Maisons Hantées, des éditions Luciférines

Maisons Hantées
une anthologie des éditions Luciférines

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Maisons Hantées, une première critique pour les éditions Luciférines qui sera suivie d’un article sur Nouvelles Peaux, une anthologie hommage au grand Edgar Allan Poe. Selon Barbara Cordier, la dirigeante et créatrice de Luciférines, Maisons hantées est l’anthologie possédant la plus grande diversité de styles : « c’est un livre qui permet de se faire une idée sur nos autres publications, car toutes nos sensibilité y sont représentées ».

Qu’elles soient perdues au milieu des bois, héritées d’un grand oncle ou cachées dans la brume, les maisons hantées sont des motifs familiers de l’horreur. Depuis Le Château d’Otrante de Walpole et l’apparition du roman noir anglais au XVIIIe siècle jusqu’au slasher moderne, il est devenu impossible de passer à côté de ces lieux maudits où la réalité se distord.

En hommage à l’intarissable production littéraire et cinématographique qui se plaît à abandonner ses personnages entre des murs de plus en plus étroits, dix-sept auteurs ont proposé leurs huis-clos les plus angoissants. De hautes tours gothiques, un appartement d’étudiant, un motel d’où on ne revient pas… chaque nouvelle présente un édifice dans lequel il serait imprudent de s’aventurer très longtemps. Spectres, démons, souvenirs d’un autre temps et monstres cannibales ont un sens de l’accueil particulier… Alors, comme le disait si bien Dante : Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance… Des textes inquiétants, violents, insolents, qui n’hésitent pas à s’amuser de nos peurs les plus profondes. – Cf : luciférines.com.

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Des littératures de l’ombre aux textes transgressifs, les éditions Luciférines avancent vers des courants contraires. L’œil braqué sur le splaterpunk anglo-saxon, l’héritage surréaliste et romantique, nous cherchons l’expression franche et intérieure d’une horreur contemporaine, des égarements de l’esprit, des auteurs, enfin, qui feront plus que vous raconter une histoire.

Très attachées aux cultures underground, les éditions Luciférines n’hésitent pas à s’aventurer sur des terrains peu explorés. Créez votre lumière dans l’obscurité, découvrez nos auteurs et nos projets. – Cf : luciférines.com.

Luciférines, cette quasi nouvelle maison d’édition, a publié cinq livres. Le premier d’entre eux, Une culture de l’ombre, À la rencontre des gothiques, écrit par Chris Vilhelm et Guillaume Hantz, nous a été présenté lors d’une interview et d’une conférence réalisée pour la Taverne du Nain Bavard. Nouvelles Peaux, une anthologie dédiée au grand Edgar Allan Poe, comprend des textes de certains auteurs (Jean-Pierre Favard et Pierre Brulhet) dont les livres furent chroniqués sur l’Antre du Poulpe. Leur toute nouvelle parution, Qui part à la chasse, est une dystopie de Jérémy Bouquin. Et une anthologie sur les chat paraitra en 2016.

Les luciférines sont des molécules luminescentes que, selon Wikipedia, nous pouvons retrouver chez plus de 300 espèces, comme les lucioles, et chez de nombreux micro-organismes marins. Mais aussi, et c’est de là que provient le logo de ces éditions, chez certains poissons des profondeurs… Et chez des céphalopodes ! Ce qui explique notre intérêt.

I. Une présentation toute en interviews :

Chris Vilhelm, dont voici la page d’artiste, anime une émission pour la radio RCL, l’Antre Goth’art. Ces podcasts dédiés à la culture gothique ne sont pas sa seule contribution à la diffusion de ce courant artistique. Son premier essai, également écrit en collaboration avec avec Guillaume Hantz (Wild Black Mind), Une culture de l’ombre : à la rencontre des gothiques, promeut le gothisme et fait tomber les préjugés infondés. Elle soutient Luciférines depuis les débuts de ces éditions en animant des conférences lors de festivals tels que celui de Gérardmer et au Bloody Week-end.

02_vilhelm1Ci-dessus, Chris Vilhelm au Bloody Week-end en 2014. Un reportage pour la Taverne du Nain Bavard.

Elle est également artiste-peintre, et c’est à elle que nous devons quelques-unes des illustrations intérieures de Maisons Hantées, ainsi que l’image de couverture provenant de l’un de ses tableaux, L’architecture mélancolique des nefs pétrifiées. Son travail, dont vous avez un aperçu ici, est un mélange de ce qu’elle intitule de la peinture surréaliste fantastique et de l’expressionniste-gothique. « La plume s’est ajoutée au pinceau, pour faire la lumière sur cette culture dite de l’ombre qu’est la culture gothique. », nous dit-elle. Par ailleurs, elle s’intéresse aussi au tatouage et à la thanatopraxie. Ses oeuvres ne mettent pas toutes en scène le « monde gothique », mais représentent des allégories, des personnages mythologiques ou de romans fantastiques. Vous avez ci-dessous un aperçu de notre entretien, effectué en 2014 :

« L’irrationnel est, pour moi, une qualité imprévisible de l’imaginaire humain. Cela me permet d’entrouvrir des portes vers des “peut-être”. Je veux recréer toutes les possibilités de l’esprit humain dans sa capacité à accéder à des lieux qui ne lui est pas toujours réservé. Je traverse le miroir, et les pinceaux s’envolent. Ma main, qu’elle tienne le clavier ou le pinceau, est toujours dans la continuité de mon esprit. Et mon esprit est ailleurs.

Beaucoup n’adhèrent pas à ma peinture, car elle n’est pas faite pour plaire. Je ne suis pas là pour être enjoliveur de la vie. Tu vas être attiré par une toile ou une autre parce que le sujet a ouvert une petite porte en toi. Mes écrits sont assez complexes, et aussi surréalistes que mes toiles. Le livre À la Rencontre des Gothiques annonce bien la couleur. Nous titillons les gens, mais il faut que mes histoires vous choquent, qu’elles vous prennent à la gorge. Nous ne pouvons pas vous forcer à venir nous voir. Alors nous proposons et nous avertissons.

Au travers de À la rencontre des gothiques, Barbara Cordier voulait que tous les publics puissent mieux appréhender la culture gothique au point de vue musical, littéraire, cinématographique et artistique. Le gothisme est une philosophie plus que d’une mode. Les gothiques ne sont pas seulement des adolescents en mal d’identité sur lesquels on apporte des aprioris et des préjugés absolument exécrables. Nous ne sommes pas là pour nous suicider ou pour vous agresser, c’est tout le contraire, nous sommes là pour vous ouvrir les yeux. Nous avons un côté assez intellectuel, car nous sommes curieux du monde qui nous entoure. »

03_vilhelm2Ci-dessus, Chris Vilhelm au Bloody Week-end en 2014. Un reportage pour la Taverne du Nain Bavard.

Chris Vilhelm a un petit conseil à vous transmettre : « Nous ne sommes que de passage en ce monde. Nous n’avons qu’une existence, il faut en profiter. Je sais qu’il y a des barrières, mais un jour ou l’autre nous les verrons s’effriter. Nous avons cette capacité à franchir d’inaccessibles obstacles afin de réaliser nos rêves. Ouvrez les yeux et ne jugez pas les gens sur leur simple apparence, allez vers eux. Beaucoup ne demandent que ça. Il suffit d’un mot pour tisser énormément de choses autour de soi. Et il ne faut pas oublier que le monde est très petit. Vous allez trouver sur votre route des personnes que vous ne penserez même pas rencontrer. »

Barbara Cordier, alias Unity Eiden, gère, en plus de ces éditions, un blog où sont (entre autres !) décrit ses débuts en tant qu’éditrice. Les difficultés rencontrées lors de la publication d’un premier livre, ses démarches promotionnelles, son programme… Les éditions Luciferines ont été créées dans le cadre de ses études. Elles connurent un tel succès, que Barbara Cordier décida de faire perdurer le projet. Pourtant, elle ne cherchait pas à se mettre à son propre compte, mais à proposer ses services à d’autres éditeurs. Dans le cadre de son projet universitaire, elle se devait de concrétiser deux livres afin de les présenter. Après la réalisation d’une étude de marché, elle s’est rendu compte qu’il y avait un manque à combler dans l’édition de textes horrifiques. L’article Histoire d’une première publication sur le blog de B. Cordier. Un an plus tard, l’éditrice reprend les « crayons » et nous rassure quant à l’avenir de Luciférines : le projet a bel et bien abouti, l’avenir semble radieux et d’autres sorties sont à prévoir ! Les Luciférines, 1 an après.

Pour reprendre notre interview, que vous pouvez lire dans ce reportage aux Intergalactiques, l’horreur prédomine au catalogue de Luciférines. Ses auteurs écrivent des textes sombres aux styles très variés : « si certains d’entre eux vont être très littéraires, d’autres vont raconter des histoires d’une manière plus orale. Quelques-uns s’essaient à l’horreur le temps d’une nouvelle, d’autres sont des professionnels de ce genre. »

« Deux choses vont me motiver en particulier dans un récit », nous dit-elle, « la qualité du texte, et le ton. Je cherche des histoires sombres qui transposent des critiques parfois osées, des récits sortant du conventionnel. » Il y a peu d’éditions spécialisées dans le Fantastique et dans l’horrifique. Les éditions Luciférines se distinguent par des publications d’histoires se déroulant dans un cadre réel, introduisant parfois des notions de Fantastique d’une manière classique. C’est-à-dire que tout peut se jouer sur le doute et la suggestion. Qui part à la chasse est un thriller qui ne fait pas seulement peur, mais qui imbrique des éléments de ce type.

04_luciferinesCi-dessus, Barbara Cordier aux Intergalactiques en 2015.

Barbara Cordier a pour ambition de concevoir plus de projets et d’ouvrir les yeux des lecteurs sur le Fantastique : « Je voudrais leur faire comprendre que cela n’a rien à voir avec la fantasy, et les amener à lire des textes écrits à la manière des récits traditionnels. Le Fantastique est un genre qui ne permet pas seulement de rêver, mais d’explorer certaines notion du réel. Quand je vends des livres à des personnes qui ne savent pas ce qu’est le Fantastique, c’est toujours un vrai plaisir. »

Trois sorties auront lieu dès le printemps 2016 : un livre graphique de Jacques Fuentealba, qui propose des micronouvelles sur le thème des peurs de l’enfance, tout en jeux de mots et en humour noir. Ce livre sera illustré par un Artiste Fou bien connu par chez nous, StefW ! Un thriller psychologique est en cours de relecture, et une anthologie sur les chats est en cours de préparation… Barbara Cordier aimerait aussi proposer des traductions de textes fondateurs du XVIII ou du XIXe siècle inédits en France. « En ce moment, nous sommes submergé par la fantasy. Il est important de lire des classiques, de ne pas les oublier. N’hésitez pas à revenir à la source », nous conseille-t-elle.

