Les Intergalactiques 2015, partie2

Les Intergalactiques IV
Le festival de Science-Fiction organisé par AoA production

Partie 2 : le Salon du livre, en images !

01_salonCi-dessus, les photos prises par Adrien Nguyen de Lyon Events.

Pour lire la première partie du reportage, c’est ici.
Le site de la conv’ vous attend
ici (le prologue, par Poulpy, est )

Libraires et bouquinistes, éditeurs et associations, auteurs et graphistes… Nous allons vous parler de tout le beau monde que nous avons rencontré, juste après des interviews de nos nouveaux partenaires : les Éditions Luciférines et le Passager clandestin ! Attendez-vous à de nouvelles chroniques littéraires dans les semaines à venir… Dont une de l’Homme de Demain, une anthologie des Artistes Fous Associés, et une autre sur Pont-Saint Esprit, la nouvelle parution de la Clef d’Argent

Barbara Cordier est responsable des éditions Luciférines. Cette quasi nouvelle maison d’édition a publié cinq livres. Le premier d’entre eux, Une culture de l’ombre, À la rencontre des gothiques, écrit par Chris Vilhelm et Guillaume Hantz, nous a été présenté lors d’une interview et d’une conférence réalisée pour la Taverne du Nain Bavard. Vous pouvez la lire sur son site ! Nouvelles Peaux, une anthologie dédiée au grand Edgar Allan Poe, comprend des textes de certains auteurs (Jean-Pierre Favard et Pierre Brulhet) dont les livres furent chroniqués sur l’Antre du Poulpe. Nous allons, dans un futur proche, vous rédiger un article consacré à ce volume… sitôt après une chronique sur une autre anthologie tout aussi intéressante : Maisons Hantées.

Qu’est-ce que Luciférines ? Selon Chris Vilhelm, les éditions Luciférines, « dont le nom n’a aucune relation avec Lucifer, comme beaucoup de personnes le pensent, mais avec les atomes phosphorescents que l’on trouve dans la mer, telles des lucioles, on pour mot d’ordre de faire découvrir la culture gothique sous toutes ses formes afin que les publics puissent mieux l’appréhender », mais pas seulement…

02_luciferineBarbara Cordier nous explique ses débuts en tant qu’éditrice lors d’un article sur le site Unity Eiden : les difficultés rencontrées lors de la publication d’un premier livre, ses démarches promotionnelles, son programme… Les éditions Luciferines ont été créées dans le cadre de ses études. Elles connurent un tel succès, que Barbara Cordier décida de faire perdurer le projet. L’article Histoire d’une première publication sur le blog de B. Cordier.

Un an plus tard, l’éditrice reprend les « crayons » et nous rassure quant à l’avenir de Luciférines : le projet a bel et bien abouti, l’avenir semble radieux et d’autres sorties sont à prévoir ! Les Luciférines, 1 an après. Lors des Intergalactiques, une interview, longuement retardée, était de mise ! La voici donc :

Qui part à la chasse, une dystopie de Jérémy Bouquin, est la nouvelle publication de ces éditions. La science-fiction n’est pas le genre priorisé par cette maison, même si B. Cordier n’est pas fermée à ce type de récit. C’est l’horreur qui prédomine dans son catalogue. Afin de trouver de nouveaux auteurs, elle lance régulièrement des appels à textes et est ouverte aux soumissions spontanées. Ses auteurs écrivent des textes sombres aux styles très variés : « si certains d’entre eux vont être très littéraires, d’autres vont raconter des histoires d’une manière plus orale. Quelques-uns s’essaient à l’horreur le temps d’une nouvelle, d’autres sont des professionnels de ce genre. »

« Deux choses vont me motiver en particulier dans un récit », nous dit-elle, « la qualité du texte, et le ton. Je cherche des histoires sombres qui transposent des critiques parfois osées, des récits sortant du conventionnel. » Il y a peu d’éditions spécialisées dans le Fantastique et dans l’horrifique. Les éditions Luciférines se distinguent par des publications d’histoires se déroulant dans un cadre réel, introduisant parfois des notions de Fantastique d’une manière classique. C’est-à-dire que tout peut se jouer sur le doute et la suggestion. Qui part à la chasse est un thriller qui ne fait pas seulement peur, mais qui imbrique des éléments de ce type.

03_artistesCi-dessus : le stand des Artistes Fous Associés. Pour lire les chroniques de leurs anthologies, Fin(s) du Monde, Sales Bêtes! et Folies. Second partenaires de l’Antre du Poulpe, voici leur présentation, sur leur site : Les Artistes Fous Associés ont pour but de diffuser vos chefs d’œuvre incompris, de diffuser les œuvres d’artistes amateurs sur supports physique et numérique.

Maisons hantées est l’anthologie possédant la plus grande diversité de styles : « c’est un livre qui permet de se faire une idée sur nos autres publications, car toutes nos sensibilités y sont représentées ». Barbara Cordier, à ses débuts, ne cherchait pas à se mettre à son propre compte, mais à proposer ses services à d’autres éditeurs. Dans le cadre de son projet universitaire, elle se devait de concrétiser deux livres afin de les présenter. Les thèmes furent choisis par elle même. Après la réalisation d’une étude de marché, elle s’est rendu compte qu’il y avait un manque à combler dans l’édition de textes horrifiques. Elle espère continuer à publier encore longtemps de nouveaux livres !

« J’ai pour ambition de concevoir plus de projets et d’ouvrir les yeux des lecteurs sur le Fantastique. Je voudrais leur faire comprendre que cela n’a rien à voir avec la fantasy, et les amener à lire des textes écrits à la manière des récits traditionnels. Le Fantastique est un genre qui ne permet pas seulement de rêver, mais d’explorer certaines notions du réel. Quand je vends des livres à des personnes qui ne savent pas ce qu’est le Fantastique, c’est toujours un vrai plaisir. » Si les néophytes sont toujours les bienvenus, le public majoritaire des éditions Luciférines est composé d’amateurs du genre, de tout âge. Leurs livres sont disponibles dans des librairies spécialisées, et en ligne, en ebook ou en format papier !

Trois sorties auront lieu dès le printemps 2016 : un livre graphique de Jacques Fuentealba, qui propose des micronouvelles sur le thème des peurs de l’enfance, tout en jeux de mots et en humour noir. Ce livre sera illustré par un Artiste Fou bien connu par chez nous, StefW ! Un thriller psychologique est en cours de relecture, et une anthologie sur les chats est en cours de préparation… Barbara Cordier aimerait aussi proposer des traductions de textes fondateurs du XVIII ou du XIXe siècle inédits en France. « En ce moment, nous sommes submergé par la fantasy. Il est important de lire des classiques, de ne pas les oublier. N’hésitez pas à revenir à la source », nous conseille-t-elle.

04_davenelMahaut Davenel (ci-dessus), auteure présente sur le stand de ces éditions, écrit des histoires qu’elle qualifie comme étant graphiques, noires, allant parfois jusqu’à l’absurde. Sur le site de Luciférines, vous pouvez lire qu’elle aime travailler sur les thèmes des perversions et des « déliquescences ornées à l’excès de la période fin-de-siècle ». Vous y trouverez, via le lien précédent, ses sources d’inspirations. Elle nous décrit sa première publication, une nouvelle parue dans Maisons Hantées, Metafiction. Si elle était présente aux Intergalactiques, c’est surtout parce que le thème du temps dans la science-fiction sera abordé dans le roman dystopique qu’elle est en train de rédiger. « Il mettra en scène quatre personnes piégées dans un système implacable et ultra-violent. Cela parlera de la mécanisation du corps, de présentations de corps en tant qu’œuvre d’art ». D’esthétique macabre, donc.

Metafiction est un texte sur lequel Mahaut Davenel a longuement travaillé, qui est né de façon complètement aléatoire. « J’ai eu des visions assez étranges de femmes empalées sur des pieux en verres, dans un marécage plein d’insectes. » Sa prochaine nouvelle proposera une vision de l’enfer où les tortures sont mises en scène de façon à inverser la notion de plaisir avec celle de la souffrance. Son roman sera aussi très « glauque ». Influencée par les auteurs de la fin du IXXe siècle, au style très orné « ampoulé », ou l’esthétique à une importance majeure, elle créer des visions aussi belles que cruelles. Dérangeantes, mais avec un parti prix intellectuel, car ces histoires transmettent toutes un message.

Grâce à la collection Dyschroniques du Passager Clandestin, « nous avons la chance de découvrir des auteurs qui, à partir de leur attention à leur temps, peuvent nous parler du nôtre ». Pour Dominique Bellec, le temps dans la SF est le temps qui s’est écoulé depuis que la science-fiction produit des textes. « Nos éditions sont dans une position anachronique. Le temps nous intéresse par sa dimension passée, par son effet de maturation. Nous lisons nos histoires comme si elles nous étaient retransmises par des voyageurs temporels venant du passé, portant un regard différent sur notre présent. »

Le Passager Clandestin est une maison d’édition indépendante créée en 2007 qui a publié 130 ouvrages depuis ses neuf ans d’existence, et qui édite une vingtaine de livres par an. Cette édition est formée de trois personnes travaillant avec des professionnels du métier du livre, dont deux graphistes. Dominique Bellec (ci-dessous) nous présente son fonctionnement.

05_passagerLes rôles de ses membres ne sont pas définis, « il n’y a pas de compartimentage des tâches, rien n’est exclusif. La maison a été fondée par Nicolas Bayart. Je l’ai rejoint en 2007 en lui proposant un texte. Lui s’investit surtout dans la dimension administrative et financière de l’association, même s’il fait aussi de l’édition et de la diffusion. Quant à moi, je travaille plus sur l’aspect éditorial, sur le choix des textes, sur leur contenu et sur la façon de les établir. Frédérique Giacomoni nous a rejoints en 2010. Elle travaille sur la communication et sur les relations avec les librairies. Elle s’implique dans la surdiffusion en établissant des dossiers de presse et des contacts directs avec des journalistes. »

 » Nicolas a réinvesti ses indemnités de licenciement dans cette édition le jour où il a décidé de quitter son travail. Quand je l’ai rencontré, j’avais un statut de chercheur en science politique associé à l’université de Strasbourg. Ce que ne faisait plus l’université, c’est-à-dire qu’elle n’était plus un lieu de transmission de savoirs, je voulais le décliner en fondant une maison d’édition. Nicolas et moi, nous nous sommes rendu compte que nous étions assez complémentaires. Nos observations sur le temps étaient proches l’une de l’autre, donc, avec nos outils, nous avons développé cette activité sans avoir fait de formation à l’édition. Nous avons tout appris sur le terrain.

L’idée état de publier un certain nombre de critiques sociales ou des textes de sciences humaines, des réflexions politiques et des critiques de la société contemporaine. Il s’agissait de montrer les problématiques auquel est confronté notre monde en partant du principe que nos enjeux contemporains ont une profondeur historique. Nos textes situés dans le présent ou dans le passé pointent du doigt ces questionnements que nous feignons de découvrir alors qu’ils ont une histoire. Cela se décline dans un certain nombre de collections.

Les Transparents présente des textes écrits par des témoins des grandes périodes de colonisations, de la découverte des Amériques jusqu’à la colonisation du continent africain. Nous montrons que nos relations à l’autre, nos relations au processus de modernité ou de production, ou que l’émergence du capitalisme, etc. sont des questionnements qui ont une histoire. Il s’agit de contraindre le lecteur à explorer la genèse de nos problèmes liés à une conjoncture présente afin de mieux les comprendre.

06_fousNous basons une partie de nos recherches sur de vieux textes politiques. Certains sont très connus, d’autres n’ont jamais été publiés. Puis nous demandons à des auteurs contemporains de les préfacer afin de dire en quoi il est pertinent de les relire. Afin de contribuer à structurer cette ligne éditoriale qui essaie d’établir un dialogue entre passé, présent et futur, nous avons conçu la collection Désobéir. Ce sont de petits guides qui sont tous au même format et au même prix, assez bas, qui sont conçus en partenariat avec le collectif des Désobéissants.

Leur propos est de faire des formations à la désobéissance civile en partant de l’idée que, si c’est un registre d’actions politiques dont nous retrouvons des traces dans l’Histoire, en France, curieusement, et bien qu’il y a des exemples d’actions qui s’en rapproches, elles ne sont pas nommées en tant que tel. L’idée est à la fois de prendre conscience des différents registres d’actions qui se situent autour de la désobéissance, et de former des groupes. Cette collection datant de 2008 comporte aujourd’hui une vingtaine de titres. Les libraires ont tout de suite accroché. La plupart des gens qui connaissent le Passager Clandestin, nous ont découverts par ce biais.

