n’avait pas été là, on aurait parlé de Genevieve l’elfe. Ou je n’aurais pas écrit le livre. Il ne me fallait pas l’argent à ce point ! Les règles ont été changées durant un temps, puis le mec qui m’a soutenu est parti et le mec qui voulait que mon personnage soit une elfe a pris sa place. Bon, ils sont toujours très sympa avec moi et je continue de toucher des royalties.

Ce ne fut pas difficile de travailler avec eux. Mais je pense que lorsque je suis passé à autre chose, ils ont commencé à avoir une ligne de production plus complexe, à mixer les œuvres pour être sûrs que tout le monde suive leurs règles et leur approche. Même si les livres de règles n’arrêtent pas de changer avec ou sans l’implication des auteurs ! Je n’ai pas travaillé sur la ligne des Warhammer 40 000. Celui qui la fait désespérait car il devait réécrire toute une trilogie à cause d’un changement de règles ! La trilogie ne pouvait pas paraître sous sa forme originale. Cela entrait dans le domaine de l’hérésie ou de je ne sais quoi. J’étais heureux de ne pas faire partie de l’intrigue à ce moment-là…

Adrien Party : Justement, j’ai pu interviewer des auteurs qui ont travaillé avec Warhammer après votre départ. Eux me disaient qu’ils devaient faire face à une multitude de prérogatives et à un cahier des charges colossal. Le panthéon Warhammer est très complexe.

64_murKim Newman : Je me sens chanceux de ne pas avoir subi ces contrôles durant l’écriture de mes huit livres à leur compte. À leurs débuts, ils n’étaient pas si intransigeants. L’éditeur de la ligne, Michael David Pringel, me laissait faire ce que je voulais. Il était également rédacteur pour le magazine de science-fiction Interzone. Il a engagé tout un tas d’écrivains pour sa gamme. Le gars qu’il a remplacé, Brian Hansen, voulait que la ligne se professionnalise. Il voulait évidemment que cela lui rapporte, mais il voulait aussi que les gens pensent que Games Workshop soit meilleur que la concurrence, surtout au niveau des fictions qui n’étaient pas forcement bonnes chez les autres compagnies. La qualité importait plus que le fait que cela suive les règles. La compagnie a ensuite eu une vision intégrée de leur produit et a commencé à utiliser des termes comme « vision intégrée du produit ». Ce n’était pas aussi confortable pour mes successeurs. Une fois qu’on signe un contrat avec eux, on est coincé.

Moi je planchais sur d’autres projets en ce temps-là. À certains moments de ma vie, j’aurais réalisé tout un tas d’écriture que je n’ai plus besoin d’effectuer maintenant. Ça fait partie du business de l’écrivain professionnel. J’aime assez l’ancienne mode de l’écriture pulp où l’on doit rendre un certain nombre de mots avant la fin de la semaine. J’aurais bien voulu faire ça. Ça m’aurait occupé ! J’aurais ainsi pu réaliser un travail de qualité de manière différente, qui ce serait autogénéré. Car tout ce que j’écris, je le fais parce que je le souhaite. Non pas parce que j’en ai besoin.

Adrien Party : Pour conclure cette rencontre, nous allons aborder le cas du Chien des d’Ubervilles, votre roman et recueil de nouvelles sur Moriarty. On y trouve des vampires, mais de manière détournée. Il s’y trouve toute une histoire policière provenant d’une création de Moriarty, et il y a aussi beaucoup d’allusions à Louis Feuillade et à son vampire des années vingt. Il s’agit, en quelque sorte, de la première série française. Pouvez-vous nous expliquer la raison de ces deux recours ?

Kim Newman : Ça me semblait fun ! J’aime regarder une série depuis un autre point de vue. J’aime le personnage du professeur Moriarty qui n’est pas très présent dans le corpus holmeséin. Le colonel que je mets en scène apparait dans seulement quatre pages de The empty house. Il se passe quelque chose d’intéressant dans leur relation que je souhaitais revisiter. L’ère littéraire dont je parlais tout à l’heure sera représentée dans mon prochain livre, Angels of music. C’est un spin off du Fantôme de l’opéra. Revisiter cette époque et ces personnages bien précis qui ont perduré jusqu’à maintenant demande de tordre l’intrigue pour ajouter une vision moderne, réaliste, à certaines figures, telle celle d’Irène Adler. Ce traitement provient surtout des blagues que nous faisons sur eux.

Moriarty est probablement mon livre le plus drôle. J’ai trouvé qu’il était difficile de rester amusant durant son intégralité. Cependant, à certains moments, on a besoin de ressentir du sentiment. Le challenge a constitué dans le fait que mon personnage principal et le narrateur sont tout deux des sociopathes. Ce sont de terribles personnes. Il a fallu que je me mette dans leur état d’esprit pendant 3 020 pages. Et que le lecteur les supporte ! – un fichier audio sur actusf.com

Vampires des villes, vampires des champs
avec Sophie Jomain, Alice Starling, Jeanne-A Debat,

Marika Gallman et David S. Khara. Modérée par Jérôme Vincent

Jérôme Vincent : Lors de cette table ronde, nous allons nous interroger sur l’environnement du vampire. On va se rendre dans de vieux manoirs perdus au fond d’une forêt des Carpates en passant par New York et Paris. On va se demander comment les villes peuvent influencer les vampires créées par les auteurs ici présents. Aurait-ils pu placer leurs histoires à Mobrey-gendry, joli petit village, très peu connu ?

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Sophie Jomain est l’auteure des séries Les étoiles de Noss Head et Felicity Atcock. Avec elle, nous allons notamment nous rendre dans la petite ville anglaise de Bath. Alice Starling, avec Requiem pour Sasha, nous amènera à Paris Jeanne-A Debat sera de la visite. Elle a écrit trois livres vampiriques : L’héritière et Alouette autour du personnage d’Agnès, et Métaphysique du vampire avec le personnage de Navarre. Marika Gallman, avec Maeve Regan nous transportera dans une ville au nom inconnue… Et David S. Khara, avec Les vestiges de l’aube et Les nuits éternelles, nous conduira dans les rues de New York en compagnie de son duo fait d’un flic et d’un vampire. Nous allons commencer par nous intéresser aux caractéristiques de leurs vampires et de leurs environnements respectifs. Pouvez-vous nous présenter vos livres ?

Marika Gallman : Mes vampires réagissent au soleil mais ne fondent pas, ne se calcinent pas et ne brillent pas ! Ils ne réagissent pas aux crucifix, n’ont rien contre l’ail, ont un cœur qui bat. Le vampirisme est une malédiction même si, dans mon livre, ce n’est pas lié à la religion. L’histoire se déroule dans un cadre urbain. Je ne pouvais pas placer l’action dans une ville suisse que je connais, ça ne se prête pas à mon histoire. Je ne pouvais pas non plus situer mes personnages dans une grande métropole parce que je n’y ai jamais vécu. Ce ne serait pas réaliste. Du coup, tout du long, j’ai essayé de donner assez d’informations pour que le lecteur puisse situer l’histoire où il le souhaite sans qu’une ville soit citée.

Sophie Jomain : Bath n’est pas une toute petite ville. Ce n’est pas aussi grand que Lyon, mais il y a tout de même 40 000 habitants. C’est un endroit animé où je m’y suis rendue. Si j’ai choisi l’Angleterre, c’est parce que j’ai une affinité particulière pour ce pays. Si j’ai choisi Bath, c’est parce qu’on est à deux heures de Londres, on n’est pas très loin de Bristol et c’est entouré de campagnes. J’avais envie de faire évoluer mes personnages dans tous ses environnements distincts.

Mon héroïne vie à quelques kilomètres de la ville. Cela forme un bon contraste, sachant que j’ai utilisé des vampires qui dorment le jour (car ils crament au soleil), qu’on doit inviter chez soi pour qu’ils puissent pénétrer dans une maison… Ils ne craignent pas non plus l’ail et les crucifix. J’ai eu envie de concevoir un vampire un peu cliché pour m’en moquer. Mes vampires ne pensent qu’à baiser et qu’à manger ! Ce sont des hommes. Le seul personnage féminin récurant de ce type est le portrait craché de madame Mime dans Merlin. Ça ne l’empêche pas de se mettre à l’horizontale… Felicity Atcock s’inscrit dans l’héritage de San Antonio. Je ne me prive pas d’être graveleuse et gratuite, l’objectif étant d’avoir un humour de marché. Je vends du rêve !

Alice Starling : J’ai rapidement éliminé les caractéristiques de mes vampires, qui tiennent en une ligne du bouquin. Mon héroïne explique qu’elle a découvert comment tuer des vampires et fait une check-list : « soleil oui, croix non, pieu oui… » Je m’étais rendue à une conférence de Kim Newman, qui avait parlé de la check-list du vampire en disant qu’aujourd’hui, pour chaque fiction vampirique, chaque auteur décrit toutes ses caractéristiques et prend parfois trop de temps dans les descriptions alors que ce n’est pas forcement nécessaire.

66_starlingMes vampires vivent à Paris bien qu’ils n’en soient pas originaires. Je ne le dis pas dans le livre, mais j’ai basé le personnage du Maitre des vampires sur une figure historique. Celle d’une personnalité morte pendant une bataille… J’ai imaginé qu’il a survécu, qu’il s’est fait vampiriser… Rien de tout ça n’est présent dans le livre (je ne sais pas pourquoi je vous le raconte, je pourrais vous envoyer mes post-its plus tard, pour compléter vous-même le bouquin sous forme Ikea !). Son but à lui c’est de conquérir le monde, un peu comme Minus et Cortex. Il a un plan, et il faudra lire le troisième tome jusqu’au bout pour voir si ça fonctionne !

