Romain Billot, les prédateurs de l’ombre

Les prédateurs de l’ombre, de Romain Billot
Aux éditions de la
Clef d’Argent

Avec sa couverture sombre et mystérieuse… Tentaculaire, si vous regardez bien… Les prédateurs de l’ombre ne présagent rien de bon. Quel est ce théâtre des horreurs, ce cabaret de l’étrange ? C’est ce que nous nous apprêtons à découvrir.

Initiez-vous aux mystérieuses nouvelles de Romain Billot en cliquant sur ce lien ! Venez contempler ses cauchemars issus d’un autre monde, venez frémir devant nos peurs primordiales…

Voici la seconde intégrale de ses textes. Une certaine nouvelle, parmi les 19 qui la composent, a été récompensée. Nous vous la présenterons à la suite. Ce livre est agrémenté d’histoires inédites et fascinantes qui relient les textes avec brio. C’est un gros pavé. Le plus gros qu’on ai pu voir dans cette collection.

C’est la première fois que nous lisons du Romain Billot malgré sa notoriété, et le fait que nous avons tout deux étés édité dans une drôle de revue québécoise : Horrifique. Écrivain dijonnais, nous avons surement dû nous croiser lors de quelques escapades à la librairie Ciel Rouge, dans laquelle nous pouvons découvrir nombre de revues et de petits éditeurs intéressants…

01_coverLa couverture est de Pascal Moguérou : son site internet. Vous remarquerez qu’elle est assez différente des couvertures habituelles… Peut-on penser que la collection KholekTh en a de semblables ? Elle semble introduire des contes, pas féeriques, horrifiques… La vérité est tout autre. C’est un artiste que les plus vieux et les plus instruits d’entre vous connaissent peut-être grâce à une certaine revue… Freaks Corp.

Pascal Moguérou est né en 1961. Scénariste, dessinateur, coloriste, il s’inspire des contes et légendes de sa Bretagne natale. Ses sujets de prédilection : les fées et les korrigans, qu’il croque avec tendresse et humour. – cf. La Clef d’Argent (+ son Wikipedia).

À propos de l’auteur :

Romain Billot est né en 1982. Il consacre sa vie aux mauvais genres et à la SFFF à travers la revue Freaks Corp. et l’écriture de nouvelles fantastiques mêlant horreur et angoisse. Sa nouvelle Le visage de la bête lui a valu le Prix Merlin. Son premier recueil, Les Contes du Grand Veneur, est paru chez L’ivre-Book. La Clef d’Argent a publié le deuxième, Les prédateurs de l’ombre. – cf. La Clef d’Argent. Sur le site de L’ivre-Book, nous découvrons qu’il est un lecteur éclectique, qu’il a plusieurs écrivains favoris : « le marquis de Sade, Jack London, Mark Twain, Charles Bukowski, les auteurs de la beat generation comme Jack Kerouac, Albert Camus, Edgar Allan Poe, H.P. Lovecraft… »

Tout ce que vous désirez savoir sur billotromain.wix.com/official-website
Le Facebook officiel de Romain Billot et la page dédiée aux Prédateurs de l’ombre.

Les contes du grand veneur est un livre disponible à cette adresse : « Les bois du Grand Veneur passent pour un lieu hanté, entouré de sombres légendes et de phénomènes étranges… Cet endroit terrorise et fascine les enfants du village de Malcombe qui n’hésiteront pas à visiter le sinistre manoir des Von Strasser, l’inquiétante masure de Lady Crowley, la Source aux fées ainsi que les ruines qui jalonnent cette forêt pleine de spectres et de créatures monstrueuses… » – Romain Billot sur L’ivre-Book. Cet auteur a participé à quelques anthologies et revues, dont les fameux Calling Cthulhu et le Codex Atlanticus.

Sélénor est le nom de l’association mère de Freaks Corp. Ce titre fait référence au roman d’Héroic Fantasy de Romain Billot, Les contrées de Sélénor, mettant en scène toute la bande d’amis. C’est ce que nous pouvons lire sur ce site où vous sont décrits les débuts du projet de revue. Freaks Corp. n’existe malheureusement plus. Romain Billot, « écrivain amateur fan de fantastique et de gore », l’a dirigé depuis ses débuts en 2009. Il compilait les rôles de directeur artistique et recruteur, rédacteur en chef et chroniqueur. En faisant appel à deux membres actifs de la Clef d’Argent, Pierre Brulhet et Jean-Pierre Favard, pour la rédaction de chroniques (des critiques de leurs livres ici, ici et ici), Romain Billot est entré en contact avec notre éditeur. Ce partenariat de longue date a donné naissance aux Prédateurs de l’ombre. Si vous désirez mettre la main sur quelques numéros de Freaks Corp., rendez-vous au magasin Ciel Rouge de Dijon. En plus de Freaks Corp., notre auteur a fondé la Ligue de défense Transatlantique du Fantastique (ou DTF) en partenariat avec le fanzine Nocturne CE qui, lui aussi, n’existe plus.

Sur le blog de Sylvain Johnson, un des ses collègues des Fossoyeurs de rêves, Romain Billot nous renseigne sur la possible résurgence de Freaks Corp., qui fût « un tremplin pour de nombreux artistes » : « A l’époque, j’ai sacrifié toute mon énergie, mes maigres économies et beaucoup d’amitiés pour donner une chance à cette revue, malheureusement le manque de soutien que ce soient des lecteurs et des instances compétentes a coûté la vie à Freaks. Nous avons un numéro 7 spécial Fantasy, nouveau format, du genre comic-book, avec une couverture de Jean-Sébastien Rossbach tout simplement magnifique, qui est terminé depuis des années, près à sortir, mais plus aucun rond pour l’imprimer… Cependant, je ne désespère pas un jour que tel le phœnix, Freaks renaisse de ses cendres, le problème étant qu’à présent je suis très occupé et qu’il sera difficile de m’accorder du temps pour ça. Mais si des généreux mécènes veulent nous aider pour l’impression du 7e numéro, pourquoi pas ! Qui vivra verra ! » Disparue au bout de six numéros, elle n’en est pas moins d’une grande qualité.

