Sombres Félins, des éditions Luciférines

Sombres félins
une anthologie des éditions Luciférines

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Sombres félins, une troisième critique pour les éditions Luciférines ! Pour découvrir les précédentes anthologies chroniquées par un poulpe, c’est ci-dessous. Attention, les articles comportent des dossiers, des photos et des interviews…

Nouvelles Peaux. Qu’aurait donc pensé le grand E.A.Poe d’une si étrange expérience littéraire qui, si elle se veut bienfaitrice pour le milieu, se moque éperdument de son avis sur la question !

Maisons Hantées. La nouvelle est-elle romantique, choquante, étonnante ? Lorsque nous lisons Maisons Hantées nous sommes vite perdus dans un dédale d’histoires duquel nous ne ressortons pas totalement indemne.

Animal vénéré, adoré ou craint, compagnon des sorcières ou incarnation d’un démon sur Terre, le chat entretient dans l’esprit des Hommes l’image d’une créature de l’entre-deux. Depuis le célèbre Chat Noir d’Edgar Poe, et la rhétorique trouble du chat de Cheshire sous la plume de Lewis Caroll, le petit félin domestique est un familier des récits fantastiques, légendes urbaines et croyances ésotériques.

À une époque où ils envahissent Internet avec leurs adorables cabrioles, associer chats et horreur n’est peut-être plus une évidence, mais dix-neuf auteurs osent faire tomber les masques. Ils se nomment Raminagrobis, Lazare, Angel ou Mina la minette. Ils ont le regard doux, mais les griffes acérées. Passeurs, chasseurs, diablotins, demi-dieux, envahisseurs ; une chose est certaine, quand ils rôdent, le surnaturel et le bizarre ne sont jamais loin.

Avec un humour mêlé de cruauté, les textes de Sombres félins vous feront voir votre ami à quatre pattes sous un autre jour. Sera-t-il toujours le bienvenu sur vos genoux ?

01_coverCi-dessus la couverture réalisée par Chris Vilhelm (dont voici la page artiste), spécialiste de l’univers gothique et co-auteure de l’essai Une culture de l’ombre : à la rencontre des gothiques, paru chez les Luciférines. Une interview dans l’article sur Maisons Hantées.

Des littératures de l’ombre aux textes transgressifs, les éditions Luciférines avancent vers des courants contraires. L’œil braqué sur le splaterpunk anglo-saxon, l’héritage surréaliste et romantique, nous cherchons l’expression franche et intérieure d’une horreur contemporaine, des égarements de l’esprit, des auteurs, enfin, qui feront plus que vous raconter une histoire.

Très attachées aux cultures underground, les éditions Luciférines n’hésitent pas à s’aventurer sur des terrains peu explorés. Créez votre lumière dans l’obscurité, découvrez nos auteurs et nos projets. – Cf : luciférines.com.

Aimable lectorat. Cet article comprend une dissertation au sujet de ma fierté féline (Puchi) ainsi qu’une série de photos plus embarrassante qu’autre chose. Le poulpe tient à s’excuser de cet excès de gagatisme. Sombres félins est une anthologie effrayante car l’horreur a une base réelle. Chats du monde entier, le présent article est dédié à vos victimes. Si seulement vous pouviez être des lapins. La vie serait plus sûre…

Avant Sombre félins : Le Chat.

Il est un fait intéressant avec les éditions Luciférines, c’est que si Lovecraft était des nôtres, il possèderait sans aucun doute chacune de leurs anthologies. Tout le monde connaît la dévotion de cet écrivain pour Edgar Allan Poe, sa passion pour l’architecture mêlée de fantastique, mais également son amour des chats. La question se pose alors : devons-nous nous attendre à un futur recueil dédié aux crèmes glacées ? Cependant, ceci n’est pas la question qui nous intéresse à présent.

Nous avons listé les raisons faisant des écrits de Poe des œuvres primordiales ; nous avons vu qu’il était possible de tirer un intérêt des lieux hantés ; maintenant, il est grand temps de comprendre ce qui fait un chat un chat. La glace est un dessert rudement bon que Lovecraft, le Maître de Providence, devait apprécier pour son côté doux et glacé. Les félins, en revanche… Pourquoi développer de l’intérêt pour ses infâmes créatures faites de crocs et de griffes, enrobées d’un pelage doucereux ? Où est le piège ? Et, naturellement, qu’est-ce qu’un chat ?

I. Qu’est-ce qu’un chat.

Prêtons attention, peut-être pour la première fois de notre vie, à la chose amorphe affalée sur notre lit. Regardez, l’étron est tout prêt de vous. Ceci est un chat. Si vous ne le situez pas, c’est qu’il est sûrement caché. Si vous ne pensez pas avoir une chose comme cela chez vous, regardez mieux. Je vous assure qu’il est là. Tout prêt. Le chat est peut-être volumineux une fois qu’on le détecte, mais avant cela, c’est un as de l’infiltration. Le chat, c’est le quatrième vélociraptor. Celui qui se glisse derrière vous pour bouffer tout ce qui passe (vous inclus). Prenez garde, le chat est votre ennemi. Il est le parasite de la société. Pourquoi croyez-vous que l’on perpétue chaque jour des crimes monstrueux aux seins de camps d’abattage ? Pour nourrir les chats. Ils dominent la chaîne animale. Réduisent bovins, ovins, lapins, poissons, poules et humains en esclavage. Le chat trouvera toujours une utilité pour vous : s’il ne peut vous dresser, il peut toujours vous hacher entre ses crocs. Les chats maîtrisent le monde ! Avec Internet, ceci vous est démontré. Attention au culte du « mignon » : de l’apparence frêle et sotte du parfait compagnon. Ceci est conçu pour duper. Prenez garde à la cat’titude.

02_puchiLe chat, fier de ses talents, peut pourtant être plus con que sournois. Je vous l’annonce preuve à l’appui. Prenons pour exemple mon modèle de félidé, Puchi. Un jour que je le laissais seul à la maison (les dieux seuls savent quel plan effroyable il concocta alors), une chose épouvantable s’éveilla en moi. Je me rendis compte qu’une fois hors de vu, dans ce petit appartement compartimenté, mon compagnon le chat pouvait être à la fois vivant et mort. Les notions des distances me paraissaient également floues, comme si l’espace, comme le temps, n’était qu’un concept abstrait dépendant de nos sens en tant que membre d’une même espèce.* Mon fils le chat m’apparut donc telle une créature terre à terre. Lorsqu’il m’avoua sa passion pour l’astrophysique, je ne fus guère surpris. Le chat n’est pas un imbécile. C’est un connard de sadique. Pourtant, parfois, son charisme s’effrite, d’un coup, d’un geste malencontreux, et il ressemble à un idiot. Témoignez d’une chute loupée, d’un gobage de mouche supposé tromper l’ennui, et votre chat vous apparaîtra comme le dernier des fous. Que voulez-vous, c’est la rançon du talent…

Cela ne nous explique toujours pas pourquoi le chat est si implanté dans notre société. Cette miniaturisation de ce qui fut un jour notre plus puissant adversaire aurait-il perdu ses dents de sabre afin de venir à bout de nos défenses ? Il nous est possible de philosopher sur le sujet de l’animal de « compagnie » social et néanmoins carnivore. En quoi, psychologiquement et socialement parlant, avons-nous besoin du réconfort d’un animal ? Et pourquoi choisissons-nous bien souvent le chat omnipotent-présent-vore ? Ce truc qui ressemble à une contrebasse. Le chat, d’après Wikipedia, est un félidé très commun dans les chaumières. C’est un animal à la longue pseudo-domestication faisant pourtant partie des plus féroces prédateurs. Les chats sont des tueurs de masses perpétrant les crimes les plus communs du monde animal. Car le chat, avant d’être un demi-dieu, est avant tout un animal terrestre vivant (partiellement) sur le même plan dimensionnel que l’humain. Le chat a un comportement territorial. Il miaule, feule, ronronne et grogne, a des origines africaines, et est l’un de nos plus vieux compagnons. L’étymologie, l’anatomie, le comportement, etc. sont des informations importantes à connaitre avant de lire cet article.

Mais loin de moi l’idée de douter de vos connaissances en citant de longs passages tirés du wiki. Quant à l’Histoire du chat, que l’on vous y décrit, nous en discuterons à la suite. Adopter des chats issus d’élevages est mauvais pour l’environnement, car il est difficile de réguler la natalité de ses créatures, une fois lâchées dans la nature. Que penser du fait que ces petits félins soient toujours si souvent quémandés ? Les chats, dans leur désir d’expansion, seraient-ils si différents de nous ? Ne se rendent-ils pas compte que leur tempérament affectueux plonge le monde dans les horreurs d’un écosystème branlant ? Pouvons-nous penser qu’il s’agit d’égoïsme ? La tare la plus hautaine de l’humanité est de privilégier le carnivorisme. Il n’est pas naturel pour l’homme de tuer un animal, ni même d’accueillir un tueur sous son toit. Pourtant, cela est de mise. Avec l’urbanisation du monde, on ne peut plus se lier d’amitié avec des animaux de ferme. Et les rongeurs sont bannis pour de stupides questions de propreté. Question propreté, les lèches-culs que sont les chats plaisent à nos critères. De ce point de vue là, le chat est le parasite issu du système, aussi adorable soit-il. Je vous le répète : c’est un piège ! Le chat nous a domestiqués en modifiant nos critères sociaux.

Voyons un peu ce qui détermine le chat. Son anatomie est remarquable. De loin, il pourrait ressembler à un tubercule tant sa forme fluctue. De près, il semble être issu d’un amalgame entre plusieurs animaux : un serpent, une loutre, un dindon à pattes de lapin, une crevette en chocolat. Certaines de ses capacités sont par ailleurs étonnantes. Son ventre, extensible, peut contenir toute sorte de nourriture allant du céleri au thon en passant par les haricots verts et le tofu fumé. L’animal a souvent une forte haleine pouvant inspirer aux auteurs horrifiques des histoires de cadavres en putréfaction. Le ventre du félin n’est pas le seul organe extensible. Regardez-les lorsqu’ils s’étirent. Ils peuvent se nicher dans les recoins exigus à la manière des poulpes. Ce qui est embêtant, c’est que les chats sont bien souvent déportés par leur important arrière-train. Les situations burlesques que cela créer sont bien connues du grand public. De même, un chat se balade toujours à poil. Nous pourrions penser que l’apport d’un costume l’élèverait au statut de gentlecat. Pourtant cela a un effet inverse : le sujet régressera, allant même jusqu’à se mouvoir en marche arrière. Si le chat est incompatible au système humain, il l’adapte, et non l’inverse.

