Philippe Gontier, Le Doloromètre universel

Le Doloromètre universel
et autres contes blêmes et maladifs
par Philippe Gontier

Aux éditions de la Clef d’Argent
La quatrième critique littéraire de Poulpy, pour la Taverne du Nain Bavard :

L’article sur le Livre de la Mort n’était qu’un prologue à beaucoup d’autres. Cette fois encore, je suis allé sur le terrain afin de mieux m’informer sur ce recueil de Philippe Gontier, interviewant l’auteur dans les locaux de Ciel Rouge, magasin partenaire de la Taverne, lors de sa séance de dédicaces.

« Au fil des semaines, des câbles annelés comme des vers et des faisceaux de fils ténus comme du chanvre sinuèrent sur le plancher, coururent le long des plinthes et jusque sur les murs, se vrillèrent autour de la rampe de l’escalier ou pendirent du plafond telles des lianes. Les cloisons au papier peint fleuri choisi jadis par son épouse se couvrirent d’un désordre de rupteurs, de voltmètres, d’ampèremètres, de rhéostats, de coupe-circuits, de contacteurs aux manettes de bakélite, d’isolateurs de porcelaine. Sous l’emprise de ce réseau qui s’étendait et se complexifiait chaque jour davantage, la maison prenait peu à peu un aspect organique troublant. »

Faut-il être fou pour s’imaginer qu’il est possible de mesurer la douleur du monde? Faut-il avoir perdu la raison pour craindre de tomber vers le haut? Peut-on seulement comprendre le monde, supporter l’absurdité de l’existence lorsqu’on a toute sa raison? Les protagonistes des sept nouvelles qui composent ce recueil prétendent, à leur manière, apporter des réponses à ces dérangeantes questions. – Cf : La Clef d’Argent.

0_coverL’introduction de l’auteur :

Passionné de littérature populaire et de genre, anthologiste (Trains de cauchemar) créateur de la revue de littérature fantastique Le Boudoir des Gorgones, collaborateur régulier ou occasionnel de diverses publications comme le Codex Atlanticus, Le Rocambole ou le défunt « Bulletin des amateurs d’anticipation ancienne« , contributeur à des ouvrages de référence comme le Dictionnaire des littératures policières de Claude Mesplède ou le Dictionnaire du roman populaire francophone de Daniel Compère, Philippe Gontier propose aujourd’hui aux lecteurs de découvrir son univers personnel à travers le Doloromètre universel, un recueil regroupant sept nouvelles relevant du fantastique et de la science-fiction. Quatre d’entre elles avaient été publiées dans Le Codex Atlanticus numéro 10, 14 et 16 ou dans Le Boudoir des Gorgones, les trois autres étant inédites.

Dans ces textes courts, l’auteur pratique un fantastique feutré, marqué, tant dans le fonds que dans la forme, par ses auteurs de prédilection, au nombre desquels on peut citer, Guy de Maupassant, Jean Lorrain, Marcel Schwob, Edmond Haraucourt, Maurice Level, Maurice Renard ou Claude_Farrère pour n’en citer que quelques-uns. Point ici de vampires, de monstres (quoique…), de fusées ou d’extra-terrestres, mais un basculement soudain du quotidien le plus banal vers des situations étranges, grotesques, insolites, effrayantes, mortelles parfois. Et même si les protagonistes de ces récits parviennent à échapper à la mort ou à la folie, pour eux, les choses ne seront plus jamais ce qu’elles étaient. – Philippe Gontier.

Philippe Gontier a sorti son premier recueil pour la Clef d’Argent, Le Doloromètre universel, en 2014, mais il ne s’agit pas de sa première contribution. Il a également conçu une anthologie d’épouvante et d’insolite ferroviaires, Trains de cauchemar, une coédition Les Aventuriers de l’Art Perdu et La Clef d’Argent, dont le deuxième tome est en préparation.

1_gontierNotre rencontre s’est effectuée à Dijon, chez notre partenaire Ciel Rouge pour sa dédicace du 19 octobre 2014, c’était la première fois que la Dwarve Team se réunissait au complet. On a pu avoir un super entretien au calme de la boutique, et rencontrer le maitre dijonnais du Fantastique.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire, spécialement dans ce domaine ?