02_biblioLes fossoyeurs de rêves est un collectif dont notre auteur fait partit au même titre que Gaëlle Dupille, Sylvain Johnson et John Steelwood (l’interview de ce dernier à cette adresse). Ces auteurs ont pour mission de « faire rêver ou frémir de terreur et promouvoir la SFFFH, ainsi que les mauvais genres. » – le site des FDR. Vous y découvrirez leurs bibliographies à tous, et (entre autres) la bio de Romain Billot, dit « Le marginal » :

Son premier texte a été publié en 2007 dans la revue Némésis. Il s’agissait d’un poème en prose, Le Funambule-araignée. Après avoir obtenu son master de lettres, il entame la rédaction d’un thriller fantastique, Le visage de la bête, à lire dans Les prédateurs de l’ombre. Après quelques publications en France et au Québec, il quitte la Bourgogne et s’installe dans sa région natale, au pied du Plomd du Cantal, pour devenir bucheron. Là, les « grands espaces sauvages et solitaires » lui inspirent plusieurs histoires que nous pourrons retrouver dans son prochain recueil, Cantal’s Grindhouse. En plus de son livre, Les contes du grand veneur, paru chez L’ivre-Book, nous pouvons découvrir ses textes dans plusieurs anthologies (Sang, Tripes et Boyaux aux éditions de la Porte Littéraire ; Ténèbres 2013 chez Dreampress ; 2014 chez Long Shu Publishing ; Calling Cthulhu chez L’Ivre-Book), webzines (Nouveaux Mondes ; L’Imaginarius ; le Flash Info de l’imaginaire de l’écrivain Jean-Pierre Planque), revues françaises (Etherval ; La Salamandre de Marc-Louis Questin) et québécoises (Brins d’éternité ; Horrifique d’André Lejeune).

Son roman, Journal d’un laissé-pour-compte, est en préparation. Il s’agira d’un livre « psychédélique et corrosif, hommage à la beat-generation et Jack London ». S’il préfère le format de la nouvelle, assez court, « qui demande sans cesse de se renouveler et d’être synthétique », il souhaite justement ne pas se conforter dans un unique média. D’ailleurs, il a déjà aidé à la réalisation de plusieurs films amateurs (retrouvez les titres de toutes ses publications, l’ensemble de ses projets, sur Les fossoyeurs de rêves). Son livre se déroulera dans un univers médiéval. Ce lance-t-il dans la fantasy ? Je vous propose de le découvrir à la suite.

Romain Billot, en interview sur les blogs Des encres sur le papier, Les murmures d’A.C. de Haenne, sur celui de Sylvain Johnson et sur le site du journal La Montagne pour la sortie du présent recueil : Romain Billot a baigné très tôt dans la littérature de l’imaginaire grâce à la bibliothèque de son père, un personnage qui l’a fortement influencé dans son processus artistique. Ils partagent tous deux leur passion pour de grands écrivains ayant souvent sévi dans l’horreur. Les prédateurs de l’ombre est une manière de leurs rendre hommage car, pour Romain Billot, écrire des nouvelles et faire partager les univers d’auteurs connus où non sont les deux facettes d’un même métier. Il garde de bons souvenirs des lectures de magazines tels que Pilote, Mad Movies ou Fantastik que collectionnait son père. C’est un peu pour faire revivre leurs esprits qu’il s’est lui-même décidé à concevoir ses propres fanzines. Dans sa bio (dispo sur le site des FDR) vous pouvez lire que « les comic books d’horreur Creepy, le manoir des fantômes et Tales from the Crypt ramenés par son père d’un séjour linguistique en Angleterre vont le marquer à jamais. Bercé par les films kitch de la Hammer comme d’autres ont pu l’être par les dessins animés Walt Disney, l’enfant terrible créa son cabinet des curiosités et sut que de “toutes les horreurs qu’en rêve il avait créées”, il voulait faire son métier… » La lecture d’anthologies tels Weird Tales et l’émission Quartier Interdit lui ont démontré que le terrain qu’il arpentait était vaste, aussi vaste que son imagination d’enfant s’évertuant à faire naitre l’Angoisse chez ses jeunes camarades…

  • Pourquoi écrivez-vous ?
    Pour faire éclore les fleurs de sang que j’ai dans la tête !
    Romain Billot et Sylvain Jonhson (hommage à Kurt Cobain).

03_recueilsRomain Billot est peu recommandable. Si vous lisez ces nouvelles, vous découvrirez une folie latente qui ne cessera de vous hanter tout au long de la lecture, et même après. Qu’est-ce que cela dit sur l’écrivain ? C’est ce que nous nous demandons encore… Il semble sortir d’un vieux film avec son aspect marginal, ses terreurs nocturnes, son amour pour les paysages désolés et les plaisirs de la vie (whisky, cigares, bonne bouffe, bon vin, bonne chair, banquets entre amis). Romain Billot ne se laisse pas intimider par l’ennui. Il profite de son existence et même des horreurs qu’elle lui procure. Ainsi ses cauchemars, dit-il, sont sa première source d’inspiration (nous tenons cela de ce site). Aimant beaucoup sa région, il s’inspire d’éléments de sa vie rurale pour concevoir quelques histoires, puisant dans « les paysages, l’ambiance des vallées, des montagnes et des gens d’ici, ses textes sont souvent inspirés de gestes, d’anecdotes du quotidien afin de laisser planer “un doute. Est-ce réel ? Est-ce imaginaire ?” L’appréciation du lecteur est libre » (citation provenant d’ici).