Mon Puchi (tel est le nom de la créature jadis adopté pour des raisons sanitaires, il ne pouvait errer longtemps sur la maréchaussée) à la particularité commune d’être chatouilleux du bas du dos et de la queue. Effleurez-lui le corps du bout du doigt, il se mettra à trembler. Placer votre tête sur le haut de son flan, l’expérience aura un résultat similaire. Vous pouvez également tendre l’oreille et découvrir toute sorte de sons étranges, allant du ronronnement aux bloubloutements d’estomac. Le chat semble apprécier les caresses, mais pas à n’importe quel moment. C’est à lui d’ajuster l’horaire en fonction de l’importance de vos occupations, ou de vos cycles de sommeils. Le chat a tendance à malaxer les vessies en plein milieu de la nuit. Cette période est connue sous le nom d’« Heure de la pâtée ». De nombreuses vieilles dames périssent à cet horaire-là.** C’est pourtant le temps de la gratouille entre les oreilles, sous la tête, entre les coussinets, dans le bas du dos. Attention, cette heure peut correspondre avec la période post-caca.

03_photos1Dans ce cas, votre compagnon, rendu fou par la diminution de la pesanteur, vous procurera bien des malheurs. De plus, il aura tendance à sentir mauvais. Quoique la senteur de ses poils humidifiés par sa bave est divinement aphrodisiaque… Sa langue, quant à elle, à l’effet d’une éponge à peeling. Il est possible de s’en servir pour décaper la coque des bateaux. On sous-estime grandement l’apport que pourraient apporter les chats dans plusieurs secteurs. Une régulation leur impose de ne pas travailler, de prodiguer ses tâches ingrates aux esclaves. Cela explique pourquoi il y a tant de philosophes et d’artistes parmi les chats. Ils vivotent dans les palaces que vous leur construisez à la force de vos pattes immondément dénuées de fourrure. Le chat n’est pas différent de l’antique royauté. Tout chat chasse et court. Le chat d’appartement est un chasseur… de mouches. Ce sport étant fatigant, l’individu est souvent en mode veille afin de préserver son énergie. Plusieurs autres activités que la sieste ou le safari s’offrent à lui, tel que le commérage au balcon ou la reproduction. Sa sexualité ne nécessite pas l’adoption d’un partenaire de la même espèce. Une couverture roulée en boule suffit à assouvir ses pulsions. Les peluches d’animaux naissent peut-être ces unions entre organique et textile.

Un chat tournera sur lui même avant de se laisser tomber sur un coussin. Imite-t-il le sens de rotation d’une planète ? Qu’est ce que cela signifie ? C’est un des nombreux mystères entourant ces créatures. L’un est relatif à la particularité rétinienne des félins. L’œil du tigre devient noir ou très fin lorsque l’animal saute sur sa proie. L’expérience suivante ne se tente pas avec un tigre, et c’est pour cela que le chat convient parfaitement à notre civilisation : nous pouvons le porter. Vous remarquerez alors que le chat, devenu extrêmement long, étire ses pattes arrière. Ce qui est extrêmement bizarre. Mais pas plus que ceci (attention, cette expérience est risquée) : Servez une poignée de croquettes à votre compagnon et conservez-en discrètement quelques unes dans votre main. Le félin ne tardera pas à apparaître. Attendez que sa tête disparaisse dans sa gamelle et faites tomber les croquettes une à une dans le bas de son dos. Vous remarquerez que ses poils se hérissent. Progressivement, les croquettes disparaîtront dans cette mer gigantesque, comme absorbées par l’organisme.

Le chat à un effet sur sa nourriture : il l’englobe tel un canapé fusionnant avec son hôte humain lorsque ce dernier passe trop de temps sur lui (il se fait digérer tel un insecte pris au piège dans une dionée). L’effet étrange de l’absorption de substance est en deux temps. Vulgairement, le chat est une machine à crottes. Elles ne sont pas faciles à trouver, car les matous les dissimulent tels des œufs de Pâques. Les chats de campagnes sont doués à ce jeu. Quant à ceux des villes… Le chat est une créature peureuse une fois sortie de son environnement naturel. Il aura tendance à ronronner très fort, à baver et à se réfugier dans un endroit sombre. Le chat a une promiscuité avec les ténèbres. Cela est peut-être en rapport avec leur notion des distances, comme dit précédemment. Il aime se réfugier dans les cavernes, ce qui explique son tempérament préhistorique et son accoutumance à l’homme remontant à Neandertal. Ne me faites pas dire n’importe quoi : nous devons tout de même avoir peur des chats. D’ailleurs, peut-être les acceptons-nous dans nos foyers par flatterie. Pour éviter leur courroux.

On peut tromper la confiance du chat avec des jeux. Le jeu du chat est bien connu. Il y a des variantes, mais le chat restera toujours le chat. Dans sa prédilection à sauter sur ce qui bouge, ce qui ne bouge pas, et ce qui ne bouge pas, mais qui bouge quand on le bouge, le chat est doué à 1, 2 3, soleil. On peut, à l’aide d’une balle, lui apprendre à rapporter des proies. On peut également le laisser faire ses griffes et se poser là où il le souhaite. Le chat-pardeur ne comprend pas la notion d’interdit. Un chat dit « d’intérieur » est reconnaissable par quelques variantes au chat « d’extérieur ». Déjà, il aura tendance à faire de nombreuses toilettes en imitant un ballet rudement complexe. Ensuite, son comportement face à une laisse est simple : une fois harnaché, le chat se laisse tomber sur le sol et vous n’avez plus qu’à le traîner. Le chat « d’intérieur » est gros. C’est un goinfre. C’est un gouffre. S’il est castré, une bouée entoure ses membres inférieurs. Cela n’empêche pas l’animal de maintenir ses allures d’aristo-cat. Symbole d’élégance noir, le chat, ce monstre alléché, est alléchant. Qui a-t-il de plus ténébreux qu’un chat, sinon quelques autres créatures de la nuit ?

Nous pouvons aussi deviser sur la relation chat-chien. C’est bien simple, elle n’est pas toujours très bonne, le chat étant un snob de compétition. Face à un chien, le chat non habitué tournera autour du canin à la vitesse d’une tortue arthritique. Le chat n’aime pas non plus les vétérinaires, les bains, et certains de vos amis (ceux aimant les chats, naturellement). La relation chat-humain est complexe, car le primate aura tendance à humaniser le félidé. Donc à l’adopter et à l’élever. Ce manque de respect ne semble pas déranger les chats. Je vous le demande donc : ainsi accoutumés par leur présence, sommes-nous plus chat qu’humain ? Nous transmettons de nombreuses idées reçues. Par exemple, on dit souvent que les chats planifient la domination de l’univers. Pourtant leur promiscuité ne nous a pas incitées à promulguer un état d’urgence. Personne ne sait si cette théorie est vraie. Si elle l’est, alors l’implantation du chat dans la société est intimidante. Peuvent-ils vraiment communiquer entre eux en utilisant les énormes émetteurs-récepteurs que sont les pyramides égyptiennes construites par leurs plus fervents admirateurs ?

04_photos2Le chat était alors vénéré. Nous y reviendrons. Peut-être est-il issu d’une invocation démoniaque ayant mal tournée. Le felix silvestris catus prospère là où de nombreuses espèces périssent. Sa force de persuasion est à l’épreuve du temps. Son seul ennemi semble être généré par son transit intestinal. Le chat n’est pas un simple boulet poilu, c’est un boulet poilu mythique. Avant de vous parler du folklore entourant les chats, laissez-moi faire la promotion de mon cher maitre, Puchi, en vous conseillant quelques articles, des dessins, des montages et des bandes dessinées, parus sur ce blog : mes croquis animaliers, le SweetClub, les Puchi’s facts, le dodo-peluche, jardiner, travailler, le véto, la pattée, les photos, les bébés

*Puchi, mon chat, doit percevoir l’univers sous une forme très différente. L’intelligence de mon félin n’a d’égale que sa grosseur. Son esprit, lui, est aussi fin que le duvet le recouvrant. Il est dommage que son ouverture soit seulement égale à la fente de son troufion, qui empêche une étude en profondeur par son côté si belliqueux. Parfois, surprendre Puchi dans le couloir est très amusant. Il a le regard outré de celui qui était en pleine réflexion, et qui vient d’être dérangé par un observateur trop curieux. Puchi se pose toujours au même endroit, au croisement entre la porte de ma chambre et le couloir. Il fait face à la porte d’entrée, dos à la fenêtre. Puchi est l’archétype même du chat d’appartement. Il ne s’est jamais aventuré hors de son domaine. Parfois il arpente chaque recoin du couloir de notre bâtiment, flaire chaque paillasson. Ça ne dure jamais longtemps, ce monsieur préfère s’entourer de ses murs à lui. À quoi pense Puchi quand il fixe la porte d’entrée, limite de son territoire ? Et quand il se tourne vers la fenêtre, qu’il se penche vers le précipice de quelques mètres le séparant du monde du dehors ? Fait-il un rapprochement entre ces deux zones d’inconnu ? Puchi sait que ces espaces sont reliés, car il me guette du haut de son rebord de fenêtre, parfois, quand je suis dans la rue. Puis il se jette sur la porte d’entrée, la gratte, il me fait la fête.