Nous avons également une collection d’essais où nous traitons en profondeur de thèmes en rapport avec nos préoccupations personnelles. Nous avons monté une collection consacrée aux précurseurs de la décroissance, dirigée par Serge Latouche, destinée à montrer que les réflexions autour de certaines idées puisent leurs racines chez un certain nombre de penseurs, aussi bien antiques que modernes.

Mais la collection qui me fait venir aux Intergalactiques, c’est la collection Dyschroniques. Les essais de science sociale théoriques touchent un certain public, mais la majorité des gens ne les lisent pas. Il était donc important de tourner nos questionnements vers un autre public de lecteurs. Avec les registres de la science-fiction, des auteurs partent d’une vision lucide de leur temps, dégagent les grandes questions de leur époque, spéculent sur l’avenir en les induisant dans la construction de sociétés futuristes fictives. Nous pouvons trouver dans la masse de textes publiés entre 1945 et 1980, soit pendant la guerre froide, des histoires pertinentes où nous retrouvons des éléments de compréhension du contemporain à partir de l’observation d’époques passées.

Dans Un logique nommé Joe, datant de 1946, époque où l’informatique est à ses balbutiements, nous trouvons un superordinateur et des ordinateurs personnels qui en découlent. Murray Leinster imagine que l’un de ces ordinateurs, qu’il appel « logiques », se met en contact avec tout les autres et conçoit une sorte de réseau. Sous le couvert d’un registre humoriste, nous retrouvons cette idée qu’à travers ce réseau se créer une espèce de disponibilité de stock d’informations. Quand on garde à l’esprit que ce texte a soixante-neuf ans d’existence, il est assez incroyable de le lire aujourd’hui. Du temps de son écriture, il existait des données qui permettaient de voir vers quoi s’orientait l’informatique, mais cet auteur a poussé l’imagination très loin, au point de figurer ce que nous connaissons aujourd’hui.

07_clandestinBeaucoup de textes ne sont plus lisibles de nos jours, car ils ont perdu de leur pertinence. Nous choisissons surtout des textes tournants autour de problématiques environnementales ou autour des sociétés de contrôle qui ont émergé aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale avec la prise de conscience des sociétés totalitaires, etc. Certains traitent de la place de la technologie dans les sociétés humaines et de la façon dont celle-ci devient hyperbolique. L’homme perd plus ou moins le contrôle sur elle… Ces problématiques ont émergé dans les années cinquante, soixante-dix.

Nous voulions éviter de reproduire l’iconographie originale de ses récits de science-fiction. L’aspect des livres devait être lié à la patine des textes qu’ils contiennent. Il devait dénoter de leur époque par une maquette rétro, et plonger le lecteur dans le futur avec une adéquation correspondant au thème. Nous sommes à chaque fois partis sur un petit visuel puisé dans le texte, en choisissant une image significative sans pour autant dévoiler l’histoire. De même sur la quatrième de couverture, plutôt que de faire un résumé du texte, nous avons préféré écrire une petite phrase très courte afin d’attiser l’envie de s’y plonger. Nous précisons la date d’écriture du texte, l’auteur, et l’articulation du sujet correspondant à nos enjeux contemporains.

Le texte de La montagne sans nom, par exemple, est : « en 1955, Robert Sheckley imagine le dernier des grands projets inutiles ». Cela parle d’une mission de terraformation qui se fait au détriment des populations locales cherchant à préserver leur espace. On se rattache à cette question des grands projets extractivistes ou productivistes qui vont à l’encontre des besoins et des attentes des locaux.

La collection Dyschroniques fut lancée en 2013 et elle comporte aujourd’hui dix-huit titres. L’idée de départ était de pouvoir attirer l’attention d’un nouveau public, ce pari est gagné. Nous ne sommes pas des spécialistes de science-fiction, mais il y avait une attente pour ce type de ligne éditoriale et cette façon de présenter ce genre. Ces bons retours nous ont fait chaud au cœur. Nous savons ce qu’est une dystopie, ce qu’est l’uchronie, également. Le nom de cette collection vient de l’idée que les textes sont décalés par rapport à leur temporalité. Ils ont souvent plus de sens aujourd’hui qu’à l’époque où ils ont été écrits. Nous les interprétons au travers du filtre de ce qui s’est passé entre temps.

Ci-dessous, La cabane à mots, « une maison d’éditions nivernaise actuellement sous une forme associative. Nous publions des textes exclusivement à compte d’éditeur que nous présentons à notre comité de lecture afin de recueillir leur avis. Notre ligne éditoriale se concentre sur les polars et les thrillers. Nous sommes et resterons très sélectifs aussi nous continuerons à choisir des textes qui nous conviennent avec une bonne tenue, aussi bien au niveau de l’histoire que du style ! » et Kitsunegari, « une maison à compte d’éditeur créée en janvier 2014 à Cournon d’Auvergne et spécialisée en Science-Fiction, Fantastique et Fantasy. Plus particulièrement, les récits prennent place dans le monde réel, passé, présent ou futur. »

08_editeursParmi les auteurs qui sont édités il y en a de très connus, et d’autres moins identifiables, car ils ont peu écrits. Éditer des auteurs connus ne nous importe pas tellement parce que ce qui préside nos choix, c’est la pertinence des textes eux-mêmes. Nous vendons mieux les titres des auteurs connus, mais comme il existe une vraie curiosité dans le milieu de la science-fiction, tous nos titres finissent par bien se diffuser. Les rares retours négatifs que nous avons concernent ces auteurs connus qui ont déjà été publiés dans les années soixante-dix/quatre-vingts et qui n’ont pas besoin d’être redécouvert par les spécialistes du genre. Sauf que, dans une certaine mesure, ces personnes admettent que cela leur permet de relire des textes avec un autre point de vue. D’une manière générale, les gens sont bluffés par le fait que ces textes soient si efficaces aujourd’hui. Nous avons beaucoup de compliments sur la présentation des livres, et il y a plein de collectionneurs. Nous touchons aussi quelques personnes qui ont lu de la science-fiction lorsqu’ils étaient petits et qui ont envie de s’y remettre.

Le texte que je préfère est Le pense-bête de Fritz Leiber, qui date de 1962. Il préfigure la généralisation du smart phone dans notre société. Ce récit est vivant, drôle, fin, il laisse la chute en suspens jusqu’à la dernière page. Il possède une certaine délicatesse de compréhension des relations humaines et montre une sensibilité féministe, par exemple. Un logique nommé Joe est parlant de lui même. Quand je présente la collection, je commence par celui-là, car nous comprenons tout de suite ses buts.

L’année prochaine, nous fêterons la dixième année d’existence du Passager Clandestin avec, peut-être, notre cent-cinquantième parution. L’édition indépendante est une entreprise fragile. Nous nous battons pour continuer d’exister, pour continuer à vivre à peu près correctement de notre activité. Question publication, nous avons établi le programme de l’année prochaine, mais certains projets mettront un peu de temps à aboutir. La collection Dyschroniques comportera un hors série. Nous avons monté un concours de nouvelles en nous basant sur Les retombées de Jean-Pierre Andrevon.

Nous avons proposé aux gens d’écrire un texte contemporain imaginant notre futur. Nous venons de sélectionner le gagnant, le résultat va bientôt être annoncé. Nous ne referons pas régulièrement des appels à textes. L’idée était de faire un petit coup de projecteur sur la collection, mais c’est délicat. Autant il est intéressant de sélectionner des textes du passé lorsqu’on a un regard à la fois politique, critique et historique sur notre présent, autant, quand nous nous projetons de cette façon dans le futur, proposer notre propre définition de l’avenir n’est pas une chose que nous pouvons faire cinquante fois. Il aurait été difficile de demander aux participants d’écrire une suite directe aux Retombées, car cela aurait supposé qu’elle se passe en 1979. Or il fallait que ce soit un texte futuriste. L’idée était de reprendre les éléments de la thématique et d’écrire une histoire originale. – Ce hors série sera chroniqué sur l’antre du poulpe. Il fera suite à notre toute dernière critique, Les retombées de Jean-Pierre Andrevon !

09_editeurs_auteursCi-dessus, Pierre Stolze et Jean Rebillat sur le stand des éditions Armada. Pierre Stolze est également un auteur édité chez notre grand partenaire, la Clef d’Argent. Pour lire sa série jeunesse, Isidore, dont quatre volumes sont sortis (un cinquième est en préparation !), il vous suffit de cliquer ici. Quant à Jean Rebillat, il est l’auteur de Le Petit Guide à trimbaler de la fantasy, une parution ActuSF. En savoir plus : ici.

« Les Éditions Armada, installées à l’Isle-sur-la-Sorgue dans le Vaucluse, ont pour vocation de publier des ouvrages de science-fiction, fantastique et fantasy. Notre objectif est de vous faire partager notre passion pour cette littérature en vous proposant des romans et des recueils de nouvelles englobant toutes les tendances de ces genres. Tous nos ouvrages sortiront en même temps en version papier, et en version électronique. »

Toujours ci-dessus, en bas (de gauche à droite) : des auteurs des éditions du peuple de Mu, conçues et gérées par Davy Athuil. Alfred Broudy (La sagesse des piliers) ; Nicolas Cartelet (#Time trotters) ; Pierre Léauté (Morts aux grands !) ; Sébastien Tissandier (Le Mnémenol) ; Morgan Malet (Létherrae).

« lepeupledemu.fr propose des livres numériques sans DRM. Pourquoi ? Parce que nous ne croyons pas à l’escalade de la protection à tout prix. Les livres, de toutes les époques connues, ont voyagé de main en main sans que, pour autant, le droit d’auteur ne soit mis en danger. Nous croyons à la responsabilité de toutes et tous et nous savons que la lectrice ou le lecteur, satisfait-e de sa lecture, n’hésitera pas à acheter les romans de l’auteur-e et à le ou la faire connaître à son tour. »

Ci-dessous, Stéphane Przybylski, présent à OctoGônes, qui a publié son roman, Le château des Millions d’Années, chez Le Bélial. Un roman historique, premier tome de la future série Origines. ; Olivier Paquet est l’auteur de Structura Maxima et de la saga du Melkine, parue aux éditions de l’Atalante. Léo Henry est un auteur de romans et de nouvelles. Sa dernière publication, P.K. Dick Goes To Hollywood, sort aux éditions ActuSF. À ses côtés, Lou-Jan, auteure de Sale Temps, parut aux éditions Rivière Blanche (hommage à la collection Fleuve Noir, une présentation dans l’article au festival de Damparis sur ce blog). ; Étienne Barillier est un spécialiste du steampunk, vous le voyez avec son livre, La France steampunk, commandité par Mnemos.