Sylvain Johnson a dressé un étrange portrait de cet écrivain. Assez flippant pour que nous nous sentions un peu mal à l’aise durant notre entrevue. Le Romain Billot impressionne, c’est sûr ! Et il possède bien « un talent littéraire enviable », vous le verrez. En fait, comme tout bon psychopathe, Romain Billot cache bien son côté obscur… Il existe, et Jean-Pierre Favard nous le confirme : « Romain est ce que je n’hésite pas à nommer un être entier. Un passionné, au vrai, au noble sens du terme. Ses coups de gueule sont légendaires et si nous divergeons sur certains points, parce qu’il le faut bien sinon ce ne serait pas drôle, j’avoue admirer son entêtement et cette capacité qu’il a à se plonger corps et âme dans les projets qui le hantent. » En somme, c’est un être « entier en passionné, dangereux à l’occasion ». N’empêche, pensais-je alors. Drôle de nom que « Billot » pour quelqu’un qui manie la hache à longueur de journée… À moins que ce soit une tronçonneuse. Je ne sais pas si c’est plus réconfortant…

Les prédateurs de l’ombre, une critique du poulpe :

Malgré sa résignation, Alice voulait montrer à ce fumier qu’elle n’avait plus peur de lui, qu’elle n’avait plus peur de rien. Qu’elle s’en foutait. Elle désirait juste lui tenir tête une dernière fois, avant de mourir. Et si possible, elle lui crèverait un œil histoire qu’il se souvienne bien d’elle.

14 nouvelles parues des deux côtés de l’Atlantique depuis 2007, en anthologie (Ténèbres 2013, le Codex Atlanticus, Les Fossoyeurs de Rêves) et en revue (Horrifique, Brin d’éternité, Etherval). 14 cauchemars enfin réunis et augmentés de 5 textes inédits.

Rejoignez cette danse macabre, cette sombre farandole de spectres, de démons, de loups-garous, d’assassins et de cannibales de tous poils… Partez à la rencontre des prédateurs aux visages profondément humains qui vous guettent dans l’ombre, au détour de chaque page de ce recueil qui réjouira les amateurs du genre. – cf. La clef d’Argent, pour lire un extrait ou d’autres critiques.

Du fantastique et de l’horreur old school en toute simplicité…
Pour faire de joyeux cauchemars ! — R. Billot.

Chaque nouvelle va vous être chroniquée : vous en aurez un aperçu, mais nous ne vous révèlerons pas trop de détails… Puis nous vous communiquerons nos impressions ! Si celles-ci ne suffisent pas à vous décider, alors recueillez celle de Jean-Pierre Favard, présentant ce recueil en ces thermes dans une petite introduction à lire en intégralité ici. Romain Billot expérimente toujours de nouveaux styles et genre, en cela, ils ressemblent tout deux. Mais Romain Billot possède un petit quelque chose de bien à lui… :

04_journauxLe visage de la bête Alice. Le nom de l’héroïne plaira. La femme forte en détresse, la vieille terreur de la route de campagne en pleine tempête de neige, l’homme violent… Tout cela à un goût de déjà vu. Où est l’originalité ? Pas vraiment dans le style. La femme, symbole de sensualité et de faiblesse, se dressant devant l’homme dominateur, est un cliché. La rébellion d’un dictat, la prise de conscience d’un drame tel que la violence conjugale rapproche le lectorat, quel que soit son gender. L’héroïne n’est pas victime. Nous l’aimons pour ces réactions : celle d’une personne acculée sachant se défendre face au danger. Cette nouvelle est l’histoire d’une fuite, d’une obligation, d’une chaîne d’événements désastreux entraînants à la catastrophe. Nous sommes seuls sur la dangereuse route de la vie. Certaines sont pleines de tournants, toujours plus tortueuses à mesure que nous avançons. Ses obstacles forgent le caractère. Rendent plus fort s’ils ne nous brisent pas. Cette initiation au style de Romain Billot en dit long sur le personnage et sur ses inspirations. Si nous réussissons à survivre à la première épreuve, alors nous pouvons tenter la suivante.

Notre existence, à l’instar du personnage, peut sembler triste et vide. Affreuse, pour certains. Il ne reste plus qu’à relativiser. À concevoir une échappée au travers de nos passions et, dans notre cas, d’histoires. Certains vont aimer se faire peur. Se nourrir du tempérament ou de la folie des autres pour se consolider dans l’espoir que la vie n’est pas si triste… Ou bien s’offrir une dose de frissons, de dégoût. Pourquoi ? Sommes-nous des pervers par procuration ? Nous acceptons cet aspect de l’humanité, comme l’auteur qui ne se place pas au-dessus de ces textes, mais derrière chaque protagoniste. Ouais, la vie n’est pas passionnante. Nous laissons nos emmerdes derrière nous, trouvons une alternative, mais celles-ci finissent par nous rattraper. La vie serait bien fade si l’on avait un pouvoir sur le futur. L’étonnement, les tournures étranges qu’elle prend ajoutent de l’intérêt. On se nourrit du bonheur de certains, comme de leurs malheurs. Car rien, nous le savons, ne modifiera le cours de notre propre histoire. Alors par dégoût, oublions-nous, et plongeons dans la noirceur de ce texte dont nous ne voudrons pas être le héros.