Puchi a une notion de l’espace très différente de la nôtre. Son monde est plus restreint, mais son appartement lui parait plus grand qu’il ne l’est pour nous, car Puchi n’a pas notre taille. Se demande-t-il pourquoi le dehors n’est pas à la même hauteur derrière la porte et derrière la fenêtre ? Et comment se fait-il que deux espaces si opposés géographiquement puissent se rejoindre ? Ah, non, en fait il veut juste aller à sa caisse, qui est située à côté de la porte d’entrée. Discret, il ne veut pas qu’un témoin puisse faire le rapprochement entre les cadeaux qu’il enterre dans le sable de sa litière et sa personne… Puchi, comment donc pouvons-nous quantifier ton degré d’intelligence ?

** Jugez par vous même grâce à une illustration inédite conçue exprès pour cet article. L’heure de la pâtée vous attend à la suite.

II. Le chat folklorique et littéraire.

Dans le résumé de Sombres félins on nous parle de Poe et de Lewis. Pourtant il serait judicieux de remonter plus loin dans le passé afin de connaître la valeur symbolique de ces vicieuses créatures. Mais avant, un peu d’Histoire : nous retrouvons la trace des animaux de compagnie dès l’antiquité. Cet apprivoisement a une fonction utilitaire, tant dans la garde d’animaux que dans le développement des enfants. Sur Wikipedia on peut lire que l’animal de compagnie est un objet d’attachement dont la présence est rassurante. « Il rompt la solitude et l’isolement social », il comble un manque. L’animal est aussi une preuve de statut social. Le faisant doré et le cochon d’Inde ont toujours brillé dans la haute société européenne. Alors que chat, lui, est un animal très populaire. Cependant nous le retrouvons partout : sur des peintures rupestres, des fresques, des mosaïques puis des tableaux… Il se fit même déifier alors que, dans d’autres endroits de la planète, on le mange depuis des siècles. Quelle étrange créature ! Retournons aux origines d’un mythe.

05_photos3Le chat d’Afrique a progressivement colonisé tous les continents, même les terres où il n’était pas implanté, en suivant l’exemple des lapins dans la marine marchande. Nous le trouvons massivement dans le bassin méditerranéen : là où les premières civilisations se sont développées sous les petits regards vicieux des félins. Les chats ne sont pas restés spectateurs de ce prodige. L’ont-ils commandité ? C’est possible. C’est un fait, ils en ont profité. Reprenons l’exemple des Égyptiens. Dans les premières villes, les chats ne se sont pas contentés des restes des hommes. Ils ne souhaitaient pas se nourrir uniquement des animaux attirés par les terrains agricoles. Très vite, ils ont profité du luxe des puissants. La société féline est hiérarchisée de la même façon que la nôtre : une dangereuse frontière sépare les riches de la populace. Le luxe n’est pas la portée de tous ces animaux. Seuls les plus beaux peuvent s’élever. C’est ainsi que l’espèce n’a cessé, au travers des siècles, de s’embellir. Et nous sommes progressivement tombés sous leur joug. Le chat nous a rendus dépendants en définissant nos critères de beauté.

Voilà pourquoi nous le trouvons souvent dans des publicités. Il y entoure des femmes à poil ou des enfants. Voilà pourquoi l’homme de maintenant est foutu : le chat a réussi à envahir le seul espace libertaire restant à sa disposition : internet. Certaines personnes ne sont pas sottes. Elles ont détecté le plan de domination des chats et s’engagent dans une pathétique rébellion. Mais qui, dans ses dénonciateurs en tout genre, est prêt à blesser un chat ? Nous sommes programmés pour les protéger, car nous avons tous besoin d’une chose mignonne afin de donner un sens à nos existences. Le chat est le symbole de la dépendance affective. Le best-seller Un chat pour les nuls est une preuve de notre naïveté inconsciente face au péril félin. L’Histoire du chat vous est expliquée, et nous remarquons qu’après une époque sombre, les chats sont revenus à la mode dès l’avènement des premières théories conspirationnistes. Il n’est plus favorisé pour ses instincts de chasseur, mais parce qu’il est mignon et sociable. Le chat nous a été offert pour que l’on puisse caresser le tigre (proverbe anglais). Il est primitif et perfide, tel un homme dans les premiers stades de son développement.

C’est le grand inconnu, le mystère des origines sauvages doublé du raffinement civilisé. Le chat s’oppose et se mêle à l’humain. Et il sait si bien dire « maman » ! Le chat c’est l’image du bébé, paresseux et toujours affamé. C’est aussi celle de la femme sauvage, sensuelle et mordante. C’est celle du détachement et de l’indépendance, admirable par les plus mauvais représentants de ce mode de vie. Le chat profite, le chat médite, le chat est avec nous tout en étant hors de portée. Ses rituels sont anciens. Il nous est difficile de comprendre comment de tels comportements se perpétuent depuis l’aube de l’espèce. Le monde des chats est un monde d’instincts, de gestes, de plaisirs simples (cf. Pour les nuls) qui a tendance à fusionner avec le nôtre mais qui, par endroits, endroits reculés, est toujours aussi mystérieux qu’à l’aube des temps. La sauvagerie du chat les prédestine aux récits de fantasy, pourtant c’est un symbole majeur du fantastique. On le dote d’un sixième sens divinatoire, de neuf vies, d’un caractère satanique ou de celui de l’éternel voyageur…

On nous fait craindre le chat, mais lui aussi a beaucoup à craindre de nous. Cet animal est peut-être trop sauvage pour nous qui avons tendance à classer les animaux en « bon » et « mauvais » en fonction de leur puissance défensive. Nombreux sont ceux qui martyrisent les chats pour le plaisir. Nous, comme repoussés par la victimisation, ne nous soucions guère des malheurs des plus faibles, des plus pauvres. Et donc des animaux qui, par une croyance infâme, sont forcément moins importants que nous. Dans Sombres félins il existe cette dénonciation, des récits à la Moby Dick se déroulant sur la terre ferme. Car ce qui est puissant n’est pas forcément mauvais… Quoiqu’il soit prouvé que les félins tendent vers la schizophrénie… Si l’on dote les chats de la parole humaine, aurions-nous droit aux divagations du Cheshire cat ? Sont-ils fous ? Que penser de leur air détaché face à la réalité, de leur sourire cynique… Sur la quatrième de couverture de Sombre félins, on nous cite Poe, avec son chat noir, héros pervers de la nouvelle éponyme. Le chat est le compagnon de l’écrivain torturé, tel Baudelaire qui, comme Poe, avait sa Catarina. Lovecraft, avec Kadath, avait son Nigerman… Ces animaux à la robe sombre teintent les rêves. L’énigme de ces Sphinx n’est guère résolue par ces écrivains leur vouant un culte en sachant qu’il est dangereux de percer le secret de leur univers.

06_photos4Revenons donc à notre article Wikipedia : le chat. Le chat noir, d’après ce même site, c’est la bohème. C’est le cabaret où se retrouvent les artistes, peintres, poètes (alchimistes ?), dans un cadre défiant l’imagination, permettant à l’âme de s’élever. Sombres félins semble être l’hommage et l’équivalent contemporain de ce lieu de rencontres nocturnes, ou du journal affilié. Durant l’âge d’or du Chat noir, le chat était le symbole d’une certaine forme d’anarchie recourant à l’art afin d’élever l’humanité vers des sphères philosophiques et non commerciales. Ce chat noir est devenu plus prosaïque du fait qu’il est aujourd’hui repris par la CNT. Mais l’aspect libertaire de l’animal est préservé. Avant cela, le chat était intrinsèque au courant du romantisme noir. Nous pourrions nous arrêter à cette accointance, sauf s’il nous prend l’idée de trouver dans ce courant des références historiques et même antiques. La définition que nous avons de ces créatures est bien souvent due à ces peuples méditerranéens dotant l’animal de plusieurs qualités et défauts. Par exemple, nous devons le rapprochement entre chatte et luxure aux Romains. Les Égyptiens étaient plus respectueux dans leur représentation. La divinité Bast(-et), ou Aílouros (en Grec) en est la preuve. Déesse séductrice, protectrice et musicienne, on la dit « douce et cruelle » ainsi qu’« attirante et dangereuse » (cf. Wiki). Elle représente la femme et la fécondité.

Le chat mâle était l’incarnation du Soleil, la femelle, de la Lune, et de nombreux dieux prenaient sa forme. Le chat, disait-on, absorbait les chagrins, et pouvait se dédoubler. Les Lapons, comme les Égyptiens, estiment beaucoup les chats, gardiens de leur maison et conseillers. Les musulmans l’affectionnent et lui donne des origines divines ou magiques. Au Nord, le chat est le compagnon de Freya. À l’Ouest, au Brésil, c’est la déesse Candomblé. À L’Est, en Asie, c’est l’animal invitant la bonne fortune ou prédisant le temps et les séismes. Tandis qu’en Europe il est affilié à Satan, aux sorciers, et conduit en enfer ou aux sabbats. Si le chat noir porte malheur, c’est à cause de la symbolique de sa robe. En Angleterre, il porte bonheur. Il arrête « vermines » et maladies. Si dans l’antiquité tuer un chat était passible de mort, au Moyen-Age l’homme était la cause majeure de leur baisse démographique. Cette permutation dans leur popularité est due à la nette rupture entre les cultures païennes et chrétiennes : ce qui était déifié fut rabaissé. Un courant n’ayant pourtant eu lieu que tardivement. Et il est intéressant de voir jusqu’où allaient les adorateurs des chats dans leur vénération (c’est ici), comme il est atroce de voir jusqu’à quel point les matous étaient persécutés dans des procès de l’Inquisition.

Le chat devient donc vil, mal(a)in. C’est le sorcier transformé, et par sa ressemblance avec la femme, il porte ses attraits longtemps mal considérés. C’est le méchant des contes, le tentateur du Chat perché, jusqu’à ce que le chat botté vante sa philosophie de vie débridée, paresseuse, et que sa ruse soit acceptée. Comme de nombreux mammifères, le chat permet de transposer la société humaine sous forme parodique. Les dérives du mot chat sont donc nombreuses et possèdent des sens différents (minet ; matou…). Autant d’expressions nous faisant oublier la nature profonde du chat qu’il ne faudrait pas éveiller… Après, on peut douter du mauvais présage qu’est le chat, le sombre félin, lorsqu’on découvre une si étrange anthologie que celle que nous allons chroniquer. On pourrait dire que ceci n’est pas du pipi de chat.

