Les Intergalactiques 2015, partie1

Les Intergalactiques IV
Le festival de Science-Fiction organisé par AoA production

Après un séjour dans l’Antre de la peur et de l’hémoglobine,
lors du Bloody Week-end

Après un périple défiant la bénédiction des Anciens,
lors de la Necronomi’con

Après une aventure dans les contrées épiques du ludisme,
lors de la convention OctoGônes

Poulpy revient ! Pour une nouvelle aventure en espace lointain…
Bon, à Lyon, ce n’est qu’à quelques heures de route me diriez-vous.

En espace LOINTAIN ! Aux… INTERGALACTIQUES !!!

Et j’ai une super nouvelle à vous annoncer les poulpinoux !

Le poulpe est à présent, officiellement, totalement, youpitement, associé avec les éditions des Artistes Fous (et oui, c’est officiel officiel), avec les éditions Luciférines (yeeeah !) et avec Le Passager Clandestin (trop fort !) ! Retrouvez bientôt de nouvelles critiques de livres, de nouvelles interviews et… pleins de surprises !

Je peux vous dire que les prochaines publications du poulpe, après cet article sur Les retombées de Jean-Pierre Andrevon (doublée d’une interview), seront : une chronique sur l’anthologie L’Homme de demain, pour les Artistes, une critique de Pont Saint-Esprit, pour les éditions de La Clef d’Argent, un article sur l’anthologie Maison hantée pour Luciférines, et une autre sur Le testament d’un enfant mort de Philippe Curval (petite pensée), pour le Passager… Sans oublier un compte-rendu du jeu de rôle Broken World... et ce ne sera pas fini : j’ai une dizaine de livres sur le feu, ça va être chaud ;)

01_afficheCi-dessus l’affiche… revisitée… du festival, conçue par Timothée Mathelin, aka shift. Ces graphismes sont sur Futurorg.

AoA Prod est une association organisatrice d’événements sur les thèmes de l’imaginaire basée à Lyon. Bientôt, l’interview croisée des organisateurs Julien Jal Pouget et Manu Bla vous sera retranscrite ! D’ici là (c’est le moment que vous attendez tous), voici le reportage des Intergalactiques ! Renseignez-vous sur ce festival en vous rendant sur le site intergalactiques.net.

Les Intergalactiques, ce sont : des animations, des tables rondes, des projections… Enfin, ce sont des journées bien remplies. Tellement remplies que nous ne voyons pas le temps passer ! Le temps, thème de ce festival débutant le jour de la venue de Marty et de Doc dans le futur, vous allez en entendre parler ! De quoi vais-je vous parler ? De la Time Traveler Party, à laquelle je n’ai pas pu participer (malheureusement). C’était une soirée costumée, dont vous pouvez voir le compte-rendu en photos à cette adresse. Mais vous pouvez aussi visionner le programme de ce festival (incomplet lors de la sortie de l’article, désolé), en visionnant le prologue à ce reportage. Nuit des séries, ateliers pour les enfants… Tant d’animations auxquelles je n’ai fait qu’entendre parler… Votre poulpe préféré s’était tout de même rendu sur place dès le vendredi soir pour assister à une superbe conférence. C’est bien sûr de cela que nous allons vous parler, pour commencer.

L’Homme face au temps de la science-fiction, une table ronde animée par Jo Walton, Dominique Douay et l’Axolot, modérés par Jérôme Vincent, le dirigeant du site d’informations d’ActuSF ainsi que le directeur de ses éditions

Philippe Curval, ayant perdu sa femme très récemment, était absent. Cela n’a pas empêché la foule de s’amasser devant les portes de la Bibliothèque municipale une heure avant que ne commencent les festivités. Poulpy, arrivant tout juste de la gare, a dû, tout comme bien d’autres, assister à la retranscription télévisée de cette table ronde, entre le stand d’Esprit Livre et la buvette ! Une fois n’est pas coutume, pour cet article, je ne vais pas vous retranscrire entièrement ce qui s’est dit dans cette introduction au thème de ce festival, Le temps dans la SF, mais vous « linker » la vidéo dès qu’elle sera en ligne. Elle vous attendra dans la dernière partie de ce reportage, à paraître dans quelques jours.

02_facadeCi-dessus, la façade de la MJC Monplaisir.