10_auteurs1« Juin 1939. Heinrich Himmler diligente une mission archéologique en Irak dans le but officieux de s’allier les populations locales afin de saper l’influence britannique et préparer l’avènement d’un nouvel ordre mondial. {…} Or, dans la vallée d’un affluent du Tigre, Saxhäuser met bientôt au jour l’impensable, une découverte si vertigineuse qu’elle pourrait bien changer la donne dans le conflit qui s’annonce… »

« Structura Maxima : {…} Victor Mégare et son fils Jehan cherchent un destin différent. Victimes de la Vapeur et des Poutrelles, ils explorent les origines de cet antagonisme. Que protègent les Poutrelles derrière leurs interdits divins ? Quel but cherche à atteindre la Vapeur en encourageant la Structure tout entière à bouleverser les anciens équilibres ? Et où se trouvent les réponses ? Entre l’ombre et la lumière, dans la vapeur des chaudières et le gigantisme des poutrelles, ou bien derrière le décor, de l’autre côté de la paroi du dôme ? »

« Tandis que Philip K. Dick échange des lettres avec David Lynch pour la production de Blade Runner, les Beatles choisissent Lemmy Kilmister pour remplacer Paul McCartney à la mort de celui-ci. Ailleurs un groupe de tueurs traque un marin amoureux des jurons… Bienvenue dans les univers uchroniques de Léo Henry. À travers cinq nouvelles, l’auteur de Rouge gueule de bois, du cycle Yirminadingrad et de Sur le fleuve tord l’Histoire que nous connaissons pour nous offrir ses versions personnelles folles, déjantées et jouissives. »

« Sale temps : Le temps est notre ressource la plus précieuse. Qui n’a jamais rêvé de pouvoir l’arrêter ? Olgann, le champion de ski, le peut, lui. Il stoppe les chronomètres en course pour gagner. Le premier cas de dopage par le temps. Une mécanique bien huilée jusqu’à ce que d’autres se mettent à l’imiter. Si chacun arrête le temps à sa guise, le monde ne risque-t-il pas de sombrer dans le chaos ? Le temps nous instruit, nous soigne parfois, mais il finit toujours par nous tuer. »

« Étienne Barillier et Arthur Morgan, les deux meilleurs spécialistes du steampunk français, se sont lancés à corps perdu dans cette enquête! Ils retranscrivent ici le cœur des documents retrouvés. Accompagnés du photographe Nicolas Meunier, ils ont sillonné l’Hexagone à la rencontre des factions vaporistes. Car elles seules détiennent le fin mot de l’histoire ! »

11_auteurs2Christian Chavassieux, que nous avons aussi rencontré pour la seconde fois, est l’auteur des Nefs de Pangée chez Mnémos. ; de Norbert Merjagnan est paru, aux éditions Denoël Treis, Altitude zéro, son second roman de SF. ; Sylvie Lainé, présente à Octogônes, a publiée aux éditions ActuSF en 2015 L’Opéra de Shaya ; Raphaël Colson est un auteur d’essais et un conférencier qui nous avait parlé du post-apo lors d’OctoGônes.

Le post-apo abordé par l’angle économicoculturel par Raphaël Colson, essayiste et ex-gérant des Moutons électriques. Il a travaillé sur de nombreux article et essais (seul, ou avec l’aide d’André François Ruaud) dont : Hayao Miyazaki : Cartographie d’un Univers et Zombies !. Il a également rédigé quatre livres sur la science-fiction. Le post-apo dans les oeuvres de fiction populaires sera le sujet abordé dans son cinquième volume. Il nous présenta son futur schéma. Un résumé de la conférence, ici (à la toute fin).

« Récit de guerre, légende, chronique d’un peuple, Les Nefs de Pangée traversent les genres et emportent avec elles le goût des explorations, des combats et des drames à grande échelle. Avec sa plume vive et sensuelle, dans des décors aux dimensions hallucinantes, Christian Chavassieux nous propose un lyrisme nouveau et un voyage, sur terre et sur mer, à la dimension d’une fantasy opéra. »

« Suite directe des Tours de Samarante, Treis, altitude zéro est le second volume d’une des plus ambitieuses trilogies de la science-fiction française contemporaine. Un roman vertigineux, d’une densité rare, à l’écriture unique : d’une poésie constante, mais aussi capable des plus terribles accès de violence. »

« So-Ann, née dans un vaisseau spatial, a du mal à s’habituer aux coutumes étranges et contraignantes des mondes où se sont établis les humains. Alors quand elle entend parler de Shaya, cette planète où la faune et la flore sont en totale empathie avec ses visiteurs, elle n’hésite pas une seule seconde. Mais en vérité, qui s’adapte à qui ? Quels mystères se cachent dans ce monde qui semble idéal ? »

12_auteuresCi-dessus, de gauche à droite : Lucile Dumont, auteure de Sous l’ombre d’un-seul (dont le tome 1 vient de sortir aux éditions les 2 Encres. Quatre volumes sont à paraître). Croisée lors de la convention OctoGônes, en cosplay, vous pouvez voir une autre photo en cliquant ici ; Valérie Simon, également rencontrée à cette occasion, vient de publier le premier tome d’une série de fantasy, nommé Coup d’État, aux éditions du Riez et Cœur à corps, aux éditions Bragelonne ; Barbara Bret-Morel est l’auteure de Aux portes de l’oubli aux éditions Thot ; Nadia Coste, que nous avons, elle aussi, vue à OctoGônes, a publié cette année chez ScriNeo son roman intitulé Le Premier.

« Sous l’Ombre d’Un-Seul est une série de quatre romans de fantastique futuriste (un hybride de science-fiction, fantasy et fantastique) où s’entrechassent aventure, sortilèges et créatures surnaturelles, quelque part entre la science et la magie, sur une planète dont plus personne ne connait l’origine. »

« Cœur à corps : Dans ce recueil sont réunies quatorze nouvelles sorties à l’unité dans la collection Brage. Récits fantastiques, contes noirs ou mythes post-apocalyptiques, la plume de Valérie Simon s’attaque à tous les genres pour mieux décortiquer l’âme humaine et son rapport à l’indicible. Ses histoires acérées, dans lesquelles l’homme est tour à tour proie et chasseur, et la créature objet de fascination et d’horreur, ne laisseront aucun lecteur indifférent… »

« Jacob est un ado de 16 ans {…}. Lors d’un échange linguistique dans son lycée, il fait la connaissance d’Annabelle. Cette jeune beauté américaine et mystérieuse semble capable d’apaiser ses peurs et ses colères et surtout de développer certaines capacités. Elle lui propose un marché : s’il le souhaite, elle peut l’aider à transformer son apparence. Mais rapidement, Jacob s’aperçoit que tout a un prix. »

« Le Premier : Vaïn n’est pas mort. Pourtant, son frère l’a tué. Est-il ressuscité ? Pourquoi le soleil brûle-t-il sa peau ? Alors que son désir de vengeance augmente, Vaïn ne tarde pas à imaginer que la Nature l’a sauvé de la mort et rendu différent pour éliminer son frère et sa descendance maudite… La quête d’un immortel depuis le néolithique jusqu’au début de Rome. »

13_dedicacesEva Simonin publia aux Mondes d’Atria son dernier roman, Les tisseurs de temps. Vous la voyez accompagné de Richard D. Nolan, interviewé à la suite. ; à gauche, Léo Henry, en dédicace. ; en bas, Raphaël Colson. ; Puis Étienne Barillier accompagné de Mathieu Rivero, auteur de Or et nuit, parus aux éditions des Moutons électriques. Ce dernier, nous l’avons découvert grâce à une table ronde, Les premiers pas de l’écriture, organisée par Génération Écriture, avec Mélanie Fazi et Claire Krust, interviewées lors de cet article. Une interview de Mathieu Rivero ci-dessous, après celle de Richar D. Nolan !

« Kirion, planète colonisée par l’humanité dans un lointain futur, voit apparaître subitement une forme de vie inconnue. Ces étranges créatures, nommées Érythros, s’avèrent hostiles et violentes. Trois pays subissent leurs attaques incessantes, parmi lesquels la Terre d’Olie, patrie de Silea. La jeune femme possède un don de précognition et porte le titre d’Oracle. Depuis l’arrivée des Érythros, les visions des Oracles se sont obscurcies, l’avenir ne promettant plus qu’une défaite de l’humanité sur toute la planète. Seule Silea entrevoit encore la possibilité d’une victoire. »

Et ci-dessous, Le miroir aux nouvelles, des éditions composées de Chrystel Duchamp à l’écrit et d’Éric Barge au dessin. Rencontrés à la Necronomi’con, ils nous ont présenté cette maison indépendante créée en 2012 dans le but d’éditer les textes et les graphismes de ce duo de la façon qu’ils le désiraient, sans contraintes ni règles à respecter. Les volumes sont donc prestigieux. Le visuel est atypique et tout, du texte aux illustrations, est de très bonne qualité. La Vallée dérangeante est leur toute dernière parution, la quatrième de leur catalogue composé de romans de genre, de textes Fantastique, d’un thriller, d’un recueil de nouvelles et d’un hommage à Lovecraft.

Le style d’écriture de Chrystel Duchamp est très inspiré de celui d’H.P. Lovecraft et de Maupassant. Elle nous transmet à son tour sa passion pour le fantastique à travers ses œuvres, peaufinant surtout ses chutes, qui font, selon elle, la réussite d’un récit. Éric Barge est graphiste de formation, diplômé des Beaux-Arts de Saint-Étienne. Il aime énormément apporter un soin spécial à ses livres, en faisant le choix du papier et en décidant de concevoir un bel objet de collection. L’interview est disponible à cette adresse.

14_miroirÉtait aussi présent, en dédicace ou en table ronde, Bertrand Campeis, auteur, avec Karine Gobled, du Guide de l’uchronie chez ActuSF : « L’uchronie joue avec l’histoire pour créer des réalités différentes, explorant des possibilités infinies. Est-ce là l’expression d’une simple nostalgie rêveuse d’un passé jamais advenu ou une arme de réflexion philosophique ? Karine Gobled et Bertrand Campeis, membres du prix ActuSF de l’uchronie, vous proposent d’arpenter avec eux les sentiers où réalité historique et fiction s’entremêlent. À travers des conseils de lecture, des interviews d’auteurs, des escapades dans le cinéma, la bande dessinée ou le jeu vidéo, ces deux spécialistes offrent un panorama d’un genre qui séduit de plus en plus. »

Nicolas Le Breton, que nous avions rencontré à OctoGônes. Conférencier spécialiste de la ville de Lyon, il est également l’auteur de Les âmes envolées paru aux Moutons Électriques. « L’automobile n’a jamais été inventée. On parcourt le monde en ballons, dirigeables et autres aérostats. En cette année 1912 monsieur Louis Lépine, préfet de Seine et père du célèbre concours, s’embarque dans une drôle d’affaire. Des morts qui s’animent et enlèvent de belles dames et de savants messieurs (ou l’inverse). Des moteurs étranges qui soufflent le feu et le froid. Des automates fous et des mécaniques hantées. Une conspiration qui éclaire sinistrement les enjeux secrets de la Première Guerre mondiale. »

Sur le stand des éditions Kitsunegari se trouvait une panacée d’auteures présentes en dédicace, ainsi que la graphiste diplômée d’Émile Cohl Laura Csajagi, aux œuvres semi-réalistes représentants des mondes fictionnels, souvent tournés vers la fantasy. Elle a réalisé quelques couvertures pour ses éditeurs. Parmi les écrivains se trouvaient Hina Corel, auteure d’une dystopie nommée Eldorado, et Élodie Philippe, illustratrice (elle a notamment réalisé le logo de Kitsunegari) venant de publier son premier roman, De mémoire d’Homme. :

« Au large de l’Antarctique, les remorqueurs ont fini de préparer l’iceberg qui partira bientôt pourvoir en eau douce le continent africain. Dans la base Georges Mougin, sur la côte, Anton et Phœbus supervisent leur retour au port lorsqu’une proche colonie de milliers de manchots disparaît subitement. Dans la double pyramide, la petite San ne supporte pas les implants télesthésiques qui lui permettraient de rejoindre l’unité spirituelle formée par les habitants de la cité. Jud, le chirurgien, s’apprête à inciser les tempes du nourrisson pour les extraire. Inspirée par les œuvres philosophiques de Platon autant que par les textes fondateurs des trois grandes religions monothéistes, découvrez l’anticipation qui vous fera appréhender notre existence autrement. »

15_ecritureGénération écriture est une association qui organisait des tables rondes à Octogônes autour des débuts d’un écrivain et sur la traduction. Cette fois-ci, les membres présentaient une activité un peu particulière : « Qui a éteint les étoiles ? est une expérience de participation littéraire, mêlant improvisation, jeu de rôles et atelier d’écriture créative. Les participants à l’expérience en seront donc les cobayes, dont les interactions nous permettront de détecter (et corriger) les problèmes du concours d’écriture lié à la parution du roman (prévue pour juin 2016 aux éditions Le Peuple de Mü). » Plus d’information ici. Lors de notre interview, le bureau de cette association, au complet, nous a décrit leurs buts :

Cette association compte une quarantaine de membres, de jeunes auteurs recherchant une certaine motivation et de l’expérience afin de débuter dans le vaste monde de l’écriture. Le fait important de cette association est qu’elle n’est pas lyonnaise, puisque les membres correspondent le plus souvent via le site internet. Quelques rassemblements ont parfois lieu sur des sujets variés et dans de grandes villes, mais cela n’est pas le point fort de ce groupuscule dont les projets sont virtuels. La création d’un webzine est une de leurs consécrations. Tout le monde est invité à participer, du moment que les articles correspondent au thème général de l’association et du numéro. Chaque trimestre, un dossier thématique est proposé. À côté de cela il y a des critiques, des articles sur les techniques d’écriture… Les sujets sont assez libres.