Jeanne-A Debat : Dans mes livres, Paris est un personnage clef. Navarre est très heureux de tous ces instants qui l’éloigne du quinzième siècle et de la glèbe où il est né. Il rejoint une grande métropole dès qu’il en a l’occasion et s’y fixe telle une tique sur le dos d’un chien. C’est un vampire assez heureux et classique, avec toutes les options. Ça, c’est une autre solution. On n’est pas obligé de faire la check-list parce que tout le monde la connaît. De temps en temps, Navarre va expliquer pourquoi marchent certaines choses, telle l’invitation :

La magie du foyer et une chose que tout le monde possède. À chaque fois que vous rentez chez vous, si votre foyer est heureux, vous déposez dans l’entrée toute la négativité que vous avez vécue au long de la journée. Au fil des années, ça finit par créer un cocon de négativité qui protège la maison. Du coup, si un vampire essaie de traverser, il se prend une méga claque dans la gueule. Parce que lui il ressent tout ça. Pour tout ce qui est croix, c’est juste que la propagande du Vatican est vachement bonne. Les vampires étant des êtres psychologiquement fragiles, ils y ont cru et ça marche. Navarre le sais, mais il a ses moments de faiblesse… Il lui faut une bonne raison pour entrer dans une chapelle et tenter les thérapies comportementales.

Mon vampire n’a qu’un but : continuer à vivre du mieux possible avec des potes, du vin, des nanas, des mecs et tout ce qui se baise. L’élan vital part de là. Si on se lève le matin, c’est selon moi parce qu’on a, ou qu’on va, baiser. En tout cas, c’est parce que quelqu’un a baisé quelqu’un qu’on est là ! Le gène se transporte lui-même.

David Khara : Mon vampire est urbain. Il l’était déjà de son vivant. L’histoire se passe à Manhattan, car c’est un lieu facilement visualisable, emblématique. C’est une île suffisamment vaste au niveau architectural : il y a des immeubles art-deco, gothiques, des églises et des cathédrales au milieu de buildings, et une grosse vie souterraine. Si j’y ai placé mon vampire, c’est évidemment à cause de la hausse démographique datant de l’ère industrielle. Je me suis dit que si je devais me nourrir d’êtres humains, je n’irais pas me coller au fin fond de la Creuse. Si les gens commencent à disparaître et qu’on les retrouve sans la moindre goutte de sang, ça va faire un peu moins de bruit du côté de Manhattan.

Pour concevoir mon vampire, j’ai pris tout ce qui m’intéressait dans Dracula et la figure classique. Mon personnage est aristocrate, esthète, extrêmement violent à partir du moment où on lui résiste. Bizarrement il ne baise pas ! Il est devenu vampire à la mort de sa femme. Pour lui le vampirisme, outre le fait qu’il s’agisse de faire du mal à ses congénères (ce n’est pas son trip à la base), c’est un ticket pour une souffrance éternelle. Il n’y a plus l’amour de sa vie à ses côtés. Il n’a donc rien de compulsif. Ça me fait bizarre, autour de cette table, d’être le mec qui écrit un livre où il n’y a pas de sexe !

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Jérôme Vincent : Jeanne a mis en scène un Paris fantastique. Peux-tu nous l’expliquer ? Et toi David, ton New York correspond-t-il a celui que nous connaissons ? Avez-vous réalisé quelques adaptations surnaturelles ?

Jeanne-A Debat : Au tout début d’Alouette j’écris cette phrase : « tout est vrai sauf ce qui ne l’est pas ». Dans l’ensemble, ce que je raconte sur Paris est vrai. Lorsque je donne le nom d’une rue ou que je décris un évènement qui s’y est passé à une certaine date, le fait est vrai. Après je décide de remodeler les faits : une personne n’est pas morte, on a creusé plus profond, on a trouvé un truc en plus… Le parcourt d’Agnès dans Paris, l’endroit ou elle habite, les cafés où elle se rend, tout existe.

Ma contrainte est que le Paris qu’on ne connaît pas quand on ne fait que le traverser, ou qu’on nous décrit telle une énième métropole, ne doit pas apparaître ainsi dans mes romans. Je souhaite recréer un Paris vivant. Un personnage omniprésent. Dans Alouette il y a un bâtiment placé exactement à l’adresse que je donne et qui possède une magnifique façade haussmannienne plaquée sur une série d’immeubles pourris qui se trouvent derrière. L’immeuble fait cinq mètres de large. C’est une fausse façade comme il y en a beaucoup. Le jour où j’aurais épuisé toutes mes histoires sur Paris est le jour où j’arrêterais d’écrire car tout mon plaisir ce situe là.

Sophie Jomain : Je me suis permis quelques libertés sur le plan de la ville de Bath en reconstituant quelques magasins qui n’ont jamais existé. Contrairement à ce que j’ai fait dans d’autres livres, je ne me suis pas fiée à des noms de rues. Je ne trouvais pas cela intéressant puisque le lecteur n’y vit pas. N’étant pas britannique de naissance, je ne pouvais pas m’amuser à décrire une ville comme si j’y avais vécu pendant trente ans alors que j’y ai seulement passé deux ans. J’ai simplement repris les monuments historiques, tels les thermes et le théâtre gallo-romain.

J’ai fait évoluer mes vampires dans un environnement semblable au nôtre. Les humains n’ont pas tous conscience de leurs présences. Le but du jeu est de pouvoir se nourrir en toute discrétion, sans se faire remarquer. Surtout, ils sont sous la gouvernance de créatures plus imposantes, les anges, qui viennent canaliser leurs populations extraordinaires. Ils ne doivent pas tuer, sinon ils se font liquider. La ville me permet de faire interagir les vampires au milieu des humains qu’ils manipulent grâce à leur sexe apeal. Les vampires ont développé quelque chose appelé le sex vamp affinity. Des humains se damneraient pour coucher avec eux sans avoir conscience de leurs actes. Pour faire vivre leurs perversions, je trouvais qu’il n’y avait rien de mieux que de décrire la réalité.

Jérôme Vincent : Pourtant, comme le dit David, ça doit se remarquer dans une ville de cette taille. Comment as-tu géré ça ?

Sophie Jomain : Les humains ne se rappellent simplement plus de ce qui leur est arrivé. Là où cela commence à faire du bruit, c’est quand, pour la première fois, un vampire créer une vague de meurtres. Bien sûr, cela va éveiller les soupçons des créatures célestes et une enquête policière va être menée.

68_jomainDavid Khara : Je pense ouvrir une franchise à New York : le Vestiges de l’aube tour ! Tous les lieux sont absolument réels. Une nuit éternelle se termine dans une centrale électrique qui est surnommée, et cela depuis plus d’un siècle, la porte des enfers. L’an dernier je me suis rendu dans un petit resto de Manhattan où il m’arrive de prendre un déjeuner. Au fil du temps, le patron est devenu un copain. Quand j’ai voulu lui offrir mon livre, il m’a dit qu’il l’avait déjà. J’étais le troisième à lui parler de la série des Vestiges de l’aube. Certains lecteurs font l’itinéraire de mes héros lorsqu’ils vont à New York. Inscrire mon histoire dans la réalité me permettait de parler du monde avec le point de vue d’un homme du dix-huitième siècle, mon vampire.

Il faut imaginer ce qu’un chef d’entreprise dans l’armement de cette époque peut éprouver quand il se retrouve confronté à notre modernité qui rétrograde sur plein d’aspects et a progressé sur plein d’autres. Mon héros se vante d’avoir fait travailler des enfants, mais uniquement à partir de douze ans et ne les a jamais enchaînés à la machine. Pour lui, ceci était un progrès social. Aujourd’hui, quand on utilise un môme, c’est en Asie du Sud-Est et c’est pour faire des Nike. À côté de ça, lui qui est en décalage permanent, il ne comprend pas pourquoi notre appréciation de la femme a reculé par rapport à la vie que l’on menait dans certains états américains. Son regard nous interroge sur notre époque. Pour ce faire il fallait que tout soit vrai.

À la différence des vampires de Sophie, il ne faut pas l’inviter à table. Il mange tout ce qu’il y a dans son assiette. Quand il mord quelqu’un, c’est fini. Qu’il le veuille ou non, la personne est morte. La problématique du meurtre pour survivre impose également du réalisme, notamment par rapport au flic dont le métier consiste à traquer ce genre de tueurs. Je travaille avec pas mal de policiers dans plusieurs pays. Je n’en connais pas un qui s’attend à tomber sur un vampire. Cela permet d’amener pas mal d’erreurs à propos de la méthode du tueur et de son identité, ainsi qu’un danger planant au-dessus de sa tête. Non pas pour sa propre sécurité, mais pour son intégration dans un univers dont il s’est exclu pendant longtemps. New York, de la même manière que le Paris de Jeanne, est un personnage. Ses ambiances, ses atmosphères, en font un personnage qui évolue en même temps que les protagonistes.

Jérôme Vincent : Marika, quand tu parles d’un lieu indéterminé, as-tu un plan en tête ? Comment l’imagines-tu ?

Marika Gallman : Pendant que tout le monde répondait brillamment aux questions, j’ai fait ma psychanalyse de l’écriture et je me suis rendu compte que dans les Maeve, contrairement à mon autre série qui n’est pas vampirique, ma ville imaginaire basée sur d’autres villes est un lieu psychologique. C’est un reflet de la progression de l’héroïne. Une projection d’un état d’esprit. Comment je fais ? Des images me viennent de ma ville, de ce que je vois à la télévision et de ce que j’ai pu imaginer en lisant. Je brode en me demandant si, lorsque je décris quelque chose en ne parlant que d’ambiances, de couleurs, d’ombres, tout le monde peut se projeter. Je voulais une toile de fond sur laquelle les lecteurs ajoutent leurs propres détails.