Située dans l’avenue des frères Lumières, la MJC Monplaisir du quartier Sans-souci annonce la couleur. Ce bel endroit fleuri, paisible, apporte des airs de campagne au cœur de Lyon. Nous ne nous attendions pas à découvrir cet espace culturel fort bien équipé avec sa salle de projection et sa scène intérieure, sa cour et sa buvette. S’il manquait parfois de place, s’il n’était pas facile de circuler, nous ne regrettons pas que les Intergalactiques aient lieu dans un espace à échelle humaine, possédant un cadre atypique et reposant. Pas de hangar avec ses néons et son écho assommant, mais des salles qui doivent être bien indiquées et un grand soleil pour éclairer une terrasse intérieure et extérieure très plaisante. Dans ce lieu plutôt reculé des centres commerciaux, possédant une architecture rétro, un vide-grenier ne fait pas pièce rapporté. Le labo post-éco n’a pas non plus l’air déplacé. Ce sont des animations originales que nous ne voyons nulle part ailleurs.

Encore une fois, l’hospitalité lyonnaise fut à son comble : petite salle fort bien adaptée pour les interviews, avec son décor typé SF tout en poster, ses sofas et sa cafetière… staff à l’écoute (vraiment !), AoA ne fait pas dans la demi-mesure. Des invités faciles d’accès et des organisateurs prévenants, voilà d’où vient toute la magie de ce festival. Nous tenons donc, les peluches et moi, à remercier tout ce monde pour la patience dont ils ont fait preuve à notre égard, pour nos entretiens, et pour cet événement qui nous marquera… longtemps. J’ai hâte de revenir ! D’ailleurs, si vous ne souhaitez pas attendre un an avant de vous déplacer à un festival AoA, sachez que le Doctor Who day débute bientôt. Renseignez-vous sur le site de l’association !

J’ai bien sûr demandé à chaque interviewé
ce qu’ils pensaient des Intergalactiques :

Certains en sont également à leur première excursion, d’autres participent depuis les tout débuts du festival. « Je trouve que les Intergalactiques est un festival très fun, j’adore le thème de cette année et la façon dont il est abordé. Tout le monde est enthousiaste, je passe un très bon moment. » – Jo Walton. Malgré son développement, l’ambiance familiale de ce festival a été préservée. Pour Éric Morvelat, le gagnant du prix Barjavel remis une nouvelle fois cette année, les Intergalactiques sont une bonne initiative : « les courts métrages projetés sont de bonne qualité et encouragent pas mal d’auteurs locaux. Nous retrouvons des souvenirs d’enfance via le vide-grenier du geek, et les conférences sont très intéressantes. Surtout, nous pouvons rencontrer des personnes qui partagent nos passions. » Les organisateurs sont toujours en contact avec tout le monde. « C’est un petit détail qui fait toute la différence », ajoute Richard D. Nolan.

03_panneauDominique Douay se rend aux Intergalactiques depuis à présent trois ans, depuis 2012 donc, soit un an après sa création. Discuter avec des astrophysiciens est une chose qui lui plait beaucoup, il en profite pour défendre ses réalités d’auteur qui ne sont pas que scientifiques. Dans les années soixante-dix, la littérature dite du paranormal était souvent mélangée à celle de la science-fiction, nous dit-il. Cela pouvait alimenter les théories complotistes. Il met en garde les organisateurs sur ce possible mélange des genres. Comme Alain Damasio, il trouve ce festival très bien structuré. Pour reprendre les mots de ce dernier, les Intergalactiques gagnent en puissance, en fréquentation et en professionnalisme : « Les tables rondes sont des moments précieux où nous pouvons confronter plusieurs auteurs sur un certain sujet où présenter des projets. Nous pouvons aussi avoir un vrai échange avec le public. Il faut continuer d’être inventif et original pour surprendre le public. C’est chouette de voir que le staff est capable de renouveler ses idées. »

Certains commerçants viennent depuis les débuts du festival. Quand ils se rendent à Lyon, ils sont heureux de pouvoir rencontrer un public différent, et des éditeurs ou des libraires qu’ils suivent depuis un moment sans les avoir forcément rencontrés. Le public est très brassé. Il s’intéresse à tous les styles et pas seulement à la science-fiction, nous disent-ils.

Le fossoyeur est heureux de retrouver sa ville natale et de communiquer avec une équipe si motivée. « Tout se fait dans la bonne humeur, les gens sont souriants… » L’équipage du Nexus VI est ravi d’être présent dans cette très belle ville et ne regrette qu’une chose : que le temps soit passé si vite ! Je souhaite une longue vie aux Intergalactiques, conclu Patrick Baud, l’Axolot !