II. Le livre. Détaillons le thème de la maison hantée :

Un lieu peut paraître hanté pour deux raisons.

La plus courante est due à un cadre propice à l’imagination. Un hôtel, par le simple fait qu’il soit situé sur un cimetière indien, va avoir mauvaise réputation… Un cimetière, construit sur des marais plus ou moins asséchés, va paraître hanté à cause de phénomènes thermiques totalement naturels dans cette bouillabaisse de décompositions… Un manoir, parce qu’ancien, parce qu’inaccessible ou situé sur une terre désolée, va véhiculer une image lugubre. Celle d’une maison hantée.

La seconde raison est due à un événement tragique qui marque des lieux sur un plus ou moins long terme. Plus l’histoire est curieuse ou ancienne, plus elle véhiculera des rumeurs grossissant les faits, qui finiront par diaboliser complètement l’endroit. Mais sans aller jusqu’aux meurtres d’Amytiville, qui accepterait de dormir dans le lit d’un trépassé ? Sans pour autant être superstitieux, avouons que quelque chose en nous repousse la promiscuité des défunts. S’en éloigne afin de fuir une sorte de « contagion ». Des lieux sont donc redoutés, comme l’île de Povegia à Venise, à l’horrible passé. Nous les fuyons par superstition… Ou bien, la curiosité, comme un besoin d’appréhender le grand inconnu, nous poussera à les arpenter…

05_expoCi-dessus, l’exposition de Chris Vilhelm au Bloody Week-end en 2014. Un reportage pour la Taverne du Nain Bavard.

Ces raisons, géographiques et historiques, se mélangent souvent. Cela créer des lieux de pèlerinages pour curieux ou chercheurs du paranormal. Sans pour autant aller jusqu’en Écosse et faire le tour de ses fameux châteaux, nous trouvons des exemples en France d’endroits mêlant nos deux conjectures. Vous verrez qu’un phare, comme celui de Tévennec, peut véhiculer des tas d’histoires alarmantes. Et cela par le simple fait de sa position. Des tempêtes tonnent souvent dans cette « baie des Trépassés ». Puis nous vient des mythes celtiques une figure hantant cet espace transitoire entre terre et océan, entre connu et inconnu, entre vie et mort : l’Ankou. S’ajoute enfin à ce folklore les témoignages de gardiens quittant prestement l’îlot désolé où ils ont eu le malheur d’élire domicile pendant trop longtemps.

Des forêts et des châteaux merveilleux, il en existe aussi en France. « Hanté » nous fait penser à « fantômes ». Mais le diable, et bien avant lui, le petit peuple, s’amusait déjà à apeurer les habitants de hameaux, les promeneurs isolés… Pourquoi ont-ils choisi de s’installer dans certains lieux plutôt que dans d’autres ? Pourquoi toujours vouloir s’emparer d’un pont, par exemple ? La symbolique est très profonde. Et, si vous voulez en savoir plus, alors je vous conseille de lire cette retranscription d’une conférence sur le petit peuple située à la fin de cet article.

Dans ce cas-ci, il ne s’agit pas uniquement de désigner un endroit et d’y apporter une signification. Des catastrophes et des crimes vont également être mis sur le compte de créatures féeriques. Peu à peu ces créatures vont être remplacées par des esprits non plus frappeurs, mais par les âmes des défunts. Nous devenons de plus en plus prosaïques à mesure que nous remplaçons croyances avec savoirs. Rares sont ceux qui vont penser, à la manière des populations du Moyen-Âge, qu’un criminel a agi sous l’impulsion du malin. Donc, dans nos récits, ce sont nos morts, des hommes et des femmes d’autrefois, qui habitent les pierres, qui reviennent d’un lieu invisible et qui nous parlent de la seule chose qui est encore pleine de mystère : l’Après.

Mais ceux-ci ne sont pas tous des criminels ! Beaucoup de récits vont conter l’apparition d’une victime voulant se venger de son assassin ou désirant accomplir une affaire laissée en suspend. Nous ne tenons pas toujours à exorciser des lieux. Parfois, c’est le contact avec l’au-delà que nous recherchons. Nous ne parlerons pas de spiritisme, toutefois, car cela nous éloignerait une fois de plus du sujet. Mais ce besoin de communication, il peut se retranscrire dans le design d’une construction. Un lieu hanté ne l’est pas forcément pour l’une des raisons décrites ci-dessus. Il existe un cas particulier :

06_peinture1AETERNUS EQUILIBRIUM, recherche de l’équilibre intemporel dans l’Histoire des pierres et de la chair. et K-Lio P au gant rouge, deux huiles sur toiles de Chris Vilhelm.

De nombreux lieux sacrés sont des refuges à esprits, ou des passerelles vers un autre monde. Ils sont souvent dédiés à la mémoire. Ces croyances contestables, pourtant ancrées dans chaque civilisation, connurent de nombreuses transformations avant de prendre les formes que nous connaissons. Alors, la prochaine fois que vous vous rendez dans une église, ayez dans l’esprit que si son dessein est de protéger contre les mauvais esprits, ils les attirent également ! Mais personnellement, je reste perplexe sur le bien-fondé de cette affirmation…

Par contre, je crois qu’un sentiment, et non un être, peut envahir une construction, un paysage naturel, ou un autre être. Ce type de hantise est un phénomène réel. Certains lieux ne sont pas réconfortants. Le poids des âges pesant sur une forêt lugubre va nous rappeler notre proximité avec les choses mortes. Traîner dans un asile d’aliénés ne va pas faire du bien à notre moral… Notre esprit est d’ailleurs le premier impliqué dans notre appréciation de la réalité, qu’il déforme constamment en fonction de son vécu. Notre état mental, autant que moral influe, donc. Et les maisons sont le reflet des âmes de leurs occupants. Comme nous, elles ont toutes une « personnalité » unique. Elles peuvent être ou paraître froides ou accueillantes… Et ces décors peuvent cacher deux visages, ils peuvent être aussi fictifs que les personnages les « hantant ».

Dans la majorité des nouvelles présentes dans cette anthologie, on nous parle tout de même de lieux maudits, habités par des présences maléfiques. Ses éditions nous fournissent des histoires horrifiques. Donc nous savons à quoi nous attendre… Mais enfin, pourquoi accorder autant d’importance, même maintenant, aux fantômes ? Nous en parlons plus que de la mort ! Surement parce que si ces revenants nous font peur, ils nous rassurent sur un point : la fin n’existe pas. Peu nombreux sont ceux qui s’en persuadent. Cela signifie-t-il la fin des récits fantastiques de ce type ? Luciferines perpétuera la tradition en publiant à la fois des textes uniques, hors-normes, et d’autres au répertoire plus classique. Du moins, c’est ce que nous comprenons à la lecture de ce volume, assez épais, d’ailleurs. Vous avez là un large éventail de ses possibilités éditoriales.

Nombreux sont ceux qui hantent cette maison qu’est Luciférines.

PS. Pour lire une seconde critique littéraire sur le sujet des maisons hantées, je vous conseille de cliquer sur ce lien. Le fantôme du mur, de Jean-Pierre Favard, une parution de la Clef d’Argent. Un petit extrait de l’article ci-dessous :

07_peinture2Les dualités de Loulou. Qui est cet Autre qui susurre les époques oubliées au creux de l’épaule d’opale de Loulou… Huile sur toile de Chris Vilhelm.

« Les fantômes sont des créatures qui représentent parfaitement le récit Fantastique. Immatériels, leur existence est quasiment impossible à prouver. Ce sont des apparitions, souvent effrayantes, que nous pouvons mettre sur le compte de l’imagination de témoins trop sensibles. Des personnes ayant fait un rapprochement entre un événement s’étant passé dans un lieu, et une vision qui pourrait résulter d’un phénomène tout à fait banal. Mais peut-on réellement tout rationaliser ? » – Dans le livre de Jean-Pierre Favard, le doute est au centre de l’œuvre. Car le doute est Fantastique…

III. Les nouvelles. Une critique de l’œuvre :

Question maquette, nous pouvons chipoter sur la mise en page des sommaires. Sinon, nous pouvons apprécier le fait qu’une présentation des auteurs soit présente à la fin du volume ! Cela permet de contextualiser les nouvelles en fonction des sources d’inspirations de chacun, de leur approche, brièvement décrite, et de leur milieu. En plus des illustrations de Chris Vilhelm, nous découvrons des dessins de Stéphane Maillard Peretti, qui enjolivent ce volume. Celles de C. Vilhelm sont sombres, violentes, elles se focalisent sur des personnages tordus. Celles de S. Maillard Peretti tiennent plus de la gravure, présentants des scènes avec moult de petits traits. Ce n’est pas le seul livre qu’il illustra pour Luciférines, surement pas le dernier non plus. Et vous trouverez aussi une illustration de Timothy Hannem, pour la Nouvelle Kolka de V.F.F. Pouget, ainsi qu’une autre d’un Artiste Fou, Codex Urbanus, pour 145 rue Lafayette d’Antoine Techenet.

Ci-dessous, les histoires vous seront décrites une à une, sans que cela ne vienne vous gâcher le plaisir de, nous l’espérons, une future lecture. Je vous ai parlé des présentations des auteurs, je vais moi aussi vous les transmettre sous la forme de résumés et de liens. N’hésitez donc pas à vous laissez rediriger ! Concernant les images que vous trouverez dans cet article, elles ont été mise en ligne dans le but de vous faire découvrir de nouveaux artistes, mais sont sous copyright… Cela dit, bonne lecture sur l’Antre du poulpe !

