Broken World I, Introduction

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Broken World, un jeu Pathfinder
développé chez OhMyGame

Voici un tout nouveau partenariat, que vous pourriez peut-être trouver quelque peu étrange, mais qui permit à votre poulpe de s’exercer à la rédaction d’une critique littéraire d’un… Jeu de rôle ! De l’héroïc fantasy pour remplacer la SF, et pourtant, encore, toujours, du post-apo. Pour vous, chers lecteurs, Broken World : le « premier univers français pour Pathfinder le Jeu de Rôle ».

Oh my Game éditions, créations et traductions de JdR, de livres et de jeux de simulation, vente de décors, de jeux et plus grand distributeur de dés en Europe, une entreprise fondée par Fabrice Sarelli, Denis Souly et Xavier Lavau. Leur site internet, oh-mygame.com.

I. Partons en quête d’un  » nouvel univers  »
Une présentation des auteurs.

La colère des Dieux a brisé le monde

« Et ces derniers ont laissé aux mortels une dernière chance, un dernier espoir : les Arches. Des ponts divins gigantesques qui maintiennent entre elles des îles-continents, séparées par de larges fleuves où règne une entropie bouleversant les lois magiques connues. Les héros voyageront dans ces terres brisées, découvriront leurs cités et exploreront leurs merveilles, affronteront leurs périls, pour finalement en devenir les nouvelles légendes. »

Broken World, un univers évolutif. C’est un monde médiéval fantastique classique avec une grande part d’originalité, fortement marqué d’une identité « very high fantasy ». Conçu pour des héros, le Monde brisé est dangereux et apportera des moments intenses et inoubliables de jeu. – cf. broken-world.net. Visitez également la page Facebook consacrée au jeu.

Dans Broken World les règles Pathfinder sont simplifiées mais comportent de nouvelles options, telles qu’une optimisation des races et des créatures. C’est, comme l’ont annoncé ses créateurs, « un jeu médiéval fantastique complet conçu pour vous faire vivre de formidables aventures et ayant bénéficié du plus grand playtest jamais organisé auprès du public (50 000 joueurs !). Les maîtres de jeu et les joueurs bénéficient d’un soutien important lors de leurs aventures épiques dans un monde créé pour les héros. »

Amis rôlistes, vous pouvez dès à présent vérifier ses affirmations en téléchargeant le kit d’initiation à cette adresse, qui comporte un scénario d’introduction, six personnages illustrés et prétirés, des fiches de créatures, et la carte de la Dankhélie !

02_coverComme vous le savez, Pathfinder est un système provenant de Dungeons and Dragon, célèbre jeu de rôle que la France à découvert très tôt à l’aide de Didier Guiserix. Ce célèbre fondateur du magasine Casus Belli, « le magazine de jeu de rôle le plus ancien de France », illustrateur, concepteur, scénariste, journaliste et chroniqueur (que nous avons eu la chance d’interviewer lors de ce reportage) cite Broken World comme étant un univers « si détaillé et cohérent qu’il rend intelligible des milliers d’êtres et d’évènements apparemment chaotiques nés dans un univers lui-même rescapé du chaos. »

En effet, nous nous faisons rapidement happer par ce monde possédant « une forte identité et tant de choses nouvelles – aux côtés de repères plus coutumiers ». Didier Guiserix acclame ces jeux de rôles immersifs possédant ce qu’il appelle une touche « frenchy ». C’est à dire un véritable aspect narratif et une façon de concevoir des scénarios où les joueurs ne se contentent pas de gagner des niveaux, mais se retrouvent propulsés dans une quête épique. C’est d’ailleurs à lui et à l’équipe du magazine Casus Belli que nous devons cette facette « théâtrale » du jeu de rôle. Voilà qui rends son hommage à Broken World que plus admirable.