04_faceCi-dessus, une authentique Delorean ! De plus belles photos furent prises par Carré & Kawaii. Elles vous attendent à cette adresse. En concert lors de la soirée d’ouverture : Miso soup et POK

Le temps, ce principe relatif, auquel il est difficile de s’accrocher. Qu’est-ce que le temps ? Il n’y a pas qu’une seule façon de l’appréhender. Impalpable, il n’a pas l’air de s’écouler toujours de la même façon… Pourtant, il rythme nos vies. Un concept mathématique, que personne n’arrive à cerner. Le temps n’existe pas, mais il nous est, paradoxalement, indispensable afin de nous relier avec le reste du monde. Le temps, dans la science-fiction, est une constante souvent exploitée. Par le voyage, mais pas seulement. Le temps, en effet, ne se calcule pas de la même façon selon l’endroit où l’on se trouve dans l’univers. Quels moyens avons-nous de surpasser ce temps, afin d’atteindre l’immortalité ou, encore mieux, de parcourir d’incommensurables distances ? L’espace et le temps : des principes souvent altérés dans les mondes de science-fiction. Vous avez ma définition du temps, il est temps, justement, de passer à celle de nos invités, interviewés lors de ce festival !

ATTENTION pour lire les interviews d’invités dans leur intégralité,
il faudra patienter : elles vous attendent en partie
dans le second volet du reportage !

Tempus Fugit (le temps passe vite).
Une question récurrente de Poulpy le poulpe :

Que vous inspire le nouveau thème des Intergalactiques ?

Le Temps dans la science-fiction
vidéastes, blogueurs, auteurs… Chacun a son mot à dire.

Axolot (Patrick Baud)

J’ai toujours été amateur de science-fiction. C’est sans doute un des genres littéraires qui m’intéresse le plus parce qu’il laisse libre cours à l’imagination et permet d’explorer toutes les dimensions de l’espace et du temps. Il est possible pour l’auteur, autant que le lecteur, de libérer son esprit et d’explorer notre propre époque par le biais de métaphores et d’anticipations. La SF parle évidemment de mondes imaginaires, mais aussi de notre propre monde. La science-fiction influence le réel, et même la science.

Le voyage dans le temps est un thème récurent de la SF, qui explore un phénomène énigmatique pour la science ou la philosophie. Personne n’est capable de définir ce qu’est le temps. Il y a eu énormément de chefs-d’œuvre littéraires et cinématographiques sur ce sujet. C’est un thème propice à des histoires extraordinaires, et, parfois, il y a des paradoxes intéressants à analyser.

05_groupeCi-dessus de gauche à droite : le capitaine du Nexus VI, Usul et lAxolot.

En suivant les aventures du Nexus VI, nous discernons un lien qui s’effectue entre l’espace et la Terre. Entre notre civilisation passée et ce futur postapocalyptique. À travers voyages dans l’espace et voyages dans le temps, comment conserver cette attache ?

LE Capitaine du Nexus VI

Ce lien est un lien émotif. Je suis un passionné d’exploration spatiale. Contrairement à vous, j’ai la chance de vivre dans le futur et d’avoir mon propre vaisseau. Je suis un peu désespéré par le XXIe siècle qui promettait beaucoup d’explorations spatiales. On en est au point mort. Nous voyons, aujourd’hui, avec le retour de certains films comme Interstellar, le début du renouveau d’une envie de l’opinion publique de tendre vers les étoiles. L’espace, c’est l’ultime frontière. C’est l’appel à l’aventure. Nous sommes une espèce d’explorateurs, alors arrêtons de regarder vers le sol pour lever le nez vers les étoiles…

Oui, je sais, cette phrase a été reprise dans Interstellar ! Mais bon, ce film a été fait pour moi. Il y a quelque part à Hollywood un bureau où il est écrit « Faire des films qui plaira au capitaine du Nexus VI ». Oui, ils l’ont fait pour moi, ils ont mis Mathew McConaughey pour me plaire ! Et puis ils ont mis des musiques de oufs et on choisit un réalisateur que j’aime beaucoup !

L’espace et le temps sont intrinsèquement liés. Le temps, j’aimerais qu’il y en ait plus, car je veux vivre éternellement. L’espace, j’aimerais qu’il soit infini et, à priori, c’est le cas, pour qu’il y ait toujours des choses à découvrir.

06_vroumLes Intergalactiques, le premier festival français auquel participe l’équipage du Nexus VI. Dans leur sillage, ils ont rameuté une autre figure importante du web, un passager clandestin, le célèbre…

Usul

Le temps, c’est le pouvoir. Celui qui à la maitrise du récit, qui arrive à faire croire aux autres qu’il sait ce qui va se passer dans le futur, domine le monde. À cet égard, les auteurs de science-fiction ont presque une responsabilité politique, puisqu’ils arrivent à mobiliser les gens autour d’une thématique importante. Je suis venue pour parler de Dune lors d’une table ronde. Et Dune, ça parle d’écologie. Si tu arrives à persuader les gens que les grands enjeux à venir concernent le climat, par exemple, et bien, tu les mobilises !