Jérôme Vincent : Le fait qu’on se concentre sur ton personnage est volontaire, où ça se trouve comme ça dans ton acte d’écriture ? Et puis, dans quel sens agissent les cadres de vos histoires ? Quelles sont les influences de ses lieux ? Car lorsque vous y encrez une histoire, forcément, elle s’en nourrit. Paris, New York, Bath, ce n’est pas anodin…

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Marika Gallman : Comme ceci était ma première série, je n’ai pas voulu qu’elle se déroule dans une ville où je n’avais jamais vécu. Lorsque mon héroïne parle de ses souvenirs d’enfance, de l’université où elle va, je ne m’inspire pas forcément de quelque chose de précis. Les bars, par exemple, sont des Frankenstein composés de plusieurs endroits. Ce sont des lieux à part entière. Tous ces cadres « charismatiques » existant dans mes romans sont clos, comme le manoir du baron vampire ou le château de Victor.

Alice Starling : Mon histoire se déroule à Paris. Je ne voulais pas faire un « Paris tour » parce que les gens qui vivent là-bas s’en fichent et que les autres ne vont pas s’amuser à sortir un plan pour se dire « ah dit donc elle à prit la ligne sept pour aller à Marca-les-poissonniers ! » Certains lieux existent. J’ai juste changé leurs noms pour que ce ne soit pas trop transparent. Chez moi, j’ai accroché un plan et dessiné de petites croix pour situer la maison de mon héroïne, celle de mon héros, l’emplacement du bar, etc. J’ai calculé les temps de transport pour des soucis de réalisme, pour ne pas que tout à coup il fasse jour, alors qu’ils sont partis il y a un quart d’heure et que c’était la nuit… Je ne supporte pas quand les personnages partent de chez eux le matin et ne font rien jusqu’à vingt deux heures quand commence l’action ! Je ne donne pas d’horaires précis, mais au moins il y a une bonne alternance jour/nuit.

Dans le tome deux, on se déplace un peu partout. L’avantage est qu’on a tous Google Maps et qu’un tas de photos du monde sont disponibles sur internet. On peut facilement encrer son histoire à l’aide de deux/trois détails importants. Placer une action à un endroit où nous ne nous sommes jamais rendus n’est pas si délirant. J’ai pioché plusieurs endroits et les ai tordus pour qu’ils s’intègrent dans la narration. Par exemple, je me suis tapé un petit délire sur Pripriat et sa roue jaune en ajoutant des zombies.

Sophie Jomain : Lorsqu’on décrit une ville où on n’habite pas, on a souvent des incohérences d’horaires. On se rend compte qu’à cette époque là, dans ce lieu, à cinq heures du matin il fait jour et que notre description de l’héroïne se réveillant durant la fin de la nuit est fausse. La cohérence est importante au niveau des ambiances. Pour chacun de mes romans qui se passent à l’étranger, j’utilise un site canadien, PTANF, qui renseigne sur le climat, les horaires et les décalages. Ça m’évite de faire des conneries.

Jeanne-A Debat : La façon dont mes créatures surnaturelles habitent Paris est directement liée à l’ambiance de la ville. Je ne vais pas placer des sirènes en haut du Sacré-Cœur alors qu’il y a la Seine juste en bas ! J’ai disposé mes magiciens et autres sorciers dans le cinquième arrondissement, qui est un quartier d’étudiants où il y a des bibliothèques. Le quartier de l’opéra est habité par des créatures venant du Japon. Si vous faites un tour vers la Comédie française, dans l’avenue Royale vous verrez les tout premiers restaurants japonais de Paris. Il y a toujours une raison historique liée à l’action des personnages. Ça ne me bloque pas puisque chaque fois que je cherche la suite à l’aventure, je tombe sur un fait incroyable que je ne connaissais pas, qui vient nourrir mes magouilles. C’est un réel et constant plaisir d’écriture.

70_gallmanJe connais un tas d’histoires passionnantes et mystérieuses sur Paris. Des milliers de fantômes ont été répertoriés : hommes sans tête, femmes ayant vendues leur âme au diable… Il faut déposer une pièce où faire un signe de croix en passant devant certaines statues… Ajouter ce folklore ancre Paris dans une réelle vision fantastique. Il existe pratiquement une micro-légende par pavé ! Effectivement, on pourrait trouver ce côté « Paris tour » dont parlait Alice. Sauf que je ne propose pas d’arpenter les chemins habituels. Je parle de rues que personne n’emprunte, à part ceux qui y habitent et ceux qui attendent le bus soixante-quinze pour aller à Bargnolet.

David Khara : Je te rassure, je ne leur fais pas passer par la banque centrale et tout le décorum. Par contre il y a des quartiers dont personne ne fait attention. L’intérêt n’est pas dans la visite guidée, mais dans l’exploration. Je parle du New York que je vis, dans lequel je m’installe pendant un moment. Ce que disait Alice est vrai. On peut parfaitement écrire une histoire se déroulant dans des lieux que nous ne connaissons pas. En ce qui me concerne, dans le cas des Vestiges, je voulais raconter ma vision de la ville dont je suis tombé amoureux.

Jeanne-A Debat : Dans Métaphysique du vampire je parle de Rio. Je n’y ai jamais foutu les pieds. Je n’ai même pas essayé de regarder comment c’était fait. J’ai pris tous les clichés possibles, et je m’en suis servie les uns à la suite des autres. Je n’allais certainement pas concevoir un vrai Brésil alors que l’ambiance était à la « OSS117 chez les vampires ».

Sophie Jomain : Pour rebondir sur ce que tu disais à propos du guide touristique, plusieurs lectrices m’ont contactée pour me dire qu’elles avaient pris Les étoiles de Noss Head afin de visiter Wick, la ville où se déroule l’action. Dans cette série, pour le coup, les endroits existent véritablement. C’est amusant de regarder leurs photos. Le Wikipedia écossais me cite d’ailleurs sur la page de Wick ! Ça m’a étonné parce que mon histoire n’est pas traduite en anglais donc ils n’ont aucune idée de qui je suis ! S’inspirer d’une histoire vraie ou qui sonne vraie donne envie de se déplacer. Lors de la lecture du troisième tome de Maeve, je me souviens m’être questionnée sur le lieu de l’action. Je n’avais pas réalisé que ce n’était pas formulé, car tous les endroits m’ont l’air familiers. C’est troublant !

Alice Starling : Paris ce n’est pas anodin car il me semble que j’y habite depuis cent vingt-sept ans. Je me sens plus à l’aise dans cet ancrage, car ce n’est pas sur ce point que je voulais me concentrer durant l’écriture. Si je ne me fais pas l’effort constant de me demander quel est le plan de l’appartement dans lequel se situe telle scène, je vais nécessairement décrire mon lieu de vie. Au final, ça ne se verra pas puisque les lecteurs ne sont jamais venus chez moi (et que je ne place pas une multitude de détails). Et puis je réfléchis à la logique de mon histoire : mon héroïne est payée le SMIC. Elle vit donc dans un studio et n’a pas besoin de marcher pendant dix minutes pour se rendre à sa salle de bain !

J’ai donc choisi la base de la facilitée en reprenant mon cadre quotidien. Et puis, dans mon genre littéraire, la bit-lit/urban fantasy, j’ai remarqué que toutes les histoires se passent aux États-Unis, puisque les auteures sont américaines. Quand Marika a débarqué avec son histoire francophone qui se passe partout et nulle part (car ce n’est pas très héroïque si ça se passe à Beaubeuge) ça m’a donné envie d’emmener mon héroïne dans des endroits que je connaissais, quitte à les déformer selon mon arrangement. Je peux me projeter dans une ambiance de série américaine pour écrire quelque chose de plus ou moins convaincant. Pourtant ça ne me correspond pas. Un auteur de dessins animés disait que tout ce qu’on voit à l’écran a été placé de manière réfléchie. Rien n’est dû à un oubli. Écrire, c’est pareil. Dans un roman, rien n’est accidentel. On sent forcément les influences et les origines de l’auteur, même quand l’histoire ne se déroule pas dans sa ville. Donc peu importe qu’on m’y retrouve.

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David Khara : Si ici c’est le mec qui écrit sur l’amour et les filles qui écrivent sur la baise, j’aimerais faire remarquer que dans ma sagesse, je suis le seul à faire attention à la question originale : l’Histoire de la ville… Sur New York c’est capital parce qu’on parle à la fois de la guerre de Sécession et de l’effondrement des tours. Ayant connu la ville avant et après le World Trade Center, et ayant rencontré des flics et des pompiers qui ont survécu aux missions de secours, j’ai réellement pu mesurer l’ampleur de la catastrophe. Lorsqu’on voit ça à la télé, qu’on soit anti-américain ou non, nous sommes choqués de voir la mort de tant de personnes innocentes à la guerre. En plus, c’est une mauvaise nouvelle pour le fermier afghan qui ne va pas comprendre pourquoi des missiles lui tombent dessus. Cet événement était poignant. Il fallait que je raconte mon expérience et l’histoire des New-Yorkais. C’était de mon devoir.

J’ai exploré la ville dans ses propres cicatrices. Deux grandes catastrophes ont modifié le regard des Américains : l’assassinat en direct de Kennedy et la chute des tours. Ce sont des actes terroristes ultimes, puisque filmés, suivis sur une journée avec un suspense malsain entretenu par les médias, et où il demeure un doute. Il se créer une apnée générale parmi les spectateurs. Historiquement, le vampire est né du drame. C’est le cas du mien qui revit une catastrophe dans une période très contractée (une journée pour quatre ans durant la guerre de Sécession). Aujourd’hui on pourrait imaginer une histoire autour du Bataclan, mais il faut le faire avec beaucoup de recul, de doigté et d’empathie, pour ne pas tomber dans l’exploitation sordide. Je pense que si nos personnages existaient, ils nous feraient payer les blessures que nous leur attribuons. Les villes portent des stigmates.