L’héroïne, celle qui se fait sous-estimer par tous, comprend bien que seuls nos choix les plus douloureux mènent à une réelle forme d’amélioration. C’est ainsi que l’instinct prend le dessus et transforme la douceur en violence. Cette transformation, elle est voulue. Ce n’est pas une de ses nombreuses manipulations qui nous diminuent. Nous sentons transparaître le caractère de l’auteur sachant retranscrire la peine. Nous ne pouvons que compatir pour son personnage qui, entre d’autres mains, ne serait qu’une poupée vodoo. Le premier de ces prédateurs de l’ombre est un monstre sanguinaire, cruel. Un chasseur perfide dénué de toute humanité. Où bien, il en est l’incarnation : qu’est-ce que cela dit sur nous ? Que notre civilisation n’a pas réussi à détruire nos pulsions. Nous sommes des tueurs qui s’ignorent. Ceux qui le savent et mettent cela à l’épreuve sont sadiques, déformés par nos carcans. Nos contes primordiaux sont bien plus révélateurs que nous le pensons. La peur des anciens n’est pas feintée. Leur héritage est toujours présent, au plus profond de nous. Son conte, Le visage de la bête, est l’un de ses meilleurs. Lauréate du Prix Merlin en 2012, elle et visible dans le Codex Atlanticus n20, et elle introduit brillamment cette anthologie.

Fait comme un rat

Romain Billot, malgré son choix de sujet, n’est pas immature. Il joue sur les codes, les signes. Ses héros font partie de notre monde, que nous souhaitons quitter. Ils ouvrent une porte vers l’impossible, sont caricaturaux, ne sont pas sûr d’eux, mais se défendent avec violence. Ce sont des antihéros avec leurs sombres scènes de ménage, leur entêtement, leur côté looseur… Celui de cette nouvelle est un employé public. Il visite les égouts de Paris. Ce sont des canaux réputés pour leur historicité, classés, ayant transmis nombre de légendes. Quelle magnifique (quoique sous-estimé) cadre pour une histoire fantastique ! Quiconque ayant déjà visité le fabuleux Paris souterrain vous le dira (je vous le dis). Paris est une ville de mystères. Les personnages de Romain Billot sont déconnectés du monde. Ce ne sont pas ceux que nous voudrions voir. Nous voulons nous échapper. Non pas nous fonder parmi les représentants d’une classe sociale que nous connaissons trop. Parfois, l’échappatoire n’est pas là où on le soupçonne.

Loin sont les voyages des lettrés ou des forts méritant d’atteindre un autre stade, le héros ordinaire a pris leur place. Il peut prendre nombre d’aspects, voir même le plus répugnant de tous. Les personnages de Romain Billot sont des incarnations de l’environnement dans lesquels ils se trouvent. Ici, ils sont très drôles. Le fantastique, l’impossible, c’est ce que tout membre de notre clique recherche. Certains arpentent trop le domaine, qui devient impossible à appréhender pour une personne à la culture normalisée. Ainsi, nous devenons le Fantastique. Nous devenons l’horreur et l’impossible pour les plus incultes d’entre les humains. Nous devenons ce que certains, dans les années quatre-vingt, appelaient des « déterreurs de cadavres » du fait de nos passions et lectures. Notre curiosité nous emporte loin… Elle est même transmissible et engendre des monstres. Des cauchemars, dans les lieux favorisés par le morbide et le gore. Parfois, cette recherche nous coute cher, souvent elle demeure vaine.

05_journalSur le seuil, c’est un autre concours de circonstances inattendue. L’homme peut facilement dégénérer. Nous pouvons retourner à l’état sauvage. Nous bêtifier en suivant les prérogatives d’un monde n’ayant que faire de l’individualisme et du raisonnement. Cela peut survenir si l’on ne suit que nos pulsions, celle souvent suscitées même si cela engendre la criminalité. En être dénué, cela fait de nous les esclaves d’autres personnes. En avoir des divergentes, cela fait de nous des reclus et des pariât. Nous sentons l’impact d’H.P. Lovecraft dans ses deux nouvelles, surtout dans celle-ci, où la victime se transforme en une créature visqueuse par le biais d’une prison souterraine déteignant sur lui. Les prédateurs de l’ombres se terrent dans les recoins les plus reculés de notre subconscient, de notre monde, et n’émergent que lorsque les astres sont propices : lorsque le sacrifice est le bon. Romain Billot anime la matière morte : des tableaux, pour en faire des portes vers l’horreur. Cette nouvelle peut-être une critique de la renommé de l’artiste, de nos vanités, de l’immonde grossièreté que nous dissimulons au travers de notre art, aussi respecté soit-il. Il ne faut pas juger une œuvre par rapport à l’image de nous nous faisons de son auteur.

Samah

Cette nouvelle a des allures rurales. Un homme simple, un paysan, se complaît dans sa campagne et ses petits plaisirs. Un cadre celtique, magique, donc propice au folklore, s’étend devant lui sans qu’il n’y prenne garde. Il se laisse piéger par cette tranquillité ambiante reflétant son absence de discernement. Ce qui est dénué d’intérêt l’est pour une raison : pour endormir les instincts, pour n’inspirer aucune curiosité, pour tendre un piège au solitaire. Celui-ci est le héros rêvé d’un nouvelliste n’ayant guère la possibilité de présenter nombre de personnages en une fois. Seuls leurs destins, similaires, les relient entre eux dans ce recueil. Tout le monde peut se retrouver entre les griffes de prédateurs dissimulés, que cela soit dans des espaces secrets ou sous les regards de tous, masqués par le masque affable d’un citoyen sans histoire… Romain Billot est un auteur secret. Ses personnages le sont aussi. S’ils s’isolent, c’est bien pour une obscure raison. Pas qu’ils cherchent, sans le savoir, les ennuis, mais parce qu’ils ont besoin de plus que ce que le monde civilisé leur propose. C’est le cas du héros de Samah, un pervers insoupçonné.

