Les romans de Sylvie Huguet

Le territoire du poulpe se fait envahir par des elfes
et des licornes grâce au tout dernier Sylvie Huguet !

Le dernier roi des elfes
suivit de Les licornes de Thulé

par Sylvie Huguet,
unique contributrice à la collection KhRhOnyk,* la Clef d’Argent

*KhRhOnyk : chroniques merveilleuses terrifiantes des royaumes de l’imaginaire. Deux romans d’heroic fantasy par l’auteur de Rouge Alice dont la critique est également disponible sur l’Antre du Poulpe.

« Rouge Alice est ma première lecture de Sylvie Huguet et j’aime déjà son style qui fait défaut chez mes écrivains favoris. Car elle aborde un sujet que j’admire : l’Homme, cette fois la Femme, face à la Nature. Ces nouvelles comprennent quasiment toutes un message écologique qui, sans pour autant être au centre de l’œuvre, ne répète pas les acquis et ne se veut en aucun cas moralisateur.

Dans la première de ces nouvelles, quand cette femme, Alice, se fond dans la forêt, dans la sauvagerie pure et inconditionnelle des loups, c’est comme si l’auteure nous décrivait un retour aux origines. Plusieurs personnages entreprennent également ce périple, par la suite, abandonnant leur vie civilisée afin de renouer leurs liens avec la Nature, omniprésente dans ce livre. Les personnages, bons ou mauvais, franchissent tous la frontière séparant l’urbanité, leur éducation, et leurs instincts primaires. » – Poulpy

L’auteur : http://clefargent.free.fr/huguet.php

Depuis 1983, Sylvie Huguet a publié près de cent cinquante nouvelles — souvent d’inspiration fantastique — dans une vingtaine de revues dont: Brèves, Nyx, Taille Réelle, Nouvelles Nouvelles, Nouvelle Donne, Solaris, Les Cahiers du Ru, Sol’ Air, L’Encrier Renversé, Encres Vagabondes, Salmigondis, Rimbaud Revue. Sylvie Huguet est membre du comité de lecture et de rédaction de la revue Encres Vagabondes.

Le dernier roi des elfes

Le livre : http://clefargent.free.fr/ldrde.php

Lindyll, jeune humain recueilli par le souverain des elfes, Ilgaël, auquel le lie désormais une amitié étroite, semble avoir tout oublié de ses propres origines. Devenu un vaillant guerrier, il défend son peuple d’adoption contre la soif de pouvoir et de conquête des hommes. Mais d’année en année, les territoires elfiques s’amenuisent. Lindyll, méprisé par les hommes et incompris des elfes, saura-t-il convaincre ses frères de sang de conclure une paix juste avec le peuple des forêts?

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– illustration par Ash

La lecture de l’avant-propos – mis en ligne sur le site de l’éditeur – est fortement conseillée, en guise de mise en bouche. Vous pouvez accéder à ses pages grâce au lien suivant, clefargent.free.fr/pdf. En voici un petit résumé :

L’originalité du monde du Dernier roi des elfes réside dans le fait qu’il n’est non pas situé dans un univers éloigné, dans une « galaxie lointaine, très lointaine », mais est le futur d’une Terre ressemblant à la nôtre. La civilisation elfique décrite dans cette histoire s’est développée durant le premier millénaire pour finalement s’éteindre lors d’une guerre très sanglante — les populations d’elfes se sont fait exterminer par les humains — dont les derniers épisodes y sont ici romancés. Un autre point important est que, au lieu de concevoir une simple présentation de l’univers, Sylvie Huguet en crée un second, tout aussi fictif, dans lequel parait ce même livre. C’est là que ça se complique…

Dans l’avant-propos rédigé par un narrateur vivant au quatrième millénaire, un(e) certain(e) S.H., nous apprenons que le texte nommé Le dernier roi des elfes a été rédigé par un homme du nom de Sandwell et par son équipe d’archéologues en 2050 et est une édition critique d’un manuscrit retrouvé sur l’île d’Islande, région qui correspondrait probablement à Thulé*. Ces informations sont accompagnées par des indications permettant au lecteur du quatrième millénaire de se familiariser avec l’époque de la publication originale du livre ainsi que son contexte politique puisqu’il a longtemps été remis en cause en tant que texte scientifique.