Jeanne-A Debat : Je parle du Bataclan dans Alouette puisque c’est basé sur ma vie et que j’étais en plein rédaction à ce moment-là. Cette nuit-là, mon fils y était. Il s’est retrouvé coincé dans un café, enfermé par le barman. J’ai passé la nuit à attendre pendant qu’on comptait les morts à la télé. Personne ne savait ce qu’il se passait. J’ai arrêté d’écrire pendant longtemps et il fallait que cela figure dans mon livre. Je ne pouvais faire autrement.

Jérôme Vincent : Ce que je note dans toutes vos réponses, c’est la proximité des lieux où vous avez vécu qui crée une vision très personnelle. Ces cadres sont liés à vos expériences et à vos personnalités. Un grand merci à vous pour ce moment marquant.

Vampires et édition en 2016
avec Alice Starling, Nadia Coste et Jérôme Vincent.
Modérée par Adrien Party

Attention : poulpe en interview ! Pas de retranscription pour cette animation. Pour un enregistrement sonore de la conférence, rendez-vous sur le site ActuSF.

Le retour des vampires victoriens
avec Kim Newman, Alain Pozzuoli et Vincent Tassy.

Modérée par Clément Petissier et Jonathan Fruoco de Pop-en-stock France

Pop-en-stock France est une émission de radio étudiante grenobloise proposant des podcasts avec Campus Grenoble, 90.8. Retrouvez-les à l’antenne et sur internet. Voici leur Facebook.

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Clément Pelissier : Bien le bonjour pour cette table ronde consacrée au retour du vampire à l’époque victorienne ! Avant de commencer je vais répondre à cette question existentielle que vous êtes en droit de vous poser, qui est : « mais pourquoi donc y a t’il deux modérateurs ? » Jonathan et moi-même formons une entité appelée Pop-en-stock France, émission radio mensuelle de Campus Grenoble consacrée à la culture populaire, traitant de nombreux sujet depuis presque un an, en allant de Columbo à Star Wars, donc il y en a pour tout les gouts. Trêve d’autopromo. Abordons cette table ronde avec pas mal d’invités :

Jonathan Fruoco : Notre premier auteur nous vient tout droit d’Angleterre. Kim Newman, écrivain prolifique que nous ne présentons plus, est également journaliste et spécialiste du cinéma fantastique. Il est l’auteur de la série Anno Dracula, récompensée par plusieurs prix, publiée à partir de 92 et rééditée en France en 2012 aux éditions Bragelonne. Nous lui devons également le fameux Moriarty, que je vous recommande chaudement.

Clément Pelissier : Vincent Tassy porte beaucoup de casquettes : journaliste, professeur, romancier… On peut citer Apostasie, son premier roman. Il est surtout connu pour pas mal de nouvelles publiées ces dernières années, telle Mademoiselle Edwarda qui a reçue le prix Merlin en 2012 et Malvina Moonlore, que je cite de manière personnelle parce qu’il y a une méchante poupée dedans, et c’est quand même trop la classe.

Jonathan Fruoco : Notre troisième auteur a aussi beaucoup de casquettes, même s’il ne les a pas mises aujourd’hui. Alain Pozzuoli est auteur, scénariste, parolier, essayiste particulièrement reconnu pour son travail autour de Dracula et de Bram Stoker. Il a rédigé une biographie de Stoker en 89, revue et augmentée en 2012 pour le centenaire de la mort de l’écrivain, qui s’intitule Bram Stoker dans l’ombre de Dracula. Il a dirigé quelques anthologies, écrit un livre de recettes inspiré par le mythe du vampire, il a également scénarisé deux documentaires avec Jean-Michel Ropers, le premier sur Dublin, le second sur la ville de Witsby. On est très heureux de le compter parmi nous : Alain Pozzuoli, le biographe incontestable de Bram Stoker.

Clément Pelissier : On va commencer avec une question somme toute assez classique, mais nécessaire pour se mettre dans le bain (de sang), assez générale pour que tout le monde puisque transmettre sa vision du mythe du vampire. Qu’est-ce qui peut pousser messieurs les auteurs modernes à écrire sur ce très ancien mythe du vampire ?

Alain Pozzuoli : Le mythe du vampire est éternel. Il peut être transposé à n’importe quelle époque. Pratiquement dans n’importe quel lieu. C’est la raison pour laquelle un auteur d’aujourd’hui est toujours inspiré par le thème. Tout le monde s’y retrouve. Le vampire c’est l’autre, et c’est nous aussi. On peut raconter des choses de l’ordre général comme de l’intime. S’il y a une telle profusion de romans et de films sur les vampires, c’est bien parce qu’il est en nous, tout le temps.

Kim Newman : C’est un thème plein de sens. Il peut être utilisé de façon métaphorique, mais il suggère aussi le fun. C’est un élément associé au pulp, à l’aventure, à la romance, à la terreur, à toute ces choses cool. Dans mon travail j’ai toujours ressenti une association de notre monde avec celui des vampires. Lorsque j’écris, je me dis que, peut-être, l’ensemble du monde fonctionne ainsi. Qu’on peut aller et venir au sein d’une vaste conspiration où des événements magiques ont lieu. Ça ne fonctionne pas toujours. Mais la plupart de ces fictions sont intéressantes.

73_pozzuoliClément Pelissier : Notre seconde question s’adresse directement à vous, Kim. Lorsque j’ai lu votre premier livre, je me suis interrogé sur la place de l’auteur moderne dans un roman se déroulant à l’époque victorienne. Lorsque John Flowles a écrit La maîtresse du lieutenant français, qui est un formidable roman historique post-moderne se déroulant en Angleterre au XIXe siècle, il s’est laissé comme note qu’il ne devait pas écrire une histoire que les victoriens ont oubliés d’écrire, mais qu’ils ont échoués à écrire. Le roman doit être pertinent pour le lecteur moderne. Il doit apporter une perceptive nouvelle sur cette ère victorienne.

Kim Newman : J’ai étudié ce livre à l’université mais personne n’avait encore tenté de le lier à mon travail. Je pense que tu fais référence au genre du pastiche. Quand on tente d’évoquer partiellement le passé en écrivant « à la manière de ». Ce qui peut être intéressant pour plusieurs raisons, mais ce n’est pas ce que je cherche. J’essaie de me projeter dans diverses ères afin de voir ce qu’elles reflètent à propos de ce qui se passe de nos jours, ou de ce qui s’est passé dans un passé récent. On peut trouver le même constat en science-fiction. La plupart des univers futuristes sont enracinés dans le temps de l’écriture. Certaines histoires ont une apparence universelle et s’appliquent à tout.

Clément Pelissier : Maintenant je vais m’adresser à Vincent Tassy, puisque ses nouvelles sont souvent assez trash, versées dans un univers onirique et transsexuel. J’aimerais comprendre qu’elle est la place de l’érotisme dans son écriture.

Vincent Tassy : L’érotisme en littérature, de manière générale (je l’ai compris en lisant Sade et George Bataille), est mis en scène telle une expérience cosmique. C’est un moyen de transcender sa condition afin d’atteindre un au-delà. Je ne suis pas un spécialiste de ses machins comme le tantrisme, mais la présence de l’érotisme dans mes textes est figurée comme un voyage intérieur. Les paysages vont souvent être liés à une relation charnelle. Cela métaphorise la perte de contrôle et l’abandon au charnel. Le vampire est lié à ses relations pulsionnelles et instinctives.

Clément Pelissier : Malvina Moonlore se déroule à l’époque victorienne. L’érotisme de Dracula semble être une réaction contre la morale, les mœurs rigides, l’hypocrisie et les faux-semblants de ce temps. Quand la Hammer a renoué avec le mythe du vampire, on a eu droit à un Dracula érotisé, interprété par Christopher Lee, répondant aux mœurs de l’Angleterre post-guerre et à la liberté sexuelle du début des années soixante. Comment vous situez-vous par rapport à cet héritage avec vos livres, tels Mademoiselle Edwarda ?

Vincent Tassy : Tout les chercheurs de l’époque victorienne s’étant penchés sur la question, telle Estelle Valls de Gomis, ont trouvés que le développement de vampires, comme Dracula et Carmilla, permettait d’aborder des thématiques sulfureuses que personne n’oserait citer socialement en ce temps incontestablement puritain. Je n’utilise pas l’érotisme de manière frontale parce qu’à notre époque il y a moins d’interdits. La question de la sexualité est moins délicate à aborder. Si le vampire permet d’évoquer des tabous, il nous permet de crypter des choses qui ne le sont plus. De redonner de l’enchantement à des sujets étalés défaits de toute merveille.

Alain Pozzuoli : Il me parait évident de lier vampirisme et érotisme. Dracula est un exutoire pour Stoker. Il eut une vie compliquée, contradictoire, contraignante, de laquelle il se libérait en écrivant. Pas besoin d’être un spécialiste pour voir que toutes les histoires de vampires tournent autour de ça. Toutes les sexualités sont admises.

74_stockClément Pelissier : S’il y a bien une chose qui traverse l’imaginaire du vampire, qu’on ne peut ne pas citer aujourd’hui, c’est Dracula et le personnage de Stoker. On peut se questionner sur le mythe de Dracula VS le mythe de Stoker. On a beaucoup écrit sur le vampire, fait des suites à n’en plus finir… Les ajouts sont innombrables. Stoker est également l’objet d’un mythe. Kim Newman l’invoque dans Anno Dracula. Comment définiriez-vous ces deux opposés ?