Le Fossoyeur de films

La variété de tout les intitulés de table ronde le montrent bien, le temps est une source inépuisable de narration et de différences d’idées. La maitrise du temps est abordée en physique, en métaphysique, en philosophie… C’est un thème illimité, un sujet aussi large que la vie. Je me risquerais peut-être à l’aborder par le voyage, car, narrativement, c’est l’usage le plus évident… Mais j’essaierais surement de trouver un chemin de traverse !

Pour Jean-Pierre Andrevon, la science-fiction « ce n’est pas que Donjons et Dragons ou La Guerre des Étoiles. Ça c’est l’écume, la mousse. La SF, c’est d’abord le présent qui regarde le futur » – voir l’article made by Poulpy sur Les retombées, une publication du Passager Clandestin (une interview est disponible) à cette adresse.

07_peluchesCi-dessus : le Fossoyeur de films rencontre Niarly et Vlad.

Pour Alain Damasio, « en science-fiction, nous considérons que le temps n’est pas une matière fixe. C’est une matière plastique. Il n’y a que dans la SF que nous trouvons ces manipulations temporelles. C’est notre terrain de jeu ! »

Après les chroniqueurs, passons aux auteurs, en commençant par poser cette (grande) question, what do you think about science-fiction ?

Jo Walton

La science-fiction est ma forme favorite de littérature. C’est ce que j’aime lire depuis mon adolescence. Je suis très familière avec ce style, si bien que je publie des articles sur les livres de SF sur mon blog. Certains on été publié sous le titre What makes this book so great ?. Je m’intéresse à la fois aux classiques et aux nouvelles publications. La science-fiction est un terrain sauvage dans lequel nous pouvons placer tout un tas d’histoire différente. S’il est facile de concevoir une carte de ce qui fait partie ou non de ce domaine, il reste tout de même difficile à définir. Nous pouvons passer beaucoup de temps à parler de ce qui entre dans le grand cercle de la science-fiction, sur ses ramifications et ses stéréotypes… Mais moi, je suis d’accord avec Damon Knight quand il dit « la science-fiction c’est ce que je pointe du doigt en m’exclamant : ça, c’est de la science-fiction ! ».

Le temps est un de nos outils les plus importants en tant qu’écrivain. Nous pouvons l’utiliser de plein de façons différentes et décider de son fonctionnement. Nous pouvons répondre à tous les problèmes de la physique du temps à l’aide de chaque mot, en créant des histoires à chaque fois différentes. Et nous ne contrôlons pas seulement le temps, mais la destinée.

Dominique Douay

S’il n’y avait pas eu d’interrogation sur le temps, il n’y aurait pas eu de science-fiction. Il n’y aurait pas d’extrapolations de ce que nous ressentons comme étant la réalité dans un futur plus ou moins proche. La première application du temps dans la SF, c’est de dire : « nous sommes ici sur Terre, comment sera la Terre ou l’univers dans le futur ». Puis on se met à réfléchir sur ce qu’est le temps afin de l’utiliser différemment. On imagine que nous nous déplaçons, que nous l’arrêtons. Que nous vivions dans un présent perpétuel où tout est figé, ou que nous voyageons dans le passé ou le futur, peut-on modifier le temps ? Nos réflexions sur la nature du temps sont innombrables, car nous puisons dans les idées de penseurs différents.

08_profilCi-dessus, Groot, la créature, s’amuse dans la Delorean

Richard D. Nolan

Je m’intéresse aux voyages dans le temps depuis, justement, pas mal de temps. Je ne peux être que ravi de voir une manifestation telle que les Intergalactiques ! Le temps, avec le Space opéra, est un des thèmes centraux de la science-fiction. Nous jouons avec lui, créons des paradoxes, des uchronies… La science-fiction, c’est au sujet de l’espace-temps.

Le monde de la science-fiction s’est sophistiqué au fil du temps. Si certaines oeuvres anciennes sont indémodables, comme celles de Wells ou de Jules Verne, il faut voir qu’une bonne partie d’entre elles, datant d’avant les années cinquante a pris un coup de vieux, surtout quand les scénarios étaient trop technologiques par rapport à leur époque. Même si l’histoire est bonne, elle devient vite inefficace. Ce qui n’est pas le cas du Fantastique, car c’est un style beaucoup plus intemporel. Avec la SF des années quarante/cinquante, nous pouvons aller au-delà de ses « inventions » technologiques, car les auteurs ne jouent plus de la même façon sur les codes. Dans les années soixante-dix, avec la new wave, la science-fiction politique, etc. de nombreuses déclinaisons ont eu lieu. Maintenant, nous atteignons un tel niveau de sophistication qu’il est plus intéressant de se plonger dans ce style que de lire de la littérature générale. Cette amplitude de thème et de ressource l’a maintient au-dessus de tout roman académique.