Cette adaptation romancée d’une légende perdue étant l’unique trace laissée par les recherches de ce Sandwell, elle reste un mystère que les archéologues et historiens de l’histoire peinent à élucider. S.H. nous prévient d’une chose. C’est que, du temps des auteurs du Dernier roi des elfes, formuler une théorie concernant l’hypothétique existence des elfes était sujet à polémique et que, derrière ce texte épique, se trouve un message à la fois écologiste et pacifiste (qui ne semble pas avoir été assez pris en compte par les politiques puisque les guerres et les génocides n’ont pas disparu de l’Histoire).

Le dernier roi des elfes n’est tout de même pas à prendre au pied de la lettre, selon ce premier narrateur. À l’époque de sa sortie, il était probable que certains le considéraient comme un texte plus ou moins sacré puisqu’il apportait une sorte de prise de conscience. S’agit-il d’une fraude basée sur de fausses théories faites pour rallier quelques naïfs ? Les elfes seraient-ils les équivalents de nos Atlantes, ou s’agit-il d’une histoire vraie ? Voilà donc le « débat actuel », soulevé par les éditeurs de ce livre du temps de ce second univers. Mais il est sûrement impossible de réellement comprendre l’état de pensée de leurs lointains ancêtres. Ce texte est présenté dans une version intégrale, commentée et épiloguée par ce même Sandwell. Voilà l’histoire que nous propose Sylvie Huguet !

*une carte est disponible plus bas.

Ce que Poulpy en a retenu :

Elfes et licornes, deux types de créatures souvent malmenés dans des histoires potaches, naïves, ridicules… Pour le nain que j’étais (du temps de ma collaboration à la TDNB) ! Sérieusement, qu’attendons-nous, chers amis, pour sortir nos humours des cavernes ??? Oui, je sais, Poulpy se transforme en mangeur de salade, ah ah… Mais qu’elle est exactement notre définition de ses espèces si stéréotypées ? Pouvons-nous changer nos visions et tenter de surpasser notre nature de nains et humains grincheux afin de nous intéresser à ces personnes et créatures… Pas facile, hein ? Dans ce livre, les elfes ressemblent à ceux des romans modernes, et peu à ceux que nous retrouvons dans le folklore, qui eux tiennent plus de l’esprit frappeur des forêts. C’est un peuple évolué, proche de la nature et des fleufleures, qui se repose sur sa gloire passée… Nous n’avons rien en commun avec ces gens-là ! Ils sont tellement différents de nous, ça fait peur et peut-être bien qu’un de ces jours, nous en aurons un peu trop marre de leurs tronches suffisantes si parfaites. Peut-être qu’on ira en couper quelques-unes… Vous avez compris, c’est ainsi que ce livre commence : avec un gros débordement de la part des hommes, qui mènera à une folie destructrice, car eux ne sont pas faits pour les chansons, l’amour et l’eau fraîche. Ils sont conçus pour faire la guerre. Ouaip, pas de nains dans ce monde de fantasy, mais pleins d’autres choses à découvrir.

Le titre Le dernier roi des elfes m’a fait penser à un autre roman intitulé La fille du roi des elfes de Lord Dunsany. Il n’y a aucun rapport entre les deux, nous avons affaire à une histoire originale. Ceux qui pensent se trouver en face d’un énième livre sur le merveilleux enfantin risque d’être déçus, car il s’agit d’une histoire de conquêtes illustrant la fin d’une ère. La couverture elle-même nous montre un solennel enterrement, le bateau du roi des elfes le menant vers les rivages de la mort… C’est une fable pleine de tristesse et de nostalgie. Même le plus pataud des nains n’oserait sourire !

Un second avant-propos nous parle très brièvement de l’apparence des elfes et de ce que les savants de l’histoire savent sur leur culture, c’est à dire peu de choses, comme vous pouvez le lire (voir image ci-dessous). Les informations géographiques sont facilement trouvables grâce à la carte faite par Fernando Goncalvès-Félix disponible ci-dessous et prodiguant une très bonne aide à la lecture. Voici un petit résumé à la sauce poulpisque :

02_texte1La longue guerre entre humains et elfes est très sanglante. Chaque camps vie pour anéantir complètement son adversaire, les carnages sont fréquents, mettant le pays à feu et à sang. Dans ce texte il n’y a pas de censure. La violence, la mort, le fanatisme y sont décrits avec soin dans le but de choquer le lecteur. Que penser de la folie destructrice poussant ses peuples à haïr leurs voisins ? Car, étant mis au courant de la fin du conflit dès la première page du volume, nous savons que cette cruauté ne se dissipera pas. Dans les derniers instants de la guerre, il n’y a plus de retour en arrière possible, car quelque soit le vainqueur, les blessures de son peuple serons si grandes qu’elles ne se refermeront jamais (comme nous pouvons le constater en observant la réaction des descendants humains plus d’un millénaire après, ne pouvant appréhender le fait que la méchanceté de leurs ancêtres est pu être si grande, car cela voudrait dire que les hommes sont capables de la plus vile bassesse — ce qui est vrai, certes). Vaincre ou mourir, telle est la devise.