Nous nous racontons tous des histoires et souhaitons une rencontre mystérieuse, être le possesseur d’un secret ou l’enquêteur de l’étrange. Le danger flatte notre intellect et nos prouesses physique : nous nous mettons à l’épreuve, testons nos limites. Raconter des histoires, c’est un peu la même chose : jusqu’où pouvons nous aller sans perdre pied dans la narration ? Romain Billot s’engouffre loin. Ses nouvelles s’enchaînent rapidement sans qu’il n’y ai de lourdeur, ce qui est rare dans un récit d’horreur. Sa légèreté est même dérangeante… Son fantastique n’est pas tenu de respecter les codes classiques : nous entrons dans le domaine de l’impossible. Tout peut arriver. C’est le désir qui nous pousse à continuer, à transgresser toutes règles. Le désir est à la fois dangereux et salvateur. Dans Samah se trouve une dualité entre les personnages, tour à tour beaux et laids. Grotesques. Samah, c’est une élucubration d’un bon citoyen du Cantal, que risquons-nous à la lire ?

Bloody Sabbath. Notre écrivain n’a pas peur des stéréotypes. Celui des jeunes adultes tentateurs, produits de la génération no futur, ne peut être qu’une résurgence du passé. L’aventure commence tel un teenage movie d’Halloween, quand une bande d’amis se fait punir par un démon, un serial killer, à cause de leurs grossièretés. Seuls les plus chastes sont supposés s’en sortir… Mais ce serait trop facile. Cette nouvelle peut faire suite aux Contes du Grand Veneur, le cadre y est identique. Cette parodie peut également en être le précurseur. L’histoire est celle d’un bad trip, d’une fête qui dégénère. Rien de surprenant, tout d’amusant et de lubrique.

Entre chien et loup

Romain Billot aime les légendes tout en les démentant : défenseur des loups, il tient à leur redonner leur juste place. Mais Romain Billot ne se comporte pas en défenseur des animaux. Certains n’ont pas droit à sa pitié. Ermite, il dénonce les folies de certains types de tourisme et les comportements hystériques de populations rurales apeurées. Son histoire, c’est celle des victimes innocentes massacrées par une foule en délire ne voulant pas croire que leurs malheurs sont dus à elle seule : elle le reporte sur des figures sauvages, sur des inconnus ne recherchant que la tranquillité d’une zone vierge de toutes nuisances humaines. Une polémique que nous retrouvons dans certaines nouvelles d’auteurs de la Clef d’Argent, où le héros se fait lyncher par des abruti emportés par leur fanatisme aveugle. Où bien il s’échappe, in extremis, grâce à sa force de caractère. Le leadership sauve d’une meute enragée, mais cela n’est pas sans risque : il faut gagner sa place. Une meute incite les comportements dominateurs. L’humain, en prédateur intelligent, réduit les espèces les plus faibles en esclavage. Les chiens et les loups suivent, traquent, chassent une proie isolée : le héros pourtant baraqué, n’ayant aucune échappatoire.

06_presseRomain Billot n’a pas fait que développer ce vieil adage. Il se moque des superficialités de la vie citadine. Il semble voir été déçu par ces représentants de la bonne pensée, ses nouveaux adorateurs d’une foi n’ayant rien à envier aux superstitions des vieillards. Un homme comme lui ne se sent à sa place nulle part. Son héros est une bête, un fauve qu’il ne faut pas mettre en cage. C’est également un tueur ne nous inspirant aucunement confiance. Il s’attaque aux plus faibles non pas pour sa survie, mais pour son plaisir. Pour maintenir sa place de prédateur dans une forêt où personne ne vient l’asservir. La nature est dotée d’une simplicité qui nous fait baisser notre garde. Elle nous inspire, nous dépossède, nous retire toute contrefaçon tandis que nous arpentons l’histoire à reculons pour nous retrouver devant nos origines primaires.

Nous sommes le crépuscule

On pourrait se lasser de ne lire que des textes rédigés de la même manière. C’est ce qui arrive. Le ton change et rattrape tout cela. Le titre de cette nouvelle nous rappellerait presque un titre de SF. Romain Billot n’est pas trop implanté dans son imaginaire pour éviter de s’ouvrir à un genre futuriste. Il se renouvelle : ces nouvelles ne sont pas toutes actuelles, quoique toujours tournées vers des horreurs abyssales. Celle-ci ne se déroule pas dans notre présent, c’est un futur proche, réaliste. C’est un monde postapocalyptique que nous découvrons. Le crépuscule de l’humanité n’est pas nucléaire. La faucheuse, terreur ancienne, est passée par là. Quelle déchéance : malgré ces efforts pour la repousser, l’humanité n’a su que freiner sa course pendant un temps trop long, car la voilà qui charge de plus belle. Romain Billot a surfé sur la vague de la pandémie et des morts-vivants.