J’aime beaucoup m’évader du monde réel. Que ça soit en littérature ou en cinéma, j’aime bien ce qui me fait sortir du quotidien. Quand j’étais jeune, je lisais Sherlock Holmes, Arsène Lupin ou des romans de Gaston Leroux, Rosny, Wells, Maurice Renard, Stevenson. De la BD, aussi, tel que Tintin ou Blake et Mortimer… Des choses un peu fantastiques, des aventures. Je cherche des choses qui font s’évader ou rêver, qui font découvrir d’autres univers.

Quand j’ai eu envie d’écrire, j’ai tout de suite écrit du fantastique et de la science-fiction, parce que je ne voyais pas l’intérêt de parler de ma vie personnelle (même si j’y fais parfois allusion de manière indirecte dans mes textes).

Poulpy : Vos textes sont vraiment décalés, nous n’avons pas l’habitude de voir cela chez d’autres écrivains !

Ça, ça tient aux influences des auteurs que j’ai lus. J’aime beaucoup la littérature du XIXe siècle et j’ai tendance à reprendre un peu leurs manières. C’est vrai que ça peut être en décalage avec le style actuel…

Beaucoup d’auteurs écrivent dans un style très direct, avec des mots très simples. Moi j’ai toujours aimé utiliser des mots originaux, oubliés, délaissés, des tournures de phrases un peu vieillottes. Des fois, ça peut même paraître un peu précieux, un peu maniéré ou affecté, mais c’est naturel pour moi d’écrire comme ça. C’est l’héritage de Villiers de L’Isle-Adam, de Maupassant, de Marcel Schwob, de Jean Richepin, d’Edmond Haraucourt, de Paul Hervieu, d’Alphonse Allais, de Courteline, de tous ces gens-là, qui sont pour la plupart de grands stylistes.

rab_4Comment gérez-vous votre fanzine, le Boudoir des gorgones, pouvez-vous nous le décrire ?

Le Boudoir des Gorgones est une revue de littérature insolite ou fantastique, donc elle ne publie que des textes appartenant à cette veine, dans laquelle j’inclus aussi la science-fiction. Elle est divisée en trois parties :

Une partie pour les rééditions de textes anciens, la plupart du temps, des textes de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle, d’auteurs tombés dans le domaine public. Une deuxième partie pour des textes récents, ouverte aux jeunes auteurs, qui peuvent nous en proposer. Et une dernière partie, qui regroupe une chronique de livres récents, et une petite rubrique sur les faits divers insolites relevés dans la presse d’hier ou d’aujourd’hui. Je cherche dans les journaux un article sur quelqu’un qui a vu un OVNI, un fantôme…

La plupart du temps, les illustrations proposées sont celles des textes de l’époque, des reproductions des couvertures de livres et revues dans lesquelles ils figuraient. Pour des textes récents, je récupère des illustrations anciennes, à moins qu’on me propose d’en réaliser. Ce n’est pas toujours facile de trouver des illustrateurs. Les revues sont uniquement disponibles chez Ciel Rouge, à Dijon, sinon il faut les commander via le site de la revue, http://boudoirdesgorgones.free.fr/.

Je fais tout tout seul, du choix des textes à la maquette en passant par l’impression, l’agrafage, le massicotage, et je m’occupe des envois postaux. C’est un travail vraiment énorme. Je me suis arrêté au numéro 22. J’ai lancé un petit appel sur Facebook, pour savoir si des gens voulaient me donner un coup de main et il se trouve qu’effectivement il y a eu des réponses. Donc je pense que le Boudoir va repartir.

Jean-Pierre Favard a accepté d’écrire des chroniques de livres, Jean-Luc Boutel va me faire des notices sur des auteurs… J’ai fait le constat que depuis que le Boudoir et le Codex Atlanticus (de la Clef d’Argent) ont disparu, il n’y a plus que deux revues de littérature fantastique en France : le Visage Vert et Wendigo. C’est peu. Pour les gens qui veulent publier des nouvelles fantastiques, il n’y a donc pratiquement plus rien.

rab_3Qu’est-ce qui vous a donné envie de publier chez la Clef ?

Ça s’est fait complètement par hasard. Un jour – je ne me souviens plus du tout à propos de quoi – j’ai échangé avec Philippe Gindre (le directeur de la Clef d’Argent) par mail, et bizarrement, il m’a demandé si j’écrivais. Je lui ai dit que oui, effectivement, et comme j’avais une nouvelle, Vertige, qui dormait dans un tiroir, je la lui ai envoyée et il l’a publiée dans le Codex.