PS. Les éditions Luciférines sont aussi sur Facebook

Jeux d’enfants de Floriane Souslas

Floriane Souslas est une amatrice des lectures de l’imaginaire, qui « aime à lire et décrire des héros torturés et des ambiances malsaines et un peu glauques. Plus que tout elle aime écrire sur les vices de l’homme, sur ce que l’on voudrait cacher et qui pourtant nous définit ».

08_peinture3A la recherche d’une perfection dans l’envolée du couple équin, doucement esquissé du bout du pinceau de K LIO P… La couleur du gant rouge n’est pas anodine… et Révélation d’une Ame en quête. Une quête enfin révélée par l’Ame libérée de son fardeau de chair… Le coquillage dans les bras de l’androgyne réfère à nos univers de naissance… Deux huiles sur toiles de Chris Vilhelm.

Cette première histoire se déroule en deux temps. Les souvenirs d’enfance d’un jeune homme le conduisent à une antique bâtisse où il aimait s’amuser, une fois l’an, avec des amis imaginaires… Mais peut-être sont-ils plus réels qu’il ne le pense. Nous en apprenons un peu plus sur l’étrange relation qu’il entretient avec un curieux enfant qui n’a rien d’humain, et avec l’esprit de la maison, à mesure qu’il arpente les couloirs d’une demeure devenant de plus en plus malsaine. Le héros, souhaitant renouer avec son passé, s’est rendu compte qu’aucun retour arrière n’est possible. Il s’est trop éloigné. L’enfant rejette l’adulte qu’il est devenu, et inversement.

Ce décor figé dans le temps, en décomposition, est assez glauque. Pourtant à une époque, le personnage ne jugeait pas ses lieux ainsi. Il vivait dans un monde imaginaire. Le monde de l’enfance qui, avec toute sa naïveté, permet d’appréhender des dangers qui nous feraient à présent frémir. L’enfant a quitté le pays de l’éternelle jeunesse, il n’est plus le bienvenu parmi ses amis. Cette force de ne voir le monde que par le biais de jeux, il l’a troqué afin de rejoindre ces parents dans leur réalité. L’humain est voué à évoluer. C’est là sa grande peur. Mais être constant, c’est fuir un monde auquel nous étions destinés pour rejoindre un second où nul retour n’est possible.

Cet adulte est à présent équipé du pouvoir de tout rationaliser. Il s’est fondé dans le « concret », et il ne peut qu’envisager les autres réalités qu’avec effroi, car il ne les comprend plus. Ou bien, car il essaie de comprendre, justement. Son imagination est devenue une illusion, il n’arrive plus à faire semblant. Il n’a pas cherché à rejoindre ses amis, car, en grandissant, il a appris que vivre dans sa tête est devenu une faiblesse. C’est être fou. Pourtant il faut l’être pour dénigrer l’existence de la magie alors qu’elle nous a été prouvée.

La dure réalité, elle nous blesse, consume nos rêves pour faire de nous des adultes. Nos craintes sont plus nombreuses. Quand l’imaginaire, le paranormal, prend le dessus sur notre réalité, alors ce qui faisait notre force, le fait de dénigrer l’impossible, est notre faiblesse. En essayant de s’échapper comme il le faisait avant, dans ses rêves, le héros a oublié leurs violences, leurs dangers. Il ne voit plus que de la noirceur qu’il a également amenée avec lui. Quel est le pire, le réel et ses épreuves, ou bien cette noirceur dans laquelle vivent ses ex-comparses ? Dans les deux cas, il y a un prix à payer pour continuer de jouer, ou bien pour se mêler à nos semblables.

Un enfant représente l’inconnu, car nous ne pouvons comprendre ce qui se passe dans sa tête. Les enfants peuvent se mettre en danger et en ressortir plus fort. C’est une chose que nous avons oubliée. Nous avons tous un petit démon en nous qui ne demande qu’à prendre le dessus. Voilà ce que nous dit cette auteure dans cette courte nouvelle assez classique et mystérieuse, qui suit son chemin jusqu’au bout, sans faire de détours, pour mieux piéger le lecteur et non le perdre. À l’arrivée, nous nous demandons presque si nous ne venons pas de lire un conte de fées moderne.

Motel K de Yann Isoardi

Yann Isoardi signe ici sa seconde publication. Il écrit aussi des poèmes et pour lui « écrire équivaut à avoir une existence parallèle, celle qui permet de laisser son imagination s’exprimer, pousser comme une ronce ou une rose dans un endroit sauvage exempt d’interférence ».

09_codexCi-dessus, Jenny l’ouvrière, par le Codex Urbanus.

En ce lieu de passage faisant rempart à la nuit, des créatures ténébreuses peuvent se glisser. Personne ne s’y sent chez soi. C’est d’ailleurs le cas de tout lieu excentré mis en scène afin d’appuyer ce malaise. Nous n’avons pas cette sensation de sécurité dans ces endroits transitoires. Ou alors, elle est illusoire… L’auteur nous présente une crainte qui nous étreint tous lorsque nous sommes loin de chez nous, à la nuit tombée, quand il nous faut arpenter seul(e)s un chemin incertain, que notre espace de confort est loin de nous. Cet « espace de confort », nous pouvons ressentir le besoin de le recréer en nous soudant à une seconde personne. Mais là encore, les apparences sont parfois trompeuses.

Notre moitié peut causer notre perte. Par la disparition d’une jeune femme, nous distinguons une seconde forme d’horreur. Celle que nous inspire l’homme, qui ressentira toujours le besoin de dominer sa conjointe. Si l’homme a peur que la femme ne le quitte, elle, elle craint que l’homme ne la tue. Le héros est violent. Son fantasme est aussi cru que lui. Si l’homme peut paraitre réconfortant, il peut aussi être un obstacle à l’émancipation. Nous retrouvons cette peur de ne pouvoir nous enfuir, d’être enfermé dans notre folie. Cette phobie entraînant sur des routes obscures où cette prison peut à tout moment devenir plus tangible.

Le narrateur, rien que dans sa présentation, ne nous inspire pas confiance. Yann Isoardi a bien deux existences. Celle qu’il nous présente par le biais de ce narrateur est dérangée. Dans cet exutoire littéraire, il ne se donne aucune limite. Antipathique à souhait, notre homme est obsédé par une fille qu’il a aimée et qu’il recherche depuis des années. Devant un psy très curieux, il dévoile une curieuse expérience. Nous doutons bien vite de sa version des faits et venons à anticiper le pire. Intéressante idée de ne pas entrer dans l’habituel compte rendu d’une histoire par le personnage principal, comme dans la plupart des nouvelles comprenant un unique protagoniste et quelques figurants. Par ce dialogue, l’auteur place quelques éléments humoristiques allégeant un drame en arrière-plan.

Cette histoire nous semble tout droit sortie d’un rêve. L’impossible prend corps dans un récit halluciné, mêlant des descriptions visuelles, sonores, et auditives. Si cela rend la fiction plus tangible, cette abondance de détails saccade un récit aux allures parfois un peu trop débutantes. L’auteur semble perdu entre deux états, comme son personnage. Il transmet ses visions dans un format ne pouvant pas les rendre assez tangibles. Son histoire n’a pas l’air crédible. Elle n’en devient que plus originale. Nous nous croyons dans une série télé où rien n’est ce qu’il parait être, car nous avons le son, mais pas l’image. C’est un hommage assez déviant à une forme de culture qu’il vaut mieux ne pas citer…

Annabelle de Jean-Charles Flamion

Jean-Charles Flamion est passé du polar au fantastique, il « aime jouer avec l’interdit, les faiblesses et l’ambivalence de l’esprit humain. Cliquez pour en savoir plus sur cet auteur que nous retrouvons au sommaire de Nouvelles Peaux…

10_urbanusCi-dessus, Carnival of Mirors, par le Codex Urbanus.

Dans cette troisième nouvelle, le rationnel ne peut expliquer les raisons d’une présence fantomatique hantant amoureusement la douche de la protagoniste. Pensant à un fantasme homosexuel repoussé qui prend forme en ce moment de relaxation intime, elle dénigre la réalité en se berçant dans un voile fictionnel : les fantômes n’existent pas. Mais elle est bien vite convaincue du contraire et perd amies et repères. Ce fantôme aspire sa vie sociale en lui rendant visite. L’auteur décrit des scènes sensuelles, jouant sur la racine du mot fantôme, présentant une très belle protagoniste faite pour plaire.

Honteuse de cette situation trop intime pour être partagée, celle-ci se coupe de tout. Le fantôme n’est pas la présence qu’elle craint. Le regard des autres est bien plus douloureux. Ayant l’opportunité de se laisser enfin aller, de ne plus se cacher derrière des apparences, elle se dévoile et se donne pleinement. Mais « passé l’orgasme vient le temps des questions ». Qui donc est cette Annabelle ? La chute vous marquera très certainement ! Surtout que les descriptions de cette nouvelle ne laissent pas de marbre… Ce texte retrace tout à fait la description que vous voyez ci-dessus : l’auteur se joue de nous.

Le murmure des pierres de Chris Vilhelm

Chris Vilhelm (interviewée plus haut) a donc cédé quatre de ses illustrations à ce volume. Elle « explore les mondes psychiques sombres de l’individu créant ses propres fantômes, à travers sa nouvelle Le murmure des pierres » qui reprend un thème qu’elle nous a dit aimer représenter. « J’aime imbriquer l’histoire de l’Homme dans la pierre qu’il a construite, l’Histoire figée face à l’Histoire vivante. » – Chris Vilhelm.

Cette nouvelle est percutante. Ses images métaphoriques stimulent l’imagination et le style est extrêmement soigné. L’histoire décrite par un narrateur ayant perdu goût à la vie est, dès le début, dans un registre fantastique. Selon Chris Vilhelm, le fantastique c’est une autre désignation de l’imaginaire. Ce genre doit transcender ses codes. Un auteur peut très bien placer des éléments imaginaires sans faire naître le doute sur leur existence. Pour quelle raison un fantôme n’existerait-il pas, n’aurait pas envie de nous raconter sa vie depuis l’au-delà ? « Quand plonge-t-on dans le Fantastique ? » nous demande-t-elle. « C‘est très subjectif. Quelque chose qui est normal pour moi ne l’est pas forcément pour mon voisin, ou vice versa. De cette façon, un phénomène anodin peut basculer dans l’irrationnel. Où franchit-on la limite ? Je ne sais pas, car nous sommes toujours en équilibre sur le fil tenu qui sépare le réel de l’irréel. » Tout comme le narrateur, sortant tout juste de l’asile, tentant de construire une nouvelle vie sur des fondations branlantes.