Son histoire, c’est le petit manuel d’un survivant perdant son humanité au profit de ses instincts. Elle reste, cependant, telle une épée de Damocles. Romain Billot se plaît à dénaturer la normalité, à la doté de l’élégance des ténèbres… Ou de la répugnance. Il nous trouve à tous une némésis et un drame pour faire chanceler notre raison. Poussez une porte, et une créature vous attaquera. Poussez en plusieurs, vous finirez par découvrir la votre : celle qui vous rapprochera d’un peu trop près de la scène. Mais rassurons-nous, tout finit par avoir une fin. Notre espèce arrive à la sienne, les enfers se déchaînent. C’est une nouvelle hécatombe qui nous parvient, quelle que soit la distance qu’on a mise entre les monstres et nous. Car les monstres, ils sont nous.

Question de confiance

Si les scènes de la vie courante n’ont aucun intérêt, l’individualisme, lui, en a pour cet auteur. Si « qui aime bien châtie bien » alors, quelque part, Romain Billot aime les humains. Ceux qui ne sont pas entachés par la philosophie capitaliste : l’humanité sauvage, indomptable. Là, il nous situe à des années-lumière de la terre, dans une colonie minière futuriste. Il n’a pas besoin de nous expliquer comment fonctionne la logique de son récit : d’autres sont passés avant. Aucune longueur n’est jamais à déclarer durant ses voyages organisés. Il ne fait pas dans le tourisme, ou alors dans le dark tourism. Ainsi c’est un pénitencier que nous explorons. Un endroit où l’humain (ou approximatif) n’est que main d’œuvre remplaçable. Le colonialisme entraîne ce comportement esclavagiste dans les sociétés où l’expansion est primordiale pour les prédateurs que nous sommes. Nous comblons notre faible nature par une intelligence perverse entraînant la création d’un système basé sur l’accumulation de profits.

Les riches des multinationales gouvernent loin de leurs sujets et ne voient donc pas gronder leur colère. Une révolte éclate, est exacerbée par tant de petits gestes et mots repris par la multitude. Cette nouvelle sans grande prétention se situe dans cette mêlée. Le Système infernal est sourd à toute demande puisqu’il est mécanisé. Il nous enferme et nous exploite. Conçu par des lâches ayant peur de la douleur et des forts, il partage cette faiblesse avec ses concepteurs : il diminue la valeur de tous. Certains, dressés pour le fracturer, ont le pouvoir de le renverser. Le personnage mis en scène est un psychopathe que la peur et l’interdit incitent. C’est un monstre sans cœur et s’il faut choisir un parti, alors il est plus simple d’obéir que de se faire massacrer sous le joug d’un tueur sadique. Nous sommes piégés entre deux extrêmes et ne pouvons que, comme tous, nous laisser guider par nos instincts, nos impulsions salvatrices, en temps de guerre

07_montagesÇa et la raison sont éternellement en conflit, chaque camp ayant l’intention de nous « broyer », comme dit l’auteur, afin de nous maintenir sous leur joug. Prise dans un cercle vicieux ne menant à rien, l’humanité est pathétique. Il est donc plus facile de laisser aller jusqu’à atteindre notre point de rupture. Cette nouvelle est une critique peu couverte de notre routine de travailleur, traitée avec dérision lorsqu’un grave imprévu arrive et que personne ne peut s’en défendre. La faiblesse de l’homme est aussi sa force, car la nature est imprévisible. Il est simple de se transformer en monstre, de ce laisser-aller à l’abandon de tout sentiment, de ressembler à nos ennemis. C’est ainsi que les dictateurs se font remplacer. Cette tuerie brillamment orchestrée est très drôle car, là où aucune justice n’est à déclarer, règne l’imprévisible, celle de l’auteur ayant peaufiné la meilleure chute à son récit.

L’esprit de camaraderie, un titre à prendre au second degrés. Cette nouvelle est dans l’esprit des redneck’s movies, où une bande de pécores se retrouve au milieu d’une fusillade dans un endroit clos à l’apparence tranquille, mais glauque. Dans l’Amérique profonde, nous sommes entourés de solitaires délaissés par le système. Par de pauvres et stupides personnages que la vie a brisé. Face au malheur, c’est chacun pour soi, comme dans Question de confiance, on survit au détriment des autres. C’est l’hécatombe chez ses personnes n’ayant rien à perdre, si ce n’est leurs misérables vies dénuées de tout intérêt. L’appel de la route, les jeux d’apparences, sont des thématiques assez redondantes qui forment des « histoires de paumés » sympathiques à lire : nous nous éloignons des sentiers battus, à mis chemin entre Rambo et un The house of 1000 corpses. Nous n’avons rien à attendre de la vie, sommes seuls contre tous.

Le sang des aïeux, un retour vers le passé dans l’un de ses décors forestiers hivernaux et montagneux dont raffole Romain Billot. Le temps n’a pas d’impact dans ces lieux favorables aux bêtes sauvages. Se tourner vers un ennemi commun pour oublier nos différences est une manière de préserver la paix. On joue sur les croyances, sur la haine qui se perpétue à chaque génération. Ainsi les monstres chassés par les aïeux grossissent dans l’esprit des gens jusqu’à devenir trop fantastiques pour être vrais, trop immondes pour être respectés. Et pourtant ils reviennent, des années plus tard, plus fort, pour s’attaquer à une population n’étant plus préparée. Le souvenir n’est rien lorsqu’on déforme le passé, la réalité. Quel que soit son envoyé, la peur ne peut mourir. Cette nouvelle assez amatrice ne laissera elle-même que peut de souvenirs.