Chacun des peuples a une culture qui lui est propre. La religion des hommes, nous la connaissons, puisqu’il s’agit du catholicisme, comme nous nous souvenons des ravages qu’elle a causés dans notre propre Histoire. Ses mêmes ravages sont perpétués dans ce livre au nom du Christ, sous un prétexte surutilisé, mais toujours d’actualité : l’éradication de la différence, la fin des cultes païens, afin d’unifier tout un peuple et de se débarrasser d’une potentielle menace, afin d’acquérir de nouvelles terres. La foi sans limites qu’ils vouent à leur dieu en fait de redoutables méchants.

Les cultes elfiques, dont chaque aspect est présenté dans de courts paragraphes en tête des chapitres, ressemblent énormément à ceux des Celtes : leurs traditions sont orales, ils brûlent leurs morts, ont une totale liberté sexuelle… L’insouciance des elfes, qu’ils partagent avec le règne animal, les détachent du monde matériel dans lequel sont coincés les hommes. Au centre de ce monde en pleine restructuration se trouve Lindyll, le héros, un humain recueilli par les elfes (donc étroitement mêlé à ce conflit de par sa nature, quoi qu’il fasse). La vision des elfes est extrêmement bien résumée dans cette phrase tirée du premier chapitre : « Impulsifs, fantasques, les elfes pouvaient êtres aussi généreux que cruels : ce jour-là ils adoptèrent Lindyll aussi simplement qu’ils l’auraient tué. » Mais malgré ce trait de caractère, ils ne gardent pas moins le souvenir des atrocités de la guerre. Voilà ce qui marque le début d’une malheureuse épopée.

Les personnages :

Leur développement est sûrement la chose la plus importante du récit. Les personnages sont peu nombreux, et cela raccourcit une histoire qui n’aurait pas eu besoin de plus d’approfondissements, puisqu’elle est suffisamment étoffée. Nous ne nous perdons pas dans de longues descriptions explicatives, mais nous faisons entraîner au sein d’une platonique histoire d’amour entre deux êtres complémentaires, Ilgaël et Lindyll.

Les descriptions des elfes sont extrêmement mélioratives, l’accent est mis sur leur beauté, leur souplesse, leurs magnifiques manières… Tout est fait pour les rendre surnaturels, et, après tout, il est bien connu qu’ils ont des pouvoirs dits mystiques. Cet étalage de vertus a un côté très surfait que l’on retrouve souvent dans ce genre de texte épique. Ils semblent se fondre parfaitement dans la nature, les forêts qui sont leurs habitats naturels, et les animaux sont leurs alliés. Les mâles sont des guerriers qui, à la manière de ceux de Tolkien ou de ninjas légendaires, sont redoutables, nous le découvrons dès le premier chapitre. Leur évolution n’est pas technologique. Au lieu d’adapter leur environnement à eux, ils se sont fondus dans celui-ci, ceci leur permet de connaître leur milieu dans ses moindres replis et d’en tirer toutes les ressources possibles sans l’abîmer.

Les humains, eux, ne se préoccupent pas de la terre ou des conséquences de leurs actes. Ils bâtissent, cassent et envahissent. C’est un aspect péjoratif qui est exposé par l’auteur, mais au milieu resplendit une faible lueur d’espoir en la personne du héros, et un peu d’amour y est également présent. Le côté douceâtre du sentiment permet un repos dans un texte sauvage, un calme que je ne me permettrais de critiquer puisque sans cela le récit serait bien plus sombre. La grosse différence entre les humains et les elfes est le fait que les premiers ont la capacité de se projeter dans le futur alors que les seconds, eux, vivent plus ou moins au jour le jour telle une tribu animale. C’est ce caractère qui mènera les humains à la victoire puisque l’élaboration de plans et tout de même la chose la plus importante d’un combat…

