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Le démon de la faim, , une brève sur le site des Deux Zeppelins :

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Vous connaissez l’expression « mourir de faim » ? Et bien avec moi, ce n’est pas qu’une expression. Je suis le démon de la faim. Vous m’avez donné de nombreux noms, attribué de nombreuses facultés. Vous m’avez jugé coupable de toutes vos famines. Et bien, en cela vous avez en partie raison. Je m’évertue à vous faire mourir de faim. J’ai pourri vos terres, pour qu’elles nourrissent mes vers. J’ai gangréné vos récoltes, rendu malade vos bêtes et puis vous-même, tant qu’à faire. Ne me croyez pas sadique, je ne me répands pas de vos malheurs. Je me nourris de vos corps. Pourquoi croyez-vous qu’il est préférable d’enterrer ou de brûler vos morts ? Car le démon de la faim s’empare de toute carcasse. Je les corromps, les décompose… Ponds mes larves dans vos intestins. Je crée la vie dans votre chair morte. Mais vous n’aimez pas cela, vous. Pour vous, la réincarnation est autre chose. Égoïstes que vous êtes ! Moi aussi je chéris la vie. Un seul de vos morts donne naissance à un millier de mes serviteurs. Je sers la terre et les animaux, mais vous… Je n’ai que du dégoût pour vous. Vous auriez pu me tuer, au lieu de cela vous m’avez expulsé d’une partie de votre monde. Mais je me propage, je marque mon passage. Je salis votre eau, j’envenime vos esprits. Comment pouvez-vous m’ignorer alors que je m’installe sur votre palier ? J’ai de nombreuses formes, mais je préfère incarner celle qu’ont mes amis. Ces petits insectes que vous jugez malsains. Pourtant, nous sommes si purs. Nous engraissons les richesses de la Nature, car nous sommes à son service. Vous, vous êtes les parasites. Je finirais bien par tous vous décimer, par trouver une faille dans votre système. Vous aurez beau paniquer, rien ni personne ne peut se dresser contre le démon de la faim.

J’ai réfléchi à de nombreux moyens de me débarrasser de la gangrène humaine. Je pensais faire pleuvoir une nuée d’insectes, créer un fléau mortel en ranimant vos morts, mais finalement j’ai décidé de me servir de vous. Il me suffisait d’attendre la venue d’un prophète. Un habitant d’une terre aride. Une terre asséchée par vos polluants. Je l’ai trouvé dans l’une de vos grandes citées. La femme n’avait pas conscience de son rôle. Elle se savait stérile, priait continuellement son Dieu afin qu’il lui donne un enfant. J’ai répondu à son appel. Je lui ai donné une engeance. Un petit être de ma création. Il se nourrit de sa mère, la prive de toute son énergie. Le prophète fut frappé par la maladie. Le prophète mourut. Et ma boulimique créature, qui ne pouvait plus étancher sa faim, se fraya un passage à travers ses entrailles, rongea le prophète de l’intérieur. Quand il n’y aura plus rien à manger, ma créature délaissera le prophète et s’attaquera au reste de votre race. Son appétit ne connaîtra aucune limite.

Dans la série Invitations, en bonus, voici La sorcière des bois :

Par delà monts et vallées s’élevait jadis une profonde forêt faite de ronces envenimées et d’arbres noueux d’un âge incommensurable dont les branches s’élevaient jusque dans les cieux pour porter le ciel. Nul ne saurait dire quels sortilèges abritaient son sein, car de ceux qui pénétrèrent en ces lieux nul n’en ressortit. Certains se souviennent encore de sa cruelle existence et de ceux-là, certains encore croient qu’elle borde le monde et délimite la frontière vers l’au-delà. Peut-être s’agit-il de pauvres racontars, mais dans ce cas comment expliquer que personne en cette terre n’ai osé les démentir ? L’étrange forêt n’apparait sur aucune carte, se mouvant tel un fantôme dans les recoins inexplorés de la perception des hommes. Qui osera arpenter ses étroits sentiers et déjouer les pièges menant à sa perte ? Ceux qui errent dans les limbes savent qu’il y a des dimensions à ne pas franchir. Votre esprit serait-il avide des connaissances tapies dans ces lieux ? Serait-ce par folie ou bien par inconscience que la soif de savoir vous a poussé à vous abreuver de mes connaissances ? Repentez-vous pendant que vous le pouvez encore, car ici vous ne trouverez que la mort.

Venez à moi, enfants, venez entendre conter les histoires de celle qui a vu se créer le monde, qui a parcouru l’abime et engendré le lieu de votre trépas. Venez vous réchauffer près de mon âtre avant de connaître le froid glacial de l’éternité. Écoutez bien mes paroles, ici personne ne creusera votre tombe. Grâce à vous, âmes égarées, ma forêt prospérera. Vos corps putréfiés serviront à engraisser ma terre. Attablez-vous, pitoyables êtres fatigués, et vous saurez que mon appétit ne connait aucune limite. Oserez-vous, insignifiantes créatures, tenter de changer le cours de vos destinés ? Ne songez-vous pas que malgré vos efforts vous reposerez dans la demeure des morts ? Il est temps pour vous de trembler et d’admettre cette sinistre vérité. Mais avant que ne sonne votre dernière heure entendez mon histoire, car en ces jours seul le vent soufflant dans mes feuilles, faisant craquer mes branches, hurlant dans mes pierres, vous apprendra la vérité sur celle que l’on prénomme la vieille forêt.

Il fut un temps où le soleil éclairait mes sommets, où les oiseaux se posaient en mon faîte et où les espèces de toutes sortes buvaient en mes veines, sillonnant mon corps et creusant ses rides de leurs pas légers. Il fut un temps où le printemps ne désertait point ces lieux et où fleurissaient mille couleurs. Mais l’hiver s’installa dans mon coeur et jamais plus aucune lumière ni chaleur ne perça mes branchages. Les bêtes désertèrent mes sentes, mon sang se tarit, la joie jamais ne refleurira. Car mon âme est en peine, mon esprit en proie à mille tourments. Je sens la dégénérescence ronger mes entrailles tandis que les siècles continuent de défiler autour de moi. Mais qu’est ce que le temps pour un être solitaire remplit de chagrins ? Peu à peu je perdis le souvenir de ce qu’était la caresse du soleil et la chaleur de la compagnie. Seule face aux noirceurs de la maladie j’en vins à oublier jusqu’à mon nom. Pourtant, je ne souhaite que retrouver mon innocence perdue. Saurez-vous la retrouver pour moi malgré la cruauté de mon âme ? La clef de votre salut se trouve dans les tréfonds de ce bois, saurez-vous déverrouiller la porte de nos espérances avant que les ténèbres vous emportent à votre tour au centre d’infinies agonies ?

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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