L’expropriation

À mi-volume, nous faisons la connaissance d’un vieillard atteint de la maladie d’Alzheimer. L’une de ces personnes âgées que nous deviendrons lorsque nous ne serons plus capables de trouver un sens à notre vie, ainsi délaissés par tous dans une abrutissante routine crasseuse. La société n’a que faire de ses rebuts, alors elle les dépossède. Après avoir observé notre passé, nous découvrons notre pathétique futur. Être conscient de la disparition de son esprit est une chose horrible que nous ne pouvons comprendre, dont tout le monde se fiche. Lorsque nous ne sommes plus qu’un poids pour des proches devenant des inconnus, alors il n’y a rien d’autre à faire que de lentement se laisser mourir. Cette forme d’horreur est affreuse, car nous savons que nous ne pouvons y rechaper, quelle détruira tout lien, tout être, qui nous relie dans un vaste réseau s’éteignant peu à peu. Nous devenons des bêtes.

Dans ces moment là, il ne faut pas réfléchir, mais accepter la détérioration sans rien faire. L’abrutissement est parfois salvateur. Le drame commun est difficile à reconnaître, surtout lorsqu’il nous est familier. Romain Billot nous confronte à ses fantômes que nous rejoindrons. La décrépitude est créatrice de malaises, de ressentiments, même inconscients. Le regard des autres est plus douloureux que tout lorsque nous sommes l’ombre de nous-mêmes. Quand la peine est insupportable, Romain Billot ne fait rien pour encourager l’espoir. Il se mure dans l’horreur, s’emprisonne avec ses protagonistes dans un enfer continuel. Cette nouvelle est vraiment réussie, guère joyeuse, certes, et nous ne comprenons ce qu’elle fait ici, si ce n’est afin de créer une transition.

08_livreUn vieillard s’attachant à la télévision est une scène immonde qui nous met sur les nerfs. C’est tragique, car dénué de joie. L’abandon n’est que plus détestable lorsque cette horreur conformiste sert de dernier bastion. La dépendance est préférable à la vacuité pour un pauvre vieux si triste qu’il en devient méchant. Ne jugeons pas, nous finirons par comprendre, dans notre future résignation. L’identité se perd, tout dégénère. Nous sommes des cadavres en décomposition, affreux, pathogènes. Témoins muets de la mort de l’âme, de l’esprit, du corps, enterré vivant. Ce récit est de toute beauté, tel une vanité, un transit, que nous ne pouvons occulter malgré nos efforts et ceux du monde moderne.

Le phare au coeur des brumes est un endroit propice aux fantômes. L’histoire du phare de Tévennec (Bretagne) est l’une des plus connues et flippante de toutes. Les amateurs de folklore celte la connaissent sûrement. Une entité sortie du fond des âges hanterait la baie et rendrait fou tout être se rendant dans ses terres désolées, reculées, situées aux portes de l’enfer. C’est un lieu de passage pour les âmes égarées. Les vivants n’y ont pas leur place. L’auteur se repose sur des repères historiques et folkloriques pour faire vivre ce lieu hanté rejoint par une équipe d’artistes douteux, un peu comme dans une enquête en chambre close ou une quelconque histoire de fantôme mettant en scène les figures incontournables du médium, du croyant et du sceptique. Pour plus d’infos sur les lieux hantés contés par Poulpy, cliquez ici. L’histoire assez clichée, avec son insoutenable suspense et sa notion du doute, nous rappelle nombre de légendes américanisées ou les thèmes de la magie, de la folie et de la tradition s’entremêlent.

Délivre-nous du mâle est tout aussi parodique que la précédente nouvelle. Elle souligne un genre bien précis sans s’en détourner. Le psychopathe en cavale dans l’Amérique profonde du siècle dernier revient pour une énième nouvelle. La fuite d’une communauté austère plait à l’auteur critiquant les religions punitives. Il conçoit un autre de ses récits pulsionnels où le danger est partout, surtout dans les figures réconfortantes. Lorsqu’on transgresse, on se met en danger d’une façon plus douloureuse que si l’on acceptait une triste destinée. L’opprimé devient rapidement le prédateur.

Impasse des Chrysanthèmes est le lieu de résidence d’une vieille sorcière : toujours se méfier des gentilles femmes aux allures fragiles. Naïves en apparence, elles s’attirent la sympathie de jeunes proies sans histoires, passant tout aussi inaperçues. Les vieilles personnes semblent disparaitre, ainsi cachées à tous. Elles font de parfaits tueurs en série. Une référence à un livre de Jean-Pierre Favard ne manquera pas de faire sourire l’habitué, d’autres références plus anciennes l’étonneront. Si la plupart des chutes sont facilement déterminables, le traitement de celle-ci est réussi.

Cas de conscience est l’un des plus longs récits de ce volume. De retour en une Amérique sinistrée, nous percevons des personnes livrées à elles même se faisant justice, détroussant les moins forts, n’attendant aucun secours d’une civilisation n’ayant que faire du petit peuple. Pire : espérant qu’il s’entredéchire afin de concevoir d’intéressants programmes. Il n’y a pas de meilleures formes de ludisme que lorsqu’on se plaît à jouer les voyeurs. Seuls les loups vivent dans les paysages urbains que nous matons avec intérêt dans l’espoir de dénicher quelque chose de croquant. La civilisation ne fait que dissimuler notre véritable visage, car nous pouvons prendre plaisir en enfreignant ses lois. Un peu répétitive, on y trouve beaucoup d’action : une dose d’adrénaline chère à l’auteur que nous ressentons par procuration. Et, étrangement, nous nous laissons abuser par les codes de cette civilisation qui nous aveugle aux véritables dangers. Romain Billot nous conseille de rapidement trouver notre meute afin de survivre plus longtemps.