La folie est incurable. Rien ne le sortira de son malheur, pas même la médecine. Elle n’est pas faite pour les fous. Elle est conçue pour protéger les bons citoyens des menaces qu’ils représentent. Alors, que se passe-t-il après la folie, quand le patient n’est un danger que pour lui-même ? Nous avions traité de cette absence de traitement dans un article sur Folie(s), une anthologie des Artistes Fous. Quand le fou se résigne à vivre avec sa maladie. Quand il doit à présent, tout comme la narratrice de la précédente nouvelle, faire face aux cruels regards des autres. Nous avons si peur de la transmission de la folie que nous venons à fuir et dénigrer ses victimes. Il serait idiot de se moquer d’une personne atteinte de maladie, et pourtant, nous le faisons. Nous cherchons à nier son existence, à la faire passer pour un mal bénin et choisi, car, au fond de nous, nous ne sommes pas sûrs d’être saints d’esprit. Et si être normal signifie être comme tout le monde, alors la folie n’a pas le même visage en fonction des lieux et des époques. Trouver un sens dans société aussi folle que la nôtre, puis s’en contenter, est être fou.

11_ruinesCi-dessus, un dessin de Timothy Hannem. Visionnez son portfolio ici.

Le Fantastique est un retour sur soi, sur nos peurs intimes. Nous faisons face aux démons craints par tous nos semblables, qui se terrent dans notre imagination collective. La folie est donc souvent déclinée puisque, plus qu’un élément insufflant la notion de doute dont nous avons parlé, c’est aussi l’ennemi des personnages. La folie nous colle à la peau. Nous pensons parfois la déceler, mais elle n’explique pas tout. Lorsque nous avons réellement affaire à un élément surnaturel, « il serait fou de le nier ».

La folie est impalpable. C’est un fantôme hantant un hôte. Nous ne pouvons l’occulter. Mais alors, que devient un fou lorsqu’il doit refaire sa vie après l’expérience traumatisante de sa folie et du traitement de celle-ci ? Une autre victime de notre système, destinée à mourir seule, à ne pas être pleurée, comme cette personne ? Il est difficile de retrouver sa liberté d’esprit après avoir été enfermé. Nous nous rendons compte que des barreaux nous entourent toujours. D’ailleurs, les médecins ne cherchent pas à rendre au fou sa « liberté », mais à le droguer afin qu’il entre dans un système moins onéreux.

Le patient n’est plus lui-même. Il n’est plus qu’une bête que les médicaments ont rendue stupide. Il est déshumanisé, la tristesse incarnée, pitoyable. Un fou ne sera jamais normal, il ne retrouvera jamais ce qu’il a perdu, et il n’a plus rien. Cela nous ouvre les yeux sur un sujet tabou de la société. Nous ne pouvons plus faire comme si la folie n’existait pas, comme si elle ne nous touchait pas. Un homme atteint de ce mal n’est plus totalement humain. Il n’est plus capable d’être entier. Il doit trouver du soutien puisqu’il ne peut plus se gérer seul. Il devient dépendant d’un système supposé alléger ses souffrances. Mais il n’obtient que de l’indifférence de la part de ces semblables. Le fou incarne notre peur de l’inconnu ou de ce qui est enterré en nous. C’est un réflexe que de le rejeter.

Derrière le masque mielleux des médecins se cachent d’horribles sadiques ne cherchant qu’à détruire un être dit irraisonné en le confrontant à des normes perverses. Derrière leur déguisement ne se cachent que froideur et désintérêt. Le fou devine le rejet et la curiosité amusée dans le regard des autres, il ne peut faire semblant d’être normal. C’est cette normalité qui le piège. Impossible d’entretenir une relation en mentant sur son état. Il se trouvera toujours quelqu’un pour démontrer sa différence. Le fou a vécu, il s’est fait une expérience de la dure réalité, celle que nous voulons occulter. Le monde est un terrain hostile pour le fou lâché sans soutien. Qu’importe le chemin qu’il prend, il continue de foncer droit dans le mur.

La folie a rongé hommes et bâtiments. Elle noircit le monde sous sa pollution. Dans la demeure parentale, le fou n’est pas à l’abri. La folie à des représentants qui s’immiscent dans sa vie, l’empêchant de mener une existence à l’écart des soucis. La folie, c’est le réel. Le seul traitement est de quitter notre monde, nous dit-il. D’aller là où elle ne pourra pas nous blesser. La maison hantée par les souvenirs du personnage est à son image. Elle est abîmée par le temps et les intempéries. C’est un rébus d’une ère passé, bonne à faire peur, pendant un temps, avant de s’effondrer.

La maison est une curiosité que certains rêvent d’explorer malgré l’interdit et le danger. C’est une manifestation de la folie, sombre, froide et vide où, pourtant, de petites voix frémissent, murmures dans les pierres. Une nouvelle vie est née de ce cadavre en décomposition que nourrira le protagoniste. Quelles sont ses images qui lui reviennent en tête tandis qu’il restaure le manoir, qui fendent progressivement sa raison ? En ce lieu hors du temps, une riche famille vivait de bals et de luxe. Le lieu est digne d’abriter des fantômes et non un humain.

Préservons l’éternelle fontaine de Raphaël Boudin

Raphaël Boudin est tout autant auteur que critique. Ses articles, vous pouvez les lire sur son blog, WeirdRaphael. Il est également amateur d’arts…

12_timothyCi-dessus, un second dessin de Timothy Hannem du domaine des trois colonnes.

Préservons l’éternelle fontaine, sous-titrée « une édification des masses touristiques au tourisme de l’horreur » est à moitié documentaire. C’est une description du dark tourism, ce qui est, d’après Wikipedia, « une forme controversée de tourisme qui consiste à organiser la visite payante de lieux étroitement associés à la mort, à la souffrance, ou à des catastrophes. Généralement lié à l’histoire locale du pays, il peut s’agir d’aller visiter les vestiges d’une catastrophe naturelle, un camp de concentration ou un mémorial et parfois les lieux d’un fait divers. » Poulpy, lui-même amateur de forbidden places et de cabinets de curiosités, a conçu un reportage sur quelques lieux « thanatotouristiques » de Paris. C’est à voir dans cet article consacré au Livre de la Mort d’Édouard Ganche.

Cette pratique jugée déviante retranscrit un besoin d’étonnement ou de remémoration, une curiosité pour la mort, pour l’horreur, mais aussi une envie de transgresser les tabous de la société et de voir la face cachée du monde où l’humanité est démasquée. Découvrir par soi même des endroits interdits est grisant, cela stimule l’imagination. L’écrivain, par exemple, peut se déplacer dans des lieux qui lui insuffleront l’état d’esprit qu’il recherche. Nous pouvons trouver du beau dans la tristesse, une envolée dans la terreur.

Mais le tourisme qui nous est décrit est une branche plus déviante encore. Il s’agit de visiter des lieux de massacre « ménager », c’est à dire des lieux de crimes sanglants. Tourisme « d’épouvante » lié, une fois de plus, au lieu et à ce qu’il dégage. L’auteur invente un fait divers tout autant macabre qu’étrange. Quelque chose de mystérieux, d’irrésolu, qui peut résulter d’un phénomène naturel, a lieu au sein de la bâtisse. L’imagination est titillée par cette absence d’explications des événements. Mais l’auteur ne dramatise pas son fait assez banal, quoiqu’improbable, dans une fiction romancée. Il décrit l’affaire comme s’il écrivait un article sur son blog.

La mise en page, illustrée d’une image, d’une liste, et d’une référence, vient appuyer ce texte au ton très journalistique. Tout cela rend cette histoire unique et extrêmement plaisante. L’auteur/blogueur nous fait aussi spéculer sur la part de réalité de ces événements trop étranges pour survenir d’une seule imagination enfiévrée. Il doit, comme dans toutes histoires de ce genre, y avoir une part de réalité. D’ailleurs l’idée lui est peut-être venue en observant son voisinage… Raphaël Boudin ne se limite pas au compte-rendu et dénonce l’aspect sensationnel qu’occasionne ce type de tourisme, et, plus généralement, le paranormal. Par un titre aux allures poétiques, il nous présente une fontaine dégoûtante et il nous surprend.

Ce qui importe, dans l’étude de ce genre de cas, n’est pas de trouver une explication, mais le fait qu’il n’y en ait pas. Ce qu’il entend par « préserver », c’est le fait de ne pas décortiquer les choses, de ne pas les laisser à la portée de tous. En ébruitant, nous risquons de faire disparaître la magie malsaine qui nous a entraînés, curieux, en ces « lieux de crimes ». Les laisser à leur éternelle et tranquille décrépitude, c’est leur faire honneur. Il nous rappelle un procédé bien connu d’auteurs d’œuvres horrifiques : lorsque nous monterons, avec tout l’apanage du gore, les images ont moins d’impact que lorsque nous laissons une grande part à l’imagination.

Amphytryon de Quentin Foureau

Quentin Foureau (sa page Facebook) à plusieurs nouvelles à son actif, dont une dans l’anthologie Nouvelles Peaux. « Ses nouvelles abordent les thèmes de l’aliénation progressive, l’isolement dégénérescent, la sublimation artistique, les contre-cultures, le refus des limites et la construction d’une situation poétique et surnaturelle qui finit par dépasser ses personnages. »

13_hannemCi-dessus, un troisième dessin de Timothy Hannem. Visionnez son portfolio ici.

Selon Wikipedia, Amphitryon est un mot désignant plusieurs choses. Il peut être utilisé pour décrire un hôte offrant le repas, une personne payant pour plusieurs une certaine dépense, quelqu’un de généreux, mais aussi de trompé. Nous devons ses définitions à Molière, reprises d’un mythe grec où le héros éponyme doit effectuer une série d’épreuves pour la solde de plusieurs seigneurs afin de mériter sa femme qui, finalement, vient à le tromper inconsciemment. Pas de chance pour ce personnage mêlé malgré lui à un conflit divin.