Il est important pour ces membres de montrer aux jeunes auteurs qu’ils ne sont pas seuls derrière leurs écrans, qu’une communauté existe, est à leur écoute afin de monter des projets d’entraide. « C’est un moyen de progresser et d’aspirer à une professionnalisation. Les auteurs peuvent, par ce biais, prendre confiance en eux, avancer dans leur écriture, prendre des responsabilités ou des initiatives. » C’est une aide à la communication. La création d’une telle association fut motivante pour tout le monde. « Il est important de transmettre son savoir afin que des débutants ne se sentent pas perdus dans leur domaine. C’est en salon que nous nous rendons compte que le milieu de l’écriture est très convivial. » Des amitiés se sont créées par le biais de cette association basée sur l’échange. Leurs actualités sur leur page Facebook.

Et, ci-dessous, Les indés de l’Imaginaire, un collectif de trois éditeurs : ActuSF, Mnémos et Les moutons électriques. Sur leur stand, des livres atypiques, des romans, des essais, des livres illustrés, mais surtout, des auteurs en dédicace ! ; en dessous, à droite, le stand de la libraire d’occasion, située à Lyon, Temps livre, gérée par Markus Leicht, l’auteur de, entre autres, le roman Péronnik l’idiot, sortit aux éditions Éons. Nous allons à présent en venir aux interviews :)

16_livresDominique Douay, « l’une des plumes françaises les plus en vue durant les décennies 1970-80, est né à Romans-sur-Isère en 1944. Il suit des études de droit à Lyon puis Paris avant d’entrer en 1970 dans l’administration. Parallèlement, il dirige l’hebdomadaire Drôme-Demain, lié au Parti Socialiste, et commence à écrire de la science-fiction : sa première nouvelle, Les Ides de Mars est publiée dans Fiction en 1973 et sa nouvelle Thomas, remporte le Grand Prix de la science-fiction française (GPI) en 1975. Durant les années soixante-dix, il publie une dizaine de romans et de recueils de nouvelles dans la mouvance de la science-fiction politique de gauche de cette époque. Dans les années quatre-vingt-dix, il se consacre à l’enseignement et à la formation et ne revient à l’écriture qu’en 2008 avec la nouvelle Chambre d’hôte (publiée par la revue Fiction). Il fait son véritable retour en 2013, en commençant une série de rééditions et d’inédits chez Les Moutons électriques. Comme pour Michel Jeury, une partie importante de son œuvre est marquée par l’influence de Philip K. Dick, à travers les thèmes de la folie, de l’altération de la réalité ou de la manipulation du temps. » Présent vendredi soir à a table ronde « L’Homme face au temps de la Science-fiction » et sur le Salon du livre, il a bien voulu répondre à nos questions lors de ce petit entretient, qui va suivre…

Dominique Douay

Quand j’ai commencé à écrire, j’étais animé par une foi inébranlable envers la nature humaine. Je pensais qu’en essayant de faire surgir des idées, on pouvait modifier le monde. Je me suis très vite aperçu que, malgré mon estime pour l’humanité, je ne pouvais pas changer grand-chose. Si les idées ont leur importance, la littérature n’est pas le levier idéal pour relever la société ! Les motifs qui ont motivé mon écriture peuvent aussi être égocentristes. Pour moi, la science-fiction est un moteur idéal afin d’essayer de créer une introspection. Quand nous parlons du temps, cette introspection est le fait que l’issue est inéluctable. Elle mènera toujours à la disparition. Imaginer des univers où le temps passe différemment, des personnages qui peuvent se déplacer dans le temps non linéairement, ou même l’arrêter, c’est une façon de nier la mort. D’essayer d’être immortel. C’est de cela que nous avons parlé lors de la table ronde de ce week-end.

Poulpy : Que retenez-vous de vos études de droit et de votre passé de militant ? Aviez-vous une idée de ce que vous vouliez devenir pendant votre jeunesse ?

Tout à fait. Ce que je vais vous dire est très conjoncturel, car c’est lié à une époque très précise. Lorsque j’ai terminé mes études en 1968, j’ai été fortement marqué par l’ébullition qu’il y a eu cette année-là, qui a perduré pendant la décennie qui a suivi. Mai soixante-huit, cela avait été tellement brusque. Nous avions l’impression que tout pouvait se passer. Quinze jours avant le premier incident qui a déclenché les évènements, personne ne s’imaginait que les choses pouvaient changer. En début d’anné, le journal Le Monde avait publié en première page le grand titre « La France s’endort ». La France vivait sous le régime gaulliste. Dieu le père était de Gaulle, tout le monde s’en remettait à lui. Les choses étaient figées dans le temps. Sur le plan international, ce n’était pas très différent. La guerre froide nous avait habituée à cette inaction. Même la menace atomique ne nous dérangeait plus.

Tout à coup nous nous sommes aperçus, avec cette révolution qui n’en était pas une puisque de Gaulle a récupéré le pouvoir, que la société avait vacillé. Dans la frange de la Gauche à l’extrême Gauche, nous nous sommes dit que tout était possible. C’est pour cela que j’ai milité quelque temps au Parti Socialiste. Maintenant, le PS apparaît comme un parti de pouvoir, figé dans des habitudes, mais ce ne fut pas toujours le cas. Il faut relire les discours de Mitterrand. Ils étaient comparables à ceux de Fidel Castro !

17_douayPour moi, l’action politique et l’écriture allaient de pair. Je me suis aperçu assez vite que la politique politicienne n’était pas idéale afin de transmettre mes idées, cela ne m’intéressait pas. Lorsque j’écrivais un livre, il était tiré à 50 000 exemplaires. C’est dix fois plus qu’aujourd’hui, mais à l’époque c’était peu. Ma plus grande réussite, L’échiquier de la création, eut droit à ce petit tirage. Jacques Sadoul, mon éditeur, qui travaillait pour J’ai Lu, m’avait dit qu’il était gêné que mon livre, étant assez difficile à lire, ne puisse se vendre autant qu’un autre. Maintenant, un tirage de 50 000 exemplaires fait rêver tout auteur de science-fiction ! J’avais l’impression que les idées que je défendais touchaient peu de monde. C’est pour cela que, petit à petit, je me suis dit qu’il y avait d’autres moyens de les transmettre que par le biais de la littérature. J’ai arrêté d’écrire pendant vingt-cinq ans. Peut-être aussi par désamour de mes textes.

Poulpy : Donc vous vouliez transmettre vos opinions. C’est ce qui vous motivait ?

Il n’y a pas que cela, heureusement ! Écrire des histoires, c’est une belle mécanique qu’il faut surtout mettre en route dans un récit de science-fiction. Un récit de littérature générale se passe dans le monde que nous connaissons. Les évènements sont prévisibles parce que nous connaissons les façons d’agir de nos semblables. Mais là, nous nous plaçons dans un contexte inconnu. Et pour arriver à intéresser le lecteur, il faut que notre histoire paraisse crédible. C’est vrai de beaucoup de genres liés à l’imaginaire. Simplement, la fantasy ou le Fantastique jouent sur le ressort de l’irrationnel. Les hypothèses développées dans un texte de science-fiction doivent au contraire paraitre scientifiques, sans l’être pour autant.

Dans un récit de science-fiction, nous trouvons ce que j’appelle de la pseudoscience. Ce n’est pas de la science, mais ça à la couleur et le goût de la science. Peu importe qu’il soit impossible d’arrêter le temps. Si j’arrive à faire en sorte que le lecteur y croit, si je dis que, en vertu de telle mécanique rationnelle, c’est possible, alors la mécanique n’est plus fondée sur l’irrationnel, mais sur une autre logique. C’est passionnant ! Je m’intéresse donc à la science, sans aller au-delà des articles de vulgarisation.

Poulpy : Nous vous savons influencé par Philip K. Dick, mais quelles sont vos principales sources d’inspirations ?

Je ne voudrais pas minimiser l’importance qu’a eu Philip. K. Dick, mais je pense qu’il tient plus de l’interprète hors pair que de l’inventeur. Ce n’est pas lui qui a inventé une problématique. Il est arrivé dans un monde en pleine mutation pour tout un tas de raisons, comme l’informatisation ou la mondialisation, et il a utilisé tout cela d’une façon magistrale. C’est de là d’où vient toute sa grandeur. Je me souviens du choc que cela a été de lire mon premier roman de lui, Le maitre du haut château. C’était exactement cela que j’avais envie d’écrire !

18_librairesCi-dessus, à gauche, Trollune, boutique partenaire de la Clef d’Argent basée à Lyon, « à la fois spécialisée dans la science-fiction (et les genres qui en découlent.), et un magasin de jeu spécialisé (jeux de société/plateaux, jeux de rôles, cartes, figurines). Elle propose aussi de nombreux produits d’import en anglais. Les joueurs de tous poils et autres adeptes des univers imaginaires pourront y assouvir leur passion et bénéficier de sa salle de jeux et de lecture. » À droite, Omerveilles, ex-librairie ambulante, située à Grenoble, en liaison avec Au Librius, basée à Voiron.

Les idées jaillissent de mon vécu. La fenêtre de Diane, par exemple, est une vraie fenêtre. J’ai travaillé dans un ministère, où j’ai été chef de cabinet. Mon bureau était au rez-de-chaussée et donnait sur les jardins. En face, de l’autre côté de la cour, soit à quinze mètres de ma porte-fenêtre, je voyais une fenêtre que comprenait une autre aile de ce bâtiment. En regardant à l’intérieur, je savais que du côté où, normalement, il y aurait dû avoir une autre fenêtre, il y avait un mur nu. Pour moi, cette pièce était un vrai mystère. Les vitres étaient crasseuses, les rideaux étaient gris de poussières… N’y tenant plus, un jour, j’ai pris une pierre, j’ai cassé une vitre, j’ai passé ma main à l’intérieur pour ouvrir l’espagnolette, et je suis entré. Je me suis retrouvé dans une espèce de réduit. Au milieu, il y avait un amas de feuilles et d’incestes ressemblant à un cadavre. J’ai fait venir des services pour que la cloison soit abattue, pour agrandir la pièce d’à côté, mais je n’ai jamais su pourquoi, dans les années trente/quarante, ce réduit a été condamné. Voilà comment, d’un incident sans grande importance, nous pouvons tirer le titre d’un roman !

Poulpy : Considérez-vous La fenêtre de Diane comme votre plus grande réussite ?

Nous sommes toujours extrêmement fiers de notre dernier roman. J’y ai mis beaucoup de choses. Pour moi, c’est une sorte de jeu de cache-cache mêlant mon vécu avec des choses que je présente comme étant de vrais souvenirs, mais qui sont de pures inventions. C’est un roman qui n’est pas facile d’accès parce que les premiers chapitres sont une présentation du contexte. Or, le contexte est une planète mémoire où se trouve consignée l’Histoire de la Terre et, en réalité, du multivers. De toutes les Terres qui coexistent. Il est assez difficile de comprendre cela. La fenêtre de Diane est un roman que j’ai repris plusieurs fois. Ceci n’a pas été très évident. Si ce roman semble linéaire sur deux-cent-cinquante pages, pour trois-cents au total, il ne peut fonctionner que si la mécanique est bien huilée. Si j’écrivais dans l’urgence il y a quarante ans, que je gardais le premier jet, là, cela ne me satisfait plus. Je tenais à aller jusqu’au bout de ma démarche.

Toutes mes réalisations m’ont marquée à des degrés divers et pour des raisons différentes. L’impasse temps a été un roman charnière. Si j’écrivais des histoires complexes, cette histoire linéaire, sans exercice de style, fut longtemps mon roman préféré. Je suis moins catégorique à son sujet, mais si j’ai tenu à ce que ce soit ma première réédition après mon retour à la science-fiction, c’est pour cette raison. Alors que j’ai tendance à retravailler mes romans avant de les republier, celui-ci, je l’ai gardé tel quel. Tant pis si dans l’univers où se passe l’action il n’y a pas de téléphone portable ou d’ordinateur, tant pis si ça se passe dans les années soixante-dix. Ça fait partie de l’histoire.

19_duoCi-dessus, Dominique Douay et Jean-Pierre Andrevon.