La première scène, l’incendie d’une ville par l’armée elfe, est faite pour nous présenter un des personnages principaux, le roi Ilgaël présenté à la fois comme un tacticien et un grand guerrier prêt à exterminer un peuple entier afin de défendre le sien. Malgré sa froideur et l’indifférence qu’il se doit de montrer envers les humains et son peuple, un moment de faiblesse, un sentiment que sa nature se doit de refouler dans un temps de crise, le pousse à adopter un enfant humain, Lindyll, qui sera son ami ainsi que sa perte. Ilgaël est un être qui se doit d’être solitaire et a du mal à comprendre les sentiments de haine ou de tristesse que lui apportent les combats. En fait, il ne se connaît pas et laisse ses instincts prendre le dessus de chaque situation. C’est un être déchiré, presque fragile qui devient très dépendant de Lindyll, son confident.

Lindyll partage la solitude de son souverain d’une façon légèrement différente. Élevé comme un elfe, il n’a plus rien de commun avec son peuple d’origine, mais il contraste tout de même avec sa famille adoptive. Au début du roman, son éducation le pousse à détester les humains, à vouloir les combattre et devenir un héros. Les elfes, ne comprenant pas la nature humaine et les sentiments comme la haine, ne se rendent pas compte qu’ils renforcent son côté destructeur. Notre personnage principal, en grandissant, s’éloigne de ses compagnons et devient un être à part. La loyauté qu’il développe pour Ilgaël sera la cause de toutes ses actions qu’un autre personnage, un loup légendaire nommé Lug, qualifiera de prothétiques. Cette amitié qui ne fait que s’accroître tout au long des chapitres de ce court roman tient plus de l’adoration et l’étrange curiosité que ces deux personnages partagent entre eux sera remplacée par un doute : elfes et humains sont-ils vraiment faits pour vivre ensemble ? Leurs transformations dues à l’accroissement du gouffre qui sépare leurs espèces si différentes concluront cette tragédie.

03_carteSi, comme Poulpy vous l’avait conseillé lors de cette critique, vous avez lu le précédent recueil de Sylvie Huguet, Rouge Alice, vous trouverez peut-être quelques similitudes avec une des nouvelles présentées que j’avais qualifiées d’oniriques et qui mêlaient violence gratuite et douceur. Voilà ce que j’avais retenu d’une histoire non pas similaire, mais dont le message se rapproche de notre roman : « Plus on arrive à la fin, plus on se rend compte de l’absurdité de (notre) société et plus on a envie de s’échapper dans quelque chose de plus « serein » comme finissent par le faire tout ces héros tragiques, non-porteurs de hauts faits, mais des personnes comme vous et moi qui expirent dans des circonstances terribles.« 

Les points forts :

Sylvie Huguet ne lésine pas sur les descriptions de la nature, de la flore et des paysages vides de toutes constructions. Les elfes s’intègrent parfaitement dans son style épuré, mais pourtant rempli de vocabulaire assez pointu sur les plantes et les arbres. Ces passages contribuent à ralentir un récit qui, sans cela, aurait été trop rythmé. S’imaginer les paysages dans lesquels évoluent nos héros permet de s’imprégner de leur état d’esprit. Les scènes de guerres sont souvent mises en arrière-plan, afin de mieux séparer deux mondes sauvages opposés l’un à l’autre. J’ai pu remarquer, lors de la lecture de Rouge Alice, que si les thèmes abordés par l’auteur se ressemblent tout — la survie du monde contre une civilisation destructrice, les liens entre personnes et animaux, les peurs et instincts destructeurs… — ses façons de les présenter sont toutes originales. Transformer sa plume afin de concevoir une saga épique, tout en s’éloignant des clichés du genre, n’est pas donné à tout le monde. C’est une chose que les collègues de nombreux site qualifieraient de « hauts faits d’armes » !

En parlant de monde, le sien est très développé, rien n’est laissé au hasard. Que ce soit la signification des mots dans les différentes langues, l’emplacement des cités et royaumes sur la carte, les noms ou les légendes, tout s’intègre parfaitement sans qu’il y ait d’illogisme. Les plans de bataille, les avancés ainsi que les retranchements de chaque armée sont tous bien calculés. Mieux, les rapprochements que l’on peut faire entre ce bout de continent (dans sa forme ou dans le lexique) permet au lecteur de douter d’une chose : Le dernier roi des elfes, serait-ce une épopée se déroulant dans le futur de notre Terre, ou une déformation de l’histoire de nos origines ? Ce cadre est tout à fait unique.