Amphytryon est le nom d’une bâtisse personnifiée par l’auteur, sombre, se dressant dans un environnement glacé pour finir de le rendre inhospitalier. Nous n’avons pas envie de nous réchauffer en cet antre que l’on suppose maudit puisqu’abandonné et doté d’un sinistre passé. Isolé, il retourne à la poussière dans le plus grand désintérêt de tous. Comme dans toute carcasse en décomposition, la vie n’a pas quitté les lieux, mais prolifère. Nous n’avons pas non plus envie de rencontrer ses manifestations peu ragoûtantes qui ont progressivement envahi cet organisme, car elles peuvent être dangereuses.

La « moisissure », si bien décrite par l’auteur, rameute d’autres organismes malmenés par la vie et la maladie. Amphytryon est une cellule mutante qui absorbe les protagonistes, de jeunes junkies abandonnés à leur sort. Ex-internat pieux rongé par le vice, nous finissons par apprendre, sans surprise, que du temps où il fut habité se déroulaient ses scènes bien peu catholiques. En effet, ce refuge choisi par les SS est hanté par les souvenirs de leurs jeunes victimes violées par ces soldats. L’héroïne, tout comme Amphytryon, subit un dérèglement de son état de santé qui la transforme de l’intérieur. Elle rage contre cette horreur qui l’a envahi malgré elle et la transforme en une horreur dans laquelle elle ne se reconnaît pas. Elle est condamnée à mourir et est aminée d’une soif de vengeance pour celui qui l’a changé en un objet de répulsion. Elle partage cette haine avec cette maison devenue folle de douleur.

L’écriture est complexe, les tournures de phrases sont inhabituelles. Chaque expression mêle un élément avec son environnement et les thermes péjoratifs, surutilisés, procurent à ce texte un aspect extrêmement glauque. L’auteur joue avec les opposés. Un nom accueillant pour une structure immonde, la religion ordonnée et ses codes afin de camoufler le chaos dans les mœurs de ses adeptes, le mal se cachant dans la beauté… La décadence de notre société y est représentée dans toute sa splendeur. D’elle ressort un texte beau et fort, surgissant d’un endroit dérangé et immonde que, d’ordinaire, nous aurions envie de fuir, mais qui nous attire comme si le mal nous avait d’ores et déjà contaminés.

Pourtant, dans cette histoire, il n’est pas question de bien contre mal, mais de loi contre désordre. Nous avons vu que des règles naissent un rejet pour ce qui est structuré. L’auteur, les protagonistes, et même le cadre dans lequel ils sont piégés, se battent dans le même camp. Mais leurs intérêts divergents… De même, les fantômes de cette maison ne sont pas tous bienveillants. Ils transmettent aux protagonistes des flashbacks d’événements immondes et des phantasmes déplacés. Le sexe est détourné, il devient répugnant et cru. Les hommes se transforment en animaux.

65 de la rue Bourcarrat de Jérémy Bouquin

Jérémy Bouquin travaille sur plusieurs supports. S’il a édité une quantité non négligeable de nouvelles, il a également réalisé des vidéos, été animateur radio et scénarise des comics. Se tournant vers thrillers et polars, il est l’auteur du tout nouveau Qui part à la chasse.

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Cette nouvelle rédigée en langage courant, comme si les protagonistes monologuaient à l’oral, reprend des thèmes similaires à Amphytryon. L’action se déroule dans un squat et le sexe est omniprésent. Les descriptions sont des passages soignés qui tranchent avec le reste de ce léger récit que nous terminons rapidement. L’histoire n’a pas l’air originale, car l’auteur joue essentiellement sur la chute et l’étonnement qu’elle nous procurera. Ce qui nous plait, c’est le cadre de la belle demeure tombant en ruine, tranchant avec le milieu d’où proviennent les personnages. Vestige d’une gloire passée, la bâtisse, un ancien bordel luxueux, se transforme en une œuvre d’art qui se modifie au travers des graphes pour devenir une splendeur de la culture underground. Deux personnages s’assemblent dans ses murs pour recréer des scènes d’une époque antérieure. La beauté des lieux cache une forme d’horreur liée à la luxure, un rejet dû à ce mode de vie. Un malheur dissimulé dans ses recoins qui incarne l’esprit des lieux. Deux époques se mêlent, incarnées par des êtres que tout oppose.

Kolka de V.F.F Pouget

V.F.F Pouget, alias Verowyn, aime les textes introspectifs, « qui permettent de rentrer dans la tête des personnages ». Elle en est à sa seconde publication.

Cela met en scène un couple sans enfant, en vacance en Islande, accompagné de leur nièce, qui est pris dans une tempête de neige. Le couple est distordu, l’une a envie d’avancer dans sa relation tandis que l’autre se complet dans l’inaction. Ils maintiennent l’illusion d’une bonne entente et retiennent leurs pensées. La femme s’éloigne mentalement de son mari, agacée de faire des concessions, tandis que l’autre profite de sa position pour contrarier les plans de sa conjointe, au risque de paraître ridicule.

En lui donnant toujours raison, la femme le laisse faire des bêtises qui mettent tout le monde en danger. Ainsi ils se dirigent vers la catastrophe en prenant plus ou moins consciemment la mauvaise route. Pour maintenir un climat au beau fixe alors que dehors mugis la tempête, la narratrice tait ses doutes, se laisse posséder par un mari qui se fout de tout puisqu’il a l’impression de dominer toutes situations. Sauf qu’il ne gouverne que l’habitacle de la voiture roulant toujours vers la catastrophe. Les éléments ne sont pas à son service. Son orgueil sera vite anéanti. Le danger qu’il a lui-même cherché démontrera son infériorité.

Ceci pourrait être bien fait pour lui, s’il ne traînait pas des victimes dans son sillage. Cet homme peut passer pour une caricature du genre masculin, ainsi pris en faute grâce à la plume de cette auteure. Pourtant, ce genre d’actions est tellement véridique, que nous ne trouvons rien à reprocher. V.F.F. Pouget voit juste. Elle nous fournit une critique avisée de ces couples soi-disant parfaits et elle nous insiste à nous en méfier. Car la bêtise de l’homme n’est pas seule à être en faute. Inutile pour la femme de s’acharner sur cette cause perdue. Mieux vaut rompre que sombrer dans la folie. Que risquer de déraper dans les eaux sombre d’un lac qu’il aurait fallu éviter. Les non-dits ont amené une situation comme celle-ci. Les rêves qu’elle entretient vont bien vite être anéantis par la sottise de l’un et la peur de s’affirmer de l’autre.

Non, elle ne voit pas tout en noir et ne désire pas démontrer qu’elle a raison en pointant du doigt la faute qu’elle désirait éviter, qui est arrivée à cause de l’homme toujours aux commandes. Inutile de penser cela, de se parquer dans un mutisme et d’inventer un plan encore plus risqué juste pour prouver sa supériorité. Dans un couple, il n’y a pas de dirigeant. L’homme doit accepter son copilote. Si les commandes ne sont pas partagées, alors la pression s’accumule. Cette querelle que chacun fait mine de ne pas voir semble être plus importante que l’enfant qui les accompagne. Victime potentielle projetée en première ligne, la blesser semble être le seul moyen de réveiller ses deux êtres.

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Tandis qu’un accident dû au blizzard fait se réfugier ledit groupe dans une maison traditionnelle transformée en musée, les sens de la narratrice se réveillent. Elle croit halluciner. Voir des signes d’habitation dans ce lieu hanté. Face au paranormal, sa raison flanche. Ainsi enfermée dans un endroit froid et inconnu, elle rejette son drame sur les parois branlantes de l’habitacle et semble mal placée pour appréhender les malheurs propres à la maison hantée. En ses lieux les repères diffèrent et les gens changent. Ils se sentent happés par une époque révolue, quitte à recréer ses scènes et son état d’esprit. Les défauts de l’homme ressortent encore plus dans ce cadre où la femme n’a plus du tout son mot à dire. Livrée à elle-même et se rebellant contre les esprits possédants ses proches, elle vie un véritable cauchemar. Elle s’exclut de son groupe, tout comme elle repousse les émanations surnaturelles qui surgissent tout autour d’elle. Ce qu’elle découvrira, dans son enquête et dans sa fuite, finira de détruire ses certitudes. La conclusion de cette histoire reste en suspens. Une chose est sûre, lorsque nous faisons face au surnaturel, personne n’en ressort indemne.

145 rue Lafayette d’Antoine Techenet

Antoine Techenet est entre autres l’auteur d’un livre Derlethien/Lovecraftien, le Culte des Goules. Ce qui explique pourquoi sa description indique qu’il « s’intéresse aux mécanismes cosmiques qui dirigent notre univers, et plus précisément aux créatures qui vivent tapies dans les interstices des dimensions »…

Antoine Téchenet est le nom de plume de Codex Urbanus, qui illustre sa propre nouvelle, la signant de deux manières. Son univers graphique reflète des écrits tout aussi étranges et originaux que ces déformations artistiques. Les créatures qu’il représente, souvent hybrides, hantent les monuments urbains comme les pages de documents et les gravures issues d’une autre temporalité. Vivant furtivement parmi nous, elles se jouent de nous et vivent tout contre nous, sans pour autant (trop) influencer notre monde. Le leur nous semble inaccessible. À se demander comment l’auteur arrive à repérer ses incarnations chaotiques de la folie qui se glissent insidieusement dans notre quotidien.

« Le Codex Urbanus est un travail urbain qui fait écho aux anciens codex médiévaux ou aztèques ; ce sont des manuscrits illustrés, mais celui-ci a la particularité d’avoir des pages de pierre ou de béton. Je trace donc, de manière nocturne et rupestre, des chimères sur les murs, à la façon d’un moine naturaliste. » – Codex Urbanus. Plusieurs interviews sont à voir en ligne concernant ses peintures présentes sur les murs de Paris, ou au sujet de ses expositions (PS. Quelques dessins sont à voir entre les pages des anthologies des Artistes Fous).

Cette histoire met en scène l’artiste lui-même dans sa quête de nouveaux terrains de jeux où il pourrait graffer ses bestioles. Adepte d’exploration urbaine, il nous transmet sa passion dans un texte où il exalte ces jeux de pistes menant à des sites à l’abandon, possédants une beauté qui, au lieu de se flétrir, s’épanouit dans la décrépitude. Il flaire donc la piste d’une bâtisse victorienne, inhabitée depuis des lustres et tout de même intacte, située en plein centre de Paris. Par ce choix de décor, il lie sa passion avec celle de Luciférines, plus classique. La recherche d’un manoir hanté par ses amateurs de sensations nouvelles est une façon d’unir deux époques bien distinctes. Deux styles et deux milieux différents. Un peu comme dans la nouvelle 65 de la rue Bouscarrat, qui lui fait écho.