07_wainLes chat psychotiques de Louis Wain.

Je suis le diable. Le diable. Personne n’en doit douter. Il n’y a qu’à me voir, d’ailleurs. Regardez-moi, si vous l’osez ! Noir, d’un noir roussi par les feux de la géhenne. Les yeux vert poison, veinés de brun, comme la fleur de la jusquiame. J’ai des cornes de poils blancs, raides, qui fusent hors de mes oreilles, et des griffes, des griffes, des griffes. Combien de griffes ? Je ne sais pas. Cent mille, peut-être. J’ai une queue plantée de travers, maigre, mobile, impérieuse, expressive – pour tout dire, diabolique. Je suis le diable, et je vais commencer mes diableries sous la lune montante, parmi l’herbe bleue et les roses violacées… Gardez-vous, si je chante trop haut cette nuit, de mettre le nez à la fenêtre : vous pourriez mourir soudain de me voir, sur le faîte eu toit, assis tout noir au centre de la lune !…Poum, de Colette.

C’était un animal remarquablement grand et merveilleux, d’un noir de jais intense et d’une sagacité étonnante. — Edgar Allan Poe. + découvrez des poèmes de Charles Baudelaire, Le chat, Le chat(bis) et Les chats, dans Les fleurs du mal.

III. Les nouvelles. Une critique de l’œuvre :

Si les dieux étaient des chats, qu’ils avaient inventés pleins d’animaux pour s’amuser avant de créer les chats, comme on créer des peluches d’animaux et parfois des peluches d’humains, ça expliquerait des choses. En tout cas, si les gens étaient couverts de poils ils seraient beaucoup plus mignons.

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Caprices de Florence Barrier

« Le pauvre animal avait depuis longtemps renoncé à se débattre, en majeure partie à cause de sa mollesse innée, mais aussi parce qu’il avait rapidement compris qu’il était vain de vouloir résister à la petite Alice. Violet aida l’enfant à s’asseoir sur le bureau tandis que Lewis examinait la toile. Le tableau chez ses parents était une reproduction d’une œuvre célèbre dont il avait évidemment oublié le nom. Une représentation du vieux château en ruines de son village natal : Beeston Castle, dans le Cheshire. »

Spécialiste de littérature médiévale, Florence Barrier a surtout publié ses nouvelles aux éditions Otherlands. Native de Provence, détentrice d’une Maîtrise de Lettres Modernes (université d’Aix-Marseille) et d’un DEA (Sorbonne, Paris), elle est l’auteure de plusieurs mémoires, « tâtant aussi bien de la traduction de manuscrits que de la paléographie. » Caprice est sa troisième parution en anthologie, sa première pour les éditions Luciférines.

08_montageMontage de Mickaël Feugray, auteur de la nouvelle Chatterton Blues. Son site.

Oui, le chat est capricieux. Difficile de lui refuser quoi que ce soit. On aborde tout un zoo humain, bien amusant lorsque le héros, par caprice, devient le détenteur d’une toile à l’auteur inconnu, représentant un paysage gotique, un caprice. Le chat, en toile de fond, s’anime pour insuffler un grain de folie à une famille au bord du gouffre.

Le lecteur reconnaîtra sans mal les nombreuses références à Alice in Wonderland, prenant tout leur sens à mesure que le récit s’achève, avec un certain brio. Les interactions des personnages sont à la fois hilarantes et tragiques. La nouvelle réussie sur le ton de l’humour noir, très anglais, caractérisé par une caricature de personnages turbulents, menant la vie dure à un héros déphasé pris en otage par une famille trop capricieuse. L’auteure varie sur le thème des enfantillages sans que le récit en pâtisse (Caprice est dédié à un public avertit).

Le réel est parfois trop envenimé pour les êtres sensibles, comme le père de famille trouvant refuge dans la fiction et dans le décor de ce tableau, cette petite fenêtre menant vers un autre monde, vers d’autres lois que celles qui l’entravent, qui sert d’échappatoire si on suit la trace d’animaux imaginaires. Caprice est donc un excellent prélude à un livre comme celui-ci.

Meow d’Aaron Judas

« J’avais grandi avec tout un tas de superstitions et tout un tas de décès dans la famille ; les pleurs étaient les mêmes pour une corneille que pour une grande tante. Du haut de mon mètre vingt ma mère n’avait pas toujours les mots pour soulager mes peines, les histoires de paradis et de vieux monsieur veillant sur les êtres perdus ne me suffisaient plus, je préférais celles plus étranges et plus sombres de ma tante. Elle racontait qu’après chaque mort d’un proche un animal venait nous rendre visite, c’était une sorte de dernier adieu. Il fallait veiller à bien observer les signes afin d’accueillir la bête porteuse de l’âme du défunt comme il se doit. »

Possesseur d’une maitrise en audiovisuel, réalisateur de courts-métrages et de clips, musicien et auteur, il se nourrit de macabre aussi bien télévisuel que littéraire. Aaron Judas se plait à raconter des histoires horrifiques, fantastiques, des contes, des légendes… et écrit des chansons au son de metal rock gothique. Meow est sa première nouvelle publiée – sa Page Facebook.

09_dessins0Illustration de Poulpy (rechercher personnelle), L’heure de la pâtée, pour vous présenter Sombres Félins dont voici la couverture par Chris Vilhlem.

Chez Luciférines, les anthologies commencent toujours avec un conte, pour embrayer sur un genre plus punk, ne s’enlisant pas dans les bons sentiments, malgré l’histoire d’une symbiose entre un humain et un chat fidèle. « L’auteur brise les tabous ». Il ose de nouvelles perspectives, comme celle de rédiger son récit du point de vue d’un junkie, baroudeur, dépressif (sans surenchérir dans la lamentation fastidieuse).

L’intrigue est cousue : nous nous doutons que la nouvelle se clôturera par un bad trip où le chat prendra les propositions de la superstition. Un rappel du mythe du félidé est, là encore, un bon prologue. Le chat accompagne le thème des esprits, ce sont les messagers des morts, des mythologies (ici, aztèque). Si la base est simpliste, le rendu, l’aspect onirique, est bien foutu. Le chat relie deux univers, c’est une porte vers une autre sphère redoutable.

Le héros, comme d’autres, fuit la dure réalité. Ce qui se ressent dans un texte violent, incisif, contant une possession, une intrusion dans le monde de la folie, qu’une société conçoit par son manque d’humanité. La chute, les explications, sont peut-être de trop dans cette nouvelle jouant sur l’ambiance, plus que sur l’intrigue quelque peu bancale.

Le pré aux trembles de David Baquaise

« Le chat, la mort… et un auteur. Le premier livre qui a donné au jeune David l’envie d’écrire ? Simetierre de Stephen King. Quand on vous dit que c’est le destin ! Pour son texte, David s’est inspiré d’une légende de sa terre natale, mais la question subsidiaire est : que peut-il bien y avoir d’autre tapi au cœur de l’Ardenne ? Vous pouvez retrouver ses textes sur différents supports et aux catalogues de plusieurs maisons d’édition (Les Netscripteurs, Sombres Rets, L’Ivre-Book, Mythologica). »

10_dessins1Illustration de Heil Kitler par Ste’s Strange Sketches (sa page Facebook), plus une image promotionnelle du même artiste.

La légende du chat noir trouve de nombreuses bases dans le moyen-âge où il est le compagnon des sorcières, voire sa métamorphose. L’histoire est celle d’un comte se rendant à un duel, ou à un sabbat, pour répondre à une question d’honneur, ou pour une autre raison très étrange…

Définitivement fantastique, la nouvelle aborde la peur des ténèbres, de la femme qui lui est liée dans la pensée chrétienne, celle du péché, du pacte avec le diable. Ses grands classiques ne sont pas mis en scène dans le but de s’en moquer, mais afin de retranscrire des légendes françaises sur un ton contemporain fait de dialogues fort bien conçus.

On tente de comprendre une mystérieuse affiliation entre les personnages et une vieille malédiction. C’est une bonne amorce à un roman qui ne perd pas de son mystère et de son charme, caractérisant si bien les chats démoniaques. Posée, cette nouvelle qui ne paie pas de mine est composée avec un certain brio.

L’Enfer de Mahaut Davenel

« Tous ces bruits de chairs humides, torturées, tous ces soupirs, ces corps au bord de la rupture, acculaient au bord du gouffre ce qu’il leur restait de raison. La chaleur allait croissant, évoquait une fournaise. Le club semblait un îlot isolé dans un océan de lave. Bientôt les flammes jailliraient spontanément des murs, du sol, caresseraient la charpente. […] Des femmes aux chevelures enflammées, aux orbites calcinées, poursuivraient leurs danses grotesques, chacune prisonnière de son univers clos de délices. Il y avait quelque chose d’absolu dans cette chaleur, dans son intensité. En chacun d’eux, regardeurs et regardées, elle extirpait l’animal. »

Mahaut Davenel écrit des histoires qu’elle qualifie comme étant graphiques, noires, allant parfois jusqu’à l’absurde. Sur le site de Luciférines, vous pouvez lire qu’elle aime travailler sur les thèmes des perversions et des « déliquescences ornées à l’excès de la période fin-de-siècle ». Vous y trouverez, via le lien précédent, ses sources d’inspirations. – Découvrez sa nouvelle Métafiction dans l’anthologie Maisons Hantées ainsi que son interview.

11_dessins2Illustration de Les Petits chéris et de Caprices par Ste’s Strange Sketches (sa page Facebook).

L’Enfer, un club où l’on espère découvrir une arrière-salle dédiée à des crimes occultes. Cette auteure se complaisant dans les descriptions de la souffrance et du plaisir mêle ses deux aspects dans un spectacle impossible, horrible et captivant, duquel le lecteur, comme le spectateur, ne peut s’extraire. Elle sublime des tortures atroces avec un soin dérangeant, nous menant peu à peu vers l’apogée de l’horreur, puisant dans sa culture underground, dans des visions de l’enfer, du supplice, et dans des phantasmes que nous ne désirons connaître… Le danger se rapproche, happe, omniprésent de la scène qui écartèle la curiosité et le dégoût, si bien qu’on ne s’enfuit pas, qu’on reste jusqu’au bout, au risque que flanche notre santé mentale, qu’on se prenne au jeu pourtant factice d’étranges prostituées sublimant leurs peines.