Les loupés :

J’aurais aimé en savoir plus sur les humains ! Ce que l’on peut reprocher à l’histoire, si on n’aime pas connaître le dénouement d’un livre avant de l’avoir fini, est le fait que Sylvie Huguet reprend une technique bien connue des rhapsodes qui est ici très utile pour comprendre le développement de la pensée des héros. C’est le fait que, lorsqu’une action plus ou moins importante se déroule (au début du livre), un commentaire la suit disant que, plus tard, cela influencera telle ou telle pensée. Cette méthode qui a peut-être pris de l’âge a été critiquée dans mon entourage, mais, personnellement, je trouve que cela donne du panache. Pourtant ce livre n’a que peu de chose en commun avec un poème médiéval puisqu’au lieu de montrer les prouesses guerrières, il montre les horreurs des combats et la fatigue des soldats.

Cinq ans après Le dernier roi des elfes…

Les licornes de Thulé

Le livre : http://clefargent.free.fr/lldt.php

Il y a bien des saisons que les humains ont réduit à merci les royaumes elfiques et envahi leurs forêts, dont ils ont fait leur terrain de chasse quand ils ne les défrichent pas à outrance pour en cultiver le sol (voir Le dernier roi des elfes). Le roi Ilgaël, souverain déchu d’Elmoor, sait son destin scellé. Il se laisse pourtant tenter par une ultime aventure: s’embarquer sur la Grande Mer pour un voyage hasardeux vers Thulé du Nord, la lointaine, et y retrouver les derniers elfes qui s’y sont réfugiés en compagnie des licornes dans l’espoir de retarder l’inéluctable. Mais le courage des cavales couronnées d’ivoire qui règnent sur l’île suffira-t-il à les protéger de la cupidité des hommes?

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– illustration par Justdd, retouchée par Poulpy

Ici aussi, les premières pages sont disponibles aux curieux. Vous pouvez les lire ici sans crainte de trop vous spoiler le premier opus. Il n’y a pas, cette fois, d’avant-propos (ni de carte en fin de volume), l’histoire commence directement, et tristement, avec la mort d’un des personnages principaux du premier tome.

Ce que Poulpy en a retenu :

S’il y a quelque chose à retenir des romans de Sylvie Huguet, c’est qu’elle ne lésine pas à tuer ses personnages en cours d’aventure. Le titre du premier chapitre, La mort de Lug (le loup légendaire), nous fait comprendre qu’elle n’a pas perdu cette habitude. Il reste tout de même un survivant au premier opus, le roi Ilgaël, que nous retrouvons en pleine crise de désespoir, comme nous pouvons nous en douter, ayant lu la terrible conclusion du Dernier roi des elfes. Ce livre-là nous donne une impression de déjà vu, car il tient plus de la fable écologique. Ici, les travers des humains, qui ont fini par gagner la guerre dans le précédent volume, sont encore une fois mis en valeurs. Leur société continue de se développer au mépris de l’environnement : ils coupent une quantité d’arbres et chassent à outrance, tuant tous les animaux des forêts, jadis territoires des elfes. S’il n’y a pas d’orcs dans cet univers, les hommes jouent parfaitement leurs rôles. La mort de Lug est un des moments les plus tristes du livre. Elle n’a rien à voir avec la mort de la mère de Bambi, rassurez-vous, mais elle heurte tout de même notre sensibilité. Elle est toute symbolique, car ce loup était une sorte d’esprit et, avec son départ, c’est comme si la forêt mourrait avec lui. Mais c’est surtout un prétexte à commencer une nouvelle aventure, à démarrer une expédition qu’entreprendra le roi des elfes — peu motivé par la quête — et un jeune loup grognon nommé Isyl, sur les terres des licornes, à Thulé, donc.

Cet élément déclencheur est suivi d’un chapitre comptant le voyage des héros en haute mer, leurs rencontres avec toutes sortes d’animaux — avec qui ils communiquent parfaitement bien — et l’accueil que leur font les licornes sur les berges de Thulé. Nous nous rendons compte, à ce stade du récit que chez les animaux aussi, il y a des dissidences. Une fois de plus, la nature profonde de chaque espèce ressort, et malgré leurs causes communes (se protéger des humains), toutes ne peuvent cohabiter. Tout comme l’ancien compagnon d’Ilgaël, l’humain Lindyll, Isyl se fera discriminer, car, étant un loup, il n’a pas d’autres choix que de tuer pour se nourrir. Les deux personnages principaux sont complémentaires. S’ils sont tous les deux orgueilleux, l’un se laisse transporter par son destin, alors que le loup se rebelle contre les règles de ses alliés. Mais la fougue de Isyl ne lui sera pas défavorable dans un monde rempli d’espèces soi-disant pacifistes… Tout au long du récit, nous ne savons pas qui d’entre eux deux survivra : le vieil elfe endeuillé que rien ne console, ou ce jeune carnassier.