Mathieu Rivero

Nous avons chacun notre propre expérience du temps. Nous vivons tous le temps d’une façon particulière. Nous pouvons donner une définition de la vie en fonction de notre utilisation du temps.

Le temps traverse toutes les œuvres de fiction. Non seulement parce que l’acte de l’écriture et décalé de l’acte de réception, mais aussi, quand on reçoit une œuvre littéraire, notre processus de découverte n’est pas le même que lorsqu’on reçoit un morceau de musique. Nous allons mettre plus de temps à en faire l’expérience. La question du temps est au cœur de toutes fictions. Il y a dans la SF un souci de décalage, que ce soit dans la science-fiction traditionnelle, le space opera, l’anticipation, la distopie, le cyberpunk, le retro futur, etc. qui sont souvent décalés dans le futur, dans le passé, ou dans une uchronie. Cela peut introduire notre peur du futur, un retour à la non-industrialisation… Les jeux sont innombrables.

09_intergalactiquesCi-dessus, un des organisateurs, Manu Bla, et quelques membres du staff des Intergalactiques.

Nous avons interviewé un astrophysicien (et ouais, ils n’existent pas qu’au cinéma). Un astrophysicien nommé Marc Lachièze-Rey. Le temps… La science-fiction, qu’en pense-t-il ? C’est à la suite, après cette petite présentation signée AoA. Marc Lachièze Rey était présent sur le festival afin d’animer deux tables rondes, Le Space Opera face à la théorie de la relativité en cinéma & littérature, et Introduction à la notion du Temps en astrophysique. Il dédicaçait ses deux livres, Voyager dans le temps: la physique moderne et la temporalité et Einstein à la plage.

Marc Lachièze-Rey (né en 1950) est un astrophysicien, théoricien et cosmologue français du CNRS, qui travaille au laboratoire AstroParticule et Cosmologie à Paris. Il enseigne également à l’École centrale Paris. Ses publications scientifiques portent entre autres sur la topologie de l’espace-temps, la gravitation ou encore la matière noire. Il a écrit de nombreux ouvrages de vulgarisation où il rappelle souvent le principe cosmologique, le lourd patrimoine historique et philosophique qui lui est associé, ainsi que les acquis, enjeux et perspectives actuelles de cette discipline. Il en a coécrit quelques-uns avec d’autres physiciens tels que Jean-Pierre Luminet, Étienne Klein et Edgard Gunzig. Il est spécialiste de physique théorique fondamentale, et s’intéresse aux rapports de cette discipline avec les mathématique et la philosophie.

Marc Lachièze-Rey

Marc Lachièze-Rey redécouvre un nouveau monde aux Intergalactiques, étranger, nous dit-il. Il se voit tel un voyageur temporel, explorant une époque où le passé et le présent s’entremêlent, où le futur prend une forme nouvelle. Il participe à ce qu’il appelle « un rassemblement de mondes différents » : « Les Intergalactiques est un festival très jeune et vivant. Il n’y a aucun doute quant au fait que ce soit un succès. Il n’y a qu’à voir le monde qui s’y déplace. Les auteurs et les thèmes sont différents depuis que j’ai quitté ce milieu. Il y a eu l’apparition des jeux vidéos, par exemple, qui changent la donne… » Tel un sociologue, il arpente les lieux, qu’il trouve assez improbables, et passe un bon moment, dédié aux rencontres et à l’amusement :

J’ai été un grand lecteur de science-fiction, même si j’ai un peu décroché. Venir aux Intergalactiques était l’occasion de voir comment ce style a évolué depuis mes vingt ans. Comme je travaille sur les voyages dans le temps, que je viens d’écrire un livre sur ce sujet du point de vue de la physique, je me suis dit qu’il était intéressant d’échanger avec des écrivains. Échanger des opinions avec des auteurs de science-fiction, c’est découvrir une autre culture que celle de la physique. Je suis partisan de l’interdisciplinarité entre les sciences, la philosophie, l’art et la littérature. Il m’arrive de faire des découvertes.

10_conversationCi-dessus, Marc Lachieze Rey discutant du temps qui passe avec Joe Walton.