Il y a ici une critique des tares de l’homme, menant vers l’abîme, et sur l’aspect facétieux du monde du spectacle, qui n’a rien de reluisant. Par contre, il ne s’y trouve aucune morale, car l’auteure se complaît dans ce trip enivrant et surréaliste.

La Quête de Patrick Godard

« Raminagrobis est matinal, il n’aime pas le diktat sans concession du soleil. S’il lui plaît d’avoir chaud, il trouve les solutions qui lui siéent… tout seul ! Il préfère l’aurore, voire juste après, lorsque les rayons de cet astre maudit sont encore tendres et puceaux de jeunes peaux. La nature lui a offert une somptueuse et chaude fourrure d’ébène et il la remercie chaque jour. En revanche, toute médaille a son revers ; cette foutue couleur abyssale absorbe la fureur de cette putain d’étoile. Alors Raminagrobis épouse volontiers les trottoirs de la ville dès potron-minet ou éventuellement au crépuscule. Jamais la nuit ! Les ténèbres n’ont pas besoin de lui, et puis la lune l’affuble d’une teinte déplaisante. La nuit, tous les chats sont gris ! »

Boxeur ayant mené sa bosse dans tous les domaines (il a été marin, cuistot, comédien, et videur de boîte), cet écrivain a tout d’une parodie. Ses textes, qu’il dit balancer entre profondeur et dérision, sont à l’image d’un père de famille de campagne sans histoires cachant un féru de littérature d’un genre peu recommandable. Ses nouvelles sont parues aux éditions Rebelyne, et, entre autres, chez La cabane à mot ou Otherlands.

12_dessins3Illustration de Moi, le chat par Morgane-auteure (sa page Facebook) et de La Cage aux fioles par Ste’s Strange Sketches (sa page Facebook).

Sous-titré « Pièce en deux actes indissociables, incompressibles et incontournables, mise en scène par Sir Raminagrobis. » Difficile d’appréhender ce texte aux proses étranges, contant les élucubrations d’un chat anthropomorphique, puisqu’on nous dévoile ses pensées et ses raisonnements proches des nôtres.

L’histoire, extravagante, est vraiment tordante. Cela tient à son concept original et à des jeux de mots pince sans rire. Ils vont avec la figure féline que l’on aborde plus souvent que d’autres. Sûrement parce qu’elle nous parle, parce que son masque de fauve manipulateur nous rappelle des démons avec lesquels elle semble pactiser…

Le chat noir est burlesque. On lui confère toute sorte de pouvoirs. Lui tente toujours de surpasser son état. Il profite de la folie humaine pour vivre ses vies (il en a neuf) dans une société féline magique. Tueur miniature, il s’enivre des malheurs des autres, tel le psychopathe qu’il est. Il se moque de l’humanité grotesque, débile, qu’il corrompt au point de lui insuffler des crimes atroces. Mais ce chat, est-il plus ignoble que nous, lui qui prend plaisir dans sa tâche et qui ne tente pas de renverser son prochain ?

Sacha de Pierre Brulhet

Pierre Brulhet, dit le martien – dans les hautes sphères – est auteur, nouvelliste et, dans son autre vie, architecte d’habitats martiens. Il semblerait que le monde fictionnel de Pierre Brulhet ne se limite pas à ce qui se déroule à l’intérieur de notre stratosphère. Si ses préférences littéraires l’encouragent à approfondir le domaine du fantastique, du punk et du gothique, il ne se cantonne tout de même pas à ce genre, dérivant vers le conte en passant par la science-fiction. – Découvrez sa nouvelle La valise (Nouvelles Peaux, comprenant une interview) et son recueil, Darkrün, (éditions La Clef d’Argent) sur ce blog. Son site internet.

Cet auteur allant toujours droit au but dans ces histoires utilise toujours un élément du quotidien pour alimenter sa fabrique à nouvelles. Dans Sacha il se moque de ses voisines de palier, vieilles dames en manque d’action qui vivent avec leurs chats. L’une d’elles semble être une sorcière recluse dans l’anonymat d’un appartement parisien.

13_brulhetCi-dessus, Pierre Brulhet à Damparis, au salon Texte et Bulle en 2016.

Une personne âgée proche de la mort hante toujours, perturbe le paysage et exalte l’imagination. On sait ce qui arrive à ces dépouilles lorsqu’un chat partage l’appartement. L’amour que l’on porte pour ses bêtes semble être de trop. Si les personnages s’enchaînent, la bête, elle, est similaire à toutes les autres. C’est une vicieuse créature à la beauté empoisonnée. Et c’est à nous de raisonner afin de comprendre la chute à cette nouvelle, pouvant être de l’ordre d’une affaire insolite.

Blanc Comme Neige de Jeanne Sélène

Ayant écrit dès la plus jeune enfance, Jeanne Sélène aime particulièrement les contes et les légendes entourant son lieu de vie, proche du monde Saint-Michel. Un style qu’elle abandonne parfois afin de concevoir des textes tournés vers une froide réalité, non plus dans la fantasy et le fantastique, thème de son cycle Balade avec les astres. De ses récits horrifiques ou initiatiques ressortent ses connaissances des sciences du langage, de la psychologie cognitive et les troubles de la communication de l’être humain, qu’elle a longuement étudiée. – Son blog.

Une femme retrace les quelques années de sa vie passée sous le joug d’un mari duquel elle s’est enfuie, en compagnie de son fils. Son inquiétude quant au fait que l’homme les retrouve se mue en paranoïa lorsqu’un chaton débarque dans la maison, faisant régner sa loi, comme tout les chats, pour le malheur d’une mère que l’on a trop brimée. On suppose qu’elle a quelques problèmes d’ordre psychologique puisque, ne pouvant supporter l’autorité dictatoriale d’un homme ou d’un félidé, elle dévoue une haine grandissante pour l’animal.

Le chat est l’image de la bestialité que l’on ne peut évincer, malgré nos progrès sociaux illusoires, car le drame ménager mis en scène et bien trop banal. Là encore, on brise les tabous et on se passe de fantastique afin de décrire une horreur commune, du type dont on parle peu, par peur de choquer.

L’horreur est crescendo. Si la nouvelle avait été plus longue, alors l’histoire aurait pu atteindre des degrés extrêmes. Malheureusement, du fait de sa condensation, nous restons sur notre faim. Car le concept, même classique, est touchant ! La dureté d’un tel texte atteint des sommets.

Étincelle dans la nuit de David Elbe

« Transhumaniste, antispéciste, citoyen du monde, David Elbe est l’explorateur inlassable des innombrables univers qui composent l’Internet. Autant de microcosmes qui inspirent des créations protéiformes, le faisant voguer de la fantasy à la science-fiction, du développement informatique à l’illustration numérique. », peut-on lire sur le site des Luciférines. L’homme s’interroge sur notre rapport envers la technologie et le vivant, le virtuel et le réel. Il en est à sa première nouvelle publiée.

14_chtulhuCi-dessus, Cthulhu, notre mascotte et notre maître, s’emparant de son anthologie…

La base de ce récit est tout à fait actuelle, car cela parle d’une personne en partance pour une mission humanitaire en Argentine, afin de sauver la faune des ravages de l’Homme. Pourtant le thème n’est pas nouveau. Aura-t-on droit à une revanche de la Nature ? L’angoisse gagne les premières pages, introduisant a quelques dangers tapis, insoupçonnés, qu’il nous tarde de découvrir…

On se dépayse dans les derniers reliefs d’un royaume animal qui a fait frissonner plus d’un aventurier, plus d’un écrivain, s’étant perdu dans cette jungle d’où ressurgissent nos peurs primaires. Mais l’horreur nous cantonne dans un cadre contemporain : dans une banlieue sale, désolée. Et le rêve se mute en cauchemars, si bien compilés, que l’ambiance se pare rapidement d’onirisme insufflé par un esprit imaginatif. Le fauve des récits d’aventures a rétréci. Il n’en est que plus énigmatique.

Le jeune local est lui aussi plus ténébreux. Malgré l’apport de la civilisation, l’humanité disparait. Elle fait péricliter une magie que l’on retrouvait entre l’enfant et l’animal sauvage, tapis en chaque être, que nous distinguons dans bien des œuvres. Le héros suit donc une créature étrange menant, comme dans un conte, vers une créature impossible symbolisant ce courant littéraire inutilisé qui subit le commerce de l’humanité par rapport à son environnement.

Il n’y a plus d’émerveillement. Le conte a disparu pour faire place à des drames touchant de nombreuses victimes, enlevées à leurs milieux naturels pour mourir anonymement, par millier, dans les villes. Le traitement de ce sujet a de quoi nous retourner, car aucune touche d’espoir, d’Étincelle dans la nuit, ne vient soulager la peine du héros ayant assisté à la fin d’une ère mourant sous les coups du capitalisme.

Hachés menus comme chair à pâté de Vyl Vortex

« Il n’y a rien à faire… Quels que soient mes efforts, vous serez toujours une race religieuse… »
Soudain, il sortit ses griffes, labourant mes genoux. J’eus un réflexe pour l’éjecter, mais il me lacéra le visage en retour. Sa patte s’arrêta à un centimètre seulement de mon œil droit.
« Ne me touche pas, esclave, et regarde cette humaine qui porte ce sac-à-dos noir. Tu dois la suivre ! » Le félin avait l’œil fou du prédateur qui a trouvé sa proie. Je suivis son regard et remarquai en effet une jeune fille qui se frayait un passage dans l’escalier central.
« Attrape-la ! ordonna l’animal en bondissant sur mon épaule. Elle va s’enfuir ! Allez ! »

Vyl Vortex dit aimer ce qui est bizarre, ce qui est caché, « ce qui est cassé et ce qui est oublié ». Il n’en est pas à sa première nouvelle éditée, puisqu’on peut le retrouver aux éditions Le Grimoire, Rivière Blanche et Short éditions. Ainsi nous comprenons qu’il mélange de la science-fiction à son fantastique…

16_dessins4Illustration de Sacha par Nejma El Gouzmili et de L’Enfer par Maniak des Artistes Fous Associés.