Les licornes ne sont pas décrites en tant qu’animaux, ce sont des créatures fantastiques. Toutes de sexe féminin, elles ne se reproduisent pas, mais naissent comme par magie à chaque fois que l’une d’entre elles vient à mourir. Elles sont gouvernées par une reine et possèdent de grands pouvoirs. Elles sont donc à la fois puissantes et fragiles, car chaque mort violente entraine la diminution de l’espèce. Ces esprits sauvages ont de nombreux points communs avec les elfes, que nous retrouvons également en cours de récit, mais sont beaucoup plus braves. Les licornes ont beau être de belles guerrières, elles se croient intouchables, dans leur île entourée de brouillard, et nombre d’entre elles mourront par abus de confiance, ou par désir de vengeance, lors des premiers raids humains à Thulé. Ces derniers sont encore une fois motivés par le profit, et tuent les licornes afin de s’emparer de leur ivoire, les exterminant. Ainsi, comme nous allons le lire, nulle terre n’est à l’abri de ces dangereux colons.

Un humain sort du lot dans ce second opus (il est inutile de vous représenter les personnages du premier volume, vous pouvez vous reporter au début de cette critique) : le capitaine Dorval, qui ne souhaite pas particulièrement recréer des conflits avec les elfes tant qu’ils se situent loin de chez eux, mais considère chaque animal et autres comme une source de profit. Étant humain, et cela dès qu’il verra les licornes dans toute leur splendeur, il ne pourra se détourner de son obsession, qui le mènera à la folie : il voudra posséder les licornes. Une nouvelle guerre s’enchaîne, quand les elfes décident de défendre leurs alliées. Mais que peuvent-ils faire fasse à eux ? Toujours plus nombreux, débarquant par vagues sur les plages de l’île fantastique, ils finiront bien par les avoir à l’usure. La suite de l’histoire, que j’hésite à vous raconter afin de laisser un peu de mystère, à quelques similitudes avec le Dernier roi des elfes.

Gladwenn est un jeune elfe tentant de se rapprocher de son roi, faisant mille prouesses pour tenter de le distraire. Lui et Isyl, unis par leur jeunesse deviendront vite amis, mais si le roi Ilgaël apprécie la compagnie de ce nouveau héros, il ne peut supporter sa présence qui lui rappelle le défunt Lindyll. Déprimé tout au long de cette aventure, il refuse de s’attacher à qui que ce soit, de peur de ne pas pouvoir endurer la perte d’un nouvel être cher, ou de trahir la mémoire de l’humain. Si le roi a perdu son insouciance, il a gagné en maturité et est plus attachant que dans la première histoire, où sa frivolité agaçait légèrement. De plus, ce nouveau trait de caractère le fait se rapprocher de Morrigan, la reine des licornes au pelage dorée, qui partage ses inquiétudes au sujet du futur de son espèce. Une sorte de complicité les unit. Les pensées de la souveraine ne nous sont pas toujours connues, mais semblent similaires à celles d’Ilgaël. Malgré ce que l’on pourrait penser en lisant le titre de ce volume, les licornes ne sont pas les héroïnes du roman, et elles sont parfois mises au second plan du récit, tout comme les jeunes elfes rescapés de la guerre. L’histoire est donc centrée sur le dernier roi des elfes.