Je suis plutôt un auteur de romans. J’ai dû écrire une cinquantaine de nouvelles, mais ce format ne me satisfait pas. Une nouvelle est un récit avec, souvent, un personnage que nous suivons du début à la fin. Un bon roman, ce n’est pas un récit, mais un enchevêtrement de récits. Un récit trop linéaire peut faire un bon roman policier, mais en science-fiction, le chalenge intellectuel est beaucoup plus important. Je ne dédaigne pas la nouvelle, j’en écris de temps en temps. L’une de mes dernières a été sélectionnée pour le prix Rosny Ainé. Le problème en France est qu’il n’existe pas beaucoup de support pour les nouvelles.

La science-fiction est une forme de littérature très exigeante pour le lecteur, car il faut être capable d’assimiler une rationalité qui n’est pas celle du monde de tous les jours. Cela entraine le fait qu’il y a relativement peu de public en SF. Mais mon but n’est pas d’avoir des milliers de lecteurs. Je veux me faire plaisir en écrivant, et essayer de faire plaisir aux autres. Écrire un récit de science-fiction, c’est le bâtir sur le régime du « si ». Avant d’y arriver, il faut lire. Il faut comprendre et s’habituer à des codes afin de les intégrer complètement.

J’ai connu plusieurs changements dans le domaine de la SF. Le premier était l’émergence d’interrogations sur le monde, sur le pouvoir, sur la communication, etc. « L’école Dickééenne ». En France il y a eu la science-fiction politique, qui n’a jamais réellement existé, car toute littérature a un contenu politique, sans obligatoirement transmettre un message. Faire évoluer la science-fiction en donnant un coup de pied dans la fourmilière fut fait par plusieurs groupes au cours du temps. Cette année j’ai moi-même participé à une expérience. C’est une anthologie qui vient de paraître. Il s’agit de Bestiaire humain, un contre manifeste pour les Moutons Électriques. Le message est qu’en science-fiction il n’y a pas de règles. C’est un genre libertaire.

Depuis l’année dernière, je me débrouille pour publier à la fois une réédition et un inédit. Je pense réécrire un de mes romans dans un proche avenir. En 1990, j’avais publié un texte appelé La fin des temps et après, qui se passait à Lyon. Il m’a toujours laissé une impression de frustration. Il ne s’agira pas seulement d’une réédition. Je prépare plusieurs projets, dont un pour Helios, et un autre qui sera un roman en partie réalisé avec Émile Fitz. Un dessinateur dont l’univers est suffisamment proche du mien afin que nous puissions créer un récit à la fois classique et graphique, où les dessins jouent un autre rôle que celui de simplement illustrer.

Ci-dessous, Cybou design, créatrice de mode éthique et graphiste ; Le fond du chapo, rencontré à la Necronomi’con, artiste travaillant le cuir ; Emy illustrations (//), organisant un atelier BD pour les enfants lors des Intergalactiques.

20_graphistesC’était Dominique Douay, interviewé sur l’Antre du poulpe ! Remercions le pour ses réponses et profitions-en pour présenter un de ses amis, qui, me diriez-vous, n’a plus besoin d’être présenté : Jean-Pierre Andrevon. Présent sur son stand, mais n’ayant que très peu de temps à consacré, nous n’avons pas eu le temps de l’interviewé une seconde fois (c’est à voir ici), mais si vous voulez lire un article dédié à ses nouvelles parues chez notre partenaire et employeur La Clef d’Argent, c’est ici.

« Né en 1937 à Jallieu dans l’Isère, Jean-Pierre Andrevon a publié plus de 160 romans, recueils ou essais dans des domaines aussi divers que le fantastique, la SF, le polar, la littérature jeunesse ou l’écologie. Chanteur, dessinateur, il vit à Grenoble entouré de ses nombreux chats. Écologiste de longue date, contestataire, satiriste, Andrevon doit aussi son image « révolutionnaire » à un hasard : avoir fait ses débuts, dans la revue Fiction, en mai 68, une date-symbole qu’il n’a cependant jamais reniée. Véritable homme-orchestre de la science-fiction française dans les années 70, critique et anthologiste, Andrevon a écrit quelques-uns des rares chefs d’œuvre de cette période, dont Le Désert du monde ou Gandahar, un univers qu’il a repris et adapté pour les adolescents dans Les Rebelles de Gandahar et L’Exilé de Gandahar.

Grand Prix de la SF française en 1990, pour Sukran, on lui doit des dizaines de nouvelles et de romans. Ces dernières années, il a fait des incursions remarquées dans le roman noir et le thriller fantastique, sans pour autant négliger la science-fiction à laquelle il voue un attachement toujours réaffirmé. Révolté chronique et rêveur talentueux, Andrevon est indispensable à tous ceux qui aiment la littérature vivante, enfants ou « grandes personnes », puisqu’il écrit aussi bien pour la jeunesse que pour les adultes. Mais, parce qu’il sait être sérieux dans sa passion, Andrevon est aussi un essayiste des plus compétents. Ainsi, dans Guerre des Mondes ! (Moutons électriques), il explore le mythe de l’invasion martienne dans la littérature et le cinéma, et dans Cent ans et plus de cinéma fantastique et de science-fiction, il brosse un panorama aussi passionné qu’informé des genres de l’imaginaire sur grand écran. Certains de ses ouvrages, comme Les Guerriers de la nuit, renouent avec sa veine polar, sur les traces du roman noir américain. Mais l’imaginaire reste au premier plan dans ses livres récents, qu’il s’agisse d’inédits ou de rééditions, pour la jeunesse comme La fée et le géomètre (Grand prix dela SF française 1982), ou pour adultes comme La maison qui glissait, Un horizon de Cendres (un roman zombie avant la mode zombie !), Le Monde enfin (Prix Julia Verlanger 2006), ou le tout récent Demain le monde, panorama de ses meilleures nouvelles. »

Alain Damasio, avec son best-seller La Horde du contrevent était aussi en dédicace. Une rencontre tout à fait intéressante, avec ce passionné d’anticipation autant que de philosophie. Sur le site de La Horde, vous pouvez lire sa biographie, «  Né à Lyon en 1969, Alain Damasio caracole sur les cimes de l’imaginaire depuis la parution en 2004 de son deuxième roman, La Horde du contrevent,. Il explique sa prédilection pour les récits polyphoniques, et pour le travail physique, physiologique de la langue, par un besoin vital d’habiter plusieurs corps, et de se laisser lui-même habiter. Après la réédition par la Volte en 2007 de La Zone du Dehors (Cylibris, 2001), récit d’anticipation inspiré par Michel Foucault, il s’est lancé dans la création d’un ambitieux jeu vidéo et prépare actuellement son troisième roman. Amplement salué par la critique, dévoré par le public, Alain Damasio construit une œuvre rare, sans équivalent dans les littératures de l’imaginaire. Bienvenue au cœur d’un cyclone ! La Horde du Contrevent a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire 2006 et le prix Imaginales des Lycéens 2006. La Zone du Dehors a reçu le Prix Européen Utopiales 2007. » En 2009 il publie un essais politique, La Rage du sage et scénarise un film d’animation tiré de son premier roman Jan Kounen à la réalisation et Marc Caro à la direction artistique. Son prochain livre, Les furtif, paraitra très bientôt.

21_brain_washCi-dessus, Militello Sylvain, ex Professeur WP (Wiktor Plitz), artiste-plasticien lyonnais travaillant exclusivement sur des supports numériques, est devenu le gérant de brainwashconcept.com. Réalisant toujours des films, s’essayant à la photographie, l’infographie, les arts-works ou la communication visuelle, il collabore avec d’autres associations depuis notre dernier entretien lors de la Necronomi’con. Vous pouvez prendre connaissance notre interview à cette adresse. Préférant travailler sur les thèmes contemporains, voir steam punk, il a réalisé l’affiche de la Necronomi’con pour AoAProd. Aux Intergalactiques, une petite exposition accueillait des visiteurs dans le hall…

Alain Damasio

Afin de construire mes thématiques, je pars d’enjeux métaphysiques. Qu’est-ce que cela veut dire être un être vivant ? Qu’est ce que cela implique en terme de mouvement et d’interaction avec le monde ? Dans mon premier livre les personnages luttent contre toutes les forces qui nous dévitalisent, notamment dans les sociétés de contrôle très démocratiques, mais édulcorantes. Dans la Horde j’essaie de concevoir ce qu’est le vivant au travers de ses notions de liens et de mouvement des pensées et des émotions.

Je suis beaucoup influencé par la philosophie occidentale. Essentiellement celle que l’on considère comme « moderne », qui brise les conceptions classiques de la réalité. Je suis proche de Deleuze, Michel Foucault, Spinoza, Berkson, Nietzsche, qui ont interrogé la notion d’essence et de fixité, de devenir et d’évolution. De dissémination du sujet. Nous considérons que l’individu n’est pas isolé, mais qu’il fait partie d’un ensemble. Cette notion de collectif est assez engagée politiquement. Un concept philosophique fort peut permettre de développer un livre.

La Horde est la forme romancée d’un concept. Un livre, c’est beaucoup d’investissement émotionnel, affectif et intellectuel. Celui-ci m’a pris cinq ou six mille heures de travail. C’est colossal ! On ne peut pas attaquer l’écriture d’un livre si nous n’affrontons pas un enjeu qui nous est vital. Nous ne prenons pas le risque de nous isoler pendant des années, nous ne faisons pas d’efforts si nous ne croyons pas que c’est une œuvre clef.

22_damasioNous sommes dans une société de surveillance généralisée, où nos vies sont extrêmement confortables, sécurisées, mais contrôlées. Nous rognons progressivement sur les principes fondamentaux de la liberté. Il devient important de développer une certaine forme de furtivité, d’où le nom de mon prochain roman, Les furtifs. Cela pourrait être un moyen de s’émanciper, de retrouver de la liberté dans notre cadre normatif, à cause du technocapitalisme et du développement d’internet où tout ce que nous faisons est archivé.

Nous ne décidons pas consciemment de commencer à écrire. Nous sommes appelés par l’écriture. Je me suis senti frustré dans ma vie. J’avais le sentiment que ce que je voulais être, ce que je voulais faire, n’était pas en mon pouvoir dans le cadre du concret. C’était par l’écriture que je pouvais définir les conditions d’une vie féconde. Je trouvais que la liberté que nous permet l’imaginaire est fabuleuse. Cela m’a sauvé. J’ai trouvé une façon et une raison de vivre.

La zone du dehors est né lors que ma sortie d’une école de commerce, qui m’a insupportée. Nous y apprenions à maximiser les profils dans un régime capitaliste accepté, considéré comme évident. Pendant ses trois ans d’école, j’ai rongé mon frein. J’ai écrit la zone afin de me révolter dans un monde qui a totalement désappris la révolte. La question de comment régénérer de la vie dans ce monde m’a motivé. Six ans après, l’enjeu de la construction d’un collectif heureux, d’un groupe de personne partageant un but commun a animé La Horde du contrevent. Je vis dans une époque où tout est individualisé. Nos existences sont peu reliées. Comment alors espérer accomplir quelque chose d’extraordinaire ?

Le premier livre a été refusé par tous les éditeurs importants avant de paraitre en version numérique il y a vingt ans. Il y avait une sorte de petit succès d’estime, mais c’est tout. Mon éditeur a créé une maison d’édition spécialement afin de publier La Horde du contrevent. Le succès a été hallucinant et complètement inattendu. Nous avons fait les plus grosses ventes en science-fiction depuis quatorze ans, alors que c’est un livre écrit avec un registre exigeant. Nous avons eu un gros succès critique et nous continuons d’avoir du bouche-à-oreille autour de ce volume. La Horde, c’est un conte de fées. Le rêve de tout auteur. Je pensais en ventre mille-cinq-cent ! Ce qui est bien, mais pervers, et que nous ne rencontrons que les gens qui ont adoré les livres. Beaucoup nous disent que La horde du contrevent a changé leur vie, a continué à vivre après la lecture… Certains l’aiment pour son côté philosophique, d’autres pour son style, d’autres pour leur attachement aux personnages. Il y a plusieurs couches de raisons qui se complètent parfois.

23_canapeCi-dessus, Jo Walton est passée sur le canapé ! Une interview vous attend un peu plus loin

Je pense qu’un livre doit porter plus qu’une histoire, un message. Cette idée n’a pas bonne presse aujourd’hui, car cela a l’air prétentieux. Lorsque nous créons une œuvre, nous avons une responsabilité politique, morale, étique, nous devons véhiculer des valeurs auxquelles nous croyons. Nous avons aussi une responsabilité envers nos lecteurs. Je prends plaisir à créer quelque chose qui stylistiquement me parait riche. Je veux que mes phrases soient esthétiques. L’histoire n’est pas au centre de mes intérêts. D’un point de vue narratif, La Horde n’est pas un livre passionnant… Mon but n’est pas là.