16_montageCi-dessus, un montage du Codex Urbanus.

Codex nous présente ce milieu d’explorateurs, avec ses membres et leurs spécificités. Il nous décrit les raisons de leur engouement pour des endroits oubliés, témoins d’époques occultées par le développement de l’urbanisme. Cette quête de « lieux interdits » est mal perçue. Pourtant elle témoigne d’un intérêt pour les origines de notre environnement, pour son histoire communautaire. Quitte à reprendre un précédent article, « la ville change constamment de look au grès de ses habitants,en fonction des quartiers et des siècles qu’elle imbrique ». La ville est un immeuble géant où se croisent des éléments provenant de plusieurs époques, de plusieurs classes sociales. La ville possède une identité, mais a plusieurs visages. Elle est le symbole de l’Homme. Nous retrouvons ses états d’esprit dans tous ses détails, dans toutes ses transformations. Nous pouvons distinguer son évolution en analysant les strates architecturales ou les établissements publics. C’est ce que le Codex et ses amis tentent de faire, à leur manière, dans notre capitale.

La nouvelle est écrite sur le ton d’un journal de bord, avec tous plein de détails techniques. Le style est donc assez direct et sans emphase. Le fait qu’il soit rédigé par un narrateur omniscient est assez étrange, puisque ce ton ne se prête pas à ce genre récit. Cela nous donne un indice quand à l’issue de l’aventure. Des lieux comme le 145 rue Lafayette n’existent que dans l’imagination des auteurs. Ils sont trop beaux pour être vrai. En plus de leur beauté, ils cachent un côté sombre que leur imagination a exacerbé. La curiosité des protagonistes causera leur perte. L’immeuble, comme une plante carnivore, les a attiré.

Sensations nocturnes si bien décrites, peur, angoisse de la nuit que nous croyons familière, les tâtonnements de nos héros font se refermer le piège. Petits insectes ignorants les dangers du si large organisme qu’ils arpentent, leur fin est pathétique. Nous sommes coincés dans le dessin de l’auteur des Codex Urbanus. Impossible de profaner l’endroit. Nous sommes témoins des crimes d’un psychopathe d’une envergure impressionnante. C’est un voisin tranquille. Une simple bâtisse parmi d’autres. Inutile de crier pour avertir. Aucun son ne sort de ses parois pulsant d’une vie bien particulière. Là encore, nous sommes étonnés de l’hybridation de cette peinture. Entre vivant et minéral. Cette maison sortie d’un songe, aux dimensions étranges, aux visuels disparates, est la plus belle de toutes. Les peurs de l’humanité y sont toutes confinées. L’imagination du lecteur est exacerbée par ses visions délétères. Par ce mélange de sensations et de toiles si complexes qu’elles ne peuvent être recréées. Elles semblent ne connaître aucune limite.

Classifié d’Emmanuel Delporte

Emmanuel Delporte a fait des études de montage audiovisuel et d’analyse cinématographique (cliquez si vous êtes intéressé par son parcourt en tant que lecteur). « S’il écrit toujours pour débusquer les monstres, il le fait également pour partager une partie du plaisir malsain et masochiste qu’il y a à traquer l’innommable. Et à ouvrir les yeux dans le noir. » Découvrez ces articles sur ledecapsuleur.com.

17_grapheUne créature du Codex Urbanus sur une rue du quartier Montmartre.

Le monde de cette nouvelle est fou. Il est basé sur l’aspect. L’héroïne est constamment invitée à représenter un modèle de perfection en vivant dans un appartement où il est impossible de vivre décemment. Elle doit être un reflet d’une société au bonheur illusoire qui abandonne sa jeunesse. Livrée à elle-même, elle est pessimiste quant à son avenir, dénigre un système punitif où elle n’a pas droit à la parole. Elle rejette une société qui lui ordonne de vivre pour les autres. Elle se rebelle afin de trouver une échappatoire et, par là même, elle se met en danger comme tout spécimen de la génération « no futur ». Ce besoin de connaître la liberté et de fuir un monde maternisé la fait quitter les sentiers battus par la norme et rejoindre une fête où la luxure lui est promise. Son envie d’émancipation l’a conduit en ces lieux de débauche où elle veut se perdre. Car, au fond, ce qu’elle désire, c’est disparaître.

Cette victime s’est trompée de chemin. Elle est happée par les ténèbres qui se camouflent sous nos villes bien propres. Il semble qu’elle ai trouvé l’entrée des enfers. La source de tout malheur, et qu’elle ai attiré l’attention du monde sur ce gouffre que nous fuyons par réflexe. Des horreurs se sont échappées de cet endroit maudit enterré par d’illustres inconnus. La ville n’a pas réussi à conquérir entièrement son espace, à normaliser tous ses habitants. Il reste une part d’inconnue.

C’est à cette force primaire qu’est confronté un inspecteur doutant encore du système dans lequel il est piégé. Cette affaire le dépasse avant même qu’il ne se soit impliqué. Nous suivons son schéma de pensée, comme nous avons suivi celui de la victime, pendant qu’une force mystérieuse s’acharne à détruire chaque preuve du meurtre. Cette nouvelle mêle fantastique classique et thriller. C’est une enquête, et ce qui la rend plaisante à lire, c’est le fait qu’elle mêle l’angoisse de celui qui s’est trouvé dans des milieux similaires, à la rigueur scientifique dans la rédaction de documents aux mises en page et aux styles divers.

Au grès des rapports, nous établissons des conclusions surprenantes. Il semblerait qu’une machination ai cour… Cette théorie complotiste mêlant des phénomènes paranormaux est impossible à prouver, pourtant elle s’impose d’elle-même. Un peu de satanisme change de l’habituelle histoire de fantôme à laquelle nous nous étions habitués dans toute la première partie de ce volume. L’histoire ouvre sur de nouvelles possibilités scénaristiques.

Métafiction de Mahaut Davenel

Mahaut Davenel écrit des histoires qu’elle qualifie comme étant graphiques, noires, allant parfois jusqu’à l’absurde. Sur le site de Luciférines, vous pouvez lire qu’elle aime travailler sur les thèmes des perversions et des « déliquescences ornées à l’excès de la période fin-de-siècle ». Vous y trouverez, via le lien précédent, ses sources d’inspirations.

Nous l’avons rencontré lors des Intergalactiques, et elle nous a décrit cette première publication. Si elle était présente à ce festival, c’est surtout parce que le thème du temps dans la science-fiction sera abordé dans le roman dystopique qu’elle est en train de rédiger. « Il mettra en scène quatre personnes piégées dans un système implacable et ultra-violent. Cela parlera de mécanisation du corps, de ses présentations en tant qu’oeuvre d’art ». D’esthétique macabre, donc.

Metafiction est un texte sur lequel Mahaut Davenel a longuement travaillé, qui est né de façon complètement aléatoire. « J’ai eu des visions assez étranges de femmes empalées sur des pieux en verres, dans un marécage plein d’insectes. » Sa prochaine nouvelle proposera une vision de l’enfer où les tortures sont mises en scène de façon à inverser la notion de plaisir avec celle de la souffrance. Son roman sera aussi très « glauque ». Influencée par les auteurs de la fin du IXXe siècle, « au style très orné, “ampoulé”, ou l’esthétique à une importance majeure ». Elle créer des visions aussi belles que cruelles. Dérangeantes, mais avec un parti prix intellectuel, car ces histoires transmettent toutes un message.

18_davenelCi-dessus, Mahaut Davenel aux Intergalactiques en 2015.

L‘auteure alterne entre des paragraphes comportant des descriptions de peintures surréalistes tirées de fiévreux cauchemars, accentuant teintes et aspects, et d’autres contenant l’histoire. Le personnage est pris au piège dans un livre. Elle a été enlevée et vit des instants d’angoisse et d’incompréhension dans un décor déformé par ses perceptions altérées. Nous comprenons qu’elle fait partie d’une expérience mêlant le réel à la fiction. La peur et la douleur sont représentées de multiples façons. Mahaut Davenel surutilise des techniques littéraires pour souligner les impressions dégageant de ce texte horrifique halluciné. Il témoigne de sa large culture, de ses études de romans classiques, mais aussi d’un besoin partagé par nombre de ses collègues de rompre avec la tradition. Son approche est donc unique et personnelle.

Il est assez inattendu de découvrir un si large emploi de vocabulaire, car les récits de ce type sont d’ordinaire conçus pour être facilement abordables par notre classe populaire. Il se situe dans son temps, ainsi écrit par un témoin d’une génération en marge des codes et des normes. Nous nous trouvons dans l’envers du décor habituel du lecteur aguerri. L’un des nôtres est dans l’antre d’un des psychopathes que nous aimons suivre entre les pages de nos ouvrages favoris. Il semble nous avoir pisté et s’être échappé du carcan de papier dans lequel il était prisonnier. Accomplissant sa vengeance sur une lectrice qui a fauté uniquement par curiosité, il déchire les corps et nous répugne. Il devrait nous dégoûter de nos goûts littéraires dérangés, pourtant il est leur incarnation ultime, violente, torturée. Il se crée lui-même une compagne en mutilant l’incarnation de nous-mêmes.

Notre recherche de nouvelles perversions dans des livres interdits, ou bien dont nous n’osons prononcer les titres à cause de la crainte respectueuse qu’ils nous procurent, attire le danger. S’il ne vient pas des remarques des non-initiés concernant nos goûts déviants, alors il vient de la communauté que nous rejoignons secrètement. Qu’arriverait-il si notre rôle de spectateur ne suffisait plus à nourrir notre soif de terreurs ? Notre raison finirait par flancher. Derrière un masque affable se cacherait un nouveau tueur aux manies atypiques. Ainsi, l’auteure se scinde en deux. Elle est à la fois victime et bourreau.