Pour Didier Guiserix, le jeu de rôle, c’est avant tout un plaisir. Et c’est ce qu’il a retenu d’un système renouant à la fois avec les origines du JdR tout en se désolidarisant de certains clichés. « Les jeunes auteurs placent la barre très haut afin de se distinguer des générations précédentes. C’est compréhensible, mais ils ne doivent pas perdre l’esprit du JdR », dit-il :

« Après une dérive “intello” aux débuts du jeu narrativiste, ce domaine est devenu plus à la fois plus ouvert et plus exigeant, avec la volonté de fournir aux joueurs une part d’improvisation et de conserver les ressorts d’un vrai bon récit, les sensations et les sentiments que nous pouvons avoir en lisant un roman ou en regardant un film. Il y a une grande richesse dans le jeu de rôles. Nombreux sont ceux voulant la partager. »

Le jeu de rôle est une forme littéraire complexe dont l’écriture se situe entre le scénario de film et la création d’une fiction, qui comporte également des éléments mathématiques. De nombreux rôlistes se sont essayés à l’écriture. De nombreux auteurs se sont essayés à la rédaction de manuels, telle Jo Walton, que nous avions interviewé lors des Intergalactiques en 2015 (c’est à cette adresse).

Pour cette créatrice du jeu Gurps (Steve Jackson Games), la conception d’un JdR « combine tout ce qui est difficile dans l’écriture d’un roman avec tout ce qui est difficile dans l’écriture technique ». Dans ce milieu les auteurs sont rarement appréciés à leur juste valeur, et – d’après elle – cet exercice ne leur rapporte rien à part le plaisir de partager des créations originales.

« Quand on est maitre de jeu, nous jouons le jeu de l’écrivain, excepté que nous ne contrôlons pas les personnages. Mais nous contrôlons le monde et les figurants. Si nous arrivons à gérer un jeu de rôle, nous avons les moyens d’écrire un livre où il nous est possible de revenir sur certains points, changer différentes choses… Le jeu de rôle est une expérience intéressante, car nous ne sommes pas seuls dans le processus de création. Nous créons une œuvre collective entre amis. »

03_photos1Ci-dessus, Xavier Lavau et Denis Souly, créateurs de Broken World (à gauche), et Didier Guiserix (à droite) lors du salon OctoGônes (Lyon) en 2015.

La possibilité de concevoir une critique littéraire basée essentiellement sur la narration d’un jeu tel que Broken World est donc une entreprise faisable, mais non aisée. Je ressors enchanté de cet exercice puisque c’était, entre autres, l’occasion de compléter cet article par un dossier sur l’approche littéraire du jeu de rôle. Pour Didier Guiserix, elle pourrait se résumer ainsi :

« À l’origine de la littérature, dans l’Antiquité, les récits parlaient surtout de dieux un peu humanisés, et donc de héros, de demi-dieux. Au Moyen-Âge, nous nous retrouvons avec des chevaliers qui ne sont plus divins, mais qui choisissent de s’élever au-dessus de l’humain standard par une certaine ligne de conduite. Arrive ensuite, au dix-septième/dix-huitième, le personnage romantique qui n’est pas forcément un héros dans le sens qu’il ne passe pas des épreuves pour triompher. C’est un personnage malheureux, délaissé. Nous commençons à voir apparaître des loosers, des rêveurs, des fous, des humains comme vous et moi, mais toujours distants. Avec Maupassant et d’autres, mais surtout au début du vingtième siècle, nous passons du héros “il” au héros “je”. Passer du héros de roman “je” à “je suis autour d’une table et c’est moi qui agis en prenant la direction du personnage”, c’est la suite logique.

Dans les années soixante, le cinéma et les séries télévisées se répandent à tel point que nous commençons à être critiques vis-à-vis des oeuvres et des actions des personnages. Nous avons tendance à nous comparer aux héros, alors que, dans les années cinquante, nous rêvions de légendes hollywoodiennes. Viennent aussi les histoires un peu trash. Les personnages sont moins distants. Nous avons envie de rejouer l’histoire à leur place afin de voir ce que ça donne. Quand apparaît Dungeons and Dragons, l’outil de prise de contrôle est donné. Tout à coup, on peut jouer des « what iff ».

Ceux qui jouent autour d’une table ne sont pas seulement des consommateurs ou des tacticiens, mais les créateurs. Beaucoup de rôlistes auraient pu être des écrivains ou des cinéastes. Par le jeu, ils apportent des histoires et voient ce que les autres ont imaginé. Ils construisent leur monde ensemble. C’est encore mieux que de tourner un film, car il y a une large implication de la part de tous ainsi qu’une grande part d’imprévu qui n’est pas comparable à celle que doivent fournir des acteurs ou des scénaristes. » – Didier Guiserix.