J’ai plein de projets en préparation, comme Fusion, qui est une bible narrative. Avec Norbert Merjagnan, Catherine Dufour et d’autres personnes, nous développons un univers entier autour d’un concept qui est le fait que la mémoire humaine peut être stockée dans les molécules d’eau. J’ai un projet radiophonique et sonore où je travaille avec Floriane Pochon, une réalisatrice sonore. Nous créons des pièces sur l’univers de Furtifs, le roman que je suis en train de travailler, qui ressemblera à La zone du dehors, mais qui sera plus modernisé et Fantastique. Vous en saurez plus sur ses pièces sonores ici. Je fais des scénarios de jeux vidéo, également. Il y a huit ans de cela, j’ai fondé avec quatre autres personnes un studio parisien, Dontnod entertainment. Nous produisons quelques jeux, dont Remember Me, sur lequel j’ai énormément travaillé. J’aime élargir mes domaines.

Le Projet Fusion est un univers narratif créé par Alain Damasio et Kostadin Yanev autour d’une idée puissante : et si l’eau était le support de la mémoire ? « Et si l’on pouvait extraire des fluides de nos corps – sang, sueur, salive, larme – les souvenirs qu’ils portent ? Se les injecter, les boire même, pour en éprouver les sensations et les revivre comme si c’était les nôtres ? Terrifiant autant qu’attirant, non ? Un monde de personnages et d’histoires multiples, avec des enjeux intimes, politiques et sociaux qui résonnent puissamment avec notre actualité. Parce qu’ils touchent au façonnage des identités, à la manipulation des masses, aux technologies invasives et à la sauvegarde ou au sacrifice de nos libertés intimes. À la fusion dangereuse ou magnifique des âmes aussi. Par sa fécondité, “Fusion” propose un univers transmédia destiné à faire naître de nombreuses œuvres de qualité sur des supports choisis pour leur pertinence : livre, manga, film, série et jeu vidéo. » Un recueil de nouvelles sortira au printemps 2016 chez La volte, puis il y aura un manga, et peut-être une série télé ou un film.

Mon objectif est de revenir à la littérature, d’écrire le tome deux de La horde du contrevent et de finir mon roman sur l’univers de Fusion. Dans Furtif, des créatures qui se métamorphosent régulièrement afin d’imiter leur environnement vivent dans l’angle mort de la vision humaine. Elles sont parmi nous, mais nous ne pouvons pas les voir. Elles sont extrêmement rapides et vivantes.

Alain Damasio se définirait par cette phrase d’Épicure : « vit chaque instant comme si c’était le dernier, vit chaque instant comme si c’était le premier ».

24_andrevonCi-dessus, une seconde photo de Jean-Pierre Andrevon.

Richard D. Nolane, présent ce week-end pour animé une table ronde « Uchronie / Dyschronie : conjecturer, de l’écrit à l’écran », pour a parlé de sa carrière et de ses livres… Olivier Raynaud, de son vrai nom, est écrivain, traducteur, anthologiste et scénariste de bande dessinée, résidant pour le moment au Québec. « Il a commencé à publier en 1973 dans la revue Horizons du Fantastique et, à ce jour, il est l’auteur d’une trentaine de nouvelles et d’une centaine de livres et d’albums de BD. Auteur de 43 des romans de la série d’Heroic Fantasy Richard Blade Voyageur de l’Infini sous le pseudonyme collectif de Jeffrey Lord entre 1983 et 1996, il a dirigé la collection « Aventures Fantastiques » entre 1985 et 1987 aux éditions Garancière. Il a également réuni de nombreuses anthologies de science-fiction et de fantastique dont deux directement pour l’éditeur américain Daw Books. Parallèlement, il a été co-rédacteur en chef des revues Spirale (SF et fantastique) et Thriller (fantastique et romans policiers modernes). Il va diriger aux Éditions de L’œil du Sphinx et à partir du printemps 2010 la revue/livre Wendigo sur le Fantastique classique d’avant 1945. Trois séries de BD dont il assure les scénarios sont actuellement en cours de publication : Harry Dickson (Éditions Soleil, avec Olivier Roman) ; Russell Chase, (Humanoïdes Associés, avec Pasquale del Vecchio) et Millénaire (Humanoïdes Associés, avec François Miville-Deschênes). Auparavant, il avait signé des albums avec Jean-Claude Claeys et Pascal Croci. De nouvelles séries scénarisées par lui sont prévues pour débuter en 2009, en plus d’un album fantastique sur la fin du Titanic paru en avril 2009 chez Soleil, Corpus Hermeticum : Titanic, et dessiné par Patrick A. Dumas. Richard D. Nolane a aussi publié des essais et des enquêtes sur les serial killers, les OVNIs, les vampires, la cryptozoologie ou les séries télévisées, seul ou en collaboration avec Élisabeth Campos, Yves Lignon et Jocelyn Morisson. Il a aussi collaboré activement à l’encyclopédie Facteur X et aux numéros de VSD hors série sur les OVNIs et le paranormal. »

Richard D. Nolane

Si mon cinquantième album de bande dessinée vient de paraître, je proviens tout de même du monde du livre. L’écriture d’un roman et d’une bande dessinée est très différente. Quand on écrit un scénario, il faut visualiser son texte. L’écriture de romans est plus cérébrale puisqu’il nous faut tout décrire. Nous pouvons réaliser des choses en bande dessinée qu’il n’est pas possible de faire sur un autre support, et inversement. Quand nous devons placer des dialogues, je dois ruser et faire des flashbacks afin de ne pas perdre le rythme de la BD. Le lectorat aime qu’il y ait de l’action, puisqu’elle passe beaucoup mieux via ce support.

25_richardJe n’ai pas écrit beaucoup de textes de science-fiction, mais plutôt des histoires Fantastique. C’est en bande dessinée que je traite de l’uchronie. Et cela par le biais de cinq séries. Deux d’entre elles se passent dans un Moyen Âge parallèle, trois se déroulent pendant la Seconde Guerre mondiale. Je suis passionné d’Histoire. J’aime donc jouer avec certaines périodes et certains personnages ambigus. Une grosse part de fun est de faire revivre les gens que nous aimons bien en restant fidèle à ce qu’ils étaient. Je mène de front 5 albums différents, des suites à mes bandes dessinées et un hors série Wunderwaffen qui montre d’autres aspects de l’univers. Une série en deux volumes sortira en février. Elle mélangera La guerre des mondes de Wells avec la bataille de Verdun. D’autres projets sont en gestation.

Les anecdotes que je peux découvrir en lisant des livres d’Histoire me servent dans mes créations. Certaines situations sont extraordinaires. Je fais à la fois découvrir des univers fictifs et des évènements historiques tels le vrai crime de l’Orient-Express ou le Paris d’avant Haussmann. Il y a deux ans, un historien d’extrême droite s’est suicidé en se tirant dans la tête devant l’autel de Notre-Dame de Paris. Je le connaissais, car j’avais fait des recherches sur le fascisme. Je me suis dit que ce serait un bon point de départ pour un scénario. C’est donc ainsi que commence ma série sur Vidocq, un personnage que j’admire.

Pendant longtemps la bande dessinée n’a jamais été au programme. L’écriture de quarante-trois romans de la série Blade m’a donné la possibilité de vivre de ma plume, car il fallait en publier cinq par ans. J’ai appris à faire des histoires à longueur fixe sans avoir besoin de faire de plan. Mais je ne suis pas tombé dans le piège de ne faire plus que ça. Je me suis fait entrainer dans le milieu de la BD par des amis, en dépannant certains en tant que scénariste. J’aimerais bien retrouver le temps d’écrire des livres. Certains scénarios que j’ai voulu adapter en BD feraient de bonnes histoires.

Wunderwaffen est une série traduisant ma passion pour l’aviation. Elle est conçue pour les amateurs afin de mettre en scène les armes secrètes allemandes qui n’ont jamais décollé. Les libraires, en voyant les premières pages, ont adoré l’univers et nous ont poussés à développer un projet plus ambitieux. Nous nous sommes donc tournés vers la science-fiction par un biais détourné. Les derniers tomes traitent de paranormal et de paradoxes. Si l’expérience montre qu’à chaque fois que quelqu’un essaye d’écrire quelque chose sur la conquête spatiale, cela ne fonctionne pas, autant traiter cela par le biais de l’uchronie ! C’est comme cela qu’est né Space Reich.

26_nolaneMes critiques littéraires ont influencé mon parcours créatif. C’est par le biais que j’ai écrit beaucoup de littérature populaire. J’ai touché à tous les domaines de l’édition, allant même jusqu’à être agent. La seule chose à laquelle je ne me suis pas essayé, c’est l’imprimerie. Pour beaucoup d’auteurs, être traducteur est un second métier. Cela permet de mettre du beurre dans les épinards. Je n’ai traduit que des choses qui me plaisaient. La confection d’anthologies me permet de faire connaître des auteurs et des passions. Ce qui me prend le plus de temps, ce sont mes recherches sur la littérature populaire anglo-saxonne d’avant 1950. J’aime sauver des textes d’auteurs disparus.

Avant de commencer à écrire, je me voyais plus comme un lecteur qu’un auteur. Je marie tant bien que mal ces deux aspects de mon travail : je créer et je transmets des connaissances. Quand je vois ressortir certains romans que j’ai publiés dans les années quatre-vingt, je me dis que je ne dois pas avoir si mauvais goût que ça. Un directeur de collection est un lecteur qui a les moyens de publier ce qu’il aime, mais il ne faut pas prendre trop de risques lorsqu’on bosse pour un grand éditeur.

En 1973, quand j’ai envoyé mon premier manuscrit, j’étais très timide. Je n’avais que dix-huit ans. La grande mode était d’avoir un pseudonyme anglophone. J’ai trouvé un nom par hasard dans un roman. J’ai écrit à la revue en faisant croire que je transmettais le texte d’un ami, mais ils ne m’ont pas du tout cru. Au bout de dix ans à me faire embarquer dans des projets sous ce nom, je ne pouvais plus le changer. C’était une erreur de jeunesse. Maintenant, je suis obligé de vivre avec ! Depuis mes débuts, mon style s’est affiné et j’ai abordé plusieurs genres différents. Avec le temps, nous prenons de la bouteille.

Ma plus grande réussite commerciale est une chose que j’ai publié chez Larousse. C’était un livre collectif appelé Cent-cinquante grandes énigmes. À moi seul, j’en ai rédigé plus de la moitié. Le livre a tellement été utilisé, retravaillé, que je ne saurais jamais combien d’exemplaires ont été vendus. Énormément d’énigmes traitaient du paranormal. J’ai ensuite travaillé sur deux livres collaboratifs, des hommages à la collection l’Aventure mystérieuse chez J’ai Lu, qui se sont bien vendus, même si le second est un livre sceptique. Je pense que la plupart des faits paranormaux couvent une grande part de charlatanisme, mais il y a parfois anguille sous roche. Ce qui est mystérieux me passionne depuis des années.