05_licorneLes licornes de Thulé seront-elles suivies d’un autre texte ? Nous pouvons le penser. En effet, si une suite est probable, une amorce peut également constituer le troisième volume de la collection KhRhOnyk : La geste de Randolf, l’histoire d’un seigneur elfe qui s’allia aux licornes dans les premiers âges de Thulé. Si vous avez envie de lire une histoire de Sylvie Huguet au thème similaire, je vous conseille de vous procurer le Codex Altlanticus numéro 20 de la Clef d’Agent. Vous y trouverez une nouvelle intitulée Requiem pour une licorne, qui est une description faisant référence au tableau La licorne d’or de Lukáš Kándl (voir l’illustration ci-dessus). En voici un petit résumé :

Requiem pour une licorne est un court texte poétique comptant la fin de la dernière licorne, qui, lors de ces derniers instants, est bercée par un compagnon, le narrateur. Accompagnant ses deniers moments, il se désole de la perte de cet être qui lui est cher, et qui berçait ses rêves. Ce personnage se désespère de sa mort, marquant — tout comme la mort de Lug, le loup légendaire — la fin d’une ère, écourtée par les conquêtes des hommes sur la Nature. Sa mort a donc été causée par la fin du mystère, j’entends là, la fin de nos croyances aux légendes, qui nous faisaient accorder foi à l’existence de la magie. En rationalisant son environnement, l’homme a blessé les créatures féeriques qui peuplaient nos contes. Par ses images, cette nouvelle se compose comme un tableau, et par ses intonations, comme un chant nostalgique. Dans ce texte, le narrateur décrit sa rencontre avec la licorne, lorsqu’il était un enfant à l’imagination fertile. Cette créature, il la rencontrait à chaque fois qu’il s’échappait dans ses rêves. À présent qu’il est adulte, qu’il a rejoint la civilisation, il s’est peu à peu détourné de ceux-ci, c’est éloigné de la licorne, qui finit par mourir dans son esprit. Pourtant l’image de la créature vit toujours en lui, et il tente de la reproduire dans ses tableaux, tel l’auteur de la Licorne d’or. Le narrateur nous raconte que, jadis, il a soigné cette licorne, qui est devenue son amie. Mais était-elle réellement imaginaire ? Ça, nous ne le savons pas, puisqu’il s’agit d’un texte Fantastique. Mais revenons aux Licornes de Thulé…

Les points forts :

L’histoire est moins cousue que dans le premier livre. Elle comporte également un début, un milieu, ainsi qu’une fin, c’est agréable de lire un roman aussi bien construit. Pour ma part je l’ai préféré au Dernier roi des elfes, car je m’attache plus facilement aux animaux qu’aux bipèdes (humains ou elfes), leurs peines me touchent donc plus. Il est plus facile de se sentir émouvoir par l’histoire (car c’est là le but de cette épopée), quand des créatures aussi pures et belles que les licornes se font exterminées, car elles n’ont pas de grands moyens de défense, contrairement aux elfes. Ces licornes sont tout de même « humanisées » : elles pensent et communiquent comme le font les elfes, et ont des manières similaires. La grande qualité de cette épopée réside dans la description des scènes d’actions, notamment des combats, qui sont tous très vivants. Ces passages sont si bien écrits que l’on se sent emporté, le lecteur est au centre de la mêlée. Et puis, il y a le fait que Sylvie Huguet ne se censure pas, comme je l’ai déjà écrit plus haut. La mort ou la douleur y est palpable.

Les loupés :

Si l’action et les descriptions sont si bien construites, les dialogues sont parfois un peu longuets pour le lecteur impatient. Personnellement, j’ai trouvé que ce livre se lit un peu trop vite ! Mais ça, ce n’est pas très grave, car, comme je l’ai déjà dit à propos du volume un, nous ne nous perdons pas dans des descriptions à rallonge.

La collection KhRhOnyk en est à présent à son second opus et démarre plutôt bien grâce à Sylvie Huguet. Ce ne sont pas les premiers romans édités par la Clef d’Argent – qui est une édition plus tournée vers les nouvelles, les essaies et les curiosités littéraires – mais ils sont un peu à part au sein du catalogue. Vous pouvez vous-même vous en apercevoir, la maquette est légèrement différente, la couleur du bandeau passe du noir au bordeaux et une illustration est parfois visible à la fin de chaque volumes. À part cela, il n’y a pas trop de différence dans la présentation qui, peut-être, changera d’ici quelque temps, pour une future réédition…

Quelques lien vous sont proposés sur le site de la Clef d’Argent afin de vous amener vers les sites de collègues critiques à ses adresse, ici et ici. Vous pouvez également commander ses volumes directement en ligne, les frais de port ne vous couterons qu’un centime !

À bientôt pour de nouvelles critiques avec Poulpy et notre partenaire, La Clef d’Argent

(PS : mes premiers graphismes pour la Clef d’Argent sont à cette adresse)

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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2 commentaires pour Les romans de Sylvie Huguet

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