Le temps est mon sujet de travail depuis plusieurs dizaines d’années. Je vois cela d’un point de vue scientifique, du point de vue des théories physiques modernes, en particulier celle de la relativité. Le message de cette discipline est : « le temps n’existe pas ». J’explique ce pour quoi dans mon livre.

Dans la science-fiction, quelques fois, nous nous mettons dans des situations compatibles avec l’idée que le temps n’existe pas. Quand on parle de voyages dans le temps, nous nions l’existence du temps. J’aime retrouver dans la littérature, la philosophie, ou le cinéma, des conceptions du temps différentes des miennes, qui peuvent parfois rejoindre les conceptions que nous avons en physique. Nous parlons de disciplines, mais chaque personne est différente. Je pense qu’il est plus intéressant de parler du temps chez tel auteur ou concepteur, que du temps dans la science-fiction.

Est-ce que l’idée du voyage dans le temps est possible ? Qu’est-ce que cela implique du point de vue des paradoxes, par exemple… Pour introduire ce thème dans mon livre sur la temporalité, je suis obligé de définir ce qu’est le temps et la chronologie, car, dans le langage courant, ces deux notions sont souvent confondues. Ce volume s’adresse à un grand public, mais un peu éclairé tout de même. Il ne faut pas faire cinq ans de mathématiques pour le comprendre, mais être tout de même intéressé par ses questions. Il est tout à fait lisible si on se donne un peu de mal afin de comprendre les notions. Nous ne le lisons pas en deux heures, car il faut réfléchir entre chaque chapitre.

J’ai essayé de comprendre ce qui se passe dans le cosmos pendant plusieurs années. Qu’est-ce que le big bang, comment évolue l’univers, etc. J’ai orienté mon sujet de recherche vers la physique théorique. J’essaie de comprendre nos théories fondamentales, la relativité et la physique quantique. Et puis, comme nous avons des raisons de penser que ces théories ne sont pas finales, je travaille sur la recherche d’une nouvelle théorie. C’est un travail exigeant qui nécessite beaucoup de mathématiques ainsi que de discuter avec des philosophes, parce que nous sommes toujours amenés à remettre en cause nos notions. Dans un de mes livres, Au delà de l’espace et du temps, j’explique que c’est ainsi que nous pouvons résumer la recherche d’une nouvelle théorie physique.

11_lachieze_reyEnseigner et faire de la recherche, cela va ensemble. Je conçois beaucoup de livres de vulgarisation. Dans mon métier, nous avons beaucoup de libertés. Je n’ai pas d’horaires, mais je travaille jour et nuit sur ma passion, la physique. Pour moi, faire des mathématiques, c’est comme jouer à un jeu international. Je participe à une partie à l’échelle planétaire avec d’autres mathématiciens dans le monde, ou qui ont vécu il y a des siècles. Nous tentons de marquer des points. Mon objectif est de trouver une nouvelle théorie, comme Einstein il y a un siècle, tout en restant modeste. J’espère que mes travaux apporteront une petite brique à ce vaste mur. Mes contributions sont faites afin d’être les plus efficaces possible, et je m’informe de ce que font mes collègues.

Si vous êtes intéressés par la culture, la littérature, le cinéma, etc., ne négligez pas la culture scientifique. Soyez conscient que les conceptions que vous pouvez avoir du temps sont à réactualiser à la lumière de ce que nous disent les théories modernes. Le temps est une notion à la fois plus simple et complexe que nous le pensons ! Chacun de nous recréer le temps à sa façon. Il se trouve que nos temps personnels peuvent se réconcilier, à condition de ne pas demander une trop grande précision. Mais lorsque nous faisons de la physique, de l’astronomie, de la télécommunication spatiale, cela ne marche plus. Car le temps n’existe pas.

Un second invité à ce festival, Gilles Adams : « Astrophysicien au Centre de Recherche Astrophysique de Lyon/Observatoire de Lyon, structure commune à l’Université Lyon I, au CNRS et à l’ENS-Lyon, implantée à Saint-Genis-Laval depuis 1878. Gilles Adam a travaillé sur la structure des galaxies, et en particulier sur l’influence du trou noir central sur la physique des régions internes. Il a participé à de nombreux développements d’appareils novateurs, concernant en particulier la spectrograhie 3D, qui est aujourd’hui utilisée sur tous les grands télescopes {…}. Acteur convaincu de la diffusion des connaissances, comme de l’enseignement en général à tous les niveaux de l’Education Nationale, du Premier Degré à l’Université. Très impliqué dans l’étude historique, la sauvegarde et la restauration du patrimoine astronomique de la région et en particulier de l’Observatoire de Lyon. » Pour connaître la liste complète des invités, cliquez ici.