Le chat de ce conte contemporain est bien connu : il s’agit du chat botté. Celui qui réussit dans sa vie, à partir de rien, seulement grâce à sa ruse, et qui éduque un humain aux grands airs afin qu’il s’affirme et succède malgré l’adversité… Il s’agit bien d’un monstre, qui se terre en chacun de nous, prêt à prendre le dessus sur notre conscience et sur les autres, avec force et la faiblesse de la tentation.

Le chat botté n’a pas de morale et procède aux tâches les plus viles afin d’arriver à ses fins. Criminel, il pervertit… Comme ses animaux féeriques que l’humain suit afin de découvrir une autre sente, de changer sa condition de banal mortel, quitte à se perdre dans les méandres de ses actes et de ses passions confessées. Cette émancipation des codes de notre réalité a des répercussions. On n’enfreint pas ses lois sans risque.

Les grotesques personnages ont des attitudes dignes de ses héros de fiction qui se font avoir par leur mauvais caractère, leur défaut (ici l’amour propre). L’auteur a peaufiné son sujet, au point que chaque petite parcelle du conte du chat botté est abordée. On ne distingue pas non plus d’amateurisme dans le lyrisme, ce qui fait de cette nouvelle un conte cynique à contre-pied de ces histoires moralisatrices.

Haché menu est, à mon sens, l’un des meilleurs textes de cette anthologie, car la figure occidentale du chat ne saurait être mieux représentée. Ce chat botté asservissant est désagréablement plaisant. On se plaît à s’imaginer sous le joug d’une créature profiteuse apportant tout plein de plaisirs, même si on se doute qu’un chat ne fait que se servir lui, qu’il vend ses compagnons à la première occasion. C’est un peu comme pactiser avec le diable, ne souhaitant que son confort aux dépens des autres. Un peu folle, cette histoire, excellant tant par son rythme que par ses digressions.

Moi, le chat de Morgane

Créatrice de nouvelles ayant également contribué à la création d’un roman à quatre mains, Phobies, paru aux éditions Avec Gabrielle, elle conçoit en ce moment son premier recueil, Vils, composé de thrillers et d’histoires à la fois fantastiques, horrifiques, dans la veine de Stephen King. – Son site internet.

Là aussi, une figure connue est reprise. Il ne tient qu’à vous de découvrir de qui il s’agit dans la chute de ce monologue d’un animal attendant sa pâtée. Bien entendue, il ne s’agit pas d’une situation ordinaire, puisque l’horreur prédomine. En peu de page, l’auteure fait naître un doute sur nos perceptions de la réalité, confuse, car décrite par un être innocent vivant dans un autre monde, confiné dans l’appartement d’un chat.

Chatterton Blues de Mickaël Feugray

« T’as un chat qui a du chien. Ça se sent. Dès que je t’ai vu brinquebaler tes allures sur la piste, j’ai su que j’y viendrais. Y’a des lieux touristiques qui devraient rester gratos. La nuit des musées au quotidien. T’es une destination exotique, ça se voit à des milles à la ronde. Et pour être ronde, t’es ronde. T’as le popotin enflé nature, le derche d’une mémé encore bandante. Pour mon sang, c’en devient un spectacle à lui tout seul. Alors ton chat, ça témoigne en ta faveur. Quand l’envers du décor promet autant, y’a pas à s’en faire pour la vitrine. Je sais que t’as un chat qui demande qu’à être dompté. Ça tombe bien, j’ai des méthodes pour faire miauler les fauves. »

17_dessins5Illustration de Peau de chat et de Meow par Ste’s Strange Sketches (sa page Facebook).

Mickaël Feugray tient un blog, Kael haut et fort, où il nous dit être musicien, réalisateur, mais aussi auteur. Il aime « le mélange des jours, les éclairages à contre-genre, tout ce qui tache et éclabousse, parce qu’à son sens, le propre de la littérature, c’est de ne pas l’être ».

Là encore, un monologue introduit sur une sorte de crime en cours, perpétué par un fou déblatérant quelques pensées profondes sur un ton qui n’a rien de grandiloquent. L’écriture est l’atout majeur de cette histoire misant sur l’ambiguïté d’une situation que nous comprenons à la dernière ligne. L’individu a un mode d’expression atypique, ses phrases sortent comme s’il s’agissait de paroles d’une chanson. Son vocable presque intimidant n’augure rien de bon tant ses raisonnements nous prouvent une haine latente pour la gent féminine. Difficile de ne pas faire le parallèle entre le chat et la chatte, quand les nombreuses allusions au sexe rendent la situation vraiment glauque.

Heil Kitler d’Aude Cenga

« Cinq jours. Voilà cinq jours que moi, Adolf Hitler, sauveur messianique de l’Allemagne, je me suis réincarné en chaton ! […] L’avantage du chaton, c’est que c’est attendrissant. Une vraie boule d’amour. On ne me soupçonnera de rien jusqu’au moment où je frapperai, et cela arrange mes affaires : j’ai une revanche à prendre. Puisqu’une partie de l’humanité s’est liguée contre moi, me poussant au désespoir, je l’exterminerai tout entière. Fini les races et leur hiérarchie, il n’y en a plus qu’une désormais : celle des nuisibles. Et si je dois incarner un chaton pour parvenir à mes fins, alors soit. Je m’accommoderai de cette voix de fausset et de cette longue queue qui se coince partout. Ein Volk, ein Reich, ein Kätzchenführer ! »

« Malgré les horreurs qu’elle peut raconter – cannibalisme, nécrophilie, enfants tueurs, enfants morts, parfois tout en même temps – Aude Cenga soigne sa plume afin de ressembler à une fille (et s’imagine que ça fonctionne). Ses récits prennent corps dans un univers fantastique léger et contemporain, avec de rares virées dans l’anticipation (une présentation pour Luciférines). » Ses nouvelles et son livre-web collectif ont été publiés aux éditions Walrus.

Dès les premières lignes, nous savons que nous aurons à faire à un nanar hilarant. On nous parle de la réincarnation d’Hitler en chaton. Trouverons-nous l’animal mignon ? Il est vrai que parmi les créatures dominatrices, le chat est en bonne place. Si l’un d’entre eux souhaitait s’emparer du monde, cela serait possible, même avec le comportement du pire des sadiques. Tant qu’il est mignon.

Nouveau monologue, celui du petit führer, critiquant de manière amusante le genre humain qu’il déteste deux fois plus maintenant qu’il est un chat… Son plan pour assujettir l’humanité est tordant. Son regard haineux et snob s’accorde tout à fait avec ses animaux complexés par leur taille. Chaque comportement du félin est expliqué. On comprend que les marques d’affection et autres gestes étonnants sont en fait des mises en garde sur notre mort prochaine… Ce qui est vraiment tordant !

La Femme aux chats d’Henri Bé

Ses écrivains classiques français et américains, contemporains ou non, on (tardivement) poussés cet auteur à se lancer, à son niveau, dans le monde de l’édition, tout particulièrement chez Dreampress et aux éditions du Petit Caveau, où il rédige des hommages à la littérature de l’imaginaire. Bientôt retraité, nous pouvons penser qu’il aura alors plus de temps à consacrer à l’écriture…

18_illustrations1Illustrations des nouvelles Le près-aux-trembles, Blanc comme neige et Étincelle dans la nuit par Ste’s Strange Sketches (sa page Facebook).

Une femme étrange vend des chats par pelletées, un couple en achète un, la femme gagatise devant ce bébé, comme pour combler un manque et se transformer à son tour en vieille dame élevant des félins… Le chat gâche ce couple au mari jaloux. Car être possédé par un chat n’est pas sans inconvénient.

Une querelle intestine éclate quand l’homme compense sa bestialité en maltraitant le pauvre chat, cette victime parfaite, sur laquelle on reporte nos vices, nos frustrations, afin de détruire ce que l’on aime et nous parait fragile. Le désir masculin est fait de domination, qui se traduit par des désirs charnels parfois mal placés, traduisant le besoin d’un retour à ses origines primaires…

Si La femme aux chats ne paie pas de mine, cela reste un bon divertissement. La manière de raconter la scène finale est très sympathique. On critiquera tout de même un certain survol de scènes facétieuses, qui s’explique par la manière toute naturelle et douce qu’à l’auteur contant des abominations. C’est assez suave et sensuel…

Les chats du Tard de François Fierobe

« S’ils sont amis des chats, les habitants du Tard ne leur ont pour autant jamais accordé la moindre des qualités qu’artistes, poètes ou adeptes de la philosophie à trois sous leur attribuent sur la seule foi d’empathies irraisonnées ou d’appréciations superficielles. Au Tard, nul ne prétend que les félins sont les dépositaires de quelque sagesse millénaire, les gardiens d’un savoir ancien inaccessible aux hommes, les garants d’un quelconque équilibre du monde ou autres sornettes New Age. Il est de notoriété publique que les habitants du Tard ne vouent pas plus de culte à leurs chats qu’à leurs vaches et qu’il ne leur est pas plus interdit d’en molester ou tuer un que d’écraser un cloporte ou un cancrelat. Il n’est d’ailleurs pas rare, dans ces régions où, même au début du vingt-et-unième siècle, les superstitions et vieilles sorcelleries restent particulièrement vivaces, d’en retrouver crucifiés sur les portes des maisons ou des granges – mais pas plus que des corbeaux, des chouettes ou des renards. »

François Fierobe, l’auteur du magnifique recueil La mémoire de l’orchidée, paru chez la Clef d’Argent, a souvent publié aux éditions Malpertuis (deux boites partenaire de l’antre de Poulpy).Traducteur de Charles Edward Sitwell pour Le Canoplaste, nous ne savons de lui que peu de choses, mis à part qu’il pratique un fantastique éclectique, érudit, travaillé, particulièrement envoûtant, d’où l’humour – parfois cruel – n’est jamais vraiment absent (du moins c’est ce qu’on peut lire sur le site de la Clef). – Sa nouvelle, Le contrôleur ferroviaire, au sommaire de l’anthologie Chemins de fer et de mort, a été épluchée sur ce présent blog.