Alain Pozzuoli : Il est évident que le mythe de Stoker a été étouffé par le mythe de Dracula. Stoker est l’homme de l’ombre, dans sa vie comme dans son art. Il s’est toujours tenu derrière Henry Irving, sa référence suprême, son ami et son employeur. Quand il a pu briller grâce à son roman, l’éclat a été tel qu’il fut complètement noyé par le succès foudroyant de Dracula. Jusqu’à ces récentes années (disons il y a vingt ans), personne ne savait qui était Stoker, ce qu’il avait fait. Il a toujours vécu dans cette ambivalence. Il existait, mais la seule chose qui comptait était Dracula. À tel point que ces autres romans nous étaient inconnus. Durant toute sa vie, il a été vampirisé par les autres, et ensuite pas sa propre création.

Kim Newman : Oui il y a une liste immense de franchises Dracula dans la culture populaire qui se focalisent sur des points très limités de l’histoire. Ce qui me plait chez Bram Stoker, c’est que toutes les adaptations semblent transmettre leur propre mythe créationniste. Si l’on remonte encore plus loin, tout le monde semble avoir une opinion sur la manière dont Frankenstein a été écrit. Tout le monde connait ce fait, ou bien celui de la création de Doctor Jekyll and mister Hyde, un manuscrit qui a été brulé puis réécrit. Nous savons que Bram Stoker a rédigé plusieurs versions de Dracula. Mais toutes les explications qui ont été faites à ce sujet minimisent l’énorme travail d’écriture et de recherches nécessaire à la création de cette œuvre. Ce qui est compréhensible, puisque un auteur a tendance à déprécier ses histoires. Et puis, expliquer les détails techniques d’un tel projet ennuierait le lectorat. Il y a également un mythe au sujet de la création de Sherlock Holmes… Toutes ses histoires ne sont pas totalement vraies. On s’en rencontre dès qu’on creuse la question.

Il est intéressant de se renseigner sur le fait que nous ayons besoin d’une histoire contant les origines de la création de grands classiques. Nous avons besoin de nous questionner sur les secrets qu’ils révèlent à propos de leurs auteurs. Nous aimons qu’il y ait des circonstances inhabituelles liées à ces livres, tel le concours d’histoires de fantômes auquel participa Shelley, Polidori, Byron au bords du lac de Genève… Cet évènement pourrait être une invention transmise vingt ans plus tard. Il pourrait provenir de faits distordus. Seulement deux témoignages ont survécu, et ils sont assez contradictoires. Reparler de cela aujourd’hui ne me semble pas être une bonne idée. Je détesterais l’idée d’un mythe créationniste se basant sur quelque chose que j’aurais écrit.

Je sais pourquoi j’ai écrit mes histoires. Le processus est somme toute assez ennuyeux. On a une idée, on la développe, on la retravaille. On fait quelques travaux de recherches. Si on est vraiment dévoué, on va voyager jusqu’à certaines localisations et trainer autour de certains cadres. Quand j’ai écrit Anno Dracula, je vivais à deux arrêts de bus de Whitechapel. Je ne m’y suis jamais rendu car j’étais trop occupé à écrire !

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Jonathan Fruoco : Je souhaiterais parler de l’autre suite à Dracula écrite par l’arrière-petit-neveu de Bram Stoker. Une suite qui n’en est pas finalement une dans le sens où aucun auteur digne de ce nom ne permettrait qu’une suite soit publiée en prétendant que le roman d’origine fasse fausse route. J’aimerais avoir votre avis sur le sujet puisque, Kim Newman, vous avez proposé des suites alternatives, et Alain Pozzuoli, vous pouvez nous éclairer sur ce qu’aurait pu penser Bram Stoker de ce livre dont le but était de réassocier commercialement le nom Stoker à la licence.

Alain Pozzuoli : Stoker n’aurait pas apprécié qu’on utilise son œuvre à des buts commerciaux. J’ai évidemment lu ce livre, et je trouve que ses critiques partent dans les excès. Soit on disait que c’était excellent, soit on disait que c’était une daube. Pour moi, c’est un roman de gare. L’auteur a utilisé les codes de Stoker en les amoindrissant, comme à chaque fois qu’on adapte une histoire de cette façon, donc ce n’est même plus un roman vampirique, ce n’est presque pas un roman fantastique, c’est simplement une resucée d’un chef-d’œuvre. On sait bien qu’il ne faut pas toucher à ces livres. Quoi qu’on fasse, on arrivera jamais à les égaler.

Kim Newman : Évidemment, c’est une question propice à différent point de vue. Lorsqu’on se penche sur les travaux de Stoker, on sait que lui-même s’inspirait beaucoup de Sheridan le Fanu. Pour Le joyau des sept étoiles et ses romans La momie, il s’est renseigné sur les terrains abordés par d’autres écrivains. Je crois qu’il comprenait la procédure par laquelle les histoires se nourrissent entre elles. Madame Stoker, par contre, aurait été furieuse. Elle aurait voulu les fonds. S’énerver et réclamer de l’argent semblait être sa passion.

Pour ce qui est des différentes séquelles à Dracula, j’ai évidemment étudié le travail de mes prédécesseurs. Ce que je continue de faire, en quelque sorte. Il existe des livres intéressants, tel Beyond dead. J’ai cette impression d’avoir démarré mon écriture comme si j’écrivais une introduction à un film à la « Coppola’s Dracula » plutôt qu’à un livre de Bram Stoker. Anno Dracula est assez basé sur cette vision de l’histoire. Mais cela reste négligeable.

Jonathan Fruoco : Alain, vous êtes d’accord sur le fait que la femme de Bram Stoker n’aurait pas été charmée par cette parution ? J’aurais, pour ma part, pensé qu’elle aurait été charmée par un projet qui aurait rapporté de l’argent à la famille.

Alain Pozzuoli : D’un point de vue financier, elle aurait été contente. Elle aurait peut-être été plus satisfaite que son mari, mais, dans l’esprit qui l’animait, pour elle ce qui importait c’était que l’original perdure. C’est pour cela qu’elle a voulu faire des publications posthumes.

Clément Pelissier : Merci beaucoup pour cette plongée dans l’univers de Stoker, qui a probablement été éclairante pour la plupart d’entre nous. J’ai envie de revenir à Vincent Tassy avec une thématique qui traverse son œuvre. Particulièrement dans les nouvelles telles Malvina. On a parlé d’érotisme, mais un autre sujet semble vous tenir à cœur. C’est le steam-punk. Le steam-punk semble s’adapter particulièrement à ce vampirisme. En quoi cet univers de rouages vous a-t-il influencé ?

76_actusfVincent Tassy : Pour y répondre, il faut se demander pourquoi on est attirés par le steam-punk, et pourquoi, aujourd’hui, le vampire s’y inscrit naturellement. Je dirais qu’on a tous été marqués par Dracula et Carmilla, qui sont des textes victoriens. Dans Dracula cet univers est très marqué. Surtout dans l’adaptation de Coppola. Si le vampire retourne dans cette époque, c’est parce que cela semble être son habitat naturel. Le vampire nous parle du monde dans lequel on vit qui se recoupe avec l’ère de l’industrialisation. Cette ère présente un monde en construction. Inscrire le reflet de nous-mêmes, le vampire, dans le reflet fantaisiste, un peu magique, de notre époque, ça permet à l’auteur pulp de s’amuser.

Clément Pelissier : On retrouve l’imaginaire de la machine, intrinsèque au steam-punk, avec sa quasi-éternité relié avec l’immortalité des vampires. Dans cette nouvelle, on retrouve aussi le mythe de Pygmalion.

Vincent Tassy : Le fait de tomber amoureux de sa création est un phénomène inspirant. Moi j’aimerais demander à Kim Newman s’il considère que son livre s’inscrit dans le steam-punk et s’il a une attirance pour ce genre.

Kim Newman : Techniquement, probablement pas. Je crois que le terme a été inventé après 1992, ou alors je ne suis pas sûr de l’avoir entendu en ce temps-là. J’aurais vaguement compris ce que cela désignait. Le steam-punk a une vision nostalgique de l’époque victorienne ne faisant pas partie de mon idée originale. J’ai tout de même un intérêt. Dans mon livre qui vient de sortir en Angleterre, Angels of music (qui se passe en France), il y a des automates comme le personnage d’Olympie d’Offenbach et comme dans Pygmalion. Je trouve ces approches intéressantes et, en fait, je me sens attiré par la version plus sordide de l’ère victorienne.

Il me paraît étrange de venir en France et d’entendre parler de l’époque victorienne à la place de la Belle Époque, de la troisième République… Cela est évidemment différent, mais il existe des histoires de vampires français datant du XIXe siècle, comme celles de Théophile Gauthier par exemple. Aurait-on oublié ça ? Serait-ce éclipsé par la fiction anglo-saxonne ?

Alain Pozzuoli : C’est certain. Même aujourd’hui, si on demande de citer une histoire de vampire provenant de la littérature française, très peu de monde serait capable de répondre. On ne connait que les autres vampires, à juste titre, car ils sont tirés de chef d’œuvre. On est bien obligé de s’incliner !

Jonathan Fruoco : Le cinéma y est aussi peut-être pour quelque chose…

Alain Pozzuoli : Forcément, puisque les grands succès littéraires ont systématiquement été adaptés. Leur retentissement est dotant plus important. Il n’y a pas vraiment eu de film français sur la question, à part quelques téléfilms datant des années soixante.

Kim Newman : Il y eut une adaptation dans les années soixante-dix de La poupée sanglante de Gaston Leroux.