Chaque visage, chacun de nous, est happé par une histoire, belle, mais n’ayant de sens que pour un cerveau malade. Les scènes imaginées par le monstre sont conçues de manière à créer une fresque sombre ou s’entremêlent plusieurs symboles. Chaque visage renferme son propre patchwork d’ambiances obscures où la douleur revête une nouvelle peau. Passant d’un cauchemar à un autre, la protagoniste se perd et mélange le réel et le fictif, allant plus loin que son agresseur puisqu’elle appartient à deux histoires différentes liées en une seule. Du livre ainsi créé nait une légende transmise oralement que nous ne sommes pas prêts d’oublier.

Dans le placard d’Hélène Duc

Hélène Duc tient plus de la poète que de l’auteur de proses fantastique. Elle a reçu plusieurs distinctions, rédige Haïku et nouvelles, qui ont donné naissance à deux recueils. Elle est également détentrice d’un Master II en lettre modernes, et est auteure d’un mémoire sur la vision de la femme dans la littérature fantastique du XIXe siècle.

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Voici un texte à la lecture plus simple, puisque rédigé en fonction des pensées d’une enfant de neuf ans. Elle attend le retour de son père policier en s’occupant des affaires de la maison, telle une grande personne. Mais la nuit vient, et elle est encore seule. Les peurs que nous imaginons imprégner une petite fille ne ressortent pas. S’il n’y a pas de figure rassurante auprès d’elle, si elle n’a pas peur des monstres, c’est parce qu’elle a grandi trop vite afin de remplacer sa mère décédée. Elle se réfugie dans ses pensées naïves pour ne pas voir le danger. Angoissés, nous l’imaginons à sa place. Elle joue, et nous, nous voyons se profiler une horreur. Pour nous, la maison se transforme. Elle est habitée par des créatures effrayantes. Nous prenons sa place d’enfant. La petite est étrange, elle ne raisonne pas comme une personne complète. Ses notions de bien et de mal sont bien différentes des nôtres, car, pour elle, tout ce qui contrarie son raisonnement est mauvais. Ou alors, cela n’existe pas. Elle suit ses propres règles que la routine lui a apprises. Ce texte naïf est bien plus malsain que nous le pensons. La gamine est suspecte. Le comportement de son père et de ses collègues également.

Les évènements semblent être déformés par les perceptions de la petite. Plus nous avançons dans le texte, plus la vérité se fait attendre. Dans cette courte nouvelle, c’est à la toute fin qu’elle nous sera révélée. L’auteur y parvient par des chemins détournés, allongeant des paragraphes à propos de détails du quotidien qui alimentait le bonheur de la famille lorsqu’elle était unie. Et notre angoisse grandit, nous sommes nous-mêmes dans l’attente. Nous ne savons rien de ce qu’il se passe, ainsi maintenus dans l’ombre. Qu’est-ce qui se cache dans le placard, et derrière ? Où se trouve le monstre ?

Cambrousse Punk de Mickaël Feugray

Mickaël Feugray tient un blog, Kael haut et fort, où il nous dit être musicien, réalisateur, mais aussi auteur. Il aime « le mélange des jours, les éclairages à contre-genre, tout ce qui tache et éclabousse, parce qu’à son sens, le propre de la littérature, c’est de ne pas l’être ».

L‘histoire est assez facile à suite. Elle va droit au but avec son vocabulaire bourré de jargon, ses références ou ses jeux de mots amusants, et son style direct. Elle raconte les aventures d’un punk qui vit dans la rue faute d’avoir trouvé un refuge par le biais de sa famille. Pourtant, si celle-ci se désintéresse de lui, il se retrouve, par un concours de circonstances, héritier d’une maison de campagne. Il quitte la rue, le bitume, pour rejoindre la nature, la boue. Son envie de contredire un système duquel il s’est exclu par la force des choses, puisqu’il n’était épaulé que par une sœur partageant sa désillusion, a déformé ses traits. Il hante à contrecœur un milieu qui lui parait plus hostile que son monde, car il craint de se confronter aux fantômes d’une famille qui ne l’a jamais aimé.

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Puisqu’il ne trouve pas non plus d’attentions fraternelles dans son groupe, il décide de tout quitter et de ne vivre que pour lui-même. Sans rien demander aux autres, sans attaches. Il se désintéresse de la société puisqu’il ne cherche plus à la chambouler. Il a l’air de prendre tout cela à la légère, se moquant de son passé comme de son avenir, amenant une touche d’humour à la noirceur de son quotidien. Si ses pensées sont amusantes, nous avons envie de pousser ce personnage en avant, car il stagne dans un autoapitoiement insupportable.

Son tempérament destructeur n’est pas en accord avec ses plans de construction d’un futur tranquille. Nous ne savons ce qu’il cherche, exactement, puisqu’il ne compte sur rien pour améliorer son état. Difficile de s’attacher à ce looser tout autant pessimiste que maladroit. Alors, finalement, quand il arrive à entrer dans sa nouvelle demeure, nous ne ressentons pas de l’inquiétude. Nous nous demandons ce que lui réserve cette vieille dame, comme il l’appelle, qui semble le rejeter de son organisme. Il n’aurait pas dû forcer l’entrée d’un territoire qui ne lui est pas réservé.

L’auteur imagine un personnage féru de littérature qui témoigne d’une philosophie assez étrange. Il tranche avec le reste de ses congénères. Il découvre, dans les souvenirs de sa tante, une personne qu’il ne connaît pas. Il semble s’intégrer à un milieu qui ferait son bonheur, mais qui en a décidé autrement. Quelque chose en veut à sa peau, le repousse. Lui qui en a assez de l’indifférence, qui souhaite enfin partager ses peines, en veut également à ce fantôme qui l’a délaissé. De cette relation haineuse nait un combat qui n’en finit pas. S’il s’agit d’une histoire de fantômes, la maison n’est hantée que dans l’esprit de ses visiteurs. Ce sont eux, les esprits frappeurs, qui ont l’air de spectres dégarnis, invisibles, comme s’ils faisaient partit du paysage urbain.

Iravel de Vincent Tassy

Vincent Tassy est également musicien et ajoute professeur de lettres et journaliste à son CV. Si vous désirez lire ses articles pour le magasine Obsküre, c’est ici. Ses nouvelles et romans sont « caractérisés par la violence, l’horreur et le fantastique ».

Voici un conte qui nous est présenté comme étant une allégorie d’un écrit du Vicomte d’Arlincourt, témoin de malheurs similaires à ceux de ses héros issus d’un univers féerique : « La fortune ne couronne de ses fleurs ses favoris que pour les envoyer parés au sacrifice ». Il semble qu’en effet, en plus de se retirer afin de plonger un duo de personnages dans un malheur plus douloureux, car ils ont goûté au paradis avant d’atteindre le caniveau, elle ait attiré sur eux les foudres de leurs ennemis, qui ne viennent pas de l’extérieur, mais qui ont envahi leurs esprits. Pompeux, le style se prête à une romance, à une tragédie. Les amoureux sont des caricatures de héros romantiques se perdant dans la poésie, combattant la cruauté du monde à l’aide d’un fragile amour.

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Ce texte poétique excède dans la douceur. Les héros vivent de calme et d’eau fraîche dans un autre temps, dans un autre lieu. Ces modèles de vertu n’ont pas été forgés par les conflits. Quand ceux-ci se mêlent à leur romance, détruisant ce bonheur niait, ils n’ont l’air que plus terribles. Les rôles des protagonistes sont bien définis par des codes surutilisés, témoins d’une époque révolue qui se cogne à la nôtre, pleine de réalisme et de brutalité. La magie liée à la beauté de paysages ou d’êtres enchanteurs n’a plus cour par chez nous. C’est comme si nous faisions partie de la descendance des envahisseurs de ce royaume à l’entrée occultée. Nous dénigrons le douçâtre, comme s’il s’agissait d’un parfum porté par des êtres stupides, ignorants tout de nos codes guerriers.

Dans un royaume nommé Iravel, l’amour de ses deux êtres est platonique. La femme n’a pas de désirs à épancher, seulement un besoin de se retrouver au loin de tout péché, de s’emmurer dans une vertu désuète. Les mystères de cette créature pas entièrement humaine révulsent l’homme. Elle qui a tout quitté pour le suivre ne lui appartient pas entièrement. Il a besoin de la soumettre, car la beauté de sa créature féerique ne lui suffit plus. Noyé dans un amour fougueux et jaloux, il souhaite consommer son mariage, même si pour cela il doit forcer son entrée. La douceur qu’il déploie face à sa femme est contrebalancée par une violence qu’il cache et qu’il entretient. Elle le pousse au crime, à la destruction de son bien le plus cher.

L’amour fou est fait de douleurs, de peurs et de haine. L’humain fracasse la fragilité du monde par dépit. Il veut régner sur les restes de la beauté, car il préfère tuer plutôt que de laisser l’opportunité à quiconque de récupérer un territoire effroyablement gardé. La confiance de la femme dans un couple sera toujours mise en doute par celle-ci, car, inconsciemment, elle sait que son compagnon peut se retourner contre elle. Dans cette nouvelle, un rien s’oppose. Imagés, les mots ne sont jamais crus. Des scènes d’une horreur intense sont décrites avec une finesse qui les rend plus perverses encore.

Nous ne pouvons qu’avoir de la pitié pour un homme enterrant tant ses pulsions qu’il en perd la raison. Il s’imagine et fantasme sur l’objet de son désir, il en vient à perdre pied avec la réalité. La solitude de leur retraite n’arrange en rien son état mental. Il doute de tout, au point d’être hanté par l’image de sa bien-aimée, si lointaine qu’elle est devenue un fantôme. Mis à mal par sa passion, par cet ennemi intime qui tente de prendre le contrôle de son corps, il est attiré par la noirceur et les ténèbres. Il s’y perd, et son mal rejaillit. Il repeint les murs de son château une nouvelle fois maudit. Telle une ode aux victimes, trop belles et fragiles, des pulsions masculines, faites de haine et non d’amour, ce récit aux petites lenteurs regroupe plusieurs témoignages. Nous explorons des territoires irréels, sortie de poésies noires, ainsi teintées par la mort et les souvenirs.

Les murs de Blackat de Nicolas Saintier

Nicolas Saintier a fait des études de réalisateur et scénariste, mais c’est tourné vers l’écriture. Il s’essaie à des « thématiques et des styles variés, et travaille actuellement sur un projet de série ». Son blog, c’est à cette adresse.