15_chipougneCi-dessus, mon amie Chipougne le chat-zombie s’apprêtant à acquérir son anthologie…

Nous connaissons les tournures singulières de cet auteur, sa manière de donner vie à des sujets diverses en s’acclimatant d’un état d’esprit. Celui d’un petit bourg de campagne envahi par les chats ne nous est pas inconnu, ce qui a tendance à nous rapprocher de ce conte intemporel, l’un des plus réussis du volume.

La triste campagne, vide de toute animation, est un lieu propice à l’horreur antique ou contemporaine. Nulle âme de réchappe à cette désolation située dans un cadre pourtant idyllique si l’on rêve de tranquillité. Elle est illusoire. C’est le calme cachant une mort insidieuse. Si un endroit nous parait indigne d’intérêt et régi par de vieilles superstitions, alors ne nous y trompons pas : cette habitude existe telle une mise en garde sur des sujets tabous, à demi oubliés, qui ont pétrifié une population réduite en un petit comité intolérant, sûrement constitué de psychopathes consanguins, cachant, comme leurs chats, bien des jeux sordides.

La curiosité d’un personnage le mène à une sorte de secte diabolique. Cette nouvelle est ingénieuse. Les présentations sont soignées et appâtes, comme si on sentait poindre une enquête soigneusement menée. On découvre aussi la propagation d’une folie très lovecraftienne : l’horreur provient de la dégénérescence d’une population déclinante, de rêves et de hantises, d’un secret bien gardé derrière une couche de banalité affligeante, et bien sûr, il y a le décorum champêtre et les mythes diaboliques auxquels s’acclimatent les détenteurs d’un secret générationnel.

Celui-ci, loin de correspondre à ce que nous pourrions envisager, subjugue. Nous sommes dans un fantastique époustouflant quant à son ancrage dans le réel et l’absence d’une explication, d’une morale, ou quoique ce soit qui nous raccroche à un univers connu. Les chats du Tard, chef d’œuvre qui n’en a pas l’air, tant la banalité nous dissimule sa grandeur.

Ronronnements Infernaux de Bruno Pochesci

Bruno Pochesci (une interview est disponible dans l’article Nouvelles Peaux) varie entre écriture et musique. Il a composé plusieurs albums avec Jean-Pierre Andrevon, et rédige aussi bien des nouvelles que des romans fantastiques ou de science-fiction. – Découvrez ses nouvelles Jamais plus! (Nouvelles Peaux) ; Dehors il neige (Maisons hantées) ; et Surclassement (Chemins de fer et de mort, éditions La Clef d’Argent) sur ce blog. Sa page Facebook.

19_pochesciCi-dessus, Bruno Pochesci lors de l’assemblée 2016 de Présence d’Esprit au Dernier bar avant la fin du monde (Paris) où il remporta le prix Présence du futur !

La nouvelle, scindée en plusieurs parties, nous place, sans plus de contexte, dans un assemblage de cages où sont enfermées plusieurs personnes issues de milieux différents. Une sorte d’expérience a lieu, sans que nous en sachions plus. Ce qui nous amène à de singulières réflexions sur les réactions des prisonniers, cloisonnés selon leurs appartenances à des schémas types de héros parodiques.

Cette expérimentation humaine nous pousse également à relativiser sur nos relations avec les différents types d’animaux : pourquoi en privilégier certains plus que d’autres ? Pourquoi se montrer inhumains envers les créatures de laboratoire et ceux que l’on met en spectacle ? Là, on s’imagine dans la tête d’un rat.

Si d’ordinaire l’auteur expérimente le style, ici il en maintient un plus proche de la normalité afin de privilégier l’histoire peu banale. Ses réflexions, qu’on découvre par le biais du narrateur, sont entrecoupées de scènes de tortures faisant froid dans le dos…

Peau de chat de Noémie Wiorek

« Le parterre était fasciné par la lecture d’extraits. Son œuvre à lui ne pouvait se considérer que dans son intégralité, elle devait embrasser le regard. Art du concret, si concret, contre celui de l’esprit. Un art sanguin, où les mots touchaient le papier comme le sang. Ils dévoilaient la bassesse des hommes, ces auteurs à la plume acerbe, presque haineuse envers leur propre espèce. Lui sublimait les pauvres bêtes, pour provoquer le frisson d’une rencontre impossible. La bestialité domptée, magnifiée. Caresser des doigts les crocs, comprendre la brutalité du monde. Naturalisation contre naturalisme. »

Professeure-documentaliste, Noémie Wiorek, ex-étudiante en Lettres, est férue de lectures fantastiques, de fantasy et de SF, préférant les histoires de mondes parallèles, « de futurs plus ou moins éloignés, et plus ou moins robotisés ». Les chats, les mythologies et le féminisme l’intéressent tout particulièrement.

Dans une partie mondaine, que le soin de l’écriture rehausse, un taxidermiste et un auteur décrivent les merveilles animales du monde, en un parc ressemblant à un zoo où chaque être interprète une espèce. Dans la France de la belle époque vient de paraître un livre : Le chat noir d’Edgar Poe, qui reçoit un avis mitigé.

Le taxidermiste voie dans l’œuvre d’imagination et dans le dédain de l’espèce une abomination, l’écrivain français ne peut apprécier un confrère américain. Les philosophies de chacun prennent leur sens, et on suit les pensées de ses énergumènes étonnants, au point de ne pas voir germer leur folie, de ne pas comprendre leurs manières de psychopathes, tant ils nous appâtent avec leurs mots.

Le taxidermiste se voit confier une tâche ingrate, du type à hanter l’esprit, quand il lui faut tuer, dépecer et créer de la beauté avec la laideur de la mort. Un peu comme Edgar Poe, lui-même obsédé par cet état, comme nous avons pu le découvrir grâce à la première anthologie Luciférines.

20_illustrations2Illustrations des nouvelles Hachés menu comme chair à pâté, Chatterton Blues et La femme aux chats par Ste’s Strange Sketches (sa page Facebook).

Peau de chat est une nouvelle attendrissante, mêlant horreur, peine et passion, avec un certain délice dans le style, un romantisme noir digne des plus grands maitres que l’auteure prend partit de mêler avec intelligence. Le sujet, le cabinet de curiosité, a un attrait que l’on sous-estime. Cette époque inspire ces expositions macabres que nous serions prêts à investir.

Ce pamphlet du Chat noir, situé dans un environnement français, est une sorte d’explication du texte, à sa manière, mettant en scène l’artiste torturé et le tueur en proie au fantastique gothique, hanté par ses victimes, tels deux ramasseurs de cadavres bien connus. La mentalité du héros corrompu par sa manie vaut qu’on se penche sur ce magnifique texte, vraiment sordide, se complaisant dans l’horreur psychologique et dans les folles métaphores.

La Cage aux fioles d’Éric Vial-Bonacci

« Le cou dressé au-dessus de toute considération matérielle, le chat donne toujours l’impression de discuter discrètement avec les ombres. Assis tel un sphinx millénaire, son silence est une interrogation permanente à nos sens bassement humains. Que regarde-t-il ? Quel mouvement infime a-t-il perçu pour être figé de la sorte ? Je me suis souvent amusé à regarder dans la même direction qu’un chat pour tenter de comprendre ce qui pouvait l’intriguer à ce point. Peine perdue. Dans ces moments-là, mon impatience a toujours été mon échec. Lors de cette soirée démente chez Zito Cornelius, j’ai fini par réaliser ce que le regard perçant des chats pouvait détecter. Des frémissements que nous, simples mortels à la vie unique, étions incapables de percevoir. »

Auteur d’un mémoire sous ce nom, The quest for silence, a study of Samuel Beckett’s prose fiction, et de plusieurs œuvres artistiques sous celui d’Urbex42, nous le connaissons en tant que photographe/explorateur (ses blogs dédiés, Urbex42 et Dystopie urbaine, le site des livres emprisonnés). Il n’a édité que peu de nouvelles, toujours d’une excellente qualité, et, en fin connaisseur, s’est retrouvé dans plusieurs jurys, dont ceux des festivals Curieux Voyageurs et Les intergalactiques (pour le prix Barjavel). – Son site internet.

Il y a de quoi être éberlué par cette étrange nouvelle contant l’invention d’un spécialiste de l’occultisme, sorte de curiosité, tentant de retrouver son chat perdu dans des dimensions (c’est du moins ce qui est expliqué dans la pittoresque présentation). Étonnante, la lecture nous convie dans un cabinet de curiosités grand-guignolesque, fait de machines improbables.

On rit de l’impossibilité de scènes cartoonesques qui se prêtent tout à fait au jeu du chat. L’univers ressemble à ce qui arriverait si chaque théorie sur des phénomènes et inventions occultes du début du XXe siècle était avérée (canaux de Mars, énergie telluro-magnétique, trains suspendus, communications avec les morts, etc.), ce qui témoigne de la grande culture populaire de l’auteur tout en dévoilant un monde issu d’un grand n’importe quoi, où l’on s’imprègne de la folle crédulité d’un siècle de découvertes axé sur la science surpuissante, le spectaculaire, l’occulte.

Les petits chéris d’Emmanuel Delporte

« Pour les chats, les ennuis commencèrent avec la chute des institutions humaines. Les familles abandonnèrent leurs animaux domestiques. Celles qui ne les avaient pas cuisinés en civets, du moins. La civilisation s’était écroulée. La sauvagerie surgit de ses ruines fumantes. Dans la rue, les anciennes bêtes de compagnie retrouvèrent leurs instincts ancestraux, conquirent des territoires et se multiplièrent. »

21_illustrations3Illustrations des nouvelles Les chats du Tard, Ronronnements infernaux et Addiction par Ste’s Strange Sketches (sa page Facebook).

Emmanuel Delporte a fait des études de montage audiovisuel et d’analyse cinématographique (cliquez si vous êtes intéressé par son parcourt en tant que lecteur). « S’il écrit toujours pour débusquer les monstres, il le fait également pour partager une partie du plaisir malsain et masochiste qu’il y a à traquer l’innommable. Et à ouvrir les yeux dans le noir. » – Découvrez ces articles sur ledecapsuleur.com, sa nouvelle Classifié dans l’anthologie Maisons Hantées ainsi que son interview.