27_lsdCi-dessus, LSD, la tortue de l’association Les Rêv’ailleurs. Une nouvelle ami de nos mascottes : « Créée fin juillet 2008 par trois passionnés de l’Imaginaire, Les Rêv’Ailleurs ont consacré toute leur énergie à organiser la 37e convention nationale de science-fiction, conjointement à la 1ère convention de fantasy et en collaboration avec Elbakin. Ces conventions ont eu lieu à Grenoble en août 2010. Peu après est arrivée le bébé suivant de l’association : Rêves d’Ailleurs, le Festival de l’Imaginaire Grenoblois. La première édition de ce festival a été un franc succès, avec notamment une Zombie Walk qui restera dans les annales ! Depuis l’association se fait connaître au travers d’expositions, d’interviews, de rencontres, de débats, ainsi que de dédicaces, et perpétue la « tradition » de la marche zombie ! »

Lors de la conférence Les premiers pas de l’écriture, organisée par Génération Écriture à OctoGônes, Mathieu Rivero nous avait confié que c’est à partir du réel qu’il conçoit ses textes. Les éléments du quotidien l’inspirent, minimes soit-ils, il communique ses expériences à ses lecteurs afin qu’elles ne disparaissent pas. Pour lui, il est primordial que le livre qu’il écrit soit intéressant. Si l’histoire lui paraît dénuée d’intérêt, alors à quoi bon la continuer ? Il se repose sur des techniques d’écriture qui ont fait leurs preuves. Mais ces outils n’imposent-ils pas leur propre vision ? « C’est à double tranchant. Le tout est de s’en servir comme d’une aide, mais pour cela, il faut, dès le départ, avoir une vision précise de ce que nous voulons concevoir », dit-il. « Il faut avoir du recul. Une méthode va nous éviter de tomber dans des pièges. » Une méthode ne convient pas à tout le monde, c’est pour cela qu’il y en a beaucoup, mais il n’est pas interdit ou déconseillé de ne pas en avoir, « cela dépend des personnes. Certaines ont une vision assez large de leur oeuvre pour concevoir une histoire qui tienne la route, certaines sont très accès sur la théorie. Ce qui va aider les uns ne conviendra pas forcément aux autres ». Après mes interviews de Claire Krust et de Mélanie Fazi (c’est ici), une entrevue avec cet auteur me paraissait primordiale. Voilà donc le résultat !

« Mon roman de fantasy se passe après les Mille et une Nuits tandis que mon roman cyberpunk se déroule dans deux cents ans. Ma fantasy urbaine, qui prend place dans le Lyon d’aujourd’hui, est en préparation. Il est trop tôt pour dire si j’ai ou non une spécialité. J’aime placer les destins des personnages au centre de mes œuvres. Sans personnages, il n’y a pas d’intrigue. Le décor et le présupposé, c’est à dire sur quoi se base le monde et comment nous y faisons nos preuves, passe après le développement de leur ressenti. J’aime beaucoup mettre en scène des rencontres, et j’espère avoir une structure originale en reprenant des thèmes connus, mais peu exploités. Mes romans mélangent la fiction et la réalité. Mes histoires se créent grâce à des associations d’idées mêlant du vécu à des informations lues sur internet. J’observe beaucoup mon environnement.

Dans Or et Nuit, les récits s’emboitent. Nous avons besoin de démêler l’intrigue. Mon roman cyberpunk est plus linéaire, car il est rédigé avec les codes du polar. Si j’aime beaucoup le format des nouvelles, je voulais tout de même être publié, donc il fallait que j’écrive des romans. En devenant écrivain, j’ai réalisé mon rêve d’enfant. Raconter des histoires c’est imposé de façon naturelle. J’ai envie de transporter le public. Or et Nuit est un roman qui me tient à cœur de par son thème et les symboles que j’ai utilisés. Je projette d’écrire un nouveau livre qui mûrit petit à petit et qui me tiendra autant à cœur que mon premier. Ce sera une fantasy post-apocalyptique, à moins que je ne change l’histoire. »

28_vendrediCi-dessus, quelques clichés de la conférence du vendredi sur la place de l’Homme dans le temps en science-fiction, qui eu lieu à la Bibliothèque Municipale de Lyon. Vous y voyez le stand d’Esprit Livre, Une librairie lyonnaise spécialisée et organisatrice d’évènements.

Jo Walton a publié une dizaine de romans, trois recueils de poésie et une collection d’essais, en plus de deux romans à paraître en 2015. « Elle a remporté le John W. Campbell Award dans la catégorie meilleur nouvel auteur en 2002, le World Fantasy Award en 2004 pour « Tooth and Claw » ainsi que les Prix Hugo et le prix Nebula en 2012 pour « Among Others ». Originaire du Pays de Galles, elle vit désormais à Montréal pour la qualité de la nourriture et de la littérature. Elle écrit de la fantasy et de la science-fiction, lit beaucoup et mange de bons petits plats. Elle a pour projet de vivre jusqu’à 99 ans et d’écrire un ouvrage par an. » Bien sûr, Poulpy a organisé un petit meeting… C’est tout de suite, ci-dessous !

Jo Walton

J’aimerais que ceux qui lisent mes livres deviennent de meilleures personnes. J’aimerais améliorer l’humanité par ce biais. J’aimerais aussi que mes lecteurs prennent plaisir à lire mes romans. Ils sont à la fois conçus pour réfléchir à des notions, et comme un divertissement encourageant à concevoir ses propres œuvres. Très souvent, les idées que je place dans mes livres germent d’elles-mêmes. Elles proviennent d’expériences toujours différentes. En trouver est la partie la plus facile du métier. Ce qui est compliqué, c’est de les placer dans une histoire, car nous ne pouvons pas toutes les utiliser.

Quelqu’un a dit lors d’une table ronde que, peut-être, il n’y a qu’un électron dans l’univers bougeant constamment et si vite, qu’il fait absolument tout. C’est un électron très occupé ! Certains vont faire des recherches afin de voir si cette théorie est vraie. Moi je vais me demander, « qu’est-ce que cela fait ? Que se passe-t-il dans l’esprit de cet électron qui comporte l’univers tout entier en lui ? Que ressent-il ? S’il est tout seul, est-il si différent de Dieu ? » De cette phrase provient une idée qui ne demande qu’à être développée. Mes lectures apportent aussi de la matière. Parfois je lis quelque chose qui m’ennuie car le sujet n’a pas été traité correctement. Je m’imagine quelle serait ma façon de l’aborder, qu’elle serait ces implications.

29_dedicacesCi-dessus, d’autres photos des dédicaces qui ont eu lieu cette soirée-là.

Je m’ennuie assez rapidement. Donc quand je termine d’écrire un roman, je ne retravaille pas sur le même sujet par la suite. Je vais arpenter un secteur complètement différent en faisant beaucoup de recherches. J’ai écrit quelques séries de livres, comportant deux ou trois volumes se déroulant dans le même univers, mais généralement, je passe rapidement à autre chose. Mes livres sur le fascisme parlent des raisons conduisant de bonnes personnes à faire d’horribles choses. De leur faiblesse les amenant à devenir malfaisants. Je me suis énormément informée sur la Seconde Guerre mondiale, jusqu’à en être si fatiguée, que je ne veux plus jamais entendre quoi que ce soit sur ce sujet ! Plus jamais. J’en ai fini avec ça !

La série que je suis en train d’écrire est au sujet de Platon et des personnes qui ont mis en place sa république. Je révise le troisième volume en ce moment même. J’ai lu tellement de choses sur la philosophie que j’en suis vraiment fatigué. Mes prochains livres seront complètement différents de ceux-là. Là, je cherche de nouvelles idées, de nouveaux sujets afin d’avancer.

Poulpy : Qu’elles sont les différences notables entre l’écriture d’une poésie et d’un roman, d’une nouvelle ou d’un scénario de jeu de rôle, dans le style ou le message que vous voulez transmettre ?

La poésie ou les nouvelles peuvent s’écrire en un seul jour, mais l’écriture d’un roman prend beaucoup plus de temps. Nous ne pouvons pas y arriver d’un seul coup. Nous devons être capables de maintenir notre rythme écriture. Il est plaisant d’écrire des poésies, c’est assez rapide. Ce n’est pas le cas de l’écriture de scénarios de jeux de rôles. Cela combine tout ce qui est difficile dans l’écriture d’un roman avec tout ce qui est difficile dans l’écriture technique. Et cela est moins bien payé. Les gens créent des jeux de rôles ou des scénarios uniquement par plaisir.

Si c’est un travail très dur, il n’est différent de celui d’écrire un livre que par rapport à son aspect technique. Quand on est maitre de jeu, nous jouons le jeu de l’écrivain, excepté que nous ne contrôlons pas les personnages. Mais nous contrôlons le monde et les figurants. Si nous arrivons à gérer un jeu de rôle, nous avons les moyens d’écrire un livre où il nous est possible de revenir sur certains points afin de changer des choses. Il nous faut uniquement travailler sur certaines techniques dans la création de paragraphes et de chapitres. Je n’ai plus le temps de masteriser des parties de JDR dorénavant, mais écrire demande la même énergie créative. Le jeu de rôle est une expérience intéressante, car nous ne sommes pas seuls dans le processus de création. Nous créons une oeuvre collective entre amis.

30_joJ’aime beaucoup cet ancien jeu de Wizards of the coast, Everway, dont le système est basé sur des cartes illustrées à la place de dès. Une des raisons pour lesquelles j’aime ce jeu est que nous pouvons créer de bons personnages très rapidement. Sinon, je joue souvent à Gurps, un Steve Jackson Games, car je comprends très bien son système, puisque j’ai contribué à sa création. Je n’aime pas quand les règles sont trop présentes pendant une partie. Les connaître par cœur est un plus.

Poulpy : Pouvez-vous nous parler de vos débuts en tant qu’écrivain ?

Mon premier roman, je l’ai imprimé et envoyé à un éditeur à New York, Tor Books. Je vivais toujours au pays de Galles à cette époque. Cela coute très cher d’expédier un manuscrit de l’autre côté de l’Atlantique. Je l’ai adressé à Patrick Nielsen Hayden, que je connaissais un peu pour lui avoir parlé via internet. Il a mis beaucoup de temps à répondre. Il m’envoya un mail qui disait qu’il ne voulait pas acheter ce roman car il n’était pas assez bon, mais que c’était le genre de livre sur quoi quelqu’un allait écrire quelque chose de bien par la suite. C’était un refus vraiment encourageant. J’avais déjà écrit un autre roman, The king’s peace, qui allait devenir ma première publication. J’ai répondu en demandant s’il était intéressé pour lire mon nouveau manuscrit. Je lui ai envoyé la version électronique et il l’acheta très rapidement afin de le publier en 2000. C’est de là que vient ma superstition qu’imprimer des manuscrits porte malheur. Je ne m’imprime jamais rien, excepté des contrats !

Être publié aux USA quand on vit en Angleterre est assez triste, car je ne pouvais pas voir mes livres sur les étagères des librairies. Tout était assez distant et difficile à croire. Lorsque j’ai déménagé au Canada et que je l’ai est enfin vu, c’était motivant. Le livre s’est bien vendu, mais je n’ai pas eu de véritable succès. J’ai publié beaucoup de livres avant d’avoir du renom. Si nous écrivons toujours des livres différents, nous continuons d’être un débutant, encore et encore, dans différents sous-genres. Mon public est très varié, car il m’a découvert au travers de séries très différentes. Ma plus grande réussite fut Among Others, ou Morwenna en français, qui remportât beaucoup de prix, comme le prix Hugo, Nebula ou le British Fantasy award. Personne ne pensait que ce livre aurait autant de succès, cela a surpris tout le monde.

Quand je l’ai écrit, j’ai d’abord pensé qu’il était trop étrange, qu’il ne serait jamais publié. Personne ne développe d’histoires ayant pour sujet le parcourt d’une lectrice. Quand des auteurs écrivent des romans se déroulant dans le monde réel, mais comprenant une part de magie, ils n’abordent pas ce sujet de cette façon. Cela ne marche pas comme cela ! Mais c’est justement cette différence qui entraina le succès de Morwenna. J’ai imaginé un concept novateur, original ou, au moins, peu utilisé, qui est : la maturité intellectuelle qui se développe pendant l’adolescence d’une jeune fille. La plupart des livres de ce genre exploitent le thème de la croissance de jeunes hommes. Toutes les histoires mettant en scène une héroïne traitent du passage à l’âge adulte de façon émotionnelle, romantique. Ce sont souvent des romans à l’eau de rose.

31_waltonEn réalité, beaucoup d’entre nous grandissent de la même façon que les hommes. Une floraison intellectuelle grandie dans nos esprits en fonction de ce que nous lisons, par exemple, de ce que nous vivons. La plupart de mes lectrices se sont senties apparentée à mon héroïne. Elles ont aimé ma façon d’aborder l’art et la magie dans ce livre. Je n’aurais pas pu avancer cela lorsque j’en étais encore au stade de l’écriture ou immédiatement après sa sortie. J’annonce cela par rapport à tout ce qui est ressorti de mes conversations avec les lecteurs qui m’ont contacté par email ou sont venus me voir en convention. Ils ont une réaction vraiment personnelle par rapport à ce livre. Comme s’il parlait de leur propre expérience du passage à l’âge adulte en tant que lecteurs. Mais je m’écrivais qu’au sujet de mon expérience ! Clairement, c’était un apprentissage plus universel qu’escompté. C’est assez inhabituel de découvrir que nous ne sommes pas si différents des autres, que nous avons plus de choses en commun que nous le pensions avec certains. C’était un retour vraiment brillant ! Ce livre est définitivement mon plus grand succès. Il s’est vendu dix fois plus que toutes mes autres réalisations.