01_coverDe profundis clamavi est la seconde nouvelle inédite. La dernière partie du livre en est constitué. Cela permet de redéfinir le thème du « prédateur de l’ombre » de façon varié. Ici, ses prédateurs sont des créatures marines affligeant un naufragé en temps de guerre. Tout peut arriver dans ce grand inconnu qu’est l’océan. Les profondeurs nous inquiètent, sont inhospitalières. Et lorsque nous savons que nous allons mourir dans l’immensité, alors nous ne pouvons nous attacher à rien. Nous sommes perdus dans un enfer glacé prêt à nous engloutir. Les terreurs jaillissent du plus profond de notre esprit ne pouvant espérer trouver le repos, tels ceux des âmes égarées hantant les fameux vaisseaux fantômes. Les âmes des personnages ne sont jamais pures, elles sont cachotières, mais Romain Billot ne les punit pas pour leurs péchés. Il ne fait que constater la folie des Hommes, ne se repentant que trop tard et oubliant rapidement leur bonheur par pure méchanceté, ne se tournant vers la salvation que lorsque cela les arrange…

Partie de pêche est une nouvelle occasion de mettre en scène un paisible retraité, un de ses personnages n’attendant rien de la vie, mais profitant le plus possible d’un cadre champêtre. Les héros de Romain Billot se fichent souvent de la mort, nous rappel-t-il. L’histoire est vraiment mignonne, car elle est souvent interrompue par les souvenirs de jeunesse du vieil homme. L’autre personnage, un garçon lui aussi voué à lui-même, l’accompagne. Ce qui créer de bons dialogues nous faisant craindre de pire, car un tueur rode autour de leur pauvre embarcation située au milieu d’un lac sans fond. Pour Romain Billot, une importante rupture eu lieu entre l’ancienne génération et les nouvelles n’évoluant sur plus dans le même milieu. Perdre à jamais ce passé l’inquiète, car les paysages dans lesquels évoluaient ses personnes ne tarderont pas à disparaitre face à l’accroissement de nos industries, de l’avènement de notre mode de vie destructeur. La jeunesse inconsciente et égoïste ne prenant pas compte de leur passé le perturbe également. Elle est autant fragile à ses yeux que la vieillesse, avec son expérience dans un corps défaillant. Les deux s’opposent donc. La rencontre est, encore une fois, le fruit du hasard. Ce cadre paisible est en quelque sorte le tombeau hanté de cette humanité aveuglée par les beautés empoisonnées issues d’un autre temps…

Voisinage parle de l’étrange proximité de deux retraités appartenant, là encore, à des mondes différents, s’étant coupés de la civilisation afin de profiter de leur retraite. Quand soudain un monstre rode. Quittant leur petite routine, le savant et le musicien n’ont pas d’autre choix que de se mêler à un danger pouvant surgir de n’importe où, quoi et qui. Le sentiment de paranoïa surgissant de l’esprit de l’auteur nous fait souvent craindre le pire dans l’isolement qu’il recherche. L’inconnu fascine et terrorise tandis que nos repères perdent toute leur signification. Pourtant, parfois, la conclusion n’est pas si horrifique que nous nous l’imaginions.

Le sommeil des monstres est l’histoire la plus atroce et réussit de toute : un braquage dégénère dans un vieux manoir. Livrés à eux-mêmes, en proie aux pires folies, les personnages font face à leurs pires cauchemars… Mieux vaut ne rien révéler !

Pour conclure :

Romain Billot exploite en profondeur le genre de l’horreur et y décèle de nombreuses nuances. Il créer ses histoires comme certains scénarisent leurs films : d’une manière assez rétro et amatrice. Passionné d’œuvres horrifiques populaires, il noie son lectorat dans une rivière d’hémoglobine ou le perd dans l’esprit de criminels à la sauce hollywoodienne. Sa morale ne correspond pourtant pas à celle de nombre de slashers bêtifiants. Il retranscrit les désirs et les peurs secrètes de l’âme humaine sans avoir peur de la censure. Lorsqu’il met en scène un élément du folklore, c’est d’une manière critique et non dans le but de surexploiter un thème à la mode. Romain Billot nous abuse sans trop abuser. Son style à l’américaine plait au public d’amateur ne recherchant pas la sophistication. Ce n’est pas un livre pour le néophyte, ce n’est pas grand public, et cela ne convient pas non plus à ceux que le style pulp ne touche pas. Notre auteur a conçu un parfait défouloir ainsi qu’une bonne œuvre ludique. Sauf que nous n’avons pas toujours le sourire aux lèvres. Il fait naître nombre d’émotions et, parfois, traite son sujet d’une manière très sombre, proche de l’esprit des précurseurs d’un genre. Les thèmes traités sont parfois trop classiques, même s’ils sont joliment revisités. Seule leur qualité les maintient dans ce volume peu égal, quoique cohérent. Les sujets surexploités ne suffisent pas à nous décourager, car la curiosité prend vite de dessus : les petits livres se savourent, les gros pavés se dévorent. Parfait pour une soirée au coin du feu, passée à faire griller des marshmallows en pleine forêt, Les prédateurs de l’ombre se partage entre amis, ouvre la voie à d’autres lectures, d’autres auteurs, dont nous ressentons grandement l’influence. Qu’est-ce qui fait l’intérêt de ce recueil : son éclectisme, son humour perfide, la distraction.

Les monstres et les fantômes existent. Ils vivent à l’intérieur de nous, et parfois ils gagnent. — Stephen King (citation choisie par l’auteur).

Ce recueil vous a été présenté par Poulpy.
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Poulpy.

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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2 commentaires pour Romain Billot, les prédateurs de l’ombre

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