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Jonathan Fruoco : Pourrait-on penser que nous avons une patte anglaise, un style ou une mentalité, propice aux vampires ?

Kim Newman : Oui. Ça semble être le cas. Une bonne partie de ses grands mythes gothiques, n’étant pas allemands ou provenant de l’Europe de l’Est, sont anglo-irlandais. Nous les avons émulés. Les textes antérieurs à Dracula, comme Le Vampyre de Polidori ou le Peny dreadful vampire, mettent souvent en scène des vampires anglais (même si Dracula et Carmilla, les personnages les plus connus, ont différentes origines). Je suppose que ça a quelque chose à voir avec un rejet des stéréotypes que nous pouvions trouver en Angleterre, comme celui du bon travailleur qui veut voir des dandys. En ce temps-là, il y avait une profusion de récits émotionnels et profondément décents pouvant être assez irritables.

Ces dandys prédateurs peuvent être inspirés de Lord Byron. Ce sont en quelque sorte les fauteurs de trouble de l’époque qui parlent à la population Anglaise. C’est étrange que l’on doive cette figure sérieuse du vampire à des blagues. J’ai toujours été profondément étonné de voir que la figure du vampire en littérature servait parfois à se moquer d’une personne, à caricaturer son patron. Les gens s’amusaient même à caricaturer Margaret Tatcher en tant que vampire. La blague s’est perdue, car le style était si séduisant qu’il a pris le dessus. Les histoires de vampires sont en vérité très coquines ! Les adaptions, comme celles de Dumas se sont débarrassées de la satire pour tout miser sur la romance gothique, le mélodrame « blood and tunder . J’aime penser que cette satire est revenue avec mes œuvres.

Clément Pelissier : Avant de finir, j’aimerais parler de la transition du vampire de l’époque victorienne à l’époque moderne. J’aurais voulu avoir votre avis sur ces récentes séries de livres comme La lignée de Guillermo del Toro et de Chuck Hogan. Ils y transposent l’idée classique du vampire victorien arrivant d’Europe de l’Est, qui débarde avec sa cape et son cercueil à l’aéroport JFK, qui est confronté par ce vieux professeur juif qui le chasse depuis soixante ans. Ils modernisent cette base très standard avec les peurs modernes, telle la contamination biologique. Ils vont faire du vampire quelque chose d’asexué qui se propage. Qu’avez-vous à dire sur ce nouveau type de vampire ?

Vincent Tassy : Comme on le disait tout à l’heure, le vampire c’est la métaphore des peurs collectives. C’est une de ses fonctions essentielles. Le monde évolue avec avec lui Son look se fait le reflet de notre époque. Si le vampire de The strain n’est plus un gothic vilain comme dans les classiques, ce n’est pas gênant. Le vampire est protéiforme. Cette modernisation de problématiques communes n’est pas nouvelle. Si Adrien Party était là, il nous ferait un petit exposé sur ce point, nous expliquant qu’il y a déjà eu un tournant dans la fiction après la Seconde Guerre mondiale. Si vous prenez Je suis une légende, datant de cinquante-trois, vous découvrirez une rupture par rapport au gothisme.

Alain Pozzuoli : Il s’agit du premier roman moderne de vampire. Toute une série a été déclinée, que ce soit en littérature, comme au cinéma. Dans les années quatre-vingt on voyait apparaître des prédateurs et une génération perdue. Le vampire n’est plus l’ennemi, ce n’est plus l’autre, c’est nous. Il nous ressemble, il est confronté aux mêmes problèmes que nous. Il aime, ce qu’on lui refusait pendant longtemps quand on lui donnait l’image d’un être sans loi, sans pitié, sans sentiments. Ce constat est renversé. Le vampire souffre, il est malheureux. Comme nous.

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Kim Newman : Quant à moi je pense que le premier roman de vampire moderne est Dracula. Il n’a pas de cadre gothique et ne se passe pas dans le passé. C’est rempli d’horaires de trains, de dictaphones, et de tout cette technologie moderne. L’histoire se rapproche plus du genre du techno-thriller que du gotic horror. Dracula n’est pas l’épitomé du roman victorien, c’est le début du roman moderne. The strain se contente de répliquer, de bien des manières, ce qu’à réalisé Stoker. Il y a juste un avion au lieu d’un bateau. L’histoire, les métaphores, sont les mêmes.

Nosferatu, la première adaptation de Dracula, ne se déroule pas dans son époque, mais avant. Alors que la plupart des films qui ont été faits après ont un décor contemporain. Les films de Bela Lugosi, Dracula’s daugter, etc. En cinquante-huit, avec les films de la Hammer, le lien est fait avec la période victorienne. Simultanément (à part pour quelques petites œuvres marginales, comme le Sherlock Holmes de la Hammer qui est devenue un héros victorien), le cadre faisait référence au temps du tournage.

Je ne sais pas à quel moment c’est effectué ce point de rupture dans les publications, quand une histoire se lie à l’époque dans laquelle elle a été écrite. Lorsqu’on adapte quelque chose, il y a toujours ce dilemme : allons nous parler de ce qui se passe de nos jours, ou allons revenir à la période du roman ? Les deux choix sont bons tant que l’association est possible. Quand une version télé d’Hannibal a été réalisée, l’action ne se déroulait pas au début des années quatre-vingt-dix. Il fallait mettre en avant le fait qu’il est possible de faire des profils ADN, et que le crime ne se bat plus de la même manière.

Clément Pelissier : Merci à tous, aussi bien au public qu’aux intervenants et à Mathieu Rivero pour la traduction. N’hésitez pas à nous retrouver sur Pop-en-stock France ! – un fichier audio sur actusf.com

Le vampire, ce globe-trotter
avec Kim Newman, Jeanne Faivre d’Arcier et Morgane Caussarieu.

Modérée par Adrien Party

Adrien Party : Il me semble intéressant, en vue des auteurs présents cette année au Salon du vampire, de parler de ces vampires n’hésitant pas à voyager et des difficultés que cela peut représenter dans leurs œuvres respectives.

Pour parler des vampires globes-trotter ou des vampires vivants en dehors de la France, nous avons parmi nous Morgane Caussarieu, l’auteure de deux romans vampiriques et d’un essai sur les vampires en Louisiane ; Kim Newman et sa série Anno Dracula où les vampires évoluent à mesure des années entre Londres, Paris, Rome, etc. (ces personnages roulent leur bosse) ; Jeanne Faivre d’Arcier, l’auteure du Vampire de Bacalan et de La trilogie en rouge, qui évolue entre Tanger, L’Inde et Paris. Tous ces vampires semblent à même de migrer autour du globe, en rupture avec l’image de la créature enchainée au sol où elle a vu le jour. Comment expliquer cela ?

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Jeanne Faivre d’Arcier : Pourquoi les vampires bougent-ils ? Simplement parce que l’auteur a envie de les faire voler, se déplacer. Les miens ont d’emblée été présentés comme des globe-trotters. Ma première femme vampire, Carmilla, est née en Guyane, est venue en Algérie en 1940 lorsque c’était une commune française, a été transformée dans un bordel d’Alger, a rencontré des gitans qui l’ont emmené à Séville où elle est devenue une star du flamenco (en clin d’œil à l’opéra de Byset et à Carmen de Mérimée), a rencontré une autre femme vampire, Mara venant d’Inde.

Mara signifiant, en sanskrit, le boucher, le tueur, le prince des démons, l’adversaire de Bouddha, je situais le second volume en Inde. Les vampires voyagent d’est en ouest, du nord au sud. On les retrouve à Paris, en Allemagne au moment de la montée du nazisme, à New-York dans les années 90-2 000… Ma famille s’est récemment élargie d’un nouveau vampire. Il vit caché dans une base sous-marine à Bordeaux, mais c’est un grand voyageur. Il a été espion au service de Sa Majesté dans les années 40 et il emprunte de nombreux moyens de transport. Il a même rencontré Churchill !

Adrien Party : Cette idée de déplacement incessant, comment est-elle représentée dans Anno Dracula ?

Kim Newman : Je suppose que c’est parce que la prémisse, l’emblématique Dracula de Bram Stoker, parle de Dracula déménageant à Londres. Le concept n’est pas simplement celui d’un vampire. C’est l’histoire d’un vampire qui emménage dans le voisinage. Dracula a eu une influence énorme sur les histoires ultérieures de vampires où ce schéma narratif est largement répété. Avant Dracula, Lord Ruthven dans The vampyre et Carmilla, dans le roman éponyme, sont tous deux en perpétuelles vacances. C’est plutôt attrayant ! L’idée de Carmilla débarquant dans les maisons des autres, tuant tout le monde et bougeant jusqu’à ce que, finalement, elle s’arrête, créer une sorte de tour of death. Lord Ruthven semble passer la majorité de son temps à trainer dans des ruines et, occasionnellement, à manger des gens. L’association des vampires et des voyageurs, en terme littéraire, est assez vieille. Je suppose qu’on est coincé avec cette vision car elle contribue à créer les meilleures histoires.

Morgane Caussarieu : Dès le départ, il y a cette dualité du vampire qui voyage mais qui est obligé de rester chez lui, car il doit transporter la terre de son cercueil. Dans mes romans, on ne voit jamais mes vampires voyager. Sauf par le biais de flashbacks. On entend parler de la Louisiane pour s’inscrire dans la descendance d’Anne Rice. Un des personnages vient d’Italie, un autre, qui a été transformé en vampire à l’époque du punk, vient d’Angleterre… Je pense que le vampire est obligé de se déplacer pour ne pas attirer les soupçons. Son instinct le pousse à errer continuellement.