Lorsque j’écris un livre, souvent, je me lève très tôt puis, après avoir lu mes mails en buvant une bonne tasse de thé, je rédige mon texte sans voir les heures passées. Je m’arrête généralement vers six heures trente pour prendre un encas. Si je suis vraiment inspirée, je me remets à la tache et j’écris toute la journée. Cela n’arrive pas toujours. Ma journée s’arrête souvent vers dix heures. J’écris dans la soirée, et quand je commence, je ne m’arrête plus. Je ne fais pas cela tous les jours cependant, même si je pense qu’il est moralement plus juste de garder ce rythme. Certaines personnes écrivent trois-cents mots par jours, ce qui fait que, dans l’année, ils ont écrit l’équivalent de plus trois gros pavés. C’était le cas Anthony Trollope, un écrivain de l’époque victorienne, et tous ses premiers jets étaient publiables ! Quand il terminait un livre, il en démarrait un nouveau à sa suite.

Généralement, quelques idées tournent dans ma tête et je me donne du temps pour les mettre en place. Il n’est pas rare que j’écrive un livre en un mois. Mais beaucoup de jours s’écoulent sans que je n’écrive, car je suis bloquée. Je me force à m’assoir devant mon texte pour l’envisager d’un point de vue externe. Je ne me force pas à travailler, parce que si je fais cela, ce que j’écris est bon à jeter. Il m’arrive de rédiger un poème dans ces moments-là, afin de savoir où j’en suis dans mon processus… Si je n’ai pas perdu le sens de l’écriture ! Mon premier jet est souvent très propre. Il ne demande que peu de révisions. Mais le livre que je suis en train d’écrire a besoin de beaucoup de révisions et de changements. Comme je vous le disais, chaque nouveau livre est différent ! Lorsque nous écrivons notre dernier livre, nous pensons connaître les ficelles du métier, mais ce n’est jamais le cas. Le suivant demande toujours plus de travail.

Le livre que j’écris en ce moment s’appelle Necessity. C’est le troisième volume de la trilogie The Just City, qui a démarré en 2015. Il paraitra en juin 2016. Mon éditeur n’arrête pas de me relancer ! S’il m’est difficile de savoir quel sera mon prochain sujet, je peux dire que je travaille sur un essai abordant l’Histoire de la science-fiction. Il s’appellera How to love Science-fiction ?. Je peux écrire ce genre de livre de manière soutenue, car l’effort n’est pas le même que lorsque je me lance dans une fiction.

32_orgasCi-dessus, les organisateurs de la convention, Julien Jal Pouget, Manu Bla, et (en haut à gauche) Adrien Party, interviewé dans la première partie de ce reportage.

Poulpy : Pensez-vous qu’il soit facile de devenir écrivain par rapport aux pays dans lesquels vous êtes allée, quelles ont été vos difficultés ?

Je pense qu’il est difficile pour une femme de se faire publier quand on écrit des fictions telles que les miennes en Angleterre. Cela s’arrange, mais je n’ai jamais été publiée là-bas. Certains pays, comme le Canada, supportent énormément leurs auteurs. Au Canada il y a des librairies ouvertes au public, des festivals sont souvent organisés et des fonds sont donnés aux écrivains. Pour les jeunes écrivains et pour ceux écrivant des choses très littéraires souvent récompensées, cela existe. En Angleterre, si nous choisissons d’écrire de la fantasy ou de la science-fiction, rien de tout cela est disponible. En Ireland, les écrivains ne paient pas de taxes. Je ne sais pas comment se passent les choses en France, mais je sais que tous les petits éditeurs présents en conventions font leur travail par passion plutôt que pour des raisons commerciales. Émotionnellement, c’est très saint, mais je suis sûr que financièrement, ce n’est pas le cas !

Être publiée ailleurs qu’aux USA, c’est un bonus, car à chaque fois que mes livres sont traduits dans une langue, ils atteignent d’autres lecteurs sans que je n’aie à fournir plus de travail. Je passe le relais aux traducteurs. J’aime voir les différences dans les couvertures de mes livres quand ils sont édités ailleurs, en France, en Pologne, en Chine, surtout. Dans le choix des couvertures, nous apprenons des choses sur les différentes façons d’appréhender l’histoire ! Nous ne savons jamais comment sont les conditions des personnes et des éditions dans ses pays.

Ce qui est dommage, c’est que presque rien n’est traduit en anglais. C’est horrible ! Les éditeurs ne prennent pas le risque de payer un traducteur. Cela leur couterait deux fois plus cher et ils devraient vendre leurs livres au même prix que ceux des auteurs anglophones, donc cela ne les intéresse pas. Cela se développe tout de même ces dernières années. En Amérique, ce qui n’est pas le cas au Canada, beaucoup ont le sentiment que personne ne lira des livres étrangers, car la traduction ne sera pas bonne, ce qui est souvent vrai. Il faut mettre le prix dans la traduction !

La traduction de Morwenna chez Denoël est excellente (j’espère que c’est aussi le cas de cette interview !). Nous la devons à Luc Carissimo. Je viens de commencer ce livre, et il est difficile de le lâcher… Je vous en dirais peut-être plus lors d’une critique. Remercions une nouvelle fois cette auteure qui se met peu à peu en français. Qui sait si, un jour, elle relira ses livres dans notre langue ! Et remercions aussi Dominique Douay, Alain Damasio, Richard D. Nolane et Mathieu Rivero pour ces entretiens… Ainsi qu’Éric Morlevat, le gagnant du prix Barjavel, qui nous parlera de sa nouvelle : Ctimène ou les meilleures intentions.

33_sceneLe prix René Barjavel récompense une nouvelle de science-fiction sélectionnée parmi cent-soixante-treize nouvelles. Cette année le thème était « Le voyageur imprudent », choisi afin de représenter le thème du temps et l’auteur qui donna son nom à cette récompense. Le concours a été organisé de manière anonyme. Ce qui veut dire que les membres du jury ne surent qu’au moment de la désignation du gagnant le nom des auteurs de chaque nouvelle.

Le jury était composé de Jean-Pierre Andrevon, de Julien Vallon, libraire à l’Esprit-Livre, d’Anna Lavayssière, membre d’AoA, d’Éric Vial-Bonacci, lauréat de l’année précédente et de Davy Athuil, éditeur au Peuple de Mu. Les dotations étaient un numéro en édition numérique de la revue Galaxies consacrée à la nouvelle gagnante. Ce magazine créé en collaboration avec les éditions ActuSF a été réalisé par les créateurs du prix Debussy, qu’a d’ailleurs remporté le gagnant en mai 2015. Des livres offerts par la librairie Trollune : Le voyageur imprudent, et leur coup de coeur, Alexandre le Grand et les aigles de Rome de Javier Negrete. Un trophée, imprimé en 3D par les membres du FabLab de Bron (ce qui leur a pris 32 heures au total), réalisé d’après un dessin original du sculpteur Pierre Rabhis. Son socle découpé au laser présente le nom du gagnant : Éric Morlevat, qui nous présenta sa nouvelle. S’il n’avait rien écrit depuis une quinzaine d’années, il fait son coming out en remportant deux récompenses, ce qui n’est pas rien. Cette histoire, il a eu l’idée de l’écrire après avoir remporté un prix lors d’un concours d’écriture aux Oniriques de Meyzieu à cause, nous dit-il, du plaisir qu’il a pris à participer à ce match.

Ctimène (nom de la petite sœur d’Ulysse) et les bonnes intentions reprend le thème de l’Odyssée. « Le titre original était Ctimène ou l’Odyssée inverse. C’est l’histoire d’une sonde spatiale envoyée en espace profond afin d’explorer l’univers à la recherche de signes de vie intelligente et qui, en cour de route, découvre un nouveau mode de propulsion lui permettant d’abolir la distance et de se déplacer n’importe où dans l’univers. Elle se rend vers les candidats les plus probables abritant la vie et découvre un monde entièrement dévasté par un phénomène qu’elle ne comprend pas, du moins au début. L’idée était de transmettre l’émerveillement que je ressens à chaque fois que je lis un article au sujet de l’exploration spatiale. J’ai ménagé une petite histoire en gardant une certaine musicalité, ce qui était très dur, car mon premier jet dépassait de deux fois la longueur autorisée. » Il vous en dira plus par le biais de cette petite interview :

Éric Morlevat

Poulpy : Comment vous sentez-vous à présent que vous avez remporté le prix Bajavel ?

Étrange, mais soulagé, car l’attente des résultats fût assez longue. J’ai encore un peu de mal à y croire. Aujourd’hui, c’est un rêve qui se réalise, car en plus de cela j’ai touché une vraie Delorean. Gagner deux prix la même année alors que je n’avais pas écrit depuis longtemps est assez surréaliste.

34_prixPoulpy : Qu’est-ce que Ctimène, exactement ?

Ctimène est une sonde spatiale dotée d’une intelligence artificielle plutôt froide, mais qui, à mesure qu’elle se rapproche de la perspective de rencontrer une forme de vie, développe des sentiments de façon à mieux comprendre les autres. Elle s’humanise petit à petit. Cette intelligence qui vient quasiment de naitre s’émerveille devant l’Univers de la même façon que certains explorateurs posant le pied sur de Nouveaux Mondes. Mon histoire monte en intensité et fait contrepoint à cet émerveillement dans le sens ou elle est basée sur une peur croissante.

Je n’ai pas osé relire mon texte depuis que je l’ai soumis, de peur de trouver des erreurs. Mais je ne sais pas encore ce que j’en ferais. Apparemment elle va paraître et, comme il semblerait que j’ai du succès, je vais me remettre à écrire. J’écris essentiellement des nouvelles, car je n’ai pas le temps d’écrire des romans. La nouvelle est une forme pratique, car on peut développer une idée, la creuser un peu, puis conclure rapidement. C’est aussi une forme contraignante, car l’histoire doit être intéressante et la chute doit être surprenante. Je me sens tout de même un peu à l’étroit dans ce format. Pour l’instant, je n’ai pas inventé beaucoup d’histoire.

Ma nouvelle Service public, dont l’histoire est organisée en triptyque, et qui a remporté le prix Debussy, mettait en scène une sorte de tranche de vie décrivant la journée d’un couple hors du commun. Elle aborde le thème de la confrontation à l’autre. L’histoire se déroule dans une station spatiale ou plusieurs espèces se côtoient. Il peut y avoir trois sortes de réactions lorsqu’on rencontre un peuple étranger. D’abord la peur, puis l’acceptation, puis, on peut tomber amoureux. C’est une histoire d’amour entre une jeune pilote d’un vaisseau minier et un extraterrestre non-humanoïde. La journée s’articule autour de ce qu’ils appellent le manuel, qui est un mode d’emploi écrit par une agence gouvernementale pour préparer les couples mixtes à vivre ensemble. À comprendre les différences culturelles, physiologiques, et sur la façon dont ils peuvent interagir pendant leurs relations sexuelles. Je voulais concevoir une histoire optimiste parce que je préfère les univers optimistes. Cela vient de mon background de lecteur/spectateur: j’ai découvert le SF au travers de Star Trek et des romans des années 50-60; tout était beaucoup plus naïf, plus « fleur bleue », à l’époque.

Quand j’écris une histoire, j’improvise au fur et à mesure. J’ai envie de clôturer ma longue nouvelle, ou mon court roman, afin de connaître sa fin ! Remporter des concours booste réellement mon écriture, je pense continuer à participer à d’autres appels… Cette année, j’ai écrit quatre textes. L’un d’entre eux va paraitre chez Présence d’Esprit. Deux autres sont en préparation.

35_morlevatAvez-vous apprécié cet article ? Si oui, alors rendez-vous dans quelques jours pour des interviews de personnalités du web, blogueurs, critiques, vidéaste de renoms, ils sont : Patrick Baud, dit l’Axolot, le Fossoyeur de films, Usul et le capitaine du Nexus VI ! Nous reviendrons sur le programme des projections, notamment de courts-métrages, et sur les tables rondes. Les vidéos seront mises en ligne par les organisateurs dans un futur proche et non fictionnel, eh oui, soyez patient ! Et à bientôt, sur l’Antre du poulpe…

Poulpy.

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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