De nombreux films, livres, etc. ont connu des adaptations en jeu de rôles (et inversement). Il existe un besoin d’identification à des univers existants, une envie d’interagir avec des personnages, des créatures, des terrains connus. Tout comme il existe une envie de visualiser un univers, de le concrétiser. Voilà pourquoi l’écriture du jeu de rôle est si imagée, qu’une grande partie de sa création repose sur des graphismes et des codes bien définis. Les développeurs s’accaparent un bestiaire, jouent sur les sensations que leur a procurées une œuvre, mais doivent tout de même se montrer originaux. Broken World, c’est un jeu de rôle aux bases littéraires remaniées. C’est ce que nous expliqua Mahyar, autre créateur du jeu, lors d’une interview également disponible ici.

Le joueur, s’il arpente le même monde que des personnages de livres ou de films, ne pourra jamais interpréter un héros existant dans un scénario réécrit. Il existe une certaine échelle de progression forçant son entrée et son adaptation à une histoire réinterprétée par chaque personne. La codification sert à soutenir un cadre dont on peut facilement dériver. Elle se base sur des principes ainsi que sur une mythologie (ou plusieurs) qui se veut universelle.

Ainsi, dans Broken World, la mythologie entre en collision avec les contes populaires. Le héros antique évolue pour se transformer en un personnage issu de la féérie. Des récits provenant de ces héritages a découlé la création de chefs d’œuvres littéraires tels que ceux de R.E Howard, J.R.R Tolkien, de C.S Lewis ou encore de J.K Rowling. Ces univers fictifs, à la portée de tous, ont par la suite déformé cette mythologie qui se redéfinit constamment au grès des siècles. Les images que nous avons des elfes, des nains, de la magie, proviennent de notre propre background culturel. Ce sont des créatures stéréotypées. Mais ces images retransmises dans la plupart des récits de fantasy actuels, nous les devons surtout à Dungeons and Dragons. Nous pouvons donc penser que, quand il s’agit de conceptions d’univers, le JdR et les récits d’aventures se situent sur un pied d’égalité.

04_nainsLe jeu de rôles a tout de même des restrictions de par son côté ludique. Il est avant tout conçu pour inciter le joueur à s’échapper de son quotidien par l’imagination. Ainsi, certains styles littéraires ne peuvent être adaptés à ses exigences. Le JdR promet un voyage sur des terres aux lois éloignées des nôtres, un moyen de quitter son corps pour entrer dans la tête de son propre personnage. Les joueurs de Broken World y incarnent les héros qu’ils ont envie d’être dans un monde qu’ils ont envie d’explorer, et non un simple humain débattant sur le sens de sa vie.

Pourtant, passé l’aventure, nous remarquons ici un message similaire à ceux que nous trouvons dans la majorité des récits postapocalyptiques où ce type de héros est souvent présent. C’est une morale aux accents écologiques, nous explique Xavier Lavau (l’un des créateurs du jeu) : « Dans ce monde, les magiciens ont décidé de bannir les dieux. Ces derniers se sont donc vengés, mais d’une manière tellement cataclysmique qu’il ne reste rien de la terre. Ils ont donc dû descendre pour la soigner avant qu’elle ne sombre. Les dieux ont sauvé le monde, ce qui sous-entend un message à l’humanité : qu’allez-vous en faire ? » Alors, de quoi s’agit-il, mis à part d’un univers appartenant à une importante branche de la science-fiction, grandement déguisé par son allure passéiste ?

Si les créatures disséminées dans ces « terres brisées » ont des ressemblances avec le petit peuple, les dieux et les héros sont inspirés de la mythologie gréco-romaine. « Les héros emblématiques que l’on aurait envie de jouer sont à la disposition des joueurs » dans une version remaniée. Mais cela, nous en reparlerons à la lecture du livre. En effet, suite à notre interview, les auteurs Xavier Lavau et Denis Souly m’ont gentiment offert le manuel des joueurs, une édition uniquement conçue « dans le but de présenter un univers dans lequel les joueurs et le maitre de jeu évoluent ».