Adrien Party : Justement, la Nouvelle-Angleterre est fortement ancrée dans tes romans vampiriques. Tu as même consacré un essai sur les vampires Louisianais. Comment se fait-il que cette région soit aussi présente dans la fiction vampirique, comme dans les livres d’Anne Rice ou de Dorothée Hamilton, dans True Blood, etc. ?

80_caussarieuMorgane Caussarieu : La Louisiane a un passé malsain dû à l’esclavage. Elle a été peuplée par des catins et des repris de justice libérés de prisons françaises. De nos jours, La Nouvelle-Orléans et une ville marquée par l’architecture européenne et par la culture du vieux continent. Certaines personnes parlent encore français. Anne Rice l’expliquait : s’il était plus simple d’inscrire son vampire dans son lieu de vie, pour elle, la Louisiane est le lieu d’accueil idéal pour un suceur de sang. La Nouvelle-Orléans est une sorte d’équivalent de Londres ou de la Transylvanie.

Kim Newman : Je pense qu’il y a énormément de rapport avec le lieu de vie de l’auteur. Cela minimise le besoin de faire des recherches. Si Dracula débarque à Whitby, c’est parce que Bram Stoker y passait ses vacances. Ce voyage en mer depuis la Roumanie est tiré par les cheveux. Dracula ne se rend pas tout de suite à Londres, alors que c’est sa destination. Cette ville est pourtant sur la route ! On a tendance à manipuler l’intrigue afin d’user du matériel qu’on a sous la main.

Je suppose que cette source américaine du vampire peut effectivement être culturelle. Les références au voodoo se mixent avec celles des vampires. On peut penser aux influences des écrivains du Sud, à l’ombre des travaux de Tennessee William qui s’inscrit dans une mouvance décadente où des vieillards s’entredéchirent au sein de vieilles maisons. Il y fleurit ce courant du southern gotic venant du sud Boston et se propageant de différentes manières.

Jeanne Faivre d’Arcier : La Louisiane n’est pas du tout mon territoire de références et ne m’a pas influencée. Anne Rice a été un élément déclencheur de mon écriture sur les vampires, mais il s’agissait de la partie européenne de son œuvre. Mes vampires ne voyagent qu’en Eurasie, au Moyen-Orient, en Inde, parce que je m’y suis énormément déplacée.

J’essaie de faire coïncider à la fois des voyages géographiques et des voyages temporels, historiques. Dans Le dernier vampire, on découvre mon personnage dans le présent, où il est considéré comme un tueur en série pourchassé par la police. Il s’amuse à chasser des biologistes, des spécialistes des maladies sanguines. Puis on le voit en tant que petit notable en 1739, pendant la Révolution française, pendant la Terreur, où il est membre des Girondins. C’est un parti qui entre en lutte contre les Montagnards et les sans-culottes. Ces derniers vont récupérer le pouvoir et vont commencer à guillotiner tout le monde. Mon personnage va fuir vers Bordeaux et va se faire expulser du fait de sa nature. Il est extrêmement frustré d’avoir raté sa vocation en politique ! Lors de l’écriture, je faisais référence au film de Coppola et à un élément précis de la Révolution. Trois Girondins ont fui par bateau vers Bordeaux et ont vécu dans des caves pendant des mois. Mais ils se sont fait guillotiner quelques semaines avant que Robespierre perde le pouvoir. Quant à mon personnage, il se terre de nos jours rue Vergniaud, au 39 et pas au 93 !

Adrien Party : Kim, pourquoi avoir choisi de déplacer l’intrigue d’Anno Dracula au fil des tomes plutôt que de rester à Londres ? L’exploration de la fiction londonienne et victorienne était encore possible.

81_darcierKim Newman : Je suppose que je n’avais pas envie d’écrire le même livre encore et encore. J’ai toujours imaginé que l’intrigue de ma série avait une portée plus large que celle de Londres et de l’Angleterre. Je travaille en ce moment sur des comics book basés dans l’univers d’Anno Dracula. L’action se déroule de nouveau à Londres en 1895. Donc je bouche quelques trous afin de concevoir un nouveau segment à la saga. Aquarius, mon prochain roman, se déroulera à Londres en 1968. Je pense revenir sur quelques autres points de l’histoire. Je souhaite juste transmettre l’idée d’une dimension mondiale qui me permettrait de me rendre à d’autres endroits qu’en France, en Italie, en Roumanie, en Amérique et au Japon.

Adrien Party : Nous allons parler de la France, justement. L’histoire de The bloody Red Baron, le second tome d’Anno Dracula, se déroule dans notre pays. Et Morgane et Jeanne en font recours dans le cadre de leurs intrigues. Pourtant la France ne possède pas de terreau folklorique-vampirique. Nous faisons partie d’une nation pragmatique. Notre culture est héritée des Lumières. Elle s’oppose avec les croyances surnaturelles ressortant du monde anglophone. N’est-ce pas complexe de donner de la crédibilité à ce genre de scénarios ?

Jeanne Faivre d’Arcier : Oui et non parce que la réalité dépasse souvent la fiction. Je vais prendre deux exemples tirés de ma propre inspiration. Le dernier vampire présente un héros complètement dépassé par les évènements. On lui reproche quelques dizaines de meurtres. Pendant la Révolution, il y a eu cent mille morts. On jetait des cargaisons de cadavres dans la Loire. « Qu’est-ce qu’on peut lui reprocher ? » Dans Le vampire de Bacalan, mon vampire vit dans une base construite par des nazis. C’était un des ouvrages du mur de l’Atlantique. Les nazis ont utilisé le système du travail forcé. Des centaines de prisonniers de guerre sont morts d’épuisement ou noyés dans les marais sur lesquels ils construisirent.

Morgane Caussarieu : Je trouve en effet que la France n’est pas très propice au surnaturel. J’y ai inscrit mes deux histoires dans un total souci de réalisme. C’est un fait exprès. Je voulais sortir du folklore et concevoir des vampires humains auxquels on croit, qui tiennent plus des serial killers… Avec quelques pouvoirs en plus. Ils sont immortels, ont une force surhumaine et se comportent de manière assez animale, mais cela reste assez terre à terre. Mes romans sont catégorisés « fantastiques ». Le premier lorgne beaucoup plus du côté du thriller. Le second est dans la veine des romans noirs sociaux. Je ne pouvais pas situer l’action dans un pays que je connais peu, comme les États-Unis. Il fallait que je parle des villes où j’ai vécu.

Adrien Party : Kim. En tant qu’anglophone, as-tu eu des difficultés pour transposer tout ton univers vampirique en France ?

Kim Newman : Pas particulièrement. The Bloody Red Baron se déroule pendant une guerre, donc il y a une quantité de nationalités différentes. L’action du livre que je viens de publier, Angels of music, se déroule à Paris. Là encore, c’est rempli de personnages étrangers. L’image de Paris est très différente de celle de Londres. Même s’il y a eu la Terreur, la Commune, la crue de 1910… Ce sont des choses vraiment terribles. Nous avons seulement eu la peste et le grand incendie. Peut-être que le brouillard et la météo rendent notre ville plus misérable.

82_newmanDans Angels of music j’ai réalisé une séquence à propos du ménage de Dracula. Mes pensées étaient centrées sur Dracula, à Londres, achetant des propriétés et effectuant des tâches ennuyeuses pendant que ces trois femmes font du shopping, vont dans des night-clubs et séduisent les Parisiens. C’est cette vision de la France que je souhaitais transmettre.

Adrien Party : Voyager, pour un vampire, est-ce réellement possible ? Il y a la difficulté qui est de vivre en phase avec son époque, des restrictions dues à leur condition… On serait à même de penser que les vampires sont sédentaires, liés avec leur terre natale.

Kim Newman : Hum. Ils ne sont pas supposés pouvoir traverser les points d’eau, n’est-ce pas ? C’est un petit problème si on souhaite voyager… La plupart des vampires qui voyagent ces jours-ci se retrouvent plus souvent avec les bagages qu’avec les voyageurs.

Morgane Caussarieu : J’ai deux exemples de vampires qui voyagent. Celui d’Anne Rice qui prend souvent le bateau en se nourrissant de rats et des passagers, qui reste dans sa cabine, sortant sur le pont pendant la nuit. Je pense aussi à Only lovers left alive. Les vampires prennent des vols de nuit en partance de Détroit à Tanger et sont obligés de faire des haltes. Voyager semble possible avec les moyens actuels.

Jeanne Faivre d’Arcier : Mes vampires voyagent beaucoup, mais avec certaines difficultés. Carmilla est obligée de se bander comme une momie, de mettre des couches de crème solaire, des lunettes noires, des chapeaux… Quant à mon vampire de la Révolution, lorsqu’il est pourchassé c’est sa maitresse qui le place dans un corbillard. Il y a un certain nombre de précautions à prendre. Seule Mara n’a pas de problèmes puisque c’est une reine vampire. On suppose qu’elle vole.

Adrien Party : Qu’est-ce qui peut bien pousser les vampires à migrer d’un bout à l’autre de la planète ? Sont-ils embêtés parce qu’ils trouvent peu de vierges à côté de chez eux ? Quels sont les besoins de ces créatures que nous imaginons repliées dans des châteaux poussiéreux coupés du monde ?

Jeanne Faivre d’Arcier : Hormis à cause du fait qu’ils déciment rapidement les campagnes alentour, je suppose que c’est parce qu’ils s’ennuient. L’éternité passe, et rester tout le temps au même endroit est mortellement ennuyeux ! La curiosité doit les pousser à découvrir de nouvelles cultures, d’autres coutumes. Comme ils s’adaptent très facilement leur époque, apprennent rapidement les langues et forment de petites communautés disséminées sur Terre (certains sont alliés, certains sont ennemis), il faut bien se déplacer pour retrouver les autres. Mon personnage de Carmilla souhaite purifier le sang qu’elle consomme parce que les humains sont bourrés de maladies. Elle rentre donc en conflit avec un vampire traditionaliste. Comme il vit en Allemagne, elle est bien obligée de s’y rendre pour lui faire la guerre.