Je n’avais même pas pensé à publier dans d’autres revues que les miennes. Cela me paraissait compliqué, et je me disais que ça n’intéresserait personne. J’étais content et fier comme un roi quand j’ai reçu le numéro du Codex où figurait Vertige. En plus, Jacques Baudou a publié un petit entrefilet dans le supplément littéraire du Monde, où il disait du bien de ma nouvelle : j’étais aux anges.

Ensuite, j’ai envoyé d’autres textes à Philippe, qui les a publiés, et une chose en entraînant une autre, Claude Mesplède m’a proposé d’écrire des articles pour son Encyclopédie de la littérature policière, puis Daniel Compère m’a sollicité pour le Rocambole et pour son Dictionnaire du roman populaire francophone. C’est un milieu quand même assez fermé, le milieu de la littérature de genre. Vous voyez, dans les festivals, on retrouve toujours un peu les mêmes gens, donc, au bout d’un moment, tout le monde se connaît plus ou moins.

Avant, bien sûr, j’avais publié mes revues qui m’avaient permis de connaître d’autres gens comme Pierre Turpin, Daniel Teulade et Jacques Baudou, puis grâce à Guy Costes qui habite aussi Dijon, j’ai connu Philippe Wadbled, Jean-Luc Buard, Marc Madouraud, etc.

Pouvez-vous nous parler de vos projets, de vos idées pour de nouveaux textes ?

Je travaille sur un recueil d’histoires de végétaux fantastiques : des arbres carnivores, des invasions de plantes, toutes ces choses-là. Tous les textes sont là, il reste à écrire l’introduction. C’est très compliqué parce qu’il faut se documenter sur l’histoire de la botanique, car l’apparition du genre est liée en partie aux recherches qu’il y a eu sur les plantes carnivores, notamment les travaux de Darwin. Et puis, récemment, j’ai recommencé à écrire des nouvelles pour un deuxième recueil.

Ma façon de travailler est très particulière. Je me lasse vite, alors je travaille un peu sur le recueil des trains, puis après un peu sur les nouvelles, puis je passe aux plantes carnivores, puis à un article pour le Rocambole, et ainsi de suite.

En ce qui concerne les nouvelles, il aura une histoire sur un produit chimique qui supprime l’angoisse de la mort ; une autre sur un enfant autiste qui possède un étrange pouvoir ; une autre encore sur quelqu’un qui tombe en panne près d’une gare désaffectée… Enfin, des idées comme ça, toujours bizarres ou fantastiques. Après il faut les écrire, ça me prend beaucoup de temps d’écrire, parce que j’aime bien qu’il y ait des ambiances, il faut que ce soit dans un contexte détaillé.

2_ciel_rougeParlons de votre nouveau livre, comment définiriez-vous le thème de ce recueil ?

Il n’y a pas vraiment de thème conducteur, à part le fantastique. C’est en partie régional parce que deux histoires se déroulent à Pouilly-en-Auxois. Philippe Gindre et moi avons visité le tunnel de Pouilly, un endroit tellement extraordinaire que cela m’a donné des idées d’histoires, que je ne pouvais pas situer ailleurs. Il y a une nouvelle qui se passe à Dijon, Le Doloromètre universel, mais ça aurait pu aussi bien se passer ailleurs. Je ne sais pas si c’est une bonne chose de situer trop précisément une histoire, parce que les gens qui sont à l’extérieur se sentent moins concernés.

Le titre que j’envisage pour le futur recueil est Mornes faubourgs de la mort. En ce qui concerne Le Doloromètre universel, ma nouvelle préférée est celle qui donne son titre au recueil. C’est un titre intrigant, on se demande ce que c’est, un doloromètre universel.

Dans la première moitié du livre, êtes-vous partie d’histoires en particulier ?

L’inspiration, c’est très bizarre. Ça vient comme ça, et, quand on essaye de retrouver le processus, de retrouver comment l’histoire est née, on n’y arrive pas… C’est vraiment une alchimie très particulière. Exceptionnellement, ça peut naître d’un rêve ou d’un cauchemar.