22_dessinCi-dessus, un quatrième dessin de Timothy Hannem. Visionnez son portfolio ici.

Ceci fait état d’un couple retenant tant leurs sentiments que, une fois dans leur cadre familier, l’un se venge sur sa femme tandis que l’autre se rend aveugle. Tous deux fuient la présence de leur moitié. Ainsi l’illusion d’une bonne entente est maintenue. Les colères du mari sont tenues au secret afin de faire bonne figure au sein de la société. Au lieu de traiter leur mal, les protagonistes l’entretiennent au sein de leur petit cocon. Sauf que cette peur de trahir leur vraie personnalité déclenche ses crises et les empire.

Ainsi, comme dans quelques nouvelles précédentes, ce sont les effets des non-dits, l’angoisse vis-à-vis du mâle en position de domination, la perte d’un être cher et la dépendance affective qui sont mis en scène dans un cadre assez classique : celui du manoir hanté. La violence conjugale est un thème glauque convenant à un récit écrit dans un style direct à l’américaine. Un film n’aurait pas mieux abordé une situation de crise commune, n’aurait pas mieux placé des visages connus du lecteur pour nous rappeler que l’horreur est toute proche de notre position. La méthode est simple, pourtant elle manque d’originalité. Dans ce court récit, le retournement de situation est pertinent. Il fracasse littéralement les fondations branlantes de la relation décrite plus haut.

Car ce couple ne s’unit pas face à l’adversité. Il passe le temps dans un environnement rassurant, quoique laissant tant transparaître la réalité de son effondrement, qui suscite plus l’angoisse qu’autre chose… D’où ce besoin partagé de changer de cadre pendant un temps. Ils précipitent leur fin dans un déménagement forcé, et entrainent leurs malheurs avec eux. Inconsciemment, ils invoquent les esprits frappeurs de la maison. Font un bout de chemin ensemble, et pourtant, s’éloignent toujours plus l’un de l’autre. Ils se font happer dans des cauchemars qui n’appartiennent qu’à eux. L’horreur, donc, ne provient pas des fantômes que renferme le manoir, mais des créatures qui hantent nos esprits. Cette surenchère de thèmes déjà abordés fait perdre au récit de son efficacité. Même la morale est partagée par plusieurs histoires. Si certaines s’en moquent, trouvant du danger dans cet adage, il est présent chez tous ses jeunes auteurs se moquant à leur façon des codes inculqués. Lecteurs, il est grand temps de rompre les liens du politiquement correct et de commencer à vivre.

Tenter de rationaliser une situation qui nous échappe, ou bien de sous-estimer le danger est un besoin très humain qui n’a rien de récent. Nier est plus simple que d’affronter. C’est ainsi que tout dégénère. Le personnage de la femme ne tentant pas de découvrir le sombre secret d’un mari colérique est mis en valeur. Elle noie ses craintes dans ses affaires ménagères, collant à la perfection à un rôle qui n’a de sens que pour elle. Se pensant idiote et faible, elle ploie devant le mâle. La folie guette ce personnage pitoyable modelé par la peur. Seule, elle la laisse prendre le dessus sur sa vie. L’héroïne atteint son point de rupture. Elle a beau cacher ses doutes, elle connaît le grand secret que cette histoire nous révèle sans susciter notre surprise. Les actions des personnages semblent intéresser l’auteur (jusqu’où peuvent aller nos déviances ?), mais ce n’est pas tout. Il reprend une légende vivant encore dans les murs d’anciennes demeures, puis lui donne un aspect pseudoscientifique, cela afin d’étudier les phénomènes paranormaux qui lui sont attribués.

La Vénus aux épines de David Mons

David Mons est psychologue. Il dit apprécier les arts, l’Histoire, l’astronomie, le merveilleux et les littératures de l’imaginaire. Aimant écrire des histoires horrifiques « à la beauté bizarre, décalées », où se mêle « obscurité, délabrement, incompréhensible, le trop grand, le délicat ».

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La victime des maisons hantées d’aujourd’hui n’est plus aussi souvent l’héritier malchanceux, ou le chercheur en paranormal. Il est l’explorateur en quête de lieux abandonnés. De reliques d’un temps passé sur le point de s’effondrer, immortalisées par les clichés de notre aventurier. Ces jeunes filles, comme il les appelle, sont parfois cruelles. À la recherche d’une nouvelle âme solitaire afin d’y passer leur colère. Là encore, le thème ne nous est pas inconnu. Critiquons le personnage, pas si innocent que cela, qui, d’après l’auteur, compense sa malchance avec le genre féminin en pénétrant des maisons, faute de mieux.

Sa dévotion, partiellement voulue, à sa passion est visible. Le personnage entre seul dans un univers inconnu, qui, nous le savons, aura sa peau. Son schéma de pensée, qui nous est rapporté, traduit un intérêt croissant pour la bâtisse qu’il arpente, se transformant en rejet d’un organisme abusant de lui. Comme dans de précédentes nouvelles, le masculin est attiré dans le lit d’une trop belle femme. Celle-ci anime la maison, hantant le végétal qui l’envahit. C’est un symbole du féminin malléable, qui aura toujours le dessus sur la pierre. Le texte contient de petites remarques parfois maladroites qui ne rendent pas l’histoire aussi tangible qu’elle devrait être. Elle est trop sage. Nous aurions aimé que l’auteur travaille la folie avec plus de profondeur. Si cela risquait d’occulter l’histoire en arrière-plan, alors le choix est tout de même compréhensible.

Énigme transmise d’un passé lointain, traversant péniblement le temps pour arriver jusqu’à nous, motivée par une peine et une passion se rendant tangible. Énigme irrésolue emmurant une victime à jamais insatisfaite. L’homme, obnubilé par cet esprit, tente un sauvetage motivé par une envie de procuration d’un objet de phantasmes. Égoïste, son sort est mérité. Il force son entrée, souillant, blessant, restant sourd à un appel de détresse. Une habitation décomposée, repoussante, voilà ce qui nous attend. La Vénus aux épines ne mêle pas la beauté et la tendresse d’une jeune fille. Son physique nous fait oublier un temps le danger de cette fleur cruelle.

Voici un mélange entre aventure et correspondance ressortie d’un siècle ténébreux. Nous y trouvons des références frappantes à l’univers de Lovecraft et beaucoup de symbolisme. La victime consent à se faire dominer par un être au tempérament brûlant. Il y projète sa propre vision. Il s’imagine une femme fatale en détresse qui réclame son aide. Celles-ci n’existent que dans les films. Notre fantôme n’a aucunement besoin de ce bouffon pour conquérir ce qui, selon elle, lui revient de droit. La condescendance de l’homme est écœurante… La fin est donc plaisante !

Dehors il neige de Bruno Pochesci

Bruno Pochesci varie entre écriture et musique. Il a composé plusieurs albums avec Jean-Pierre Andrevon (des critiques de ses livres et une interview sont disponibles sur ce blog), et rédige aussi bien des nouvelles que des romans fantastiques ou de science-fiction. Avec une nouvelle parue dans l’anthologie Nouvelles Peaux, c’est sa seconde publication aux éditions Luciférines. Sa page Facebook.

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Voilà qui clôture admirablement cette anthologie ! Cette courte nouvelle d’anticipation est scindée en plusieurs chapitres. Elle se situe dans un futur proche, et dans des lieux se prêtant à une histoire fantastique pleine de spectres. Pourtant ce ne sont pas les fantômes des victimes d’une tragédie à grande échelle qui hantent un bâtiment dont la fonction ne vous sera pas révélée par mes soins. C’est cette Créature, le survivant que la catastrophe a transformé. Pour la toute première fois ici, nous nous retrouvons dans la peau du monstre, également victime, riant jaune de sa « chance ». Grinçante, l’histoire sarcastique met aussi en scène un humble trépassé, la Présence, commentant la scène avec dédain. Encore plus d’humour dans la partie suivante, le Four, faite de situations tordantes où les rôles n’en finissent pas de s’inverser… Dehors, il n’en finit pas de neiger. C’est un drôle d’Hiver. Nous raccordons quelques monceaux d’un tête-à-tête entre un mourant et une apparition, refermant le livre sur quelques effroyables lignes entêtantes…

VI. Conclusâge. En résumé :

Le non-initié, mais surtout le gothique (qui s’ignore peut-être) se plaira à lire une parution des éditions Luciférines. Comme cette mouvance est assez vaste pour regrouper plusieurs tendances, les styles d’écritures varient afin de convenir autant aux amateurs de la mode victorienne et de ses déclinaisons, qu’aux gothiques médiévaux que la féerie attire plus que la science-fiction, qu’aux punks, qu’aux adorateurs de la Faucheuse, qu’aux jeunes désireux de rejoindre la parade, comme aux vieux de la vieille… Fantastique, merveilleux, science-fiction… Aucun genre n’est mis à l’écart. Aucune histoire n’est négligée tant qu’elle sert à transmettre un message et qu’elle répand une noirceur dans le monde.

La nouvelle est-elle romantique, choquante, étonnante ? Lorsque nous lisons Maisons Hantées, nous nous confrontons à des mondes à chaque fois très différents. Nous sommes vite perdus dans un dédale d’histoires duquel nous ne ressortons pas totalement indemne. Et pourtant nos esprits, comme fortifiés par toutes ses visions entêtantes, y trouvent un schéma les reliant entre elles… Un point commun n’étant pas simplement lié au thème de cette anthologie. Seul un protagoniste que la folie guette est capable de faire cette découverte, de relier ses éléments entre eux. Alors, je vous le demande, êtes-vous prêt à nous rejoindre dans le secret ?

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Si c’est le cas, alors vous n’avez qu’à cliquer sur ce lien. Et je vous retrouve bientôt pour un article sur Nouvelles Peaux, une anthologie rendant hommage à notre mentor, Edgar Allan Poe. Le thème de la prochaine anthologie… Et bien un indice se trouve sur la dernière de nos photos ! À bientôt, sur l’Antre du poulpe.

Ci-vous souhaitez vous mettre encore plus dans l’ambiance de Maisons Hantées, alors cliquez ici et voyez les illustrations de Stéphane Maillard Stéphane Maillard Peretti pour ce volume, ou cliquez ci-dessous pour agrandir ces quelques images !

Poulpy.

stephane maillard peretti

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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