Cette histoire est jouissive. On peut la lire dans le désordre, commençant par le chapitre sept (qui l’introduit), ou dans l’ordre, et se gâcher la surprise de l’incompréhension afin de lire quelque chose de plus tenu. Pourtant le scénario catastrophe n’est pas compliqué à comprendre : la guerre a éclaté dans un pays comme le nôtre, c’est la révolte, plus rien ne fonctionne dans ce chaos apocalyptique.

Un vieux en fauteuil roulant vit reclus dans son appartement, avec ses chats, en sachant sa fin proche. La bestialité de l’homme nous apparaît dans les conflits que l’on observe depuis sa fenêtre. L’auteur envisage les pires dépravations du monde, qu’il décrit sous tous ses angles possibles dans un trip survivaliste. Haine et terreur, batailles entre chiens et chats, sont monnaie courante en cette cité scindée en meutes.

Là où l’humanité agonise, le chat se repaît de sa charogne. C’est son heure, qu’on facilite en se laissant berner par leurs minauderies si attendrissantes que, pour certains solitaires, elles donnent du sens à leurs vies…

Le chat n’est pas si dominateur par rapport à l’humain. C’est grâce à sa capacité d’adaptation, son absence de morale, qu’il survit. L’Homme peut, un temps, l’imiter. Pourtant rien n’est plus fragile que cette espèce autodestructrice. Les petits chéris à une explication très profonde sur l’instinct nous menant au bord du gouffre.

Addiction de Marthe Machorowski

Professeure de Lettres, chroniqueuse pour l’Écran fantastique, Présences d’esprits et Galaxies, « fervente visiteuse des terres du rêve », elle voue sa vie à la défense des littératures de l’imaginaire, de la nouvelle, domaine dans lequel elle s’implante après une maîtrise dédiée aux magiciens du théâtre baroque, ainsi qu’un DEA explicitant l’œuvre de Nathalie Henneberg. Nous trouvons entre autre ses textes aux éditions du Net et chez L’Ivre Book.

Le rapport de force se sent d’autant plus avec Addiction, qui résume les liens entre l’homme dominateur-frustrée, la femme rusée, comme le chat manipulateur, dans un besoin de maintenir son confort face aux plus violents adversaires. C’est un schéma critiquable, pourtant instinctif, qui permet d’éviter les abominations masculines. Car l’Homme n’est pas très gentil. On l’aura, au bout d’une vingtaine de textes, compris.

22_machorowskiCi-dessus, Marthe Machorowski lors de l’assemblée 2016 de Présence D’Esprit au Dernier bar avant la fin du monde (Paris).

Le héros de cette histoire est un gros méchant riche, qu’on a envie de voir souffrir sous les crocs d’un plus gros et plus méchant chat, fondant telle l’incarnation d’une justice divine. Ses esprits y sont affiliés (on nous parle de l’Égypte antique, du jeu sacré des dieux animaux). Même le pharaon craignait les chats ! Sans un symbole devant lequel s’incliner humblement, le souverain dédaigneux déchaînerait sa chute. Le chat est symbole de constance.

On relativise donc sur la position, le maintien, la perversité dont on dote les félins. Toutes ces vilaines pensées proviennent de nous-mêmes, de notre besoin rationnel tendant vers le fantastique, de contrôler un être mystique. Alors, nous demande-t-on, d’où nous vient cette obsession pour ses animaux si communs ?

III. Conclusion.

Les textes composant cette anthologie sont bien plus violents que dans Maisons Hantées ou Nouvelles Peaux. Ce constat est sûrement dû au fait qu’il se trouve un plus grand nombre de slashers et autres dérivés de ce genre. On ne situe pas de limite dans les descriptions d’actes cruels, de crimes horribles, d’affreuses folies. Si on découvre un peu de poésie, une touche de beaux dans ses odes à la charpie, ça n’en est que plus choquant, plus glauque, car l’horreur la plus commune est bestiale. Chat oblige.

Il y a toutefois des nouvelles plus douces, d’autres hilarantes, où une dose de fantastique apparaît. Peu d’auteurs placent l’action en second plan dans leurs récits. Ce qui revient à concevoir une anthologie plus axée sur le divertissement que les précédentes, plus ironique aussi, car les caricatures sont souvent de mise. Le chat est un être que l’on soupçonne de bien des maux, mais qui, en vérité, peut s’avérer grotesque. En général, ce thème ne me touche pas vraiment…

Pourtant, quelques variations m’ont fait relativiser sur ma crainte de telles nouvelles, souvent trop niaises, parfois surfaites, que l’on peut trouver dans bien des recueils de contes et légendes. La beauté de l’animal est traitée avec dérision. Qu’on se moque de notre proximité avec ses monstres, qu’on les craignent au point de les diviniser, qu’on rigole de nos peurs vis-à-vis de ces êtres impossibles à modeler, qu’on réinvente la moralité de cette figure mythologique… Tout est fait pour donner un autre visage à des littératures animalières trop enfantines, qu’il fallait pervertir.

Cette brillante idée peut (peut-être) causer du tort à l’animal, pris en faute, qui n’a déjà que trop souffert de sa mauvaise réputation. Pourtant, dans une époque où le chaton kawaï envahit la culture populaire, il est bon de concevoir sa némésis, car il nous faut relativiser quant à notre relation avec les félidés. Sombres félins est une douce moquerie.

23_peluchesNous savions déjà que, dans ces anthologies, il n’y avait pas de sujets tabous, pas qu’un seul genre, de nombreux angles d’approches. Le chat est un vaste sujet malgré la restriction à une seule espèce. Sombres félins me rappelle ce recueil des Artistes Fous, Sales bêtes!, qui partait tous azimuts afin de départager ou de relier l’homme à l’animal. Ils y plaçaient à la fois de l’humour, des textes engagés, de l’horreur, des expérimentations diverses et variées, qui aurait fait naître quelques doutes sur la teneur du livre, pourtant bien conçu : les nouvelles se suivent avec logique, leur qualité est supérieure à bien des publications, et on ne s’ennuie pas à cause d’une quelconque redondance du sujet. Vous pouvez lire ma critique de Sales bêtes! ici.

Sombres félins, avec ses nombreuses illustrations intérieures, son traitement, vogue sur cette vague underground que composent des textes incisifs, ne s’encombrant pas de codes particuliers, servant à faire naître une angoisse toute particulière que l’on peut lier avec des œuvres contemporaines, à la fois cinématographiques et musicales, sans que cela perdre de la qualité par un trop grand besoin de populariser le mode d’expression littéraire.

Un mot de Barbara Cordier, directrice des éditions Luciférines.

Tous les ans, nous choisissons un thème en rapport avec le fantastique et qui parle aux gens. Après Maisons Hantées, il nous fallait trouver quelque chose d’assez fort qui permettrait de revenir sur cette culture et sur ces mythes, nos références communes. Lors de salons, Chris Vilhelm et moi avions remarqué que l’illustration du chat noir présente dans Nouvelles Peaux avait beaucoup de succès. Il y avait une demande, et de nombreuses choses à faire à propos de cette affiliation des chats avec le fantastique.

La couverture, réalisée par Chris Vilhelm, représente un de ses chats qu’elle a diabolisé afin de lui rendre hommage. Nous sentons beaucoup le « côté cadeaux » sur cette anthologie, car nous connaissons tous quelqu’un qui a, ou qui aime, les chats. Cette anthologie reprend ce genre de diversité au niveau des styles, des genres, qui a beaucoup plut dans Maisons hantées. Par contre, Sombres félins est plus violent, plus drôle (il y a aussi beaucoup de nouveaux auteurs). Les auteurs se sont lâchés, car le chat est un thème plus trivial. Leurs personnages sont assez impertinents et malicieux.

Le chat est très lié au rôle de passeurs. On valorise son ambivalence, le côté familier des sorcières, son rôle de prédateur, et nous allons évidemment penser aux cultes égyptiens. Le chat est une créature nocturne, indépendante, inquiétante, dans la littérature gothique. Le livre ne fait pas référence à la littérature décadente, mais plutôt au Chat Noir d’Edgar Poe. Je souhaitais y placer des textes fantastiques ou horrifiques en brassant large sur l’image du félin. Il me fallait appréhender tous les côtés « magiques » du chat.

24_cordierCi-dessus, Barbara Cordier lors de l’assemblée de Présence d’Esprit en 2016, au Dernier Bar avant la fin du monde (Paris).

Si Barbara Cordier ne s’est pas inspirée d’un chat de son entourage dans la conception d’un texte, c’est parce que, dit-elle, elle est plus « chien ». Mais ce thème parle moins malgré le côté « loup porteur de mort »… La prochaine anthologie, « un peu plus soft, revenant au fantastique ambivalent » ne sera pas dédiée aux animaux. Le sujet n’est pas encore dévoilé, nous savons juste une chose : « On va creuser en profondeur sur ces vieilles croyances qui font peur »…

Si l’envie vous prends de découvrir ses Sombres félins,
alors rendez-vous sur
luciferines.com !

Nouvelles Peaux ; Maisons Hantées...
Pour suivre les articles estampillées « luciférines », c’est par ici.

À la prochaine pour une future anthologie, après La Mort des Artistes Fous !

Le chat. Incitation à la paresse. Déni qui a pris corps, qui tire de la négation l’affirmation de son être. Grand bavard de son minois, avare de câlins, le chat ordonne et reçoit, sans gage d’affection aucun. Créature du paraître, tirant sa pitance de son flegme, ne limite pas ses ruses. Métamorphe poilu, parfois donzelle revêche, parfois tigre miniature, parfois nid replet, parfois palliasse sans allure, chat n’a pas qu’un visage. Dégoût de la laideur, fidèle à la nature changeante, apparat fait de griffes, de boue, de poils, d’humeurs. On s’en entiche, s’en inspire, le dresse : en vain. Chat n’a pas de maître. Chat est souverain.

Poulpy.

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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Un commentaire pour Sombres Félins, des éditions Luciférines

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