« Cela raconte une histoire totalement inédite, sans rapport avec l’univers de Donj’. Mais elle rejoint les livres par sa narration. Ce sont les personnages qui décrivent le monde pour expliquer chacun de ces points importants. Nous pouvons ainsi avoir des nains qui présentent des elfes, ce qui amène à des situations assez cocasses. Le livre se veut immersif. Il se lit à la manière d’un roman qui n’a toutefois pas de trame particulière puisqu’il est centré sur la description. C’est un style simple, mais nous essayons de captiver un maximum le lectorat par le seul biais de la lecture.

Broken World est un univers médiéval fantastique classique qui, s’il reprend les codes bien connus des rôlistes, est agrémenté d’une touche personnelle ajoutée sur ses standards afin de créer une oeuvre à quatre-vingts pour cent classique et à vingt pour cent spécifique à lui-même. Aujourd’hui Pathfinder développe son univers patchwork. L’univers de Broken World est cohérent, possède sa propre origine, sa propre histoire, qui s’est tout doucement développée.

La spécificité de Broken World réside dans plein de petits détails. Le fait que nous ne puissions pas nous téléporter d’un bout à l’autre de l’univers pousse les joueurs à opter pour de longs voyages. Il n’y a pas d’axe bien/mal comme dans les univers de Dungeon and Dragon, mais un axe loi/chaos. Le but des personnages est de préserver l’équilibre. Depuis la brisure du monde, la religion est revenue sur le devant de la scène. Comme si l’humanité s’était souvenue de savoirs oubliés. Il était important que les joueurs gardent leurs repères sans se sentir en terrain conquis. » – si vous désirez découvrir des interviews en vidéo de Denis Souly et de Xavier Lavau, alors rendez-vous sur Roliste TV ou sur le site de la chaine Nolife.

Shakeri Mahyar a eu la possibilité de travailler sur des dizaines de gammes pour des dizaines d’éditeurs différents. « Chacun a sa façon de travailler, il n’y a pas un délire qui se ressemble », avoue-t-il. Sa préoccupation majeure, qui est de placer les joueurs au centre des scénarios, est bien visible dans Broken World (même s’il n’est pas le créateur principal de ce projet). Pour lui, les joueurs sont des héros au sens littéral. Ce sont eux qui font avancer l’histoire. « Le jeu de rôle est une gymnastique intellectuelle. C’est un défi continu. » C’est une expérience ludique unique en son genre et surtout… épique !

La création du Monde Brisé

Soyez audacieux ou prudent, calme ou bon vivant, venez rire des dieux ou vénérez-les, chantez ou hurlez, soyez féroce ou compatissant… Mais soyez héroïque ! – l’histoire d’une aventure épique, par l’équipe d’OGM (OhMyGame) : Xavier Lavau, directeur de publication, Denis Souly, créateur, aidé de Medhi Cherrar, Marc Prudhomme et Baptiste Raveglia. Les illustrations (sous copyright) présentes dans cet article sont toutes tirées du jeu. Nous les devons à Eddy Cipriani-Tchi, Mathieu Coudray et Vincent Maupu-MOP. Visitez leurs sites pour plus d’informations…

05_elfes 07_demi_orque Les créateurs de Broken World ayant un emploi du temps bien chargé, nous attendons toujours leur interview qui s’insèrera peut-être dans cet article. Une mise à jour est à prévoir… Qui sait, pendant notre futur reportage à OctoGônes en octobre 2016…

Ne quittez pas ! La seconde partie de cette chronique est à paraître… Je vous donne rendez-vous le week-end prochain sur l’Antre du Poulpe pour une lecture commentée par Poulpy. Chapitres après chapitres, nous tenterons d’appréhender en détail ce JdR afin d’en découvrir toutes les spécificités. Tout les samedi jusqu’au 4 juin, découvrez un nouvel aspect de cet univers. Pour le curieux, comme pour le MJ à la recherche de nouveaux horizons scénaristiques !

To be continued…

Poulpy.

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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