12_jalCi-dessus, Julien Jal Pouget, organisateur des Intergalactiques.

Adrien Party est adhérent AoA depuis plusieurs années. Il animait une table ronde sur l’uchronie et la dyschronie. Pour lui, c’était l’occasion d’interroger différents auteurs (nous vous en reparlerons) sur le fait que ces genres soient ou non à part entière, et sur la manière dont penser ces récits. « Le sujet est intéressant à aborder ces temps-ci avec l’adaptation très récente d’un livre de Phillip K. Dick, Le maitre du haut château. En mêlant des universitaires ou des spécialistes avec des auteurs pour discuter des liens entre réalité et fiction, ce festival se distingue de beaucoup d’autres », nous dit-il. « Chaque année, le panaché d’auteurs est impressionnant. »

Il est également président du Lyon Beefsteak club, qui organise Le salon du vampire. Un évènement bisannuel centré sur la figure du vampire dans la culture, représentée sous toutes ses formes. Il va de soi que le Poulpe et son assistant, Vlad, s’y rendront en septembre prochain ! Adrien Party dirige depuis 2006 le site vampirisme.com. « C’est un site de chroniques en tout genre qui propose des interviews d’auteurs et de réalisateurs, ainsi que des récits de voyage. » Il s’est en effet rendu en Transylvanie sur les traces de Vlad Tepes, puis il s’est dirigé en Auvergne afin d’enquêter sur l’histoire de Gille de Rais. Actus, photos… ce site montre qu’autour de personnages aussi intemporels que les vampires peuvent se regrouper des fans issus de milieux différents. Certains sont attirés par la littérature du IXXe, d’autres par le cinéma de genre, et d’autres par la bit-lit. « Nous ne sommes pas passés de ces thèmes à d’autres inexplicablement. Le vampire a suivi les évolutions de la société. Sur ce site, tout le monde peut discuter de ce sujet sans tirer la couverture à soi ».

En tant que conférencier, il anime des tables rondes sur l’évolution du vampire, depuis Anne Rice à nos jours, depuis Nosferatu jusqu’à Twilight… Il participe à de nombreux festivals et à certaines publications. Pour la reparution chez Bragelonne et Milady du livre Anno Dracula de Kim Newman, il a donc rédigé un texte. Il s’est aussi énormément investi dans la création de la Necronomi’con. Si vous voulez lire le compte-rendu de ce salon SUBLIME, par Poulpy le poulpe, il vous suffit de cliquer ici. Lovecraft fait partie des auteurs favoris A. Party. Pour lui, il était important d’envisager un évènement sur son univers surexploité. « Beaucoup connaissent ses oeuvres où leur dérivés mais peu s’intéresse au personnage et sur les difficultés de la traduction de ces textes. »

13_party« Le vampire est une créature intemporelle. C’est ainsi que nous pouvons le relier à la thématique du temps. Les époques passent et lui reste immuable. Même s’il interagit différemment selon le cadre des récits. Actuellement nous pouvons lire beaucoup d’urban fantaty, mais il y a des histoires qui se déroulent dans l’antiquité afin de situer l’émergence de cette créature. Les idées subjacentes liées au vampire sont en rapport avec nos tabous face à la mort, au sang, aux relations sexuelles divergentes. » Adrien Party étudie les transformations du vampire depuis le passage du folklore à la fiction. « Le vampire des légendes roumaines ou antiques ne ressemble pas à ceux que nous imaginons. Dans les récits actuels, le mythe et la fiction se mélangent et nous avons du mal à retrouver l’origine de leurs backgrounds. » Certaines histoires ont la vie dure, de nos jours, dans des régions reculées, quelques personnes croient encore en l’existence de ces monstres : « ce mélange de réalité et de fiction ne se voie nulle part ailleurs. Le vampire transcende les genres, nous pouvons le retrouver partout. » Partout, et même sur l’Antre du poulpe ! Mais je garderais mon petit article sur les suceurs de sang pour un peu plus tard… Car il est temps de clôturer cette première partie d’article en vous parlant des animations extérieures…

Le Labo post-éco, une des programmations du samedi : « Tout au long du week-end, le Salon accueillera ateliers, présentations et expositions autour des moyens mis en œuvre aujourd’hui pour une écologie de demain. Celle-ci s’articulera autour des inventeurs mettant en place des programmes open source ou aux projets fous ayant un seul objectif : pallier aux besoins qui s’annoncent. La science-fiction est certainement dans les boites à outils de ces projets ! »

Voyez, sur la photo ci-dessous, les membres de Little Bits et leur Rube Golberg Machine. C’est une invention qui crée des réactions en chaine, qui se construit à l’aide de différents petits matériaux, comme des dominos. Le but étant de concevoir le parcourt le plus long et le plus complexe, et à plusieurs. Les petits comme les grands étaient invités à participer. D’autres photos sont à voir sur le site de la conv. « LittleBits Lyon propose une introduction à la créativité, la possibilité et l’accès de tous à l’univers des makers, hackers, codeurs et des éducateurs. » – littlebits.cc.