J’ai publié trois nouvelles dans le Codex et une dans le Boudoir, puis les autres sont restées inédite quand les deux revues se sont arrêtées, je me suis dit que ce serait bien de regrouper toutes ces histoires dans un recueil. Je n’ai absolument pas modifié celles qui avaient été publiées. Une fois que c’est écrit pour moi, c’est terminé, je fais le maximum au moment de l’écriture, mais après c’est fini. – Philippe Gontier.

Cette fois encore, attardons-nous sur chacune de ces sept nouvelles, les cinq Contes à la plume ainsi que les deux Pouilly-en-Auxoix Fantastique, dans la seconde partie. Chacune d’entre elles sera accompagnée d’une courte notice de l’auteur, ce sont les petits paragraphes en italique :

Cinq contes à la plume

Vertige

3_vertigeIllustration de Poulpy.

Le premier de ces contes, Vertige, est excellent avant d’aller au dodo. C’est l’histoire d’un homme qui, une nuit, se réveille en sursaut pris d’un étrange vertige. Elle est assez courte, trois pages, la plus longue du livre étant de six. Elle n’est pas très « flippante », tout comme le reste elle est à la fois étrange, et originale.

Vertige c’est quelque chose qui m’est vraiment arrivé. Un matin, je me suis réveillé, je me suis levé et là, tout s’est mis à tourner. Je ne tenais pas debout. C’est fréquent, c’est un problème d’oreille interne.

Le doloromètre universel

4_dolorometreIllustration de P. Gontier.

Au coeur de Dijon, un ancien industriel, inventeur de la Carbonnette à self-à-fers amovibles (marque déposée), rendu fou par la perte de sa femme et de sa fille, créera une machine au nom plus significatif : le doloromètre. Dispositif capable de mesurer la douleur d’un individu (la ville de Dijon à abrité les usines Pélotat, SEB, etc. Elle possède sa dose d’usines aux curieuses carcasses).

Dans le Dolorometre universel, beaucoup se demandent ce qu’est une Carbonnette, d’autres cherchent la demeure en question. D’où provient cette invention, cette histoire ?

La Cardonette, ça vient du nom du fabricant, héros de l’histoire, qui s’appelle Cardonna. Les self-à-fers, j’ai trouvé ça dans une pub pour postes de T.S.F. de l’époque. Dans les postes de radio, il y avait un élément qui s’appelait le self-à-fers, mais ne me demandez pas à quoi ça servait ! C’est le petit détail pittoresque, un peu mystérieux.

La maison dans laquelle se déroule l’histoire est une synthèse de plusieurs vieilles maisons bourgeoises qui se trouvent dans le quartier Carnot, ou dans les allées du parc (à Dijon). Il y en a de très belles, et la nuit certaines sont vraiment inquiétantes ; ça pourrait être aussi des décors de film. L’illustration que j’avais faite pour le Boudoir est un mélange de deux maisons qui existent vraiment.

Je ne sais pas comment l’idée du Doloromètre m’est venue ; je ne m’en souviens pas, mais j’ai senti que ça avait un potentiel, que c’était bien le genre de truc que les auteurs de SF du début du siècle auraient pu inventer ; j’ai essayé d’imaginer ce qu’un Schwob ou un Richepin auraient fait d’un tel sujet.

À Charenton-le-Pont

5_charentonIllustration de Poulpy d’après une photo de Forbidden Places.

Qu’est-ce qui a poussé l’auteur à s’intéresser à l’asile de cette ville ? Certaines nouvelles du recueil sont centrées sur les maladies mentales à l’aspect fantastique. Un journaliste se rend en ses lieux à la recherche de détails croustillants à mettre dans son article, qu’il risque de trouver un peu trop piquants.

Pour le coup c’est vraiment une œuvre d’imagination pure parce que je ne suis jamais allé à Charenton. L’asile existe, en tout cas il a existé, et il était très célèbre. Quand j’étais jeune, lorsque quelqu’un était fou, on disait : « il est mûr pour Charenton ». Je savais que Sade y avait été interné, ainsi que le peintre daltonien Charles Meryon, et aussi l’incroyable Jules Allix, qui avait inventé un système de communication à distance basé sur le pouvoir télépathique des escargots ! Tout ça m’a paru totalement extraordinaire, mais je ne sais pas pour autant à quoi ressemblait l’asile de Charenton. Donc tout est complètement inventé de A jusqu’à Z, y compris le poème à la fin que j’ai signé du pseudonyme Francis-Joseph Hardtier, construit à partir du nom de mes grands-pères : Francis Gontier et Joseph Hardy. Beaucoup de gens croient que c’est un authentique poème de l’époque et que l’auteur existe vraiment. Francis-Joseph Hardtier reviendra en tout cas dans le prochain recueil. Je partage le goût de la mystification littéraire avec Philippe Gindre ; voyez son article sur « Le Club des sept rêveurs » de Lovecraft dans le Codex Atlanticus n° 15 !