Morgane Caussarieu : Je pense que les vampires récents sont devenus aussi humains que les humains. Voyager c’est se construire soit même, trouver sa personnalité, faire ses propres expériences. Nous retrouvons souvent une quête des origines.

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Kim Newman : Ça provient probablement un mix de différents courants d’histoires et de folklores. Le vampire est théoriquement immortel, même si certains ne semblent pas perdurer longtemps… Nous les retrouvons liés avec les figures du juif errant, de Melmoth, qui traversent les siècles. Le vampire issu de la pop-culture est une association de mythes. Il existe quelques variantes, des personnages immortels mais non vampiriques tel Hightlander. Tous errent de lieu en lieu en se tenant à l’écart de l’humanité pour observer ou prendre part, occasionnellement, à d’horribles évènements en tant que connaisseurs. Lorsqu’on prend une simple figure folklorique et que nous essayons de la relier avec une tradition littéraire, nous nous demandons quoi inventer au niveau de l’histoire. La figure de l’errance participe à créer une bonne histoire.

Question dans le public : J’ai une question personnelle. Qu’est-ce qui a poussé ses auteurs, Morgane Caussarieu, Kim Newman et Jeanne Faivre d’Arcier, à écrire sur les vampires au lieu d’écrire sur les humains ?

Jeanne Faivre d’Arcier : C’est une question à laquelle j’aime bien répondre. Ce mythe du vampire est transculturel et éternel. On trouve les vampires dans la religion hindouiste depuis la nuit des temps, on trouve des vampires dans la littérature arabe et européenne… C’est inspirant. Un peu tout greffer dans nos fictions à partir de cet imaginaire.

Le deuxième point, c’est que le rêve de l’humanité, c’est l’immortalité. Aux premiers âges de l’homme, on y accédait au travers des légendes et des religions possédant de nombreux cultes sanglants, avec Kali et Shiva, chez les Incas où on sacrifiait des gens, dans la chrétienté où l’on boit le sang du christ… Le sang est la substance de la vie. C’est une donnée constante. Chez Homère, il y a un moment où Ulysse est perdu en mer et où il convoque les esprits des morts pour leur demander son chemin en sacrifiant un mouton. Il met feu au sang et voit l’esprit des morts qui viennent se nourrir. Et puis, le vampire est un être à la frange de la vie et de la mort. On peut greffer de magnifiques histoires d’amour. Là se pose un dilemme : doit-on transformer en vampire au risque que l’être aimé nous rejette, où doit-on le perdre ? Ces séquences fortes sont souvent sexuelles.

Kim Newman : C’est juste que j’aime les montres. Les vampires sont les meilleurs monstres qu’il soit parce qu’ils peuvent parler. On ne discute pas avec un loup-garou. Les zombies émettent quelques « graaw… », la créature de Frankenstein, dans le livre, parle et parle sans s’arrêter… Sans compter qu’elle cite Milton… Dans la culture populaire, c’est plutôt le personnage « friend good/fire bad » que nous retenons, ce qui est fascinant en soi…

Avec le vampire, on peut avoir une conversation. On peut essayer de les raisonner au sujet des horribles choses qu’ils s’apprêtent à faire. Enfant, j’ai été influencé par les films Universal et ceux de la Hammer. Cela a probablement défini mes intérêts culturels. Je suis toujours attiré par les choses que j’aimais lorsque j’avais onze ans. Peut-être veux-je conférer un aspect plus adulte à ses œuvres sans qu’elles perdent leur côté fun. Je me rappellerais toujours de ma première visualisation du Dracula interprété par Bela Lugosi. Ce film a probablement changé ma vie. Cette succession d’étranges et belles images, la voix de Dracula, ses trois femmes volées, le tatou dans la cave… Tout ce qui pourrait paraître maladroit et ridicule me semblait empreint d’une étrange magie qui m’a enchantée. Je voulais simplement participer à cette action. Éventuellement, je suis parvenu à me faire une petite place dans ce milieu.

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Morgane Caussarieu : Quand j’étais ado, j’avais le choix entre deux séries à regarder : Dawson ou Buffi. J’ai trouvé qu’il était beaucoup plus intéressant de parler des problèmes de l’adolescence par la métaphore du monstre plutôt que d’y aller frontalement. – un fichier audio sur actusf.com

Rencontre avec Nadia Coste et Valérie Simon Attention : poulpe en interview ! Pas de retranscription pour cette animation. Pour un enregistrement sonore de la conférence, rendez-vous sur le site ActuSF (lien prochainement disponible). Une animation proposée par les associations Wish et Cyberunes.

Les projections. Le film documentaire Vampyr, réalisé par Rémy Batteault, à été projeté lors du salon, avec son aimable autorisation. On vous le présente sur vampirisme.com :

Le vampire est une créature issue du fond des âges, qui s’est imposé au fil des siècles dans notre inconscient, jusqu’à envahir le champ des arts à partir du XIXe siècle. D’Ekkimu à Edward, en passant par Arnold Paole, la Lenore ou Lestat, Rémy Batteault nous propose un voyage aux sources du mythe, nous offrant, au fil des interview d’universitaires, auteurs et spécialistes, de découvrir l’évolution d’une créature aux multiples visages, qui cristallise les tabous de l’homme pour le sang, la mort et la sexualité et matérialise son désir d’immortalité.

Courts-métrages vampiriques

Une sélection de Julien JAL Pouget, président d’AoA Prod, et d’Adrien Party, président du Lyon Beefsteak Club. La liste des vidéos nous a gentiment été fournie par ses deux personnes, remercions les grandement et préparez-vous, pour terminer ce reportage, à une séance films, comme si vous y étiez : nous commençons par présenter Le film humoristique vampirique qu’il faut voir…

What we do in the shadows, ou Vampires en toute intimité, est une comédie néo-zélandaise réalisée par Taika Waititi et Jemaine Clement. L’histoire est un faux documentaire présentant quatre colocataire vampirèsques dans leurs quotidien. Ci-dessous, le trailer, et la scène d’introduction sur YouTube (en VO).

Vamp U, ou Vampire University, est une comédie américaine pour adolescents réalisé par Matt Jespersen et Maclain Nelson, racontant l’histoire d’un professeur vampire ayant causé le chaos dans une université en mordant une de ses élèves.

So pretty, une réalisation de Stage 5 TV et Blue House Films est un court métrage (en VOSTFR) en huis-clos, dans un métro, de nuit, quand un vampire en chasse discute avec une abominable jeune fille. Le film en entier, ci dessous :

La vampire nue de Jean Rollin est une sorte de film psychédélique des années 70, osé, se basant sur la relation d’un jeune homme avec une vampire fuyant une confrérie pratiquant d’étranges expérience… La bande-d’annonce ci-dessous.

Jean Rolin est également l’auteur du film Le viol du vampire, un autre OVNI du cinéma français. Vous pouvez le découvrir en cliquant ici, ou en regardant son trailer.

Le vampire de Highgate est le nom donné à un fait réel. Une légende urbaine, perpétrée par de jeunes occultistes amateur se réunissant dans le cimetière d’Highgate, à Londres, à déclenché une vague de panique soutenue par la diffusion d’un documentaire, que voici, et plusieurs témoignages décrivant la présence d’un vampire. L’histoire à lien dans les années 70 :

The Carriage or Dracula & My Mother est un film, grandement primé, de Ben Gordon parlant d’une réunion de famille écourtée par l’arrivée d’un sinistre carrosse… Le personnage du réalisateur film la scène. C’est à visionner intégralement :

Everybody est un clip du groupe Backstreet Boys tiré de leur premier album, Backsteet’s Back. L’action à lieu dans un château kitchissime. Pour les amateurs de boys band et de caricatures :

Les courts-métrages présentés par Adrien Party proviennent de la compilation French Demence réalisé par Oh My Gore Distribution et Metaluna Productions. Nous y trouvons le meilleur des productions cinématographiques française sur le thème du vampire, qu’Adrien Party vous décrit en détail sur vampirisme.com : Les réalisateurs et auteurs de courts-métrages ne sont pas en reste dans le production filmique rattachée au thème du vampire. Comment oublier que l’un des premiers courts-métrages de l’histoire du 9e art, Le manoir du Diable de George Méliès, jouait déjà avec les codes du vampire (la peur des symboles religieux, la transformation en chauve-souris), et ce dès 1896. Depuis, nombreux sont les formats courts à s’être penchés sur le berceau des bêtes à crocs, notamment depuis l’avènement du numérique.

Le tour du Salon du vampire s’achève avec un album photo de Poulpy sur l’exposition LEGO organisée par FreeLUG. D’autres clichés vous attendent sur lyonbeefsteakclub.com et sur la page FaceBook de l’association. Nous espérons vous avoir donné envie de venir à la rencontre de nombreux auteurs et que votre curiosité a été attisée où, du moins, que vous vous êtes repus du spectacle. L’antre du poulpe se fait une joie de suivre ces salons toujours aussi passionnants, n’hésitez pas à rester en contact pour des nouvelles vampiriques ! Et encore merci à tous. Pour de plus amples retours, suivez les liens :

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Pour découvrir le prologue, Avant d’aller au Salon du vampire,
Pour lire la première partie du reportage – sur l’antre du Poulpe.

À dans deux ans pour un nouveau Salon du vampire
et à bientôt pour d’autres évènements !

Poulpy.

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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