14_machinesEn bas, sur la photo, vous distinguez les créations de La Fabrique d’Objets Libres (ou FOL). Les membres présentaient un atelier afin de découvrir le fonctionnement des machines à mouvement perpétuel. « Un fablab est un atelier de fabrication numérique. On retrouve des machines, principalement numériques, mais aussi des outils divers et variés. On admet couramment que les machines classiques dans un fablab sont l’imprimante 3D à dépôt de fil chaud, la découpe laser, découpe vinyle et la fraiseuse numérique. La fabrique d’objets libre dispose de toutes ces machines, sauf de la fraiseuse. En plus de ces machines, nous avons un petit scanner 3d, un atelier avec des outils à main et une paillasse électronique. Nous nous équipons au fur à mesure, pour en savoir plus vous pouvez consulter la page des machines du fablab » – fatlab-lyon.fr.

L’association Imagineo organisait un atelier familial afin de créer un film en stop-motion sur le thème du futur. Ces membres demandaient aux visiteurs d’inventer un élément futuriste afin de le créer ou de le dessiner, puis de le prendre en photo. Ce film collectif sera bientôt disponible sur leur site internet. Cette toute jeune association a pour but de promouvoir la créativité, le pouvoir d’agir et les capacités d’innovations pour les adolescents et le tout public. Accompagnée d’Anne Laure du groupe Exit – Sauve qui peut, la présidente de Imagineo promouvait en ce jour les créations écolo, faites d’objets de récupération. Sur cette même photo, ci-dessous, La Brigade de Construction Collective (BRICC), qui proposait une initiation à la 3D et à la création de meubles, rapide et facile, en cartons. La liste des participants à cet atelier post-éco vous attend à cette adresse.

Puis, permettez-moi de vous guider vers le site de la convention afin de vous faire découvrir les rétrospectives cinématographiques proposées tout au long de cette semaine passée, du jeudi au dimanche, avec, notamment, une soirée hommage à Terry Giliam, une nuit des séries, et plus encore (je vous avais présenté ces animations dans le prologue). Cette année, une invention de plus fut mise au point : une salle de projection dans une salle de sport. Voyez-vous même en cliquant sur ce lien : On projette en chaussettes.

15_post_ecoLe vide-grenier du geek, succédant au labo post-éco dimanche après-midi. On m’avait prévenu du succès d’un tel évènement, mais je ne m’attendais pas à voir autant de choses (et de gens !) : « Né il y a 4 ans lors de la seconde édition de la Geek Week, le Vide Grenier du Geek se déplace dans différents espaces lyonnais et a attiré plus de 3000 visiteurs lors de sa dernière édition en mai 2015. Le concept du Vide Grenier du Geek est maintenant repris à Nancy et à Bordeaux, avant de connaître ses premières éditions parisiennes. » Pour savoir quoi acheter ou quoi vendre, c’est ici, ou sur le site dédié.

Il est parfois difficile d’acheter un jeu vidéo ou une console d’occasion, puisque leur état n’est pas forcement vérifié par le vendeur. La Cyberbase de Bron palliait à cette gêne en installant ses quartiers au premier étage de la MJC, en mettant des consoles en libre service ou en proposant un accès à des prises électriques et à leurs manettes. Ils installèrent même une petite frise chronologique afin de faire découvrir les évolutions du jeu vidéo aux néophytes. Un aperçu, sur la photo ci-dessous.

Un album photo, tout de suite, en guise de conclusion. Remercions Adrien Nguyen de Lyon Events pour ses photos, nettement plus belles que les nôtres (même si ce n’est pas difficile… Désolé pour ça ! Nous recrutons un photographe…). Photos que vous pouvez voir sur leur page Facebook, où que vous pourrez voir dans quelques jours dans la seconde partie du reportage dédiée au salon du livre et aux interviews d’auteurs ! À bientôt les poulpinoux.

16_jeux

17_vide_grenier 18_geeks19_creas Poulpy.

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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3 commentaires pour Les Intergalactiques 2015, partie1

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