La Force

6_forceIllustration de Poulpy.

Une force étrange poussant les gens à se suicider. Ce qui est dommage c’est que bien qu’elle fasse un bon prélude à un roman, elle s’arrête trop brusquement. Le sujet étant déjà abordé ailleurs, on peut se dire que l’auteur n’a pas jugé bon de trouver une plus longue fin. Deux pages et demie de description et autre figure de style décalé (attention, spoiler en dessous) :

Je trouve que c’est une idée qui est quand même assez banale, finalement. Je me suis dit que j’allais essayer de la traiter un peu différemment : je vais faire l’amorce et ça va se finir brutalement, comme ça, avec un individu lambda, et puis on ne sait pas ce qui se passe après ; en même temps on s’en doute ; on imagine que c’est la fin de l’humanité. Sur le coup ça m’a semblé une meilleure façon de la traiter que d’aller jusqu’au bout. Après, l’extinction de l’humanité, ça a déjà été fait des milliers de fois. En finissant sur un individu, je l’ai vu comme un court-métrage : le gars se jette par la fenêtre et le mot fin apparaît.

Le nuage

7_nuageIllustration de Poulpy.

Dans une base aérienne, un étrange individu est persuadé d’une chose étrange : que certains nuages mangent les avions. Il se fait surnommer l’homme qui ne veut pas qu’on vole dans les nuages.

J’ai pris l’aéroport de Nevers comme modèle, car il y a un restaurant où on allait souvent manger quand j’étais jeune, qui était situé dans l’aéroport. C’était un petit aérodrome avec de petits avions de tourisme. J’aimais bien ce lieu, avec sa tour de contrôle ; ça me rappelait une histoire de Ric Hochet. Je pars souvent de lieux existants ; des lieux qui sont chargés d’une ambiance qui nous parle, qui suscite des émotions, et où on verrait bien se passer des choses un peu étranges.

J’avais toujours eu envie de faire une histoire qui se passerait là. Une autre fois j’étais chez moi, dans le jardin, sur une chaise longue ; je regardais le ciel et je suivais des yeux un avion, et à un moment, il est passé derrière un petit nuage. Je me suis dit que ce serait amusant qu’il ne ressorte pas. C’est une histoire complètement incohérente ; il ne peut pas y avoir d’explications ; mais je me suis dit que c’était bien de la construire comme ça, avec toutes ces pistes qui semblent se recouper, mais qui finissent en impasses. Car finalement le fantastique c’est ça : il n’y a pas d’explication. Quand le fin mot est expliqué, c’est un peu moins fort. Là, on peut interpréter les faits de mille façons.

Pouilly-en-Auxois fantastique

Deux témoignages recueillis lors d’un dialogue arrosé avec un étrange narrateur. À Pouilly se trouve un tunnel qui a servi à alimenter le canal de Bourgogne, pour plus d’information sur ça construction et ses visites : cap-canal et wikipedia.

Sous la voûte

8_vouteIllustration de Poulpy.

La première nouvelle a été publiée dans le Codex numéro 16, mais sa suite est totalement inédite. Elle raconte l’histoire d’un éclusier qui, lors d’un trajet sous la voûte, se retrouve dans un tout autre monde. Le tunnel est transformé en passage conduisant à une autre dimension. Loin d’être la meilleure du recueil, l’idée de faire se dérouler l’action dans cet endroit est amusante et donne envie d’aller y faire un tour.

Mes aventures à Pouilly sont bien sûr imaginaires, mais le lieu est tellement spécial ! Et le canal lui-même, quand on le voit en hiver, avec la brume, c’est vraiment un endroit qui est chargé de mystère ; c’est un décor de film à la Hammer. Quand on a traversé le tunnel avec Philippe Gindre, la personne qui pilotait le bateau a raconté que quelques jours avant, un petit garçon avait fait une crise d’angoisse parce qu’il avait vu que l’extrémité du tunnel était un tout petit point minuscule, et il disait qu’on ne pourrait jamais ressortir. J’ai réutilisé cette anecdote dans la nouvelle. Je me suis dit : on peut ressortir, mais si à l’autre bout, on trouvait autre chose…

Thor à Pouilly

9_thorIllustration de Poulpy.

Cette fois si le narrateur est plus jeune, 14 ans, et le récit parle d’une curieuse histoire de village lorsque la « brute » de celui-ci se remet miraculeusement d’une électrocution lors d’un orage et se découvre des aptitudes surhumaines.

Le sujet de la deuxième histoire avait été esquissé pour un projet commun avec Philippe Gindre qui n’a pas abouti : celle d’un homme qui a un pouvoir électrique. Je l’ai reprise et située aussi à Pouilly parce que lors de notre visite, nous avons découvert une petite usine éclectique qui produisait l’énergie pour le remorqueur du canal ; je me suis dit que ce serait un bon cadre. Mais j’ai totalement changé l’ambiance et le ton de l’histoire, par rapport à l’idée originale. J’en ai fait quelque chose de plus intime, avec des éléments personnels.

On ne sait pas si c’est le même narrateur dans les deux récits ; ça pourrait, mais l’éclusier de Sous la voûte commence son récit en disant qu’il n’a vécu qu’une aventure sur le canal. Alors… Toutefois, dans le deuxième texte, je fais une allusion au premier, pour faire un lien. Et du coup, ça introduit l’idée que Pouilly serait un lieu propice au fantastique, comme Sunnydale dans Buffy, une sorte d’Arkham bourguignon, alors que Pouilly c’est une ville tout ce qu’il y a de plus banale. C’est ce décalage qui m’a plu.

rab_2Développerez-vous une suite à ces nouvelles en vue d’un futur roman ?

J’aurais bien voulu faire une troisième histoire pour enfoncer le clou et pour attester que vraiment Pouilly c’est une des portes de l’enfer.

En ce qui concerne le roman, ce n’est pas pour moi. J’ai écrit une histoire de Sherlock Holmes, qui est plus une novelette qu’un roman, et j’en ai deux autres en projet, mais le roman, ce n’est pas ma distance. Ma distance c’est la nouvelle et ma devise en littérature, c’est celle de Courteline : « courte et bonne ». Mes maîtres, ce sont Guy de Maupassant, Marcel Schwob, Jean Richepin, Maurice Leblanc, Arthur Conan-Doyle, Edmond Haraucourt, Maurice Level, Maurice Renard… La nouvelle c’est le genre roi de la fin XIXe et du début Xxe. J’adore les contes cruels à chute, dont Maurice Level et le maître incontesté. C’est ce que j’essaie de faire à mon modeste niveau. Mais le roman, ça me paraît insurmontable ; je n’arrive pas à trouver le rythme. Alors que j’adore en lire ! Je dévore d’énormes pavés policiers jusqu’à pas d’heure.

Le seul reproche que l’on peut faire au Doloromètre universel est que certaines nouvelles ne sont pas assez développées et mériterais largement plus de la part de l’auteur, qui pourtant ne manque pas de style ni d’imagination… Que nous retrouverons avec joie pour un nouveau livre !

Phillipe Gontier est aussi membre co-fondateur des aventuriers de l’art perdu, à Dijon :

Créée en 1993, l’association Les Aventuriers de l’Art Perdu a pour objet l’étude des arts populaires faisant l’objet d’une diffusion de masse : littérature et cinéma populaire (policiers, aventures, science-fiction, fantastique, espionnage, humour, etc.), bande dessinée, roman-photo, séries et films TV, illustrations, affiches, musique (dans la mesure où elle se rattache à l’un de ces domaines, comme la musique de film par exemple), etc…

Son activité se traduit essentiellement par l’édition de plusieurs revues et ouvrages : Nuits Blanches, Sur les rayons de la bibliothèque populaire, l’écho du canon et autre, comme Le boudoir des gorgones.

10_magazinesJ’ai fait deux autres fanzines avant le Boudoir, un qui s’appelait Nuits Blanches, qui traitait d’un peu de tout, de cinéma, de fantastique, toujours, de littérature, éventuellement de musique, qui a connu six numéros. Après j’ai fait une autre revue qui s’appelait Sur les rayons de la bibliothèque populaire là qui traitait uniquement de littérature populaire, tous genres confondus. Ensuite j’ai fait une revue sur Sherlock Holmes qui n’a connu que deux numéros. Et après, j’ai fait le Boudoir des Gorgones. Mais ce n’était que du fanzinat et ça restait confidentiel…

Avec la Clef d’Argent, c’était vraiment la première fois que j’écrivais pour un vrai éditeur, même si c’est un éditeur associatif. Philippe Gindre s’investit beaucoup pour les gens qu’il publie, il a créé le site du boudoir, donc, encore merci à lui ! Il fait vraiment un gros travail. – Philippe Gontier.

Philippe Gontier est né le 21 juin 1957 à Paris, en hommage explicite et délibéré à son auteur préféré, Claude Farrère, décédé le même jour non loin de là. C’est pour commémorer cette naissance opportune que le 21 juin marquera désormais le début de l’été, qu’un ministre fameux instaurera plus tard à cette date la Fête de la Musique, et que La Clef d’Argent fit paraître chaque année ce même jour, durant une bonne vingtaine d’années, son anthologie permanente du fantastique, le Codex Atlanticus.

Attiré dès son plus jeune âge par de nombreux modes d’expression: peinture, musique, écriture, bande dessinée, Philippe Gontier n’optera finalement pour aucun. Après quelques emplois indéfinis, la lecture de Messieurs les ronds de cuir décidera de sa vocation: il sera fonctionnaire. Mais il lui arrive de renouer sporadiquement avec ses anciennes amours, illustrant à l’occasion ses propres textes.

Co-fondateur de l’association Les Aventuriers de l’Art Perdu, il a édité ces dernières années de nombreux fanzines: Nuits Blanches et Sur les Rayons de la Bibliothèque Populaire consacrés aux arts populaires de masse, ou encore L’Écho du Canon, consacré à Sherlock Holmes. Il a fait paraître plus récemment Le Boudoir des Gorgones, revue consacrée à la littérature fantastique classique (XIXe et début du XXe siècle) qui s’est imposée comme une référence francophone dans le domaine qui nous occupe. – Cf : La Clef d’Argent.

rab_1Je ne suis absolument pas un dessinateur né et j’utilise des documents photographiques pour dessiner. Si on prend la couverture de Trains de cauchemar, j’ai utilisé une photo pour le train. Par contre, faire un montage photo, j’aime ça et ça m’amuse bien. J’ai fait la couverture du Doloromètre comme ça. Dès que j’ai découvert les photos de Guillaume Duchenne de Boulogne, j’ai vu que ça collait parfaitement avec la scène finale du Doloromètre. J’ai rajouté quelques éléments : les cadrans, les appareils, et je suis très content du résultat. Ces images sont tellement intrigantes qu’elles attirent l’attention. On s’imagine des choses terribles alors que le but c’est juste de recréer artificiellement les différentes expressions du visage en stimulant les muscles avec des courants électriques de faible intensité. Il faut savoir que le modèle était quelqu’un qui était paralysé après une attaque cérébrale. C’est totalement sans douleur, mais on a l’impression que c’est quelque chose d’horrible… (Voir ci-dessus)

Pour commander le livre, voir d’autres critiques
et obtenir plus d’informations, cliquez ici.

Poulpy.

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A propos poulpinounet

Poulpy, c'est un poulpe à tout faire. Il se doit de disperser ses tentacules sur plein de supports... Ce poulpe est graphiste (donc masochiste), il parle de lui à la troisième personne (sérieux ?), est reporter (surtout), et critique. Minimoi s’essaie donc à au dessin, à la photo, et aussi : j’écris (un peu). Mes dessins font place à des montages, les montages à des textes, des histoires, des articles... Blogueur invétéré, Poulp(inounet) ne fait pas que promouvoir la culture, il crée également ses propres œuvres, pour lui comme pour d'autres.
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4 commentaires pour Philippe Gontier, Le Doloromètre universel

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  2. Ping : Chemins de fer et de mort, des éditions la Clef d’Argent | L'antre du poulpe

  3. Ping : Trains de Cauchemar, des éditions de la Clef d’Argent | L'antre du poulpe

  4. Ping : Jean-Pierre Favard, L’Ombre Noire | L'